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EUROPE ET AMERIQUE

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Thu, 17 Apr 2008 20:22:12 +0000 (GMT)

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Bush reçoit un camouflet au sommet de l’OTAN

Par Stefan Steinberg
12 avril 2008

www.wsws.org

Lors
du sommet de l´OTAN du week-end dernier à Bucarest, la capitale
roumaine, le président américain George W. Bush eut à faire à une
opposition européenne concertée contre ses plans de poursuite de
l’élargissement de l’Alliance vers l’Europe de l’Est.
Seul un
compromis de dernière minute a permis au président américain de ne pas
perdre la face. Selon la presse, les politiciens allemands en
particulier se sont montrés contrariés et inquiets face à l’obstination
du président américain d’accueillir rapidement la Géorgie et l’Ukraine
dans les rangs de l’Organisation du traité de l’Atlantique-Nord.

Mercredi
soir, lors du dîner officiel du sommet, l’opposition française et
allemande aux projets de Bush s’est vue renforcée par le soutien de
l’Italie, de la Hongrie et des pays du Benelux. Même le plus proche
allié de Bush en Europe, le premier ministre britannique Gordon Brown,
a déclaré qu’il était bien trop tôt pour l’OTAN d’accepter les deux
anciennes républiques soviétiques.

Lors
du dîner qui a duré deux heures de plus que prévu, Bush aurait
finalement reconnu qu’il ne lui serait pas possible de faire accepter
sa proposition. Selon un haut fonctionnaire du gouvernement américain,
« la discussion avait plutôt mobilisé les Européens » et plusieurs
alliés européens se sont énervés à cause de l’attitude de Bush. Dans le
but évident de donner une tournure favorable au différend, le même
fonctionnaire a déclaré: « On était tout à fait divisé, mais c´était
une bonne division. »

Mercredi
soir, après d’intenses délibérations entre le ministre des Affaires
étrangères Frank-Walter Steinmeier allemand (SPD) et la secrétaire
d’Etat américaine, Condoleezza Rice, un compromis fut finalement
trouvé. La formulation acceptée jeudi par les participants au sommet
omet de façon évidente d’avancer le moindre calendrier pour l’adhésion
de la Géorgie et de l’Ukraine. Le compromis fut largement considéré
comme un moyen de permettre au président américain de sauver la face et
comme une victoire de la diplomatie allemande.

Dans
leurs comptes-rendus des tensions survenues au sommet de Bucarest entre
les Etats-Unis et leurs alliés européens, les journaux allemands ont
ouvertement qualifié le comportement du président américain de
provocation visant à diviser l’alliance.

Dans le Süddeutsche Zeitung, Stefan
Cornelius a rapporté que la chancelière allemande, Angela Merkel (CDU),
avait clairement fait comprendre au président américain il y a un an
que l’Allemagne était opposée à toute adhésion à court terme de la
Géorgie et de l’Ukraine à l’OTAN. Lors de plusieurs vidéoconférences
avec Washington tenues ces derniers mois, Merkel avait réitéré que
l’Allemagne n’était pas disposée à céder sur ce point. Jusqu’à la
semaine dernière, les diplomates allemands avaient été confiants qu’une
solution diplomatique serait trouvée pour résoudre la question tout en
évitant un conflit ouvert lors du sommet.

 

Cette option allait échouer suite aux
déclarations faites cette semaine à plusieurs reprises par le président
Bush et dans lesquelles il insistait sur un calendrier de négociations
en faveur d’une entrée rapide des deux pays dans l’Alliance atlantique.
Mardi, Bush apparaissait à Kiev aux côtés du président ukrainien Viktor
Iouchtchenko pour déclarer que « les Etats-Unis soutenaient entièrement
[sa] demande » d’intégration à l’OTAN.

 

Moscou a répondu sur-le-champ à la proposition
de Bush. Le ministre russe adjoint des Affaires étrangères, Grigory
Karasin, a réitéré qu´une adhésion ukrainienne à l’OTAN entraînerait
une crise profonde dans les relations russo-ukrainiennes et l’envoyé de
la Russie auprès de l’OTAN, Dmitry Rogozin, a déclaré que, si l’Ukraine
et la Géorgie étaient accueillies dans le soi-disant Plan d’action en
vue de l’adhésion (Membership Action Plan, MAP), cela « marquerait un
point de non retour dans les relations de son pays avec l’Alliance. »

 

Ecartant toute critique de ses projets, Bush a
repris mercredi dans la capitale roumaine le thème de l’élargissement
de l’OTAN devant un auditoire de 500 dirigeants du monde politique et
des affaires ainsi que lors d’une réunion du fonds Marshall allemand.

 

Suite à quoi le ministre russe des Affaires
étrangères, Sergueï Lavrov, a réprouvé les propos de Bush, qualifiant
sa proposition d´élargissement « d’artificielle et de tout à fait
inutile » et lançant un avertissement ostensible depuis la Douma (le
parlement) à Moscou… « Quand cela se passera, notre réponse ne se fera
pas attendre, je vous l’assure. »

 

Le ministre des Affaires étrangères allemand,
Frank-Walter Steinmeier, a déclaré mardi dans une interview accordée au
Leipziger Volkszeitung qu’il existait beaucoup de
scepticisme en Europe quant au soutien américain à l’entrée de la
Géorgie et de l’Ukraine à l’OTAN. Steinmeier a dit qu’après la
« difficile décision sur la reconnaissance du Kosovo, il est clair que
nous avons atteint, en ce qui concerne notre politique étrangère, le
seuil de tolérance de la Russie. »

 

Steinmeier, tout comme Merkel, avance
l´argument que ni la Géorgie sous son président de la république
autoritaire Mikheïl Saakaschvili ni l’Ukraine où une grande majorité de
la population est opposée à l’adhésion à l’OTAN, ne sont prêtes pour
rejoindre l’alliance.

 

Dans son article de tête sur l’ouverture du
sommet, la Süddeutsche Zeitung a commenté : « la stratégie de
confrontation de Bush dès le début du sommet a été décrite par les
diplomates d’extraordinaire parce qu’elle aurait pu conduire à ce que
soit le président soit son adversaire, en l’occurrence la chancelière
allemande, y perde la face… »

 

L’avenir
de l’OTAN en jeu

 

A l’époque de la guerre froide, l’OTAN avait
été la pierre angulaire de la politique militaire occidentale sur la
scène internationale. A présent, deux décennies après l’effondrement de
l’Union soviétique et dans des conditions de crise financière et
politique croissante aux Etats-Unis même, certains commentateurs
politiques soulignent que l’apparition de divergences profondes entre
l’Europe et les Etats-Unis est une menace pour l’existence même de
l’alliance.

 

Dans un article publié dans le journal
britannique Independent et intitulé : « N’est-il pas temps de
dissoudre l’OTAN maintenant que la guerre froide est finie ? », Adrian
Hamilton énumère un certain nombre de sujets de désaccords au sommet de
Bucarest : « Les participants sont en désaccord au sujet de
l’élargissement vers l’est, les Etats-Unis, soutenus par les membres
plus récents, insistant pour une adhésion de la Géorgie et de l’Ukraine
malgré le doute exprimé publiquement par l’Allemagne et l’opposition
farouche de la Russie. Les membres du noyau central [de l´alliance]
sont en désaccord au sujet de leur contribution individuelle à la
guerre en Afghanistan. Même la question relativement peu controversée
de l’intégration de la Macédoine dans l’organisation est menacée de
veto par les Grecs si le nouveau membre refuse de changer de nom. »

 

Hamilton poursuit : « S’il s’agissait d’une
famille, elle pourrait se mesurer aux Royal Tenenbaums [dans le film du
même nom de Wes Anderson] et remporter la palme du dysfonctionnement. »
Et il conclut : « La perspective angoissante qui règne à Bucarest est
qu’en permettant que l’OTAN ne soit poussée dans une nouvelle direction
avant que soit réglée la difficile question de son avenir, on risque de
détruire l’alliance toute entière. »

 

L’avenir de l’OTAN fut également abordé par
l’ancien ministre des Affaires étrangères allemand, Joschka Fischer,
qui considère que le conflit grandissant entre l’Allemagne et les
Etats-Unis est au cœur des différends survenus à Bucarest.

 

Fischer a écrit dans le journal Die Zeit
de lundi : « L’avenir de l’OTAN en tant qu’Alliance mondiale pour
l’intervention et la sécurité n’est pas à l’ordre du jour officiel du
sommet de l’OTAN à Bucarest mais c’est précisément ce dont il sera
question. »

 

En énumérant trois questions fondamentales du
sommet, l’Afghanistan, l’élargissement de l’OTAN, les relations
OTAN-Russie, Fischer conclut : « Il est remarquable que sur les trois
questions décisives de Bucarest, le gouvernement allemand soit en
opposition au gouvernement Bush. »

 

Il vaut la peine d’examiner les commentaires
de Fischer de plus près. Contrairement à son prédécesseur, le dirigeant
du SPD Gerhard Schröder, Angela Merkel a déclaré soutenir l’invasion
américaine de l’Irak en 2003. Si elle avait été au pouvoir à l’époque,
des troupes allemandes seraient très probablement engagées dans le
bourbier irakien à l´heure qu´il est.

 

Depuis sa prise de pouvoir en 2005, elle s’est
efforcée de surmonter la rupture qui était survenue dans les relations
avec les Etats-Unis suite au refus de Schröder de défendre ouvertement
l’invasion et l’occupation américaines de l´Irak. Il n’y a pas l’ombre
d’un doute quant à la crédibilité atlantiste de Merkel. Mais à présent,
selon Fischer, la chancelière allemande est, en dépit de ses efforts,
en désaccord avec le président américain sur trois questions cruciales
de la politique étrangère.

 

L’Allemagne est très certainement désireuse de
maintenir de bonnes relations de travail avec la Russie, pays dont
dépend fortement son approvisionnement en énergie. Les tentatives
actuelles de Washington de raviver la guerre froide, la Russie jouant
le rôle de l’ancienne Union soviétique, ne suffisent pourtant pas à
expliquer l’intensité des conflits existant entre l’Allemagne et son
allié d’après-guerre le plus étroit. Après la Deuxième Guerre mondiale,
les nations occidentales européennes, et l’Allemagne en particulier,
ont considéré les Etats-Unis comme un bastion de stabilité économique
et politique.

 

Etant en mesure de compter sur le soutien
économique et militaire des Etats-Unis dans le cadre de l’OTAN, il fut
possible à l’Allemagne et aux autres pays européens de s’occuper de la
reconstruction de leurs économies nationales après la guerre. Après
l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, les Etats-Unis furent
considérés dans les milieux politiques influents, en Europe de l’Est
comme de l’Ouest, comme un modèle de développement économique et
politique.

 

Aujourd’hui, au début du 21e siècle, la donne
est tout à fait différente. Le premier grand coup porté contre l’OTAN
durant ce siècle fut donné par le gouvernement Bush avec la mise en
place de la « coalition des volontaires » pour l’aider à mener sa
guerre contre l´Irak et à s’assurer les ressources de pétrole du
Proche-Orient. La formation d’une coalition de puissances hors des
structures internationales existantes dont les Etats-Unis avaient été
les pionniers après la Seconde Guerre mondiale, fut correctement
interprétée par les puissances européennes comme une tentative de la
part de Washington de compenser le déclin de son influence au sein de
l’ONU et de l’OTAN.

 

A la débâcle des cinq années de guerre en Irak
s’ajoutent à présent les revers qui se multiplient pour les troupes de
la coalition en Afghanistan. Bush s’est rendu à Bucarest avec la ferme
intention de réclamer que davantage de troupes combattent dans ce pays
ravagé, mais les dirigeants européens sont tout à fait conscients à
quel point cette guerre est impopulaire aux yeux de leurs électorats
respectifs.

 

Seul le président français, Nicolas Sarkozy, a
réagi au récent appel de Bush en acceptant, sans information de son
parlement, d’envoyer 700 soldats français supplémentaires dans l’est de
l’Afghanistan. Pour donner une idée des proportions : le commandant en
chef de la force internationale de l’OTAN en Afghanistan, le général
américain Dan McNeill, a déclaré il y a une semaine que plus de 400.000
hommes étaient nécessaires pour que l’alliance menée par les Etats-Unis
puisse combattre efficacement les talibans dans la région. Après sept
années de guerre, en plus des signes d’une activité accrue des
talibans, McNeill dispose actuellement de moins de 60 000 hommes.

 

Fischer, au même titre que Merkel, est tout à
fait conscient de la dette que le capitalisme de l’Allemagne
d’après-guerre a envers les Etats-Unis mais il considère que le
gouvernement Bush est trop « faible » et trop « incompétent » pour
mener à bien cette besogne en Afghanistan. Fischer affirme que
l’Allemagne doit surmonter ses scrupules, envoyer des troupes de combat
dans des zones dangereuses et aider les Etats-Unis à tirer les marrons
du feu en déployant des soldats dans les régions du sud du pays ravagé
par la guerre.

 

Durant les derniers mois du mandat de Bush, la
politique étrangère du président américain revêt un caractère de plus
en plus imprévisible et agressif. Ceci a sonné l’alarme dans les
milieux politiques européens tout en obligeant les puissances
européennes à adopter une attitude de plus en plus indépendante en
matière de sécurité et de défense.

 

L’influent magazine politique allemand IP
(Internationale Politik) avait déjà publié des débats sur l’avenir de
l’OTAN dans la période précédant le sommet de Bucarest. S’exprimant
contre une poursuite de l’alliance, l’expert hollandais de la défense,
Peter van Ham, y a affirmé : « Ce n’est qu’une question de temps avant
que l’UE ne remplace l’OTAN comme garant de la sécurité et de la
défense en Europe. » Ham a accusé les Etats-Unis d’avilir l’OTAN :
« Pour eux, l’OTAN n’est rien moins qu’une sorte de saloon où le shérif
américain rassemble rapidement sa bande pour traquer les méchants.
En
mobilisant leur alliance, les Etats-Unis peuvent acquérir le cachet de
la légitimité internationale sans que leur marge de manœuvre en matière
de politique extérieure ne soit réduite. »

 

Argumentant contre cette position, un expert
plus expérimenté en matière de sécurité, le professeur Karl Kaiser,
rappelle que l’objectif initial de la construction de l’OTAN n’avait
pas été de combattre une menace extérieure, mais d’empêcher la guerre
entre les Etats-membres. En d’autres termes, les pressions centrifuges
évidentes à Bucarest et qui menacent à présent de faire éclater l’OTAN,
créent également les conditions pour de nouvelles confrontations
militaires entre les principales puissances militaires.

 

(Article original paru le 4
avril 2008)


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