"Le modèle" aujourd’hui, pour beaucoup de "communistes" intégrés
nouvelle mouture, c’ est la pseudo "démocratie"  capitaliste
En dehors de ce modèle, ils n’ont plus aucune perspective
révolutionnaire …
RoRo
 
From: pam
Sent: Monday, April 27, 2009 2:58 PM
Subject: Le PCF et Cuba
A l’attention de Charlotte Bozonnet, Je réside à La Havane et je prend
connaissance avec un certain retard de vos articles et contributions comme
celles régulières de Janette Habel que je viens de lire dans l’ Humanité
Dimanche du 2 au 8 avril 2009. Pour vivre à Cuba je vous avoue ma consternation
entre ce que je vis et ce que je lis de la situation ici tout comme des analyses
si conventionnelles que vous faites valoir : celles particulièrement répétitives
de Janette Habel que vous semblez (…) – les amériques
 
 

Le PCF et Cuba

une lettre de Jean-Pierre Page à l’Humanité-Dimanche
lundi 27 avril 2009
par pam

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A l’attention de Charlotte Bozonnet,

Je réside à La Havane et je prends connaissance avec un certain retard de vos
articles et contributions comme celles régulières de Janette Habel que je viens
de lire dans l’ Humanité Dimanche du 2 au 8 avril 2009.

Pour vivre à Cuba, je vous avoue ma consternation entre ce que je vis et ce
que je lis de la situation ici tout comme des analyses si conventionnelles que
vous faites valoir : celles particulièrement répétitives de Janette Habel
que vous semblez considérer comme un avis exclusif et autorisé, au point qu’on
peut se poser la question si il n’y a plus de communistes susceptibles de donner
une opinion indépendante sur Cuba et sa Révolution. Je parle bien sur de
communistes et non de Janette Habel dont le conformisme vis a vis de Cuba
socialiste n’est pas nouveau. Ainsi, elle conclut son interview par " Cuba n’est
pas un modèle " ! Mais qui parle de modèle ? Sûrement pas les
Cubains !
Par contre pourquoi ne parlerait on pas "d’exemple" et
même "d’exemple contagieux" si l’on apprécie l’esprit de résistance qui se
développe en Amérique latine où chacun rend hommage à Cuba et à Fidel sans qui
bien des changements ne seraient jamais intervenus ! Ecoutez Lula,
Bachelet, Kirchner, Zelaya, Colom, ou Leonel Fernandez, et je ne parle pas de
Chavez, d’Ortega, de Evo, de Correa et de bien d’autres, mais surtout les
peuples de cette région du monde. Est-ce si compromettant d’en parler ?
D’ailleurs il me semble que Janette Habel gagnerait à expliquer POURQUOI ET
COMMENT 50 ans après le triomphe de la Révolution, Cuba, comme elle l’admet bien
malgré elle, continue à être "un symbole de la résistance anti-impérialiste et
de la souveraineté nationale". Après toutes ces années elle devrait savoir que
si cela ne se décrète pas, c’est que cela doit reposer sur quelque chose qui
s’appelle l’adhésion d’une large majorité du peuple cubain aux choix faits il y
a 50 ans par les révolutionnaires du "Granma" !

J’en viens maintenant à votre façon d’aborder la situation nouvelle, celle de
l’après Bush ! Elle me semble caricaturale et politiquement inappropriée
pour tous ceux qui, lecteurs réguliers de l’Humanité et autres, se sentent
solidaires de Cuba et attendent des arguments mais surtout des informations leur
permettant de comprendre ce qui s’y passe afin d’apprécier les enjeux
véritables. Car si l’on s’en tient à la seule lecture de Janette Habel, on a
plutôt le sentiment que dans un monde qui bouge vite, Cuba serait comme paralysé
ou si je vous suis tétanisé par l’esprit d’initiative d’Obama ! Ce qui est
pour moi une façon de voir assez surprenante quand, dans les faits, cette
période consacre au contraire la justesse de la stratégie anti-impérialiste de
Cuba qui aura contribué à modifier sensiblement le rapport des forces politiques
de toute cette région. Votre article sur la Conférence de Trinidad et Tobago est
de ce point de vue affligeant non seulement parce qu’il suggère qu’Obama
incarnerait l’ouverture mais parce qu’il laisse entendre que la balle serait
dorénavant dans le camp de La Havane. Argument que reprennent en cœur les
agences de presse occidentales avec le discernement qu’on leur connait. N’
a-t’on pas entendu parler "de brèche dans le blocus" et même de "fin
programmée". Ce qui est surprenant c’est que l’Humanité Dimanche prête sa voix à
ce concert.

La réalité est tout autre ! Qu’en est-il ?

Avec la décision du Costa Rica et celle annoncée du Salvador, Cuba a
maintenant des relations diplomatiques avec toutes les républiques d’Amérique
Latine et de la Caraïbe
. Cuba a été accueilli triomphalement au sein du
groupe de Rio et Cuba ne rejoindra pas l’OEA parce que cette institution
représente une époque désormais révolue, celle où l’Amérique latine était
"l’arrière cour" des USA obéissant à ses dictats et acceptant tous ses coups
tordus criminels sur lesquels on attend encore qu’Obama s’explique, ce que
d’ailleurs Fidel et Raoul viennent de rappeler opportunément. L’OEA, c’est 60
ans de trahison et d’ailleurs les Cubains demandent sa dissolution ! Donc
quand l’OEA sur ordre des USA souhaite la réintégration de Cuba, ils sont
complètement à coté du sujet ! En fait ce sont les USA qui sont
complètement isolés ! C’est d’ailleurs ce qu’a souligné avec pertinence la
membre du Congrès US Barbara Lee, démocrate lors de sa récente visite à la
Havane à la tête d’une importante délégation parlementaire du Black Caucus.
Faut-il rappeler qu’un récent sondage aux USA montre que 71% des Américains
souhaitent des relations diplomatiques normales avec Cuba ?

Le problème c’est que les mesures annoncées par Obama,
conformes à ce qu’il avait déclaré pendant sa campagne électorale, ne modifient
pas le fond des choses et en aucun cas ne sauraient être interprétées comme une
ouverture. Elles assouplissent certaines dispositions pour les
Cubanos-Américains mais pas pour les Américains et par ailleurs, elles
s’accompagnent d’exigences totalement déplacées et mêmes provocatrices vis-à-vis
d’un gouvernement et d’un peuple qui résistent depuis presque 50 ans contre un
embargo criminel et dont une partie du territoire est occupée illégalement par
un camp de concentration et une base militaire US : Guantanamo. En
fait à Port-of-Spain, Obama a été très clair, il n’y aura pas de levée de
l’embargo.
C’est d’ailleurs ce qu’avait annoncé trois semaines
auparavant le vice-président Joe Biden à la Conférence de Vina-del-Mar le 29
mars dernier au Chili. Il n’y a donc aucune ambiguïté. Maintenant évidemment, si
les Etats-Unis veulent parler, les Cubains sont d’accord, mais cela ce n’est
pas nouveau ! Et comme l’a fait comprendre Raoul, " Cuba ne demande pas la
charité, mais des relations normales"
, il n’ y a pas de sujets tabous et on
peut aussi discuter par exemple de la libération des 5 héros cubains prisonniers
politiques en faveur desquels une douzaine de prix Nobel viennent à nouveau de
se mobiliser, ou encore on peut parler du terroriste Cubano-Américain, agent de
la CIA, Posada Cariles, dont le Panama et le Venezuela demandent en vain
l’extradition depuis plusieurs années.

Comme l’a souligné Christina Kirchner, la politique des Etats-Unis
est dans ces conditions totalement "anachronique"
. C’est donc à
Washington de faire la démonstration de sa volonté de voir changer ses relations
avec Cuba et non l’inverse ! Ce qui passe par le respect de l’intégrité de
Cuba, de sa souveraineté, de son indépendance, de ses choix politiques comme
c’est un principe reconnu pour chaque pays du monde. Que dirait-on si Cuba
exigeait comme préalable à toute discussion que Washington modifie la situation
des droits de l’homme aux USA, ou encore qu’ils renoncent au marché, voir au
capitalisme. Au nom de qui et de quoi Washington et Obama s’arrogent-ils le
droit de décider et juger de ce qui est bon pour les Cubains ? Tout cela
venant d’un pays où le Président vient de reconnaître qu’on se livrait à la
torture tout en ajoutant qu’en aucun cas on ne pourrait engager d’actions contre
leurs auteurs et leurs inspirateurs. Quelle scandaleuse hypocrisie ! C’est
ce double langage, cette position rétrograde et réactionnaire qui est condamnée
internationalement et est à l’origine de l’isolement des USA au sein de
l’Assemblée générale des Nations Unies et bien sûr en Amérique Latine. C’est
aussi pourquoi et visiblement au regard des premiers échos qui viennent de
Trinidad, la montagne semble avoir accouché d’une souris. Si vous avez le temps
et la volonté, relisez les déclarations de Celso Amorim le
Ministre des affaires étrangères du Brésil faites là bas. "Obama doit
comprendre que la région veut la fin de l’embargo ! L’exclusion de Cuba est
une anomalie qui doit être corrigée ! "
Ce n’est donc pas à Cuba de
donner des gages ! Il faut ajouter encore une chose. A ce jour, les USA
n’ont pas renoncé à leurs tentatives de déstabilisation dans plusieurs pays
comme l’Equateur, le Venezuela, la Bolivie, Evo Morales vient d’ailleurs de le
rappeler ! Qu’en pense et que fait Obama ?

En fait, l’état des choses a décidément bien changé et, avec leurs
différences, les peuples d’Amérique latine ont fait des choix qui devront
s’imposer à Obama et son équipe au risque de voir ceux-ci louper le train de
l’histoire ! Un important Think Tank américain "the Inter American
Dialogue Research Center"
soulignait ces derniers jours : " le
meeting de Trinidad-et-Tobago sera peut-être la seule opportunité pour Obama
s’il veut prendre en compte la nouvelle réalité latino-américaine"
. Pour
beaucoup d’observateurs qui commentent l’impressionnant ballet diplomatique qui
se déroule depuis des mois à La Havane, Cuba est devenu une plaque tournante ou
encore "une porte ouverte" sur l’Amérique Latine et par ces temps de crise, une
sorte "de passage obligé". Même Sarkozy l’a compris à sa manière, alors pourquoi
pas vous ! Ne pas saisir cela et ne pas expliquer le pourquoi de
cette situation radicalement nouvelle que l’on doit à Cuba et non à Obama ne
peut que constituer un handicap pour les luttes et les nécessaires solidarités
internationalistes.

Voila pourquoi la crédibilité de l’Humanité Dimanche gagnerait à parler de la
situation réelle à Cuba, parce que c’est justement cette situation réelle, les
progrès, les résultats acquis, qui donnent cette force et cette crédibilité à
Cuba, ce que d’ailleurs vient de reconnaître le commissaire européen Louis
Michel à l’issue de sa troisième visite cette année à La Havane. Sur ce point,
il y a tant de choses à dire que de publier et republier les mêmes arguments,
les mêmes dénigrements et les mêmes expressions dans l’HD d’avril, dans le
numéro spécial de l’HD sur Cuba, dans le Monde Diplomatique de décembre 2008
comme le fait Janette Habel m’ont fait penser à ce révolutionnaire bien connu
qui fort justement faisait remarquer : " l’histoire ne se répète pas
elle bégaye"
.

Bien sur il y a des problèmes à Cuba et comment n’y en aurait-il
pas ?
Cuba est un petit pays du tiers-monde, soumis de surcroît à
un embargo génocidaire et qui a subi fin 2008 trois ouragans particulièrement
dévastateurs équivalents à tiers de son PIB. Cela ne donne que plus de mérites
et de valeur aux avancées économiques, sociales et culturelles de la Grande Ile
comme cela donne aussi du sens aux exigences critiques qui s’expriment au sein
du peuple, à commencer de la part de ses propres dirigeants, en particulier
Fidel et Raoul. Tout cela est à l’ordre du jour et se discute, avec en
perspective le prochain congrès du Parti Communiste Cubain ! Par conséquent
réduire la vie politique et sociale à Cuba à cette présentation caricaturale,
conformiste et politicienne à laquelle se livre Janette Habel devient pour le
moins lassant.

Par exemple celle ci parle des réformes de structure en panne mais, outre le
débat ouvert sur les reformes de nombreuses institutions, le dernier et
important remaniement ministériel qui vient d’avoir lieu a justement à voir avec
tout cela, comme c’est le cas avec le rôle clef joué dorénavant par le Ministère
des sciences, des technologies et de l’environnement qui prendra totalement en
charge tous les domaines de la recherche en particulier bio-technologiques et
qui est placé maintenant sous la responsabilité du populaire "Chomi" Barruecos,
ancien guérillero et longtemps secrétaire personnel de Fidel Castro. C’est le
cas également de la fusion d’autres ministères, Agriculture et pèche par
exemple, ou encore du Commerce extérieure avec le ministère de l’investissement.
D’autres changements se préparent. C’est pourquoi "la bombe" dont parle Janette
Habel en évoquant le départ de Carlos Lage et de Felipe Roque, ressemble à un
pétard mouillé, les explications ont été données et franchement, on est bien
loin du roman qu’elle évoque sur la lutte souterraine entre Raulistes et
Fidelistes. Quant à imaginer l’expression d’une gauche alternative faite de
"courants d’inspiration marxiste", il ne faut pas voir le NPA partout et prendre
ses désirs pour des réalités ! Tout cela est bien dérisoire. Reprendre
aussi dans cette interview toutes ces fables sur les portables témoigne d’une
méconnaissance totale. Il suffit de se promener dans les rues de La Havane pour
voir ce qu’il en est réellement ! Idem en ce qui concerne internet ! A
Cuba pour une population de 11 millions d’habitants, on compte près 700 000
ordinateurs, 15 000 étudiants se spécialisent dans ce secteur. Faut il rappeler
qu’en 1959 Cuba comptait 3 universités et en 2007, 66 avec 600 000
étudiants ? Pourquoi ne pas parler de tout cela comme par exemple de la
récente découverte cubaine d’un traitement contre le cancer du poumon, les
progrès spectaculaires faits dans la lutte contre le SIDA et reconnus par la
communauté internationale ou encore du vaccin contre la méningite B qui est le
seul au monde ou de celui contre l’hépatite B exporté dans plus de 60 pays. En
février dernier la Foire internationale du livre a connu 6 millions de
visiteurs, 9000 nouveaux titres y étaient présentés, plus de 50 pays y
participaient. Pourquoi ne pas évoquer également (février début mars) la "
Conférence internationale des économistes"
à laquelle ont participé cette
année 1500 économistes de près de 60 pays, dont 3 prix Nobel américains, 2
présidents et 75 parlementaires et ministres de nombreux pays. Actuellement La
Havane est envahie par l’Art Contemporain : la 10ème Biennale, 300 artistes
de 54 pays représentant toutes les tendances de l’Art Contemporain, et enfin
parler de la formidable restauration de la vieille Havane dont la réussite a
conduit l’UNESCO à la classer au patrimoine de l’Humanité… Pourquoi ne pas
parler de tout cela et bien sûr aussi des problèmes ! Par
conséquent les lecteurs de l’Humanité méritent aussi ces informations, et autre
chose que les propos habituels de Janette Habel !
Je ne sais pas
si vous publierez ce courrier mais peut-être allez vous y répondre. Je le
souhaite pour ma part ! Tout comme je souhaite voir l’Humanité retrouver la
place qui était la sienne dans la défense d’une Révolution qui, par delà ses
victoires et ses échecs, continue à faire rêver et inspirer bien des peuples à
travers le Monde.

Comme je doute que vous vous en soyez fait l’écho, je veux me saisir de
l’opportunité de ce courrier en soulevant une question qui ne concerne pas
directement l’Humanité mais l’activité du PCF à laquelle l’Humanité n’est pas
indifférente. Pourquoi, fin 2008, au Conseil Régional d’Ile-de-France et en
réunion de sous-commission, le groupe communiste avec le groupe socialiste
a-t-il voté contre une motion proposant l’attribution d’une importante
subvention de solidarité à Cuba après les dévastations sans précédents des 3
ouragans ?

Bien cordialement à vous, Hasta la vitoria
siempre !

Jean-Pierre Page, ancien membre du Comité Central du PCF
(1982-2000

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