From: Mouvement des Indigènes
de la République
Sent: Monday, August 18, 2008 11:01 PM
Subject: Le Dalaï Lama est-il un modéré ?

C’est la réputation qu’il a su se fabriquer avec
une habileté politique et médiatique accomplie. Et pourtant les
observateurs plus avertis ne se laissent pas tromper.

Sur « Die Zeit », le 15 mai, l’ex-chancelier allemand
Helmut Schmidt a publié un article contenant quelques passages
particulièrement significatifs : « Le Dalaï Lama aussi a commis des
erreurs. Dans ses livres, il représente, sur des cartes géographiques,
comme parties du Tibet les territoires habités par des petites
minorités tibétaines dans les provinces de Gansu, Qinghai, Yunnan et
Sichuan. C’est un matériau inflammable dont on n’avait pas besoin ».
Pas de doute, il est difficile d’interpréter comme expression de
modération et de volonté de conciliation le projet expansionniste du
Grand Tibet ! Seul un incendiaire peut agiter ce genre de mots d’ordre,
qui, de fait, évoque le démantèlement de la Chine (objectif rêvé par le
colonialisme et l’impérialisme depuis la fin du 19ème siècle).

Il faudrait, poursuit Schmidt, un compromis : « Ses
éléments de fond sont clairs. D’une part la Chine devrait reconnaître
l’autonomie religieuse des Tibétains et accueillir le Dalaï Lama comme
un chef religieux. D’autre part, le Dalaï Lama et toutes les sectes
lamaïstes devraient reconnaître le gouvernement et les lois de la Chine
comme étant valides aussi pour le Tibet ».

Malheureusement – ajouterais-je – cette séparation
entre sphère politique et sphère religieuse est absolument inacceptable
pour les fondamentalistes. La « Constitution » établie par la réaction
tibétaine en exil se conclut avec une « Résolution spéciale »,
approuvée en 1991, dans laquelle on proclame l’obligation
politico-religieuse de la « foi » et de l’ « allégeance » à l’égard de
« Sa Sainteté le Dalaï Lama », appelé à « rester avec nous à jamais
comme notre chef suprême spirituel et temporel ».

La voix de l’ex-chancelier allemand n’est pas isolée.
Sur l’International Herald Tribune du 19 mai est paru un article qui
trace une brève histoire de l’intransigeance du présumé champion de la
modération et de la raison : « Le Dalai Lama n’a pas su saisir une
série d’opportunités : il n’a pas pris en considération la main que lui
avait tendue le Secrétaire général Hu Yaobang en 1981 ; il a rejeté une
invitation en Chine en 1989 ; il a annoncé le choix du Panchen Lama
d’une manière qui a été perçue comme insultante par la Chine. Quand le
Dalaï Lama et le cercle de son entourage parlent de « génocide » et
revendiquent presque un quart de la Chine en tant que Tibet, ils
frappent les chinois modérés ».

Quelles conclusions peut-on tirer ? Vouloir comprendre
la « question tibétaine » à partir des déclarations du Dalaï Lama et de
ses disciples serait comme vouloir reconstruire la révolution française
en se fiant aux « analyses » de la réaction des nobles, qui, à
l’époque, s’étaient réfugiés à l’étranger, et qui tendait à placer tous
ses espoirs dans les baïonnettes des puissances
contre-révolutionnaires. Une attitude analogue caractérise à présent la
réaction tibétaine en exil. Celle-ci continue à espérer réaliser ses
projets expansionnistes et fondamentalistes grâce à un mouvement de
démantèlement de la Chine du type de celui qui a eu lieu en Union
Soviétique et en Yougoslavie. Comme à Belgrade en 1999, elle rêve qu’un
jour Pékin pourra être systématiquement frappé par les bombardements
humanitaires des Usa et de l’OTAN, et sera contraint à la reddition. La
campagne de diffamation et de haine qui est en cours est un aspect
essentiel de la préparation idéologique de la guerre souhaitée par ces
cercles. Pour la réaction tibétaine il est de bon augure qu’en 1999, à
Belgrade, l’ambassade chinoise a aussi été touchée.

Et pourtant, le développement impétueux du grand pays
asiatique rend de plus en plus évident le caractère irréaliste et fou
de ce projet criminel. Le Dalaï Lama donne-t-il au moins quelque signe
de résipiscence ? Pendant que le peuple chinois observe de façon
solennelle et unanime trois jours de deuil pour le terrible tremblement
de terre qui l’a touché, en Allemagne, Sa Sainteté, souriante, lançait
de bruyantes manifestations de rue, en agitant ses mots d’ordre
habituels. La ligne de la provocation continue.

Domenico Losurdo

24 mai 2008.

Source : Le Grand Soir
http://www.legrandsoir.info/spip.php
?article6695

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio
http://domenicolosurdo.blogspot.com/

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