Sent: Monday, May 23, 2005 12:05 AM
Subject: [ForumCommuniste] Pourquoi je vote NON
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« Et pourquoi pas la guerre ? »
Jusqu’où ira l’escalade verbale des partisans du « oui » en vue d’intimider les électeurs encore indécis sur leur vote du 29 mai ?
Ils nous avaient déjà promis, entre autres catastrophes, un retour en arrière de 50 ans, la fin de la construction européenne, la mise au piquet du « mouton noir » français livré sans défense aux loups américains, chinois, indien, etc. Jean-Pierre Raffarin va encore plus loin puisque, dans son intervention du 17 mai, il pronostique carrément « de longs mois de crise économique » si le « non » devait l’emporter… Dans la dernière ligne droite, une grande voix du « oui » ne va-t-elle pas prédire une guerre en Europe si le peuple français ne met pas le bon bulletin dans l’urne ?
Il y a quelque chose de profondément choquant dans cette escalade, lorsqu’elle est le fait de hauts responsables politiques censés éclairer les choix des citoyens. On peut certes faire la part des excès inhérents à toute campagne électorale. Passons également sur le caractère ubuesque de la prévision d’une crise économique, alors qu’elle est malheureusement déjà là avec, comme indicateur symbolique, le franchissement de la barre des 10 % de chômeurs. Mais n’est-ce pas dévoyer le sens d’un scrutin que de présenter l’une des options soumise au suffrage universel comme le détonateur d’un cataclysme ?
Si tel est vraiment l’enjeu du 29 mai, on ne comprend pas que le chef de l’Etat ait été assez irresponsable pour donner aux Français la possibilité de commettre l’irréparable. Faudra-t-il alors, dans la prochaine révision de la Constitution française, introduire le crime de non assistance à peuple en danger, pouvant conduire à la traduction du Président de la République devant la Haute Cour de justice ?
Le choix entre le « oui » et le « non » est simplement le choix entre le contenu de l’Europe réellement existante et celui d’une autre Europe, plus démocratique et plus sociale ; le choix entre la résignation et le volontarisme politique. C’est déjà beaucoup, et cela mérite d’autres arguments que ceux inspirés par la panique.
Bernard Cassen
Titulaire d’une chaire européenne Jean-Monnet de sciences politiques, Bernard Cassen est professeur émérite à l’Institut d’études européennes de l’université Paris 8. Il est par ailleurs journaliste et directeur général du « Monde diplomatique » et Président d’honneur d’Attac.
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