——– Message original ——–

Sujet:

Fw: Mission belge du 23 au 28 mars 2008 Stefaan Declercq
d’OXFAM solidarité

Date:

Sat, 5 Apr 2008 00:49:24 +0200

De:

Demunter – Dellau <mmla@skynet.be>

 
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Original Message —–

Sent: Friday, April 04, 2008 12:06 PM
Subject: Mission belge du 23 au 28 mars 2008 Stefaan
Declercq d’OXFAM solidarité

Mission belge en Palestine : interview de
Stefaan Declercq

 

Du 23 au 28 mars 2008, une délégation belge de
la société civile s’est rendue dans les territoires palestiniens et en
Israël. Stefaan Declercq, Secrétaire général d’Oxfam-Solidarité,
faisait partie de cette
mission
. Impressions au retour.


Suite à cette mission, quelles
sont vos premières impressions ?

Ce qui m’a le plus frappé, c’est ce contexte croissant de
« dé-développement » dans les territoires palestiniens, l’incroyable
régression du bien-être de la population. C’est une situation atypique
par rapport à ce que je peux voir ailleurs dans le monde. Le potentiel
économique, bien réel, est totalement étranglé par toutes les mesures
imposées par Israël. Le problème n’est pas ici un problème de
« développement », mais un problème politique : il est clair que la
levée des restrictions de mouvement aurait un impact bien plus élevé
que toute l’aide au développement actuellement accordée…

Comment la population vit-elle
cette situation sur place ?

La société palestinienne n’a jamais cessé de lutter pour son avenir.
Toutefois, on ne peut que constater le désespoir croissant au sein de
la population. Les organisations culturelles, agricoles ou de santé que
nous avons rencontrées sont unanimes : Israël ne fait aucun geste en
faveur d’un dialogue politique. Que du contraire. Depuis des années,
Israël multiplie les colonies, les barrages, les contrôles, les
tracasseries, les réseaux de routes interdites aux Palestiniens…

La conférence d’Annapolis tenue fin 2007 n’a rien
changé. Tout cela se poursuit de plus belle, tout comme la construction
du Mur de séparation, qui se trouve d’ailleurs à 80 % sur le territoire
Palestinien.

Cette situation est évidemment très mal vécue par la
population. Le bureau de coordination humanitaire de l’ONU (OCHA) note
que 40 % de la Cisjordanie n’est déjà plus accessible aux Palestiniens.
Ceux-ci voient progresser les colonies et le Mur de séparation dans
leurs terres, et subissent les effets désastreux de cette politique.
Les produits agricoles sont en train de pourrir à Gaza car il n’y a
plus d’exportations possibles. L’état de santé de la population se
détériore jour après jour, notamment du fait de l’accès réduit à l’eau
potable.

Même en Israël, la situation des Palestiniens est
alarmante. Si les arabes israéliens représentent 20% de la population,
ils ne bénéficient que de 4 % des dépenses sociales de base alors
qu’ils paient le même niveau d’impôts. Tout cela n’est évidemment pas
de bonne augure pour l’établissement d’une paix juste et durable.

La situation est particulièrement
préoccupante à Gaza…

Tout à fait. C’est d’ailleurs à Gaza que la problématique de l’eau m’a
le plus frappé. A cause du blocus et des restrictions
d’approvisionnement en électricité et en carburants, les installations
de filtrage et de traitement des eaux usées ne peuvent fonctionner, ce
qui met en danger les conditions de vie de toute la population. Par
manque de matériel de maintenance, les digues des réservoirs d’eaux
usées ont cédé, provoquant des inondations d’eaux sales dans les
maisons. Le manque d’énergie oblige les Palestiniens à déverser chaque
jour des dizaines de milliers de mètres cubes d’eaux usées dans la mer
Méditerranée. Bref, la situation sanitaire est des plus préoccupantes.

En outre, les conditions socio-économiques sont
catastrophiques. Huit Gazaouis sur dix sont aujourd’hui sans emploi, et
de plus en plus de ménages dépendent de l’aide humanitaire pour
survivre. Il est quasiment impossible de sortir de la bande de Gaza
pour se faire soigner dans les hôpitaux bien équipés. Cette situation
ne peut plus durer.

Quelles sont les perspectives de
paix dans un tel contexte ?

Malgré l’ampleur de la crise, 80% de la population palestinienne et
israélienne reste fondamentalement attachée à une solution politique,
et non à une solution militaire. Des deux côtés, l’écrasante majorité
de la population sait qu’il faudra faire des gestes politiques
importants pour parvenir à une paix durable, pour faire cesser la
violation des droits fondamentaux.

Pourtant, malgré cette volonté de paix, aucune
traduction politique n’émane de la part des dirigeants. Les
organisations progressistes se retrouvent donc dans une situation fort
difficile. Elles ne parviennent plus à faire de lobby politique car les
négociations n’existent tout simplement plus. La société civile est
donc désemparée, ce qui renforce le désespoir ambiant. Et puis, à cause
de la multiplication des colonies et des frontières, les gens croient
de moins en moins à une solution à deux États…

Quel doit être le rôle de la
Belgique et de l’Europe dans le dossier ?

Une expression anglaise résume bien la situation actuelle : « Europe is
a payer, not a player ». Cette attitude doit changer. Les dirigeants
belges et européens doivent comprendre que l’aide ne peut se substituer
à l’action politique. L’aide belge et européenne est évidemment
nécessaire, mais elle ne sert à rien si une action politique déterminée
n’est pas mise en oeuvre.

C’est pourquoi nous prendrons, en tant que délégation,
contact avec le Ministre De Gucht afin que le Gouvernement belge mette
d’urgence la situation des territoires palestiniens à l’agenda du
Conseil européen, du Conseil Affaires générales et relations
extérieures ainsi que du Conseil de sécurité de l’ONU. A tous ces
niveaux, la Belgique doit plaider pour la levée du blocus économique de
Gaza et de tous les obstacles à la santé et à l’alimentation.

La Belgique doit également appuyer le principe du
« casseur-payeur » : les projets financés par le contribuable belge et
détruits par les attaques israéliennes doivent être remboursés par
Israël. Le Parlement belge doit aussi oser lancer le débat sur le
maintien ou non de l’Accord d’association entre l’Union européenne et
Israël. Cet accord permet à Israël d’exporter ses produits vers l’UE à
des conditions préférentielles. Or, de nombreux produits exportés sont
issus des territoires palestiniens occupés, ce qui ne peut durer. Il
s’agit là d’une pratique contraire au droit international dont l’Europe
se rend complice en ne renforçant pas son contrôle.

Enfin, la Belgique doit agir sur des dossiers comme le
commerce d’armes avec Israël, les droits des travailleurs, les bourses
d’études aux étudiants palestiniens ou la diffusion de la culture
palestinienne. Les possibilités d’action ne manquent pas.

Plus d’infos :
 Stefaan Declercq, Secrétaire général d’Oxfam-Solidarité
Tél. : 02 501 67 06 — gsm : 0476 46 30 53 — e-mail : sde(at)oxfamsol.be

 Lisez notre
magazine Globo de mars 2008
"Palestine : 60 ans de dépossession, 40
ans d’occupation"




La délégation arrêtée !
 

« Au sommet de Hebron, dans le sud de la Cisjordanie,
se trouve une colonie israélienne où nous avions donné rendez-vous à un
activiste israélien pour effectuer une visite. Notre guide, ancien
commandant de l’armée israélienne, organise des visites des colonies
pour dénoncer la situation imposée aux Palestiniens.

Alors que nous sortions du village, des militaires
postés à quelques dizaines de mètres vinrent dans notre direction et
annoncèrent l’arrestation de notre guide, sans motif. Celui-ci ne
broncha pas et s’exécuta mais, à cet instant, les soldats rectifièrent
leur propos pour annoncer… l’arrestation de tout le groupe.

Notre guide voulut alors appeler ses contacts, mais le
militaire menaça de lui prendre son téléphone. J’ai appelé notre agent
de liaison à Jérusalem qui, éberluée, appela alors son avocat. Deux
heures plus tard, une patrouille de police vint nous libérer des
militaires. Deux heures dans le froid sur la route… Le soldat qui
nous avait mis aux arrêts affirma alors qu’il avait dû nous arrêter
pour de prétendues raisons de « sécurité ». Cet épisode démontre une
fois de plus le caractère totalement arbitraire des opérations
militaires dans les territoires palestiniens… »




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