Les
inégalités de santé sont d’abord des inégalités
d’ordre socio-économique. « Un
croisement des données statistiques le montre très
clairement » , selon le président de la
fédération des mutualités chrétiennes de
Charleroi-Thuin et du centre qui s’est livré à
l’analyse de chiffres très récents. « Malgré un taux d’équipement
hospitalier supérieur aux moyennes régionale et
nationale, les Carolos ont trois ans d’espérance
de vie en moins que les Wallons, et cinq de moins
que les Belges » , indique Jean-Pierre
Yernaux. « L’âge moyen chez les
hommes est de 72 ans, pour 75 en Wallonie et 77
dans le pays. L’écart est un peu moins important
chez les femmes: elles vivent jusque 79 ans pour
une moyenne de 82 en Wallonie et en Belgique.
Autre indicateur significatif: le taux de
mortalité. Entre 2003 et 2012, il a dépassé de 15%
l’indice national de référence. »
Des études
sanitaires le font apparaître: à la base de ces
écarts, il y a des comportements à risques.
Alimentaires d’abord, mais aussi liés au tabagisme
et à la consommation d’alcool. « Si l’on prend la peine de
s’intéresser aux données socio-économiques, c’est
encore plus évident » , affirme Jean-Pierre
Yernaux. « La région de Charleroi est
l’une de celles où le revenu moyen par habitant
est le plus faible: il s’établit à 10.832 euros
par an, soit près de 50% de moins que celui de la
Belgique (15.600 euros). Ajoutez-y un
taux de chômage élevé, un pourcentage de
bénéficiaires du revenu d’intégration au-dessus de
la moyenne et un niveau d’études plus bas
qu’ailleurs (17% des jeunes ont un diplôme
de l’enseignement supérieur contre 25% à l’échelle
du Hainaut), et le lien entre précarité et
inégalités de santé s’impose comme une
évidence. »
Ces
constats ont amené le mouvement ouvrier chrétien
de la fédération de Charleroi-Thuin à mettre en
place un groupe de travail santé et précarité. «
La volonté est de pousser les
recherches encore plus loin » , indique son
secrétaire régional Fabrice Eeklaer.
D’autres facteurs contribuent à accentuer
les inégalités: un taux de renoncement aux soins
plus élevé que la moyenne, et un pourcentage de
médecins généralistes parmi les plus faibles (un
pour 831 habitants contre un pour 587 en
Wallonie). Pour le président des MC de
Charleroi-Thuin et du Centre, « le véritable enjeu n’est pas dans la
technologie ni l’offre médicale, mais dans
une action soutenue sur les déterminants de santé:
emploi, logement, prévention des comportements à
risques. Des institutions comme la nôtre
ont un rôle prépondérant à jouer en adaptant leurs
priorités aux défis de la santé. À travers
notamment un renforcement de l’accompagnement de
proximité mais aussi, de leur pouvoir
d’interpellation du politique. »
En 2010, le
centre de recherche démographie et société de
l’UCL avait procédé à une comparaison des données
de santé au sein même de Charleroi: d’un
quartier à l’autre, l’espérance de vie pouvait
varier de près de 10 ans, comme entre les
anciennes communes de la couronne verte et les
noyaux urbains industriels, Marchienne et Dampremy
notamment.
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