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Subject: Les péchés d’Hugo Chavez – interview de Michel
Collon
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Les péchés d’Hugo Chavez
Michel Collon

Interview: Petya Micheroux

En
Amérique latine, presqu’une personne sur deux vit sous le seuil de
pauvreté. Au Venezuela, un homme affirme qu’on peut y mettre fin. Certains
l’accusent de tous les péchés : ‘populiste’, ‘dictateur’… Michel
Collon vient de publier "Les 7 péchés d’Hugo Chavez" et il montre pourquoi
cette expérience nous concerne.



Le président vénézuélien Hugo Chavez est-il
populiste ?


Chavez a-t-il tenu ses promesses ?


Certains lui reprochent d’être trop lent, trop conciliant, de ne pas
s’attaquer à la propriété capitaliste…


Votre livre aborde en fait tout le rapport Nord-Sud à l’échelle du
continent américain. Vous parlez du Nord comme de " l’aspirateur des
richesses ". Que voulez-vous dire ?


Quelles menaces font peser les Etats-Unis sur le
Venezuela ?


Votre livre analyse aussi les erreurs et les faiblesses de Chavez. Quelles
sont-elles ?


Le Venezuela, c’est loin. En quoi votre livre peut-il intéresser le
lecteur européen ?


Le Venezuela nous montre qu’un autre monde est
possible ?

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l’interview

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ARTICLES
DE MICHEL COLLON
Lundi, 23 Novembre 2009 13:59    
 Les péchés d’Hugo Chavez

En Amérique latine, presqu’une personne sur deux vit
sous le seuil de pauvreté. Au Venezuela, un homme affirme qu’on peut y
mettre fin. Certains l’accusent de tous les péchés : ‘populiste’,
‘dictateur’… Michel Collon vient de publier Les 7 péchés d’Hugo Chavez et
il montre pourquoi cette expérience nous concerne.

 

Interview: Petya Micheroux

 

Le président vénézuélien Hugo Chavez est-il
populiste ?

    Michel Collon. La grande
tarte à la crème ! Dès que quelqu’un dérange, les médias lui collent
une étiquette. Qui a pour fonction d’empêcher les gens de réfléchir aux
problèmes, aux conflits entre des intérêts qui s’affrontent. C’est quoi,
un « populiste » ? Quelqu’un qui flatte le peuple, en lui
faisant des promesses qu’il ne peut tenir. Selon moi, cette définition
vaut pour Sarkozy et les autres dirigeants européens : ils font des
promesses en sachant qu’ils ne les tiendront pas.

Et Chavez
aurait tenu ses promesses ?

    Michel
Collon.
Lorsqu’il arrive au pouvoir en 1999, deux Vénézuéliens sur
trois n’avaient jamais vu un médecin de leur vie. Depuis, « Chavez le
populiste » a mis en place avec l’aide de médecins cubains des
maisons médicales, non seulement dans les quartiers pauvres de Caracas,
mais aussi dans les campagnes et les régions les plus reculées des Andes
ou de l’Amazonie. Il a aussi alphabétisé, en moins de deux ans, un million
et demi de personnes. Le budget de l’éducation est passé de 3% à 9%. On a
réussi à remettre aux études des gens qui avaient dû les interrompre à
cause de la pauvreté. Aucun de ses prédécesseurs n’avait fait ça. A mon
avis, beaucoup de peuples dans le monde aimeraient avoir de tels
dirigeants populistes.
    Avant, l’argent du pétrole
servait à enrichir les multinationales. Aujourd’hui, il sert à éliminer la
pauvreté. Pour les riches, Chavez est donc le diable, couvert de péchés.
Pour les pauvres, il incarne l’espoir.

Mais certains lui
reprochent d’être trop lent, trop conciliant, de ne pas s’attaquer à la
propriété capitaliste…

    Michel Collon.
Méfions-nous des « Y a qu’à ». Pour eux, tout est facile. Y a
qu’à faire ceci, y a qu’à faire cela. Chavez n’a qu’à exproprier tous les
capitalistes et créer un État ouvrier, exporter la révolution dans toute
l’Amérique latine, et bla bla bla. Mais le Venezuela ne compte presque pas
d’ouvriers, sur quelle base reposerait un « État
ouvrier » ?
Non, le problème clé, celui qui bloque le
développement de pays comme le Venezuela, c’est la dépendance envers les
multinationales. Celles-ci déversent leurs produits subventionnés,
contrôlent les politiciens et l’armée, pillent les matières premières et
toutes les richesses, maintiennent les salaires au plancher et tout ça
bloque le développement du tiers monde. Or, beaucoup de classes et couches
sociales du tiers monde ont intérêt à ce que leur pays se libère de
l’emprise des multinationales US ou européennes, et pas seulement, les
classes travailleuses. Il y a donc intérêt à s’allier avec elles ou à les
ménager.
Réussir cette première étape n’est pas évident. Contrairement
à ces « révolutionnaires en chambre », Chavez a la
responsabilité de remplir les assiettes des gens. Eliminer une forme
d’économie – où il y a effectivement une exploitation capitaliste, c’est
vrai – quand on n’a encore rien pour la remplacer, c’est laisser les gens
crever de faim et évidemment se détourner de la révolution. Une révolution
ne peut avancer ni trop vite, ni trop lentement. Il faut, au stade actuel,
cibler les multinationales et ménager les autres. On ne fait pas une
révolution en partant des souhaits des révolutionnaires mais en tenant
compte de la situation objective, du rapport des forces et des
possibilités des gens.

Votre livre aborde en fait tout le
rapport Nord-Sud à l’échelle du continent américain. Vous parlez du Nord
comme de « l’aspirateur des richesses ». Que voulez-vous dire
?

    Michel Collon. Nous, gens du Nord
(Europe et Etats-Unis), devons absolument prendre conscience du mécanisme
qui explique cet écart entre le Nord riche et le Sud pauvre (même si, tout
le monde n’est pas riche au Nord où les écarts s’aggravent aussi). La
question est : sur le dos de qui les riches du Nord ont-ils construit
leurs fortunes ? Je le rappelle dans le livre, sur base de quelques
études historiques : l’Europe est devenue riche en pillant l’or et
l’argent de l’Amérique latine, en massacrant les Indiens et en arrachant à
l’Afrique dix millions de Noirs, transformés en esclaves et en chair à
profits.

Mais le colonialisme a pris fin,
non ?

    Michel Collon. En réalité,
non. Aujourd’hui, les mêmes mécanismes d’aspiration des richesses restent
à l’œuvre, mais de manière beaucoup plus subtile et voilée, comme je
l’explique dans le chapitre intitulé « les sept fléaux de l’Amérique
latine ».
Premièrement, le pillage des matières premières. Pétrole
et gaz bien sûr, mais aussi eau et biodiversité, enjeux stratégiques du
21ème siècle. Deuxièmement, le pillage de la main d’œuvre dans des usines
de sous-traitance. Véritables bagnes où les syndicats sont interdits.
Troisièmement, l’assassinat de l’agriculture. Les multinationales
d’agrobusiness du Nord déversent leurs produits subventionnés en Amérique
latine et en Afrique, ruinent les paysans locaux, les obligeant à quitter
la terre et à s’amasser autour des villes.
Le quatrième fléau, c’est
l’élite dirigeante des pays du Sud. Une bourgeoisie locale vendue aux
intérêts étrangers et travaillant pour le compte des multinationales.
Cinquième fléau : la dette. Les banques du Nord et la Banque Mondiale
contrôlée par les pays riches maintiennent le chantage d’une dette déjà
largement remboursée en fait. Sixième fléau : en vingt ans, les
États-Unis et l’Europe ont obligé à privatiser un millier d’entreprises
publiques en Amérique latine, transférant ainsi la richesse et le pouvoir
économique vers le Nord. Septième fléau : le vol des cerveaux.
Scientifiques, techniciens qualifiés et médecins. Le Sud dépense pour les
former, mais le Nord les détourne. Voilà, l’ensemble de ces sept fléaux
montre que le colonialisme et le pillage n’ont pas
disparu.

Chavez réalise des choses impressionnantes. D’autres ne
le font pas. Pourquoi ?

    Michel
Collon.
80 années de richesse pétrolière du Venezuela ont produit un
écart énorme entre riches et pauvres. Ce que Chavez a fait, c’est changer
la règle du jeu. Il a récupéré l’argent du pétrole en faisant payer –
enfin – les multinationales et en reprenant le contrôle de la société
publique qui gérait le pétrole. Les bénéfices sont enfin versés dans le
budget de l’État, permettant de s’attaquer sérieusement au problème de la
pauvreté. Quand on voit la misère qui règne en Afrique et au Moyen-Orient,
à côté de fortunes colossales, on se dit qu’il faudrait y exporter Chavez.
Ou plutôt s’en inspirer.

D’où la colère des
États-Unis ?

    Michel Collon. Comme
disait Chomsky, « peu importe où le pétrole est situé dans le monde,
les États-Unis considèrent que la géographie se trompe et qu’il est situé
aux États-Unis ». Chavez a refusé cette logique.

Quelles
menaces font peser les Etats-Unis sur le
Venezuela ?

    Michel Collon. Trois. 1.
Le financement par la CIA, à coups de centaines de millions de dollars,
d’une opposition putschiste, doublée de campagnes de désinformation qu’on
retrouve dans nos médias. 2. La construction de sept nouvelles bases
militaires US en territoire colombien. Comme par hasard, les bases US sont
toujours juste à côté des ressources naturelles stratégiques, et pour
encercler les pays rebelles : Venezuela, Bolivie, Équateur, voire
Brésil. 3. Washington a réactivé la 4ème flotte qui
« surveille » l’Amérique latine. Utilisée contre l’Allemagne en
40-45, supprimée lorsque le continent a été jugé « sous
contrôle », et aujourd’hui réactivée en plaçant à sa tête un amiral
qui a fait sa carrière dans les « Forces Spéciales »
(spécialisées dans les débarquements et coups d’Etat).

Votre
livre analyse aussi les erreurs et les faiblesses de Chavez. Quelles
sont-elles ?

    Michel Collon. Le
Venezuela n’est ni l’enfer décrit par nos médias, ni le paradis. Les
problèmes restent énormes. Surtout la bureaucratie. Celle héritée de
l’ancien régime et qui sabote à qui mieux mieux. Mais aussi les nouveaux
arrivistes. Et une corruption, qui n’est évidemment pas propre au
Venezuela, mais si Chavez ne parvient pas à résoudre ce problème, la
révolution perdra la confiance des gens et échouera, c’est clair. Un
proche de Chavez m’a confié que 60 % des réformes décidées par lui ne
sont pas appliquées. Ca donne la mesure du drame de la bureaucratie et de
la corruption.

Le Venezuela, c’est loin. En quoi votre livre
peut-il intéresser le lecteur belge ?

   
Michel Collon. En Europe, les victoires sont rares ces temps-ci. On
rencontre beaucoup de pessimisme, de fatalisme. Par contre, l’Amérique
latine nous apporte un message d’espoir. Chavez, Evo Morales et tous ces
Latinos affrontent en fait les mêmes problèmes que nous : pauvreté,
néolibéralisme, destruction des acquis sociaux et des services publics,
pillage du travail et des ressources… Et ils arrivent à renverser la
vapeur ! Non seulement ils résistent, mais ils obtiennent même des
victoires, des avancées sociales pour la population.

Le
Venezuela nous montre qu’un autre monde est
possible ?

    Michel Collon. On dira
évidemment que la Belgique ou la France n’ont pas de pétrole, mais
l’essentiel n’est pas là. Au fond, il y a plus important que le pétrole.
Le « péché » le plus important de Chavez, c’est d’avoir rendu sa
place au peuple. De lui avoir donné conscience qu’il est possible de
prendre son destin en main. Et ça nous concerne aussi, car nous aussi on a
cet écart riches-pauvres, ce pillage des fruits du travail.
Chavez et
les Vénézuéliens nous montrent que d’un côté, il y a l’argent, et de
l’autre côté, il y a les gens. Le plus important, ce sont les gens :
ils sont l’immense majorité, ayant au fond les mêmes intérêts.
Incompatibles avec ceux des multinationales.


Source: Solidaire

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