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| Sujet: | DEFAITE HISTORIQUE DE BERTINOTTI |
|---|---|
| Date: | Fri, 1 Aug 2008 16:59:31 +0000 (GMT) |
| Répondre à :: | fischer02003@yahoo.fr |
Revers historique des liquidateurs de Rifondazione Comunista en
Italie
http://reveilcommuniste.over-blog.fr/article-21607705.html
Ces réflexions s’appuie sur la lecture des articles de Gael De sanctis,
dans l’Huma, qui couvrait le congrès de Chianciano Terme (et qui a une
manifeste préférence pour l’option 2 qui a perdu, celle d’une
"constituante de gauche, menée par Niki Vendola, gouverneur des
Pouilles lire ici), et l’info glanée sur les sites de "l’Ernesto ici"
et de "Rezistenze ici". Voir aussi sur "Vive le PCF"la défaite des
liquidateurs au congrès du PRC
La situation des communistes en Italie est à bien des égards
instructive pour nous, communistes français. Sans sous-estimer les
différences, nous assistons dans les deux pays au même processus
postcommuniste de dilution-liquidation- adaptation au capitalisme des
appareils issus des anciens PCI et PCF. En Italie, il est allé plus
vite et plus loin, puisque l’essentiel de l’appareil historique du PCI
a évolué à tel point qu’il est devenu le Parti démocrate de
Veltroni, qui n’est même pas de gauche, et dont le nom qu’il s’est
choisi montre l’alignement sur la tradition politique libérale
américaine. Sur ce processus, voir l’étude historique de Pierre
Laroche ici. Les communistes italiens qui ont refusé à l’époque le
reniement postcommuniste du marxisme et de la classe ouvrière se sont
regroupé dans le PRC, où les ont rejoints les militants légalistes les
mieux organisés de l’extrême gauche, dont le nouveau secrétaire du
parti, Paolo Ferrero, qui vient d’être élu, est issu. En Italie la
liquidation du PCI a été rondement menée, par son groupe dirigeant
opérant par surprise, et profitant du désarroi qui a suivi
l’effondrement de l’URSS, au congrès dit de la "Bolognina" en 1991. Il
faut remarquer que le PCI avant cette date était complètement
indépendant de l’URSS, et que son appareil lui était même carrément
hostile, mais que la base restait sentimentalement attachée aux pays
socialistes. Le PRC est donc constitué à l’origine d’ un mélange
instable de groupes gauchistes et du courant pro-soviétique du PCI. Son
leader historique, qui a bien failli dernièrement l’amener à la ruine,
Bertinotti, vient quant à lui du parti socialiste. Depuis 1991, le
PRC a beaucoup investi dans les luttes antiglobalisations, aux dépens
sans doute de son enracinement dans la classe ouvrière en Italie. Mais
il faut constater quand même qu’il arrive à trouver dans ses rangs
comme dirigeant un ancien ouvrier de 48 ans. Au PCF, il faudra choisir
un dirigeant de la génération précédente pour obtenir le même résultat.
Enfin, dernière singularité, le PRC était organisé en tendance : il n’y
avait pas au congrès du PRC de "base commune" officielle approuvée par
la direction sortante, comme ce sera le cas en décembre 2008 au PCF,
mais des motions qui se présentent sur un pied (théorique) d’égalité.
En 1998, une scission a eu lieu entre les partisans de Bertinotti, qui
dirigeaient le parti et qui avaient retiré leur soutien au gouvernement
de centre gauche de D’Alema, et indirectement favorisé ce faisant le
retour de Berlusconi au pouvoir, et ceux de Cossuta, dirigeant
historique du PCI, qui voulait rester dans la coalition à n’importe
quel prix. Il semble que les deux formations aient inversé aujourd’hui
leur positions sur ce plan. Il faut noter que le PDCI qui vient de
tenir aussi son congrès a choisi à 75% une "constituante communiste",
c’est à dire un congrès de réunification avec le PRC et les milliers de
communistes sans carte qui s’organisent autour de l’appel lancé sur
Internet "Communistes, commençons par nous mêmes". Seul l’Ernesto
(motion 3) a répondu favorablement à cette main tendue. Elle semble
avoir été mise entre parenthèse pour gagner le congrès. En termes
électoral, l’influence du PRC représente deux à trois fois celle du
PDCI.
Les élections qui viennent d’avoir lieu en avril et qui ont vu le
retour au pouvoir de Berlusconi avec un programme de droite dure et
décomplexée ont été un désastre pour les deux partis, qui avaient formé
avec les Verts, et un sous groupe de l’ex PCI-ex PDS- ex DS qui
refusait la mutation définitive en parti démocrate, la coalition "Arc
en ciel" qui préfigurait la "chose rouge", le nouveau parti de
"gauche", la "nouvelle formation" que l’ont voulait nous proposer ici
aussi à l’issue du score calamiteux de Marie George en 2007. Le
résultat est sans équivoque ; les trois formations qui existaient en
2006 avaient obtenues 11%, l’Arc en Ciel est tombé à 3%. Les deux
partis communistes avaient environ 150 parlementaires à la chambre et
au sénat, ils n’en ont plus aucun, faute de passer le seuil qui est, je
crois, de 4%.
Après cette claque historique, le groupe dirigeant du PRC ne pouvait
pas gagner du temps pour noyer le poisson et esquiver ses
responsabilités comme le groupe dirigeant français l’a fait avec son
"double congrès", déqualifié en ANE suite aux protestations de la base,
parce qu’il avait ajourné illégalement le congrès statutaire du PRC
dans la phase de préparation des élections pour lancer la "chose arc en
ciel", et mis en place une structure parallèle, sous la forme d’un
collectif informel de fans rameutés par les médias, censés appeler à
grand cri à la grande fusion de la "Gauche". Il ne pouvait pas se
dérober davantage, à moins de faire exploser le parti.
Au congrès de Chianciano Terme qui vient de se tenir du 24 au 27
juillet en Toscane, il y avait 5 motions : la 1 : celle qu’appuyait
Ferrero, qui était pourtant ministre du gouvernement Prodi, coalition
de la tendance marxiste "être communiste" et d’une partie du groupe
dirigeant qui a compris l’évidence : même en termes purement
électoraliste ou opportuniste, l’option postcommuniste est suicidaire.
Elle l’est, parce que cette option a été préemptée par les liquidateurs
de 1991, qui en ont tiré tous le profit possible, et ils ont abouti à
la déchéance totale en formant le parti démocrate qui participe avec
Berlusconi à la chasse aux Roms. Une grande partie de la rhétorique des
refondateurs français, les développements à la Martelli ou à la Lucien
Sève, oublient tout simplement ce fait : c’est trop tard pour jouer la
partition de Gorbatchev ! l’orange a été mangée, il ne reste que la
peau.
Cette motion critique ou autocritique explicite de la tentative de
"dépassement" du communisme dans "l’Arc en ciel" a réuni 40% des
mandats.
La motion 2 , que soutenait Bertinotti (grand notable européen, ancien
président de la chambre en Italie, et du PGE) Vendola (gouveneur des
Pouilles, poste obtenu sur le tapis vert en négociant avec le centre
gauche, et non en renforçant l’influence électorale du parti dans cette
région historiquement peu communiste), est constituée par les
"refondateurs" gauchistes associatifs postmodernes à la française, et
par la partie obstinée dans l’erreur, ou crypto-anticommuniste, du
groupe dirigeant qui considère que l’échec de "l’Arc En Ciel" ne
s’explique que par la conjoncture, et qui persistent dans leur projet
de "constituante de gauche". Il faut noter que la partie a été serrée
(et l’est encore, du coup, car les perdants sont tentés de refuser la
défaite) car la motion 2 a frisé la victoire, avec 47%, même s’il y a
des soupçons de fraude en leur faveur (cf l’Ernesto). Ils refusent de
participer au nouvel exécutif et reprochent maintenant à la nouvelle
direction de manquer d’esprit unitaire en ayant formé un coalition à
51% alors qu’ils auraient pu avec eux former une majorité à 87%.
Rossana Rossanda, dirigeante historique du PCI puis du groupe maoiste
"Il Manifesto" qui est devenue depuis un cas d’école de ce mal du
siècle que Losurdo a diagnostiqué, l’autophobie des communistes, s’est
démenée pour essayer cette fusion du communisme et du postcommunisme.
Les perdants du congrès déblatèrent maintenant tout dépités dans la
presse bourgeoise et tentent de stigmatiser la victoire du communisme
au PRC comme une "régression culturelle", pas moins! Paolo Ferrari, le
nouveau secrétaire, loin d’être un extrémiste pourtant (il appartient à
l’Eglise protestante vaudoise!), répond que les stratégies des motions
2 et de la coalition des quatre autres motions étaient incompatibles,
ce qui clôt la question. Mais il est très net que ce sont ceux qui
veulent faire disparaitre le communisme ou le réduire à un courant
culturel qui s’accrochent en désespoir de cause à l’aspect le plus
dégénéré du centralisme démocratique, c’est à dire aux tentatives de
faire pression pour produire l »unanimité, au détriment du contenu des
déclarations et de la clarté de la stratégie. Le comble, c’est que
l’injonction à noyer le poisson, et à passer sous silence les
divergences se fait au non de "la différence " ou "des différences"! En
Italie, comme en France, les "staliniens" ne sont donc pas les porteurs
d’une idéologie stigmatisée par l’ignorance et la mauvaise foi comme
"stalinienne", mais ceux pour qui les chefs ont toujours raison,
surtout quand ils se trompent ou quand ils vous payent.
La motion 3, avec 8 %, est celle proposée par nos camarades de
l’Ernesto, qui sont en contact avec les diverses composantes de
l’opposition communiste du PCF. Ce résultat décevant qui s’explique par
le vote utile pour une direction alternative pour appliquer une ligne
communiste, est compensé par l’accord politique qu’elle a obtenu avec
la motion 1, qui se fait dans un sens très net de relance du communisme
en Italie, et pas seulement symbolique (les communistes italiens sont
très attachés à la faucille). L’Ernesto produit des analyses politiques
claires et très valables et utilisables en France aussi. La newsletter
du groupement considère le résultat du congrès dans sa déclaration
finale qui désavoue la stratégie "Arc en Ciel" et la participation au
gouvernement Prodi, mais aussi l’élection du nouveau secrétaire contre
le poulain de Bertinotti comme de grands succès dans le sens de la
reconstruction d’une organisation communiste en Italie.
Je n’ai pas d’info précise sur les motions 4 et 5 qui ont regroupé en
tout 5% des mandats mais je crois qu’une d’elle au moins était animée
par un groupe trotskysant. Les quatre motions (1, 3, 4, 5) ayant
conclut un accord, la déclaration finale a été votée par le congrès par
342 voix sur 642, et le nouveau secrétaire a été élu dans un scrutin
serré mais non contesté.
Le réaction scandalisée et négative de la presse de gauche italienne
montre a contrario le succès réel des antiliquidateurs en Italie
(jusqu’à un certain point, l’indignation de la presse bourgeoise peut
servir de critère pour repérer une bonne inflexion de la ligne!).
Enfin, dernière remarque : la victoire de la coalition 1-3-4-5 n’est
pas définitive, les partisans de la constituante de gauche ayant décidé
de poursuivre leur projet en septembre. Nikki Vendola présente
l’affaire comme un retour à l’âge de pierre, et la "constituante
communiste" proposée par l’Ernesto, l’appel unitaire, et le PDCI comme
un "projet délirant". Ce langage arrogant fait penser aux OUIOUIstes du
PS, et aussi aux "personnalités" du collectif national censé désigner
un candidat antilibéral, en 2006. Si ces mauvaises intentions se
concrétisent, il devra y avoir une scission (oh! quelle violence! halte
au retour des gardes rouges de Réveil Communiste!), et une
recomposition avec les communistes du PDCI et de l’appel "commençons
par nous même" devra avoir lieu.
Le point important à mes yeux, c’est que ce changement de ligne a été
acté par un changement de direction clairement identifiable, et qui
s’est communiqué, en particulier grâce à l’indignation des journalistes
sociaux libéraux, qui ont fait caisse de résonance. Le public italinien
ne peut donc pas ignorer qu’il s’est passé quelque chose au PRC! Paolo
Ferrero ayant fait partie de l’ancien groupe dirigeant (il est ministre
sortant dans le gouvernement Prodi) on peut penser que ce changement de
direction n’est pas suffisant, mais le nouveau secrétaire a accepté de
faire une autocritique (ce qui semble au dessus des forces des
dirigeants français), d’endosser un texte ferme sur les orientations
politiques même s’il reste encore verbeux dans certains développements,
et surtout de se faire élire contre le favori des médias et de la
classe politique, à la manière de Braouezec chez nous, Nicchi Vendola,
qui depuis qu’il a perdu se lâche dans la presse en désignant ses
adversaires à la vindicte publique comme "les communistes"!
Détail qui n’en est pas un : Bertinotti malgré ses échecs et ses coups
fourrés a conservé une remarquable popularité. Elle témoigne de l’amour
de transfert des militants aux dirigeants, qui s’en servent pour les
mener n’importe où comme le joueur de flûte les enfants de Hamelin,
amour qui qu’on le veuille ou non est un invariant du vécu collectif
dans les organisations politiques, surtout à ambition révolutionnaire.
Amour inévitable, qui prend parfois des aspect ridicules, et qu’il faut
savoir déplacer à temps! (ceci à l’intention de ceux qui ne voient pas
le coté révolutionnaire de Freud) . Il ne sert à rien de déblatérer
contre Staline ou contre Hue si du temps de leur splendeur on leur
donnait du "Jo" ou du "Bob" affectueux.
Mais les communistes italiens ont peut être aussi exprimé par leur
standing ovation leur soulagement de le voir partir, et leur
reconnaissance pour sa démission! Et Fausto vieux Renard, sait qu’il
pourra revenir, si la nouvelle équipe se prend les pieds dans le tapis.
Tandis que Bob qui s’est accroché tant qu’il a pu peut toujours
essayer, au PCF.
GQ, 30 juin 2008, revu 1er août
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