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From: nicolas
To: Romain
Sent: Friday, January 09, 2009 11:15 PM
Subject: [romain : paix_socialisme_communisme] Fw: Israel a manqué
un rendez-vous avec l’histoire

Un point de vue israélien
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Israël a manqué un rendez-vous avec l’histoire, par Uri Avnery,
Gush Shalom,

dimanche 4 janvier 2009, par Comité
Valmy


« Cette guerre l’écrit en lettres
capitales : Israël a manqué une chance historique de faire la paix avec le
nationalisme arabe laïque. Demain, il pourra être confronté à un monde arabe
uniformément fondamentaliste, un Hamas multiplié par mille. » Avnery
retrace la séquence qui a conduit à la guerre de Gaza. Ayant tablé sur la
faiblesse d’Abbas, se contentant d’un simulacre de négociation, Israël n’a pas
compris que le Hamas l’emporterait contre une Autorité Palestinienne
discréditée. Après l’échec du blocus à briser la résistance des gazaouis et à
les retourner contre le nouveau pouvoir installé à Gaza, Israël espère
aujourd’hui pouvoir liquider le Hamas par le fer et le feu, avec la complicité
de l’Egypte qui verrouille la seule issue de cette zone de combat où la
population civile est piégée, en une réédition de la stratégie de bombardements
massifs utilisée sans succès au Liban. Mais au delà de Gaza, c’est toute une
génération Arabe, révoltée par la passivité et la corruption de ses dirigeants
qui pourrait se tourner bientôt vers l’Islam politique, apparaissant comme la
seule force indemne de compromission.

par Uri Avnery, Gush Shalom, 3 janvier
2009

Juste après minuit, la chaîne arabe Al Jazeera diffusait un
reportage sur les événements à Gaza. Soudain, la caméra s’est dirigée vers le
ciel nocturne. L’écran était noir. On ne pouvait rien voir, mais on entendait un
bruit : celui des avions, un effrayant, un terrifiant vrombissement.

Il était impossible de ne pas penser à ces dizaines de milliers
d’enfants de Gaza qui entendaient ce bruit à ce moment-là, se recroquevillant
avec effroi, paralysés par la peur, attendant que tombent les bombes.

« Israël doit se défendre contre les roquettes qui
terrorisent nos villes du Sud », déclarait le porte-parole israélien.
« Les Palestiniens doivent riposter à l’assassinat de leurs combattants à
l’intérieur de la bande de Gaza », affirmait celui du Hamas.

En fait, le cessez-le-feu n’a pas été rompu, car il n’y avait pas
de véritable cessez-le-feu. La principale exigence pour tout cessez-le-feu dans
la bande de Gaza doit être l’ouverture des points de passages à la frontière. Il
ne peut y avoir de vie dans la bande de Gaza sans le passage d’un flux
d’approvisionnement. Mais ces passages n’ont pas été ouverts, à l’exception de
quelques heures de temps en temps. Le blocus sur terre, sur mer et dans les airs
contre un million et demi d’êtres humains est un acte de guerre, tout autant que
tout largage de bombes ou tirs de roquettes. Il paralyse la vie dans la bande de
Gaza, en détruisant la plupart des possibilités d’emploi, en jetant des
centaines de milliers de personnes au bord de la famine, en provoquant l’arrêt
du fonctionnement de la plupart des hôpitaux, en perturbant l’approvisionnement
en électricité et en eau.

Ceux qui ont décidé de fermer les points de passage – sous quelque
prétexte que ce soit – savaient qu’il n’y a pas de véritable cessez-le-feu dans
ces conditions.

C’est là le point central. Ensuite, vinrent les petites
provocations qui ont été conçues pour provoquer la réaction du Hamas. Après
plusieurs mois durant lesquels pratiquement aucune roquette Qassam n’avait été
tirée, une unité de l’armée a été envoyée dans la bande de Gaza « afin de
détruire un tunnel arrivant près de la barrière frontalière ». D’un point
de vue strictement militaire, il aurait été plus judicieux de monter une
embuscade de notre côté de la frontière. Mais l’objectif était de trouver un
prétexte pour mettre un terme au cessez-le-feu, de telle manière que l’on puisse
en attribuer de façon plausible la responsabilité aux Palestiniens. Et en effet,
après plusieurs de ces petites opérations dans lesquelles les combattants du
Hamas ont été tués, le Hamas a riposté par un tir massif de roquettes. Et voilà
– le cessez-le-feu était terminé. Tout le monde a blâmé le Hamas.

Quel était le but recherché ? Tzipi Livni l’a annoncé
ouvertement : liquider le pouvoir du Hamas dans la bande de Gaza. Les
roquettes Qassam ont seulement servi de prétexte.

Liquider le pouvoir du Hamas ? Cela ressemble à un chapitre
de « La Marche Folle ». Après tout, ce n’est pas un secret que c’est
le gouvernement israélien qui a mis en place le Hamas. Lorsque j’ai interrogé un
jour Yaakov Peri, un ancien dirigeant du Shin Bet, à ce sujet, il m’a répondu
énigmatiquement : « Nous ne l’avons pas créé, mais nous n’avons pas
entravé sa création. »

Pendant des années, les autorités d’occupation ont favorisé ce
mouvement islamique dans les territoires occupés. Toutes les autres activités
politiques étaient vigoureusement réprimées, mais leurs activités dans les
mosquées ont été autorisées. Le calcul était simple et naïf : à l’époque,
l’OLP était considérée comme le principal ennemi, Yasser Arafat était le Diable.
Le mouvement islamique prêchait contre l’OLP et Arafat, et a donc été considéré
comme un allié.

Avec le déclenchement de la première Intifada en 1987, le
mouvement islamique s’est officiellement rebaptisé Hamas (les initiales en arabe
de « Mouvement de résistance islamique ») et a rejoint la lutte. Même
à cette époque, le Shin-Bet n’a pris aucune mesure contre eux pendant près d’un
an, tandis que les membres du Fatah étaient exécutés ou emprisonnés en grand
nombre. Ce n’est qu’après une année que le cheikh Ahmed Yassine et ses collègues
ont également été arrêtés.

Depuis lors, la roue a tourné. Le Hamas est devenu le nouveau
Satan, et l’OLP est considérée par beaucoup en Israël comme étant presque une
branche de l’organisation sioniste. La conclusion logique pour un gouvernement
israélien recherchant la paix aurait été de faire de larges concessions à la
direction du Fatah : fin de l’occupation, signature d’un traité de paix,
fondement de l’État Palestinien, retrait aux frontières de 1967, une solution
raisonnable au problème des réfugiés, et la libération de tous les prisonniers
palestiniens. Cela aurait arrêté la montée du Hamas à coup sûr.

Mais la logique a peu d’influence sur la politique. Rien de ce
genre ne s’est produit. Au contraire, après l’assassinat d’Arafat [sic], Ariel
Sharon a déclaré que Mahmoud Abbas, qui l’avait remplacé, était une
« volaille plumée ». On n’a pas autorisé à Abbas d’obtenir le moindre
succès politique. Les négociations, sous les auspices américaines, sont devenu
une plaisanterie. Le plus authentique chef du Fatah, Marwan Barghouti, a été
envoyé en prison à perpétuité. Au lieu d’une libération massive de prisonniers,
il n’y a eu que de petits « gestes » insultants.

Abbas a été systématiquement humilié, le Fatah ressemblait à une
coquille vide et le Hamas a remporté la victoire lors des élections
palestiniennes – les élections les plus démocratiques jamais organisées dans le
monde arabe. Israël a boycotté le gouvernement élu. Dans la lutte intestine qui
s’en est suivi, le Hamas a pris le contrôle de la bande de Gaza.

Et maintenant, après tout cela, le gouvernement israélien a décidé
de « liquider le pouvoir du Hamas dans la bande de Gaza » – par le
sang, le feu et les colonnes de fumée.

Le nom officiel de cette guerre est « plomb durci »,
deux mots provenant d’une comptine enfantine sur un jouet d’Hanukkah.

Il serait plus exact de la nommer « la guerre des
élections ».

Dans le passé, aussi, des actions militaires ont été lancées lors
de campagnes électorales. Menachem Begin a bombardé le réacteur nucléaire
irakien durant la campagne de 1981. Lorsque Shimon Peres a affirmé qu’il
s’agissait d’un gadget électoral, Begin a répliqué lors du meeting
suivant : « Juifs, croyez-vous que je voudrais envoyer nos braves
garçons à leur mort, ou pire, être fait prisonnier par des animaux, afin de
gagner une élection ? » Begin a gagné.

Peres n’est pas Begin. Lorsqu’au cours de la campagne électorale
de 1996 il a ordonné l’invasion du Liban (opération « Raisins de la
colère »), tout le monde était convaincu qu’il l’avait fait afin de gagner
des élections. La guerre a été un échec, Peres a perdu les élections et Benyamin
Nétanyahou est arrivé au pouvoir.

Barak et Tzipi Livni recourent aujourd’hui à la même vieille
ficelle. En 48 heures, selon les sondages, le résultat des votes pour Barak lui
assurerait cinq sièges supplémentaires à la Knesset. Soit environ 80 morts
Palestiniens pour chaque siège. Mais il est difficile de marcher sur un tas de
cadavres. Ce succès pourrait s’évaporer en une minute si la guerre était
considérée comme un échec par l’opinion publique israélienne. Par exemple, si
les roquettes continuent de frapper Beersheba, ou si l’attaque au sol provoque
de lourdes pertes israéliennes.

Le calendrier a également été choisi méticuleusement sous un autre
angle. L’attaque a commencé deux jours après Noël, lorsque les dirigeants
américains et européens sont en vacances jusqu’au nouvel an. Avec pour
calcul : même si quelqu’un voulait essayer de mettre fin à la guerre, nul
ne peut renoncer à ses vacances. Cela garantissait de disposer de plusieurs
jours à l’abri de pressions.

Une autre raison à présidé au choix du moment : ce sont les
derniers jours de George Bush à la Maison Blanche. On pouvait s’attendre à ce
que ce sanglant imbécile soutienne la guerre avec enthousiasme, ce qu’il a fait
bien sûr. Barack Obama n’est pas encore entré en fonction et a eu à sa
disposition un prétexte tout fait lui permettant de garder le silence :
« il n’y a qu’un seul président ». Ce silence n’est pas de bon augure
pour le mandat du président Obama.

La préoccupation principale a été : ne pas répéter les
erreurs de la deuxième guerre du Liban. Cela a été répété sans cesse sur toutes
les ondes et durant tous les talk-shows.

Cela ne change rien aux faits : la guerre de la bande de Gaza
est une réplique presque identique de la deuxième guerre du Liban.

Le concept stratégique est le même : terroriser la population
civile par des attaques aérienne sans relâche, semant la mort et la destruction.
Cela ne pose aucun danger pour les pilotes, car les Palestiniens n’ont aucune
arme antiaérienne. Le calcul est celui-ci : si toute les infrastructures
permettant la vie quotidienne dans la bande de Gaza sont totalement détruites et
que l’anarchie totale s’ensuit, la population va se soulever et renversera le
régime du Hamas. Mahmoud Abbas reviendrait alors dans la bande de Gaza dans les
chars israéliens.

Au Liban, ce calcul n’a pas fonctionné. La population prise sous
les bombardements, y compris les chrétiens, s’est ralliée derrière le Hezbollah
et Hassan Nasrallah est devenu le héros du monde arabe. Quelque chose de
semblable va probablement se produire cette fois-ci également. Les généraux sont
des experts en ce qui concerne les armes et la manoeuvre des troupes, mais pas
en psychologie des masses.

Il y a quelque temps, j’ai écrit que le blocus de Gaza était une
expérience scientifique visant à savoir jusqu’où on peut affamer une population
et transformer sa vie en enfer avant qu’elle ne rompe. Cette expérience a été
menée avec l’aide généreuse de l’Europe et les États-Unis. Jusqu’à présent, elle
n’a pas réussi. Le Hamas s’est renforcé et la portée de la Qassams s’est accrue.
La guerre d’aujourd’hui est une continuation de cette expérience par d’autres
moyens.

Il est possible que l’armée « n’ait pas d’autre choix »
que de re-conquérir la bande de Gaza, car il n’y a pas d’autre moyen d’arrêter
les Qassams – sauf à parvenir à un accord avec le Hamas, ce qui est contraire à
la politique du gouvernement. Lorsque l’invasion terrestre commencera, tout
dépendra de la motivation et des capacités des combattants du Hamas vis-à-vis
des soldats israéliens. Personne ne peut savoir ce qui va se passer.

Jour après jour, nuit après nuit, la chaîne en arabe Al Jazeera
diffuse des images atroces : des piles de corps mutilés, des parents en
larmes à la recherche de leurs proches parmi les dizaines de cadavres étendus
sur le sol, une femme tirant sa petite fille de sous les décombres, des médecins
sans médicaments tentant de sauver la vie des blessés. (Al Jazeera en langue
anglaise, contrairement à son homologue en arabe, a effectué une étonnante
volte-face, diffusant seulement des images aseptisées et reprenant la propagande
du gouvernement israélien. Il serait intéressant de savoir ce qui s’est passé
là-bas.)

Des millions de spectateurs voient ces terribles scènes, image
après image, jour après jour. Ces images sont inscrites en leurs esprits pour
toujours : horrible Israël, abominable Israël, inhumain Israël. Toute une
génération d’ennemis. C’est un prix terrible, que nous allons être obligés de
payer longtemps après que les autres résultats de la guerre elle-même auront été
oubliés en Israël.

Mais il y a autre chose qui s’inscrit également dans l’esprit de
ces millions de spectateurs : l’image de ces régimes arabes, passifs,
misérables, corrompus.

Comme le voient les Arabes, un élément ressort au-dessus de tous
les autres : le mur de la honte.

Pour le million et demi d’Arabes dans la bande de Gaza qui
souffrent terriblement, la seule ouverture sur le monde qui ne soit pas
contrôlée par Israël est la frontière avec l’Égypte. C’est seulement par là que
peuvent parvenir la nourriture qui permet la vie et les médicaments qui peuvent
sauver les blessés. Cette frontière demeure fermée au pire moment d’horreur.
L’armée égyptienne a bloqué la seule issue permettant à l’alimentation et aux
médicaments d’entrer, alors même que sur les chirurgiens opèrent les blessés
sans anesthésie.

D’un bout à l’autre du monde arabe résonnent les paroles de Hassan
Nasrallah : Les dirigeants de l’Égypte sont les complices de ce crime, ils
collaborent avec l’« ennemi sioniste » en tentant de briser le peuple
palestinien. On peut supposer qu’il ne désignait pas uniquement Moubarak, mais
aussi tous les autres dirigeants, du roi d’Arabie saoudite au président
palestinien. En voyant les manifestations dans le monde arabe et en écoutant les
slogans on a l’impression que pour de nombreux Arabes leurs dirigeants sont au
mieux pathétiques et misérables, au pire des collaborateurs.

Cela aura des conséquences historiques. Toute une génération de
dirigeants arabes, une génération imprégnée de l’idéologie du nationalisme arabe
laïque, les successeurs de Gamal Abd-al-Nasser, Hafez al-Assad et Yasser Arafat,
pourrait être balayée de la scène. Dans le monde Arabe, la seule alternative
viable est celle de l’idéologie fondamentaliste islamique.

Cette guerre l’écrit en lettres capitales : Israël a manqué
une chance historique de faire la paix avec le nationalisme arabe laïque.
Demain, il pourra être confronté à un monde arabe uniformément fondamentaliste,
un Hamas multiplié par mille.

L’autre jour, mon chauffeur de taxi à Tel-Aviv réfléchissait à
voix haute : Pourquoi ne pas mobiliser les fils des ministres et des
membres de la Knesset, les rassembler en une unité de combat et les envoyer à la
tête de la prochaine attaque terrestre sur la bande de Gaza ?


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