Michel Peyret
18 octobre 2009
LES ESCAMOTEURS DE SPECTRE !
Tout le monde
connait les premières lignes du Manifeste du Parti communiste dont les auteurs
sont Marx et Engels :
« Un
spectre hante l’Europe : le spectre du communisme .
« Toutes
les puissances de la vieille Europe se sont groupées en une sainte chasse à
courre pour traquer ce spectre : le Pape et le Tsar , Metternich et Guizot , les
radicaux français et les policiers allemands .
« Où est
le parti d’opposition qui n’a pas été accusé de communisme par ses adversaires
au pouvoir ?
« Où est
le parti d’opposition qui n’a pas stigmatisé du reproche infamant de
« communisme » ses adversaires de droite ou de gauche
?
IL EST GRAND
TEMPS !
« Il en
résulte deux choses , poursuit le Manifeste .
« Le
communisme est déjà reconnu comme une puissance par toutes les puissances
européennes .
« Il est
grand-temps que les communistes exposent à la face du monde entier leurs
conceptions, leurs buts , leurs tendances et qu’ils opposent aux légendes du
spectre communiste un manifeste du parti lui-même .
« Dans ce
but , les communistes de diverses nationalités se sont réunis à Londres et ont
esquissé le manifeste suivant , publié en anglais , français , allemand ,
italien , flamant et danois… »
C’était en 1847
, Marx et Engels furent chargés de mettre sur pied la publication d’un programme
théorique et pratique concret .
Rédigé en
allemand , le manuscrit fut imprimé à Londres en janvier 1848 , quelques
semaines avant la révolution française du 24 février .
Une traduction
française parut peu avant l’insurrection parisienne de juin 1848
.
LUTTER POUR
AVOIR LES COUDEES FRANCHES !
Friedrich
Engels , qui signe la Préface au Manifeste de janvier 1888 , y écrit
:
« L’écrasement de l’insurrection parisienne de juin 1848 ,
le premier grand combat du prolétariat contre la bourgeoisie , relégua
provisoirement au second plan les efforts sociaux et politiques des travailleurs
européens .
« Et comme
au temps de la révolution de février , les différents groupes de la classe
possédante luttèrent entre eux pour regagner la première place ; la classe
ouvrière fut réduite à lutter pour avoir les coudées franches et à occuper
l’extrème gauche des classes moyennes radicales .
« Là où
les mouvements prolétariens indépendants s’avisèrent de donner signe de vie , ce
fut l’impitoyable écrasement…
« Lorsque
la classe ouvrière européenne retrouve assez de force pour recommencer une
nouvelle offensive contre la classe dominante naquit l’Association
Internationale des Travailleurs…
« C’est
ainsi que le Manifeste revient à la surface… »
CENT QUINZE ANS
APRES !
L’édition du
Manifeste que je cite est datée de novembre 1966 !
L’introduction
d’alors , signée de Robert Mandrou , précise que « lorsque le jeune Marx
rédigeait le Manifeste du parti communiste ( avec l’aide de son ami Engels ) à
la demande de la Fédération des Communistes , il s’adressait aux
« prolétaires de tous les pays » au nom d’une poignée de militants ,
prophètes convaincus d’un monde meilleurs . »
Il poursuit :
« Cent quinze ans après la publication de cet appel , nous pouvons en
mesurer l’efficacité d’un coup d’oeil : presque la moitié de l’humanité est
encadrée par un régime politique qui se réclame de Karl Marx ; et l’autre moitié
ne saurait se flatter de l’ignorer ; au contraire , les plus décidés de ses
adversaires sont nourris de la pensée marxiste : quel bourgeois français de 1962
nierait , si ce n’est par goût des paradoxes , la lutte des classes
?
« Jamais
dans l’histoire de l’humanité , penseur n’eut une efficience comparable
.
« Mais
d’autre part , il n’est pas une pensée qui ait été plus déformée , parodiée ,
caricaturée que celle du fondateur du matérialisme historique
. »
UNE PENSEE
CARICATUREE ET AMPUTEE
Certes , nous
ne sommes plus en 1962 .
Les idées de
Marx ont subi tout un temps de terribles épreuves .
On le voit bien
: longtemps on lui a attribué le mérite d’avoir triomphé sur la presque moitié
de l’humanité et d’influencer fortement l’autre moitié !
On ne pouvait
en conséquence que lui faire porter la responsabilité de l’échec qui est
finalement survenu .
Aussi , on ne
peut que rendre hommage à la clairvoyance , à la lucidité de Robert Mandrou qui
, dès 1962 , avait su percevoir que ce n’était pas la pensée de Marx qui pouvait
être tenue pour méritoire des succès , ni coupable des échecs tant elle avait
été déformée .
Et j’ajouterais
pour ce qui me concerne ignorée dans ses aspects essentiels comme j’ai déjà eu
l’occasion de l’écrire .
POURQUOI
RENONCERAIT-ON A L’IDEE COMMUNISTE ?
Aussi , on le
voit bien , il n’y a aucune raison pour faire porter au Manifeste du Parti
communiste , comme à l’ensemble de la pensée de Marx , un discrédit qui
consisterait dans le fait de renoncer à utiliser le concept de communisme
.
C’est pourtant
ce que je constate : nombre d’articles qui me sont donné à lire lui substituent
le concept de « socialisme » .
Pourtant Engels
, dans la Préface de 1988 déjà citée , montrait que , au moment où Marx et
lui-même écrivaient , ils ne pouvaient l’intituler « Manifeste
socialiste » :
« En 1847
, on donnait le nom de socialistes , d’une part aux adeptes des divers systèmes
utopiques : les owenistes en Angleterre et les fouriéristes en France , et qui
n’étaient déjà plus , les uns et les autres , que de simples sectes agonisantes
; d’autre part aux méticastres sociaux de tout acabit qui promettaient , sans
aucun préjudice pour le Capital et le profit , de guérir toutes les infirmités
sociales au moyen de toutes sortes de replâtrages .
« Dans les
deux cas , c’étaient des gens qui vivaient en dehors du mouvement ouvrier et qui
cherchaient plutôt un appui auprès des classes
« cultivées »
LE SOCIALISME ,
UN MOUVEMENT BOURGEOIS !
« Au
contraire , cette partie des ouvriers qui , convaincue de l’insuffisance de
simples bouleversements politiques , réclamait une transformation fondamentale
de la société , s’était donné le nom de communistes .
« C’était
un communisme à peine dégrossi , purement instinctif , parfois un peu grossier ,
mais cependant il pressentait l’essentiel et se révéla assez fort dans la classe
ouvrière pour donner naissance au communisme utopique : en France , celui de
Cabet et en Allemagne , celui de Weitling .
« En 1847
, le socialisme signifiait un mouvement bourgeois , le communisme , un mouvement
ouvrier .
« Le
socialisme avait , sur le continent tout au moins , « ses entrées dans le
monde » , pour le communisme , c’était exactement le contraire
.
« Et comme
, depuis toujours , nous étions d’avis que « l’émancipation des
travailleurs doit être l’oeuvre des travailleurs eux-mêmes » , nous ne
pouvions hésiter un instant sur la dénomination à choisir .
« Depuis ,
il ne nous est jamais venu à l’esprit de la rejeter . »
Je ne sais pas
si les divers articles préconisant le socialisme ont pour objet de développer le
débat .
En tout cas
j’espère que celui-ci y contribuera !
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