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| Sujet : | [CSP] Biocarburants : C’est le Sud qui continue de payer l’addition du Nord |
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| Date : | Fri, 8 Jun 2007 20:18:54 +0200 |
| De : | CubaSolidarity <cubasolidarity@club-internet.fr> |
LES BIOCARBURTANTS ET LEURS FACETTES
C’est le Sud qui continue de payer l’addition du Nord
PAR NIDIA DIAZ, de Granma international
UNE fois de plus l’histoire est témoin: ce sont toujours les mêmes
victimes qui paient les pots cassés. Cette fois, il s’agit de trouver
des solutions aux problèmes que pose le modèle énergétique actuel, mais
sans mettre fin au gaspillage colossal des sociétés de consommation du
Nord riche et industrialisé
. Au contraire, les alternatives
recherchées doivent pouvoir maintenir et stimuler les addictions.
Ces alternatives, tout comme l’élimination par la force de la culture
de la feuille de coca pour éviter que des citoyens d’autres pays ne la
consomment sous forme de drogue, tendent à asseoir le maintien et le
développement du parc automobile des pays riches sur la faim des
pauvres.
L’empire actuel et ses complices (dont certains pays du Sud qui, mus
par la folie des grandeurs, changeraient volontiers de latitude!),
réfugiés sous l’ombre protectrice des pays industrialisé
s, s’inquiètent: malgré les guerres
d’agression livrées contre des pays producteurs de pétrole dans le seul
but de contrôler cette ressource clé, il est clair qu’au rythme actuel
de consommation, les réserves d’hydrocarbures ne tarderont pas à
s’épuiser.
Ils ont un autre sujet de préoccupation: ils n’apprécient guère de
dépendre de certains producteurs qui ne sont pas disposés à brader
leurs ressources naturelles au détriment du peuple qui en est, en
dernière instance, le propriétaire véritable.
Ce n’est pas un hasard si l’administration républicaine de George W.
Bush a lancé une campagne en faveur de ce qu’il appelle l’«indépendance
énergétique», qui impliquerait la production massive d’éthanol,
présenté comme un biocarburant propre, renouvelable et hautement
concurrentiel. On va même jusqu’à parler d’«or vert»!
Ce n’est pas non plus un hasard si Nicholas Burns, sous-secrétaire
d’État des États-Unis, signale que la production d’éthanol «tendrait à
réduire le pouvoir de certains États dont nous estimons qu’ils exercent
une influence négative sur le monde, comme le Venezuela.»
En outre, le changement climatique s’accélère. Or, le Nord en est
fortement responsable puisqu’il ne contrôle pas les émanations dans
l’atmosphère des gaz dits à effets de serre, mais c’est l’ensemble de
la planète qui perdra des espaces naturels vitaux tels que la forêt
amazonienne, le fleuve Yangtsé en Chine, les glaciers de l’Himalaya,
les forêts de mangliers de l’Inde et du Bangladesh, la mer de Behring
et celle des Caraïbes, pour ne mentionner que quelques exemples cités
par l’organisation écologiste WWF.
Des études de cette organisation et des Nations unies indiquent que
l’émission de ces gaz et le réchauffement global qui en résulte
provoqueront des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes, la
montée du niveau de la mer, des dommages sérieux dans les barrières
coralliennes et d’autres catastrophes potentielles comme la perte de
volumes considérables d’eau douce.
Les États-Unis, responsables de 25% de la pollution de la planète, ont
à ce jour refusé de signer le Protocole de Kyoto, qui oblige les États
et les gouvernements adhérents à diminuer les émissions de gaz à effet
de serre à un niveau déterminé pour enrayer le processus de
réchauffement global.
Ce que Washington et ses euphoriques complices se gardent bien de dire,
c’est que la production à grande échelle d’éthanol est matériellement
impossible à moins de réduire la production alimentaire et qu’en outre,
elle augmenterait drastiquement la consommation d’eau.
Dans un article publié sur plusieurs sites Internet sous le titre
«Mettez du sang dans votre moteur!», Dominique Guillet avertit que dans
certaines régions du monde, il faut de 500 à 1 500 litres d’eau pour
produire un kilo de maïs, et 2,37 kg de maïs pour produire un litre
d’éthanol aux États-Unis, soit aussi ¼1 200 à 3 600 litres d’eau!
Ce même article rappelle que le 22 mars dernier, l’Organisation des
Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) a lancé un
S.O.S. universel pour faire face à la pénurie d’eau dans le monde,
où 1,3 milliard d’êtres humains n’ont pas accès à l’eau potable et 3
800 enfants meurent chaque jour de maladies associées à cette carence.
À quoi il faut bien ajouter qu’en 2032, 60% de la population mondiale
vivra dans des régions où la pénurie d’eau se fera gravement
sentir, selon des données fournies dans le cadre d’une conférence
organisée par le Parlement européen où l’on a pu constater que l’eau
est devenue une marchandise lucrative pour les transnationales.
On sait déjà, par exemple, que les politiques de privatisation
recommandées par le FMI et la Banque mondiale ont conduit certains
États du tiers monde à vendre leurs sources d’eau à des consortiums
qui, aujourd’hui, la leur restitue, mais en bouteille et à un prix
exorbitant.
Pour sa part, la Banque mondiale avertit que la demande mondiale d’eau
douce double tous les vingt ans, ce qui signifie qu’elle augmente deux
fois plus vite que la population.
Dans ce contexte planétaire où des menaces de plus en plus objectives
et péremptoires cernent l’avenir de l’humanité surgit un nouveau
programme soutenu par les transnationales et en particulier les
pétrolières, si paradoxal que cela puisse paraître: il s’agit de
transformer des denrées alimentaires en éthanol, source alternative
d’énergie, et pour y parvenir les usines consommeront de grandes
quantités d’hydrocarbures.
Quelque chose, donc, comme la noria de la mort¼ Comme le dit très bien
la chercheuse Silvia Robeiro, «les biocarburants constituent un
projet de recolonisation impériale, une nouvelle attaque des industries
transnationales contre les économies paysannes et la souveraineté
alimentaire».
Et ce n’est pas qu’il faille s’opposer totalement à la production
d’éthanol: le Brésil en fait depuis plus de trente ans et les
États-Unis aussi.
Par contre il faut savoir que sa production massive pour satisfaire
partiellement les besoins des États-Unis et d’autres pays du Nord
compromettrait (elle le fait déjà!) la production alimentaire et
provoquerait une concentration fatale de terres entre les mains des
transnationales, avec tout ce que cela implique en termes d’impact
environnemental, social et économique pour le tiers monde, car ce sont
sans aucun doute les terres du tiers monde qui seraient affectées à ce
programme. Ceci, sans parler de la politique protectionniste de
Washington et d’autres pays, qui imposent des barrières à l’importation
d’éthanol.
C’est ce que dit l’Institut international des recherches sur les
politiques alimentaires (IFPRI) de Washington ; qui prévoit que si le
prix du pétrole continue d’augmenter, ceci déterminera «une croissance
vertigineuse de la production de biocarburants, auquel cas le prix du
maïs augmentera de 20% d’ici 2010 et de 41% d’ici 2020».
De la même manière et pour le même motif, les prix de certaines graines
oléagineuses, dont le soja, le colza et le tournesol, augmenteront de
26 à 76%, et ceux du blé de 10 à 30%. Naturellement, les prix des
aliments élaborés à partir de ces matières premières augmenteront eux
aussi.
Dans les zones les plus pauvres de l’Afrique subsaharienne, de l’Asie
et de l’Amérique latine, où le manioc reste un aliment de base, l’IFPRI
prévoit que son prix aura augmenté de 33% d’ici 2010 et de 135% d’ici
2020. On en déduit que la production d’éthanol à partir du manioc
«pourrait représenter une sérieuse menace pour la sécurité alimentaire
des plus pauvres».
Selon la même étude, le contenu élevé en amidon du manioc en fait une
source excellente d’éthanol, mais à l’heure actuelle, le manioc apporte
un tiers de ses besoins en calories à la population subsaharienne, car
il constitue l’aliment de base de plus de 200 millions d’Africains
pauvres, celui auquel ils recourent quand ils ne peuvent pas s’offrir
autre chose.
Un travail de recherche sur la sécurité alimentaire du monde mené en
2003 a établi que compte tenu des taux de croissance économique et
démographique, le nombre d’affamés aurait diminué en 2025 de 23% à
l’échelle mondiale, ce qui représente près de 625 millions de
personnes, si la productivité agricole augmentait de sorte que les prix
relatifs des aliments demeurent constants.
Ce même travail publié dans la revue Foreign Affairs signale que si la
demande de biocarburants aboutit à l’augmentation des prix des denrées
alimentaires de base, la sécurité alimentaire d’une bonne partie de la
population mondiale volera en éclats : il y aura 16 millions de plus
d’affamés chaque fois que les prix de ces denrées augmenteront de 1%.
«S’il en est ainsi, en 2025 il pourrait y avoir 1,2 milliard de plus de
personnes en butte à la faim, soit le double du chiffre prévu
initialement.»
Le moment est venu de choisir.
Condamnerons-
nous à mourir de faim 1,2 milliard de
personnes, d’ici à quelques années? Resterons-nous impassibles devant
la transformation des terres arables de la planète en sources de
carburant alternatif pour les 800 millions de voitures qui circulent
aujourd’hui dans le monde? Ou saurons-nous éviter ces catastrophes?
Il est temps de prendre conscience de ces réalités, pour agir.
«AVEC la folie des carburants végétaux, nous assistons à une
terrifiante concentration (et peut-être la dernière) des grands
capitaux de l’agro-alimentaire, des nécrotechnologies, de l’agrochimie
et des consortiums pétroliers, avec la complicité bienveillante des
États. S’il devient plus rentable de produire des carburants que des
aliments, le grand capital s’orientera vers les carburants végétaux.»
Dominique Guillet
«Avec 36 000 personnes qui meurent de faim chaque jour, c’est le
règne de la famine qui s’instaure sur la planète Terre. Si je puis
me permettre une comparaison, je dirais que 36 000 personnes
représentent 12 fois le nombre de victimes des Tours Jumelles de New
York, le 11 septembre 200. » Pierre Rabhi
«À quelques dollars près, la tonne d’huile de soja se vend environ 450
dollars, et la tonne de biodiésiel à base de soja, 650 dollars. Une
équation très simple, qui fait que pratiquement tous les producteurs
d’huile de soja de la province argentine de Santa Fé montent à toute
vitesse des usines permettant de transformer l’huile en biodiésel. Des
usines fortement automatisées, selon leurs producteurs, qui réduisent
donc pratiquement la promotion de l’emploi à zéro.» Pablo Bertinat
«Les gouvernements des États-Unis ne sont fiables pour aucun type
d’association, parce qu’ils oublient systématiquement leurs promesses
dès qu’ils ont obtenu ce qu’ils veulent. Dans les années cinquante, ils
ont emporté notre uranium et notre thorium contre promesse de
compensations spécifiques en technologie nucléaire, qui ne sont jamais
arrivées; ils ont promis du pétrole à la Corée du Nord contre le
démantèlement de son programme nucléaire, mais le pétrole n’a jamais
été envoyé; ils continuent de faire la sourde oreille à la décision de
l’OMC de démonter le système de subventions agricoles. Les États-Unis
dépendent aujourd’hui de l’énergie importée, et ils veulent notre
éthanol, mais sans annuler les subventions à leurs producteurs qui
facilitent la production d’éthanol chez eux.» Professeur Bernardo
Kucinski
Ce que vous devez savoir
POUR verser 25 gallons d’éthanol pur dans le réservoir d’une voiture de
sport, il faut plus de 450 livres de maïs, soit assez de calories pour
alimenter un être humain pendant un an. Avec la pression qu’exerce la
brusque augmentation de la production d’éthanol sur les
approvisionnement mondiaux en denrées alimentaires, les prix des
aliments, de base et manufacturés, augmenteront considérablement dans
le monde. Selon la FAO, la superficie des terres arables par habitant
était de 0,32 hectare entre 1961 et 1963, pour une population mondiale
de 3,2 milliards de personnes. De 1997 à 1999, elle est passée à 0,21
hectare pour 6 milliards d’habitants. En 2030, elle sera de 0, 16
hectare pour 8,3 milliards d’habitants.
http://www.granma.cu/frances/2007/abril/juev12/15biocumbust.html
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