Ce sont des « terroristes du Hamas !

Je demande instamment à tous ceux qui découvrent ce texte poignant, cet instantané de la vie d’enfer qui fait le quotidien des palestiniens, je demande de partager autant que vous pourrez, sur les réseaux sociaux, avec vos amis, votre famille. Il faut que ce texte transperce les murailles de l’indifférence et rayonne en Occident, en Europe, ce continent où les dirigeants ont trahi toutes les valeurs dont ils se revendiquent. Partagez s’il vous plaît pour nos sœurs et frères d’humanité, palestiniens. C’est peu, trop peu, mais faisons-le, qui sait ?

Ce sont les populations qui manifestent le plus leur soutien à la Palestine. Alors, ce peu ajouté à d’autres peu, pourront inverser la tragédie de Gaza. Merci pour eux

Mouhamed Arrouj :

Papa, je n’ai plus peur de mourir !

Ils déambulent tels des spectres dans les rues méconnaissables de ce qui reste de leur quartier. Le regard hagard, le pas hésitant, ils avancent jetant des regards furtifs dans toutes les directions, à gauche, à droite, en arrière , vers le ciel donnant l’impression d’être traqués par on ne sait quelle meute prête à les dévorer. Soudain, ils s’arrêtent, cherchent leur maison parmi l’amoncellement de gravats. Le décor est apocalyptique !

Des ruines à perte de vue.. Pas âme qui vive. Seuls des chiens et des chats affamés, amaigris et sales parcourent la ville à la recherche de quoi se mettre sous la dent. Une brise venant de la mer traverse les rues désertes comme pour s’enquérir de l’ampleur du malheur qui frappe ces lieux et s’en va enlacer nos trois fantômes qui d’un geste brusque portent la main à leurs nez. La brise a entraîné sur son passage des exhalaisons pestilentielles. Le garçonnet et ses parents éprouvés par les émanations nauséabondes se débattent comme pour s’arracher à une étrange étreinte. Ils pressent le pas pour fuir leur malheur et ils ne s’arrêtent que sous plaintes du jeune garçon exténué par des heures d’errance dans une cité en proie à la furie des hommes. À présent, ils avancent à pas modérés sans céder aux caprices du petit qui revendique avec insistance une halte afin de soulager ses pieds martyrisés.

Le garçonnet se met entre ses parents, prend la main de sa mère et la serre de toutes ses forces. Quelque peu rassuré, il marche en regardant avec une certaine émotion cette terre ocre qu’il foule de ses pieds. Il la sent vibrer sous ses pieds et lui transmettre l’énergie pour continuer à marcher et vivre. Il rentre en communion avec elle et il l’entend lui dire :

Sois brave mon fils. J’ai besoin de toi et des tiens comme de la mer qui me caresse le flanc.

Le petit est traversé par de fortes vibrations et un sourire illumine son visage comme pour acquiescer aux sollicitations qu’il venait d’entendre. Il se redresse et marche avec aisance, fier d’être chargé d’une mission qui le dépasse certes, mais qui lui laisse le temps de comprendre les tenants et les aboutissants.

C’est la faim qui le délivre de cet épisode insolite.

Papa, j’ai faim.

Il s’apprêtait à ajouter quelque chose , mais le regard foudroyant de son géniteur le dissuade.

Soudain, le papa glisse la main dans sa poche et sort un morceau de pain.

Hé, tiens ! J’ai complètement oublié que je l’avais sur moi.

Le jeune garçon tend la main et se saisit de ce morceau de pain pendant que sa petite bouche commence à saliver. Sa joie fut de courte durée , car le pain était si dur qu’il rechigne à le manger dans un premier temps , avant de céder sous les effets de la faim qui malmène son corps frêle et éreinté. Il s’acharne à présent sur son maigre trésor à pleines dents.

Plus ils avancent, plus ils découvrent l’ampleur du malheur qui frappe.

En larmes, la maman se tourne vers son mari et demande:” pourquoi nous font-ils subir tout cela ? “ En réalité , elle n’attendait pas une réponse , mais plutôt un commentaire de son époux qui est frappé d’un mutisme quasi total depuis quelques jours. Et pourtant , avant le malheur , il était loquace et joyeux.

L’épuisement, la faim et la soif contraignent la famille à marquer une halte. Alors qu’ils s’apprêtaient à s’asseoir, un bruit d’une intensité inouïe les fait sursauter. Ils décident de fuir, mais toutes les directions leur semblent obstruées. Où aller quand le malheur est partout ? Malgré la fatigue , l’homme encourage sa femme et son fils à quitter cet endroit devenu soudainement plus étrange et dangereux qu’il y a un moment.

– Quelle direction prendre ? , demande la maman, terrorisée par l’énorme bruit qui a ajouté l’horreur à l’horreur.

Je n’ai aucune idée, répond le mari sans prendre le temps de la regarder.

Il était en train de balayer des yeux tout l’endroit pour trouver le chemin le plus sûr. La tâche est si difficile qu’il ne parvient pas à choisir. Il continue à observer avec soin tout l’environnement qui l’entoure. Tout à coup, un petit coin du ciel sombre jusque-là, s’éclaircit et un rayon du soleil vient illuminer une voie. Voyant par là un signe, il prend la main de son fils et s’écrit, c’est par ici, faisons vite, la nuit va bientôt tomber.

En effet , en pareilles circonstances, la nuit amplifie les dangers.

Ils pressent le pas malgré les gémissements du petit, et quelque temps après, ils parviennent à un endroit moins lugubre et quelque peu rassurant et que le malheur n’a pas trop abîmé. Ils s’arrêtent, guettant un quelconque signe de vie. Le père s’approche de la porte et tend l’oreille.

Tu entends quelque chose papa ?

Son père le regarde d’un air approbateur et pose son index droit sur sa bouche pour lui signifier de se taire.

Il regarde sa femme et débite quelques mots à peine Intelligibles. Des mots qui semblent rassurer son épouse. Cette dernière lui demande de frapper à la porte. Nous n’avons pas d’autres alternatives, ajoute-t-elle.

Après un court instant de réflexion, l’homme acquiesce et exécute ce qu’il prend pour un ordre. Mais ce qui a penché la balance pour sa décision, c’est la tombée de la nuit, car pendant ce temps, le malheur prend les formes les plus diverses et les plus dangereuses.

La porte de l’immeuble s’ouvre et un homme apparaît. Il avait la barbe hirsute et les cheveux mal coiffés. Mais ce qui attire le plus mon attention, c’est la terreur qui semble l’envahir. Il a l’air d’une bête traquée.

Le petit garçon fatigué et affamé était assis, ses yeux fixaient le sol et la tête ailleurs. C’est le grincement de la porte qui l’arrache à ses tristes pensées. Sitôt ses yeux aperçoivent l’homme qui vient d’ouvrir la porte , il se lève et court droit. Il tombe dans les bras de son oncle qu’il n’a pas vu depuis que le malheur les a séparés. L’homme invite son frère et sa femme de rentrer, et avant de fermer la porte, il prend soin de regarder dans toutes les directions.

L’oncle a fui avec ce qui reste de sa famille aux premiers jours du malheur. Il est passé par plusieurs refuges avant de s’installer dans ce lieu qui lui paraît quelque peu sûr. La peur et la tristesse n’empêchent pas la joie des retrouvailles.

Les deux frères se mettent à l’écart des autres. Ils se regardent , mais une inquiétude se lit dans leurs yeux. Aucun des deux n’ose rompre le silence et poser la question qui s’impose pourtant. Ils continuent à se regarder pendant un moment et tout à coup , les deux frères finissent par franchir le pas. Ils s’écrient d’une seule voix “ Où sont les autres enfants ?

Ils sont victimes du drame comme des milliers d’autres. Les deux frères se remettent au sort . Ils s’essuient les yeux pour ne pas perdre de leur dignité.

La langue de l’un d’eux se délie .

“Le drame qui nous frappe et qui frappe les nôtres est sans précédent. Il nous arrache ceux qui nous sont chers. On cherche à nous humilier, à nous spolier de notre humanité, de notre dignité . Ils crient à ceux qui veulent entendre qu’ils sont la lumière et nous les ténèbres. Ils se présentent comme étant le bien et nous présentent comme le mal absolu. Ils demandent à leurs chiens d’aboyer cela partout . Ils oublient que nous sommes comme une mauvaise herbe. Il suffit d’un bout de racine pour renaître de plus belle.

Il est à présent le temps de dormir. Ils étendent quelques couvertures de fortune à même le sol dur et froid. On éteint le bout de bougie qui éclaire un tant soit peu la maison. Un silence s’empare des lieux. Certains dorment , les autres s’évanouissent dans des rêves démesurés en attendant que le jour se lève.

Alors qu’une certaine sérénité semble gagner le refuge, une déflagration d’une intensité inouïe brise le silence et réduit l’immeuble en miettes.

Pas une voix, pas un souffle.

Alors que la nuit plie les voiles pour céder sa place aux premières lueurs du jour, une silhouette frêle émerge des décombres. C’est Anouar le petit garçon qui a parlé à sa terre.

Arroudj Mohamed

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