From: nicolas
Sent: Thursday, September 17, 2009 9:26 PM
To: Romain
Subject: [romain : paix_socialisme_communisme] Fw: Grippe mexicaine
:interview de l’épidémiologiste Luc Bonneux

 

18 août 2009 17:09 | Il y a : 30  jour(s) |

Grippe mexicaine :: Interview de l’épidémiologiste Luc Bonneux

« Les antivirus : pas de confiance aveugle »

Nick Dobbelaere

Luc Bonneux : « Se laver les mains est toujours
une bonne idée. Les virus détestent ça. C’est un mode de vie sain, grâce auquel
on peut prévenir bien des maladies. » (Photo The Big Blend)

Selon l’épidémiologiste Luc Bonneux, la crainte à l’égard de
la grippe mexicaine est exagérée. Et elle est surtout imputable aux médias et
aux hommes de science. « Les politiciens ne sont pas innocents non
plus », estime-t-il. « Ils veulent surtout montrer qu’ils font quelque
chose. »

Au début du mois, Luc Bonneux publiait un billet d’humeur
surprenant dans le quotidien flamand De Standaard. Il y déclarait que les gens
se font inutilement du mauvais sang à propos de la grippe mexicaine qui, tout
bien pesé, paraît moins sévère qu’une simple grippe hivernale. Bonneux tire sur
les médias et les fonctionnaires de la santé publique qui font la promotion de
médicaments inutiles contre la grippe, soutenant ainsi l’industrie
pharmaceutique. « J’estime qu’il importe qu’on dise aux gens, et surtout
quand ils sont en bonne santé, qu’avec ces médicaments, ils risquent d’aller pis
que mieux », affirme Bonneux.

Pourquoi les médicaments contre la grippe,
tel que le Tamiflu, ne servent-ils à rien contre la grippe ?

Luc Bonneux. Ces médicaments ne sont pas des antibiotiques.
Ils ralentissent seulement la progression du virus. Le problème de la grippe,
c’est qu’on ne voit les premiers symptômes qu’au moment où l’on est déjà
complètement contaminé par le virus. Cela veut dire qu’on commence à administrer
l’anti-grippe lorsqu’il ne peut plus freiner grand-chose.

Pourtant, on prescrit encore très souvent ces
produits…

Luc Bonneux. Aux Pays-Bas, ils sont prescrits en
grandes quantités. Sur ce plan, la Belgique est plus conservatrice, dans le bon
sens du terme. La Belgique ne suit pas trop vite les modes d’un jour. Cela est
dû en grande partie, selon moi, au commissaire de la grippe, Marc Van Ranst, qui
a une attitude réfléchie, réservée et experte sur la question. Il a su freiner
la panique. Mais aux Pays-Bas, il en va tout autrement. Les médias ont entretenu
la peur de la grippe, si bien que les familles ont acheté des tas de doses
d’anti-grippe via Internet. Un virologue à sensation, qui utilise bien les
médias, a régulièrement pu y prendre la parole. Et ce même virologue a
manifestement des liens avec l’industrie pharmaceutique. Ca a été du marketing
pur et simple : on a donné la frousse aux gens.

D’où viennent ces scénarios de la
peur ?

Luc Bonneux. Etonnamment, cette peur a été générée en
premier lieu par les scientifiques. Ceux-ci font passer la maladie pour plus
grave qu’elle ne l’est, afin de pouvoir obtenir des subsides des
autorités.  Leurs laboratoires de recherche coûtent cher, ce qui les oblige
à collaborer avec l’industrie. L’État ne peut plus avancer l’argent pour
financer un grand centre de recherche universitaire. La plupart des hommes de
science ont des liens étroits avec l’industrie, qui met des moyens à leur
disposition et qui, de ce fait, attend quelque chose en échange. En conséquence,
les « études » réalisées par ces chercheurs sont souvent le résultat
des pressions du lobby pharmaceutique.

Quand de telles études paraissent, les médias en font des
histoires à sensations et les amplifient. On ne doit pas sous-estimer leur rôle.
Cela semble peut-être fort mais, pour les médias, seules les mauvaises nouvelles
sont de bonnes nouvelles.

Les hommes politiques ne devraient-ils pas
passer au-dessus de cette crainte non fondée ?

Luc Bonneux. Les hommes politiques veulent surtout
montrer qu’ils font quelque chose. Ils auraient mieux fait de suivre la façon de
faire d’un Jean-Luc Dehaene, à savoir résoudre les problèmes lorsqu’ils se
posent. Or, les hommes politiques ont une tendance à agir de façon proactive.
Par exemple, en 2005, à l’époque de la grippe aviaire, les hommes
politiques se sont laissé imposer des médicaments comme le Tamiflu. Ils se
retrouvent avec ces médicaments sur les bras et ne peuvent plus faire machine
arrière. Leurs intentions ne sont pas mauvaises mais il aurait plutôt fallu
réfléchir et observer d’abord, et agir ensuite.

Notre pays est-il suffisamment préparé à une
importante percée de la grippe mexicaine ?

Luc Bonneux. Je n’ai absolument pas peur de la grippe
mexicaine en Belgique. Je pense que, sur ce plan, nos faiblesses, à savoir le
fait que les soins de santé seraient débordés en cas de pandémie, se mueront en
force.

La Belgique a mené une politique intelligente en ce qui
concerne la commande des vaccins. Si la Belgique veut vacciner à grande échelle,
le modèle kiwi est évidemment l’approche adéquate (le commissaire de la grippe,
Marc Van Ranst, a déclaré dans Solidaire, le 25 juin, que la Belgique applique
le modèle kiwi dans l’achat des vaccins, ndlr). On va négocier avec l’industrie
et on dit : « Que proposez-vous ? ». On passe alors la
commande auprès du plus offrant. Les Pays-Bas ont d’abord annoncé qu’ils
allaient acheter 34 millions de vaccins puis qu’ils négocieraient sur le prix.
C’est un peu comme si vous laissiez vos armes au vestiaire. (il rit) Car les
entreprises pharmaceutiques ne font pas dans la philanthropie. Elles évaluent ce
que le naïf à l’intention de payer. Et si le naïf dit à l’avance qu’il en veut
34 millions, il n’a déjà plus de marge pour négocier.

La Belgique prend 12 millions de vaccins, les
Pays-Bas 34 millions. Y en aura-t-il bien assez pour vacciner toute la
population mondiale 
?

Luc Bonneux. Non, la capacité de production est trop
limitée. Si les pays riches, comme les Pays-Bas, commandent assez de vaccins
pour vacciner deux fois leur population, d’autres pays connaîtront une pénurie
de vaccins. Dans le meilleur des cas, 800 millions de personnes pourront être
vaccinées. Ce serait une prestation incroyable mais il resterait encore plus de
5 milliards de personnes sur le carreau…

En conclusion, quelles mesures pouvons-nous
prendre personnellement pour réduire le risque de contagion ?

Luc Bonneux. Ce qui est très efficace, c’est de se
laver très souvent les mains. Les virus n’aiment pas ça. Contrairement à ce que
certains penses, le virus se propage surtout par les mains, et pas par la toux
et les éternuements. On tousse rarement en face de quelqu’un, mais plutôt sur
une table ou une poignée de porte. Les masques buccaux ne sont intéressants que
lorsque vous avez déjà le virus et que vous ne voulez contaminer personne.

Je dirais que, de façon générale, se laver les mains est
toujours une bonne idée. C’est une habitude saine qui peut prévenir bien des
maladies.

PTB

 

 

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