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Sent: Tuesday, April 07, 2009 9:30 AM
Subject: Fidel ou les idées simples mais fondamentales

Fidel a posé deux problèmes à propos du sommet des Amériques qui
se tiendra le 17 et le 19 avril à Trinidad et Tobago : premièrement pourquoi
Cuba est-il exclu de ce sommet? Ensuite est-ce que les peuples d’Amérique vont
continuer à le tolérer et à admettre des termes inadmissibles contenus dans la
déclaration finale telle qu’elle est prévue. Ce à quoi Hugo Chavez a aussitôt
rencheri en interrogeant les autres peuples d’Amérique: Fidel a raison, il pose
des questions simples mais fondamentales. Cuba est pour nous un point d’honneur
et si nous supportons encore le traitement que l’on prétend lui infliger blocus
et exclusion, cela prouvera que rien n’est changé.

Ces deux discours parrallèles signifient simplement que Cuba et l’Amérique
latine exigent plus que des rumeurs sur l’évolution des relations entre les
Etats-Unis et Cuba mais des faits concrets.

Fidel et Cuba, et derrière eux une Amérique latine qui prend conscience de sa
force et de son unité ne sauraient se contenter de belles promesses des
démocrates. Il y a de multiples expériences en particulier celle de Carter qui
ayant entamé un dialogue prometteur prit prétexte de l’affaire des Katangais et
de l’intervention cubaine pour faire machine arrière toutes. Et la récente
déclaration du vice président J.Biden au Chili  confirmant la volonté US de
maintenir le blocus n’est pas faite pour faire s’illusionner les  plus
expérimentés des dirigeants latino-américains que sont les frères Castro.
Il
est évident que le contexte a évolué avec la fin de l’ère Bush, dans l’opinion
publique nord-américaine d’abord, dans les instances dirigeantes quelquefois.
Mais s’il a beaucoup été fait état des votes au Sénat aboutissant à des levées
partielles de l’embargo, il s’agit essentiellement des mesures récentes prises
en 2004 par Bush et non de la politique suivie depuis la naissance de la
révolution cubaine qui dès la première année imposait le blocage des quotas
sucriers à une île ne vivant que du sucre, c’est même à cette mesure que Cuba
répondait par son pas vers le socialisme en nationalisant les raffineries
nord-américaines. de surcroit ce n’est pas une nouveauté et depuis de nombreuses
années il existe un consensus pour que soient levées certaines mesures nuisibles
aux intérêts nord-américains et contraires même à la liberté de voyager du
citoyen nord-américain. Ce n’est donc pas le premier vote du Sénat ou de la
chambre des réprésentants allant dans ce sens, mais toujours Bush a soit mis son
veto, soit employé des artifices de procédure.

Ce qui a évolué, ce qui est essentiel ce n’est pas l’élection d’Obama, c’est
ce qui a favorisé l’éléction d’Obama, la crise financière, le formidable échec
de la politique de Bush et de nouveaux rapports de forces à l’échelle de
l’Amérique latine et du Monde. La prise de conscience y compris par Wall Street
et son candidat Obama qu’il fallait changer un petit quelque chose pour que tout
reste en état. Est-ce que cela signifie que la situation de Cuba, ce blocus
antédiluvien, cet ostracisme d’un autre âge, l’emprisonnement des 5 cubains, va
cesser ? Rien n’est moins sur et cela dépend de ce que le monde exigera.
L’Amérique latine en particulier mais pas seulement.

Pendant la fin et après l’ère Bush qui a coincidé avec le retrait de fidel
des affaires publiques il y a eu à Cuba une intense activité diplomatique,
beaucoup de dirigeants de la nouvelle Amérique latine sont venus et ont discuté
avec Raoul Castro, la discussion a été suivie en général d’une rencontre avec
Fidel et d’une réflexion de celui-ci. Sans parler des liens permanents avec Hugo
Chavez. Mais cette activité s’est également accompagnée, toujours en parrallèle
avec le président vénézuélien avec la même forme diplomatique avec la Chine
et la Russie. Ce qui montrait bien qu’elle était menée au plus haut niveau celui
du chef d’Etat qui avait réclamé le droit d’être conseillé par son frère. Il
s’agissait de politique internationale mais de celle-ci dépendait l’avenir de
l’île, la nature des réformes qui pourraient y être mise en oeuvre si
l’étranglement du blocus était levé mais qui devaient être le fait des Cubains
et d’eux seuls.

Le changement récent du ministre des affaires étrangères (2 mars) avait fait
grand bruit, comme le voulait la presse et les Etats-unis il a été beaucoup
question de celui qui partait et dont tout à coup les ennemis de Cuba
découvraient les immenses qualités mais trés peu de celui qui arrivait Bruno
Rodríguez, 51 ans qui depuis dix ans avait été le principal représentant de la
diplomatie cubaine à l’ONU, c’est-à-dire quelqu’un qui avait largement contribué
à élargir l’audience de Cuba sur les bases de principes et de solidarité avec
les peuples du Tiers Monde, une diplomatie  efficace.

Il était partout annoncé dans un premier temps que les raoulistes chassaient
les fidélistes et quand Fidel dans une de ses réflexions avait mis un point
final à ce genre de spéculation sur les divisions entre lui et Raoul, nous avons
eu droit à d’autres rumeurs qui perdurent sur le fait que les réflexions ne
seraient pas de Fidel, on a même pu lire qu’il s’agissait d’un sosie sur les
photos. Pourtant il serait difficile vu la multiplication des rencontres
diplomatiques d’accorder crédit à de telles informations qui prouvent simplement
que dans cette période une des stratégies impériales, faute d’avoir les moyens
d’imposer avec brutalité, de diviser entre “les durs” et “les mous”, utilisant
ces dernier pour faire baisser la garde non seulement à Cuba mais à
l’Amérique latine, et bien au-delà le Tiers-Monde, et l’Eurasie russe et
chinoise, il se trouve toujours un appareil médiatique pour colporter les dites
rumeurs y compris sur internet.

La manière dont ont été pris par parenthèse le sommet du G 20 et celui de
l’OTAN montre à quel point désormais toutes ces forces sont peu sensibles aux
sirènes des Etats-Unis et de leurs alliés européens. Au G 20, comme nous l’avons
souligné les deux faits les plus importants sont la montée en puissance de la
Chine et la prétention de continuer comme avant en accordant à un FMI inchangé
un pouvoir sur le reste de la planète et en particulier sur le Tiers Monde
absent (mais que la Chine dans son discours a placé au centre des
préoccupations). Là encore nous avions été prévenus des enjeux et même du
déroulement par Fidel. Comme d’ailleurs et l’on retrouve ce qui est en train de
se passer à propos du sommet des Amériques de Trinidad et Tabago, la conclusion
du sommet exposée à la fois d’abord par Chavez puis par Fidel,  a été
est-ce qu’ils croient que rien n’a changé? Et que nous allons tolérer qu’un
directoire en faillite qui prétende récupérer quelques membres de la BRIC impose
avec de belles paroles l’exclusion des peuples du Tiers monde. Est-ce que 20
dirigeants dont la plupart sont à l’origine des problèmes vont pouvoir imposer
leur politique au 172 restant.”
D’ailleurs Chavez ne se contentait pas de
dire il agissait et mulitpliait les rencontres avec l’Iran, avec le monde arabe,
jetait les bases d’une architecture financière nouvelle, revenait au Mexique le
tout sur un avion sécurisé prêté par Fidel notait-il. Et maintenant il est en
Asie, au Japon puis en Chine.

Il y a donc une logique fondamentale dans la stratégie cubaine, Cuba a
toujours été prête au dialogue et ce depuis les premières heures de la
Révolution, ce dialogue d’ailleurs comme l’a montré la publication des archives
nord-américaines a toujours eu lieu sauf sous Bush (1). Mais ce qui a fait la
force extraordinaire de la révolution cubaine est que cette ouverture au
dialogue s’est toujours accompagnée d’une extrême méfiance non seulement envers
les Etats-Unis mais envers ceux qui  incitaient Cuba à baisser la garde
(2). Certes il y a une évolution aux Etats-Unis, les récentes mesures
d’assouplissement de l’embargo prises par le Sénat ne date donc pas
d’aujourd’hui.  Mais aujourd’hui cela va plus loin, non seulement les
financements attribués aux gusanos de Miami sont remis en question à la fois à
cause des scandales des détournements mais surtout de leur inefficacité. En
revanche il est clair que l’on table plus sur un assouplissement qui donnerait
de la force à ceux “qui veulent baisser la garde”, ceux qui veulent croire
qu’avec Obama tout a changé et que c’est par mauvaise volonté que les frères
Castro présenté comme “la vieille garde” refuserait la main tendue. Il y a là de
francs coquins et des esprits faibles qui par narcissime et légereté sont
toujours persuadés d’être de grands stratèges en chambre. Mais tout cela est
normal et prouve simplement que dans le nécessaire dialogue chacun cherche à se
positionner dans le meilleur rapport des forces. Et de ce point de vue il est
clair qu’il est difficile d’être meilleur que ceux qui ont réussi depuis plus de
cinquante à tenir tête à tous les présidents des Etats-Unis, à vaincre
l’isolement et à aboutir aujourd’hui à de nouvelles relations en Amérique latine
et même dans le reste du monde et qui aujourd’hui bénéficient d’une nouvelle
génération de dirigeants eux-mêmes plus ou moins vaccinés contre les sirène
occidentales, celles des Etats-unis mais aussi celles de l’Europe.

Danielle Bleitrach

(1) C’est même à l’occasion de l’un de ces dialogues périodiques sur des
questions comme l’immigration ou le trafic de drogue que les USA ont pu remonter
jusqu’au5 héros cubains et les arrêter en les accusant de crimes imaginaires et
en les faisant juger par un tribunal hystérique de Miami.
(2) C’est
d’ailleurs dans la logique de Marti et non de celle de Lénine qu’il existe un
parti unique à Cuba puisque Marti disait que tout parti autre que la parti
révolutionnaire serait nécessairement annexionniste, soit directement en prônant
l’annexion, soit indirectement disent les Cubains aujourd’hui en les incitant à
baisser la garde.

 

 


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