——– Message original ——–

Sujet :

FW: : – Les confidences du Canard sur l’implication U.S. en
Géorgie

Date :

Thu, 28 Aug 2008 21:46:41 +0200

De :

Joss Rovélas <jossrovelas@msn.com>

—–
Original Message —–

From:
ecolonna
To: 
Sent: Wednesday, August 27, 2008 11:04 PM
Subject: – Les confidences du Canard sur l’implication U.S.
en Géorgie
«
Etre informé de tout et condamné à ne rien comprendre, tel est le
sort des imbéciles.
»

Les confidences du
Canard sur l’implication U.S. en Géorgie

par
Bruno Adrie

Le 25 aout 2008

L’édition du mercredi 20 août 2008 du Canard
Enchaîné

(en page 3), a confirmé la participation d’officiers  américains
au côté des Géorgiens lors de l’offensive du 7 août dirigée contre
Tskhinvali, la capitale d’Ossétie du Sud. L’article débute par cette
phrase :  « Le 7 août, avant même de lancer
son offensive en Ossétie du Sud, le président Saakachvili savait qu’il
allait disposer d’une aide américaine sur le terrain.
» D’après le
Canard, les analystes de la Direction du renseignement militaire
français sont formels : non seulement des officiers américains ont
participé directement aux opérations du 7 août, mais ils ont en plus
suggéré aux Géorgiens de lancer « des centaines de missiles sol-sol
sur la capitale ossète.
»


Rencontre de Mikhail Saakashvili avec le président des
États-Unis, le 10 mai 2005.

Ces informations émanent d’une source qu’on peut sans crainte qualifier
de sûre. Au sommet de Bucarest de début avril, la France et l’Allemagne
se sont montrées hostiles à la candidature de la Géorgie pour devenir
membre de l’OTAN. Pour justifier leurs réticences, ces deux pays ont
invoqué le problème des séparatismes ossète et abkhaze. Ce qui doit
gêner, en outre, l’Allemagne et la France, même si elles n’en ont rien
dit, c’est qu’elles savent bien que l’OTAN est le portier en uniforme
de l’Union Européenne (1), ce « nain politique » qui est né de la
nécessité étasunienne de conserver une tête de pont en Eurasie (2), et
que l’admission de la Géorgie dans l’Alliance serait annonciatrice
d’une admission dans l’Union. Après le sommet de Bucarest, les alliés
se sont quittés en se promettant de se revoir en décembre 2008, afin
d’examiner les évolutions qui se seraient produites durant le laps de
temps en Géorgie et d’évoquer à nouveau son adhésion. Les Américains
ont-ils cherché à précipiter les événements afin de ne pas retarder
l’agenda de l’OTAN ? Ont-ils, dans ce but, donné la consigne d’invasion
de l’Ossétie ? Ceci semble probable aujourd’hui. Leurs manœuvres
conjointes de cet été qui avaient sans doute comme objectif d’intimider
la Russie n’ont pas eu l’effet escompté. Car au lieu d’émettre des
condamnations de principe, Moscou a réagi militairement, comme on sait,
conduisant à l’échec de l’offensive américano-géorgienne.

 
Habitués
à jouer leur rôle de chiens de
luxe qui donnent la patte pour qu’on remplisse leur gamelle cinq
étoiles, les media occidentaux se sont alors mobilisés afin de faire
oublier les origines de cette guerre
. Ils ont montré du doigt
– d’un doigt passé maître dans l’art d’accuser les autres devant les
caméras – cette barbarie russe qui écrase tout sur son passage et
méprise la liberté des peuples : ça marche toujours (3). Les
télévisions ont filmé des civils géorgiens, des petites gens qui
souffraient pour de bon et souffrent encore à l’heure qu’il est. Mais
comme toujours, les média ne garderont que les pleurs et le sang. La
souffrance ne se filme pas et ceux qui souffrent s’oublient vite. On
objectera que des avions cargos militaires et les navires de guerre ont
fait depuis quelques jours le plein de palettes humanitaires et qu’ils
sont venus les distribuer aux sinistrés. Mais où sont les avions civils
? Et où sont les navires civils ? Perdus dans le Triangle des Bermudes
sans doute. Les palettes humanitaires, c’est pour les armées. Les
armées d’aujourd’hui, elles avancent couvertes de palettes
humanitaires, comme ces généraux d’opérette qu’on voit croulant sous
des placards de médailles qui brillent.
 
Mais
revenons à la souffrance, restée là-bas,
chez les Géorgiens qu’on a filmés et chez les Ossètes invisibles. Trop
épaisse, trop charnelle, trop chargée de l’odeur des corps pour
remonter dans le câble qui ne boit que du sang abstrait, du sang
politique, du sang à messages que sirotent chaque soir des
téléspectateurs qui croient tout savoir mais qui ne savent rien,
couchés sous les rafales d’une propagande, pardon, d’un marketing, qui
leur décoiffe la comprenette, inlassablement. Georges Bernanos a
révélé, il y a longtemps, la substance de notre monde, dans cette
formule que j’emprunte à ses Ecrits de Combats : « Etre informé de
tout et condamné à ne rien comprendre, tel est le sort des imbéciles.

»
 
Que
vont donc faire George W. Bush et son équipe
néoconservatrice, ces hommes et ces femmes qui décrètent, sans nous
avoir consulté à ce sujet,  que « la
domination américaine est bonne pour l’Amérique et bonne pour le Monde
.
» (4) Vont –ils manquer leur rendez-vous ? Vont-ils le reporter ?
Vont-ils agir en sous-main, convaincus qu’ils sont d’être les soldats
de Dieu au service de la seule superpuissance capable de faire
descendre le Paradis sur Terre depuis la chute du mur de Berlin ?
 
 
Pour
Julianne Smith, la directrice du programme
européen au Centre des études stratégiques internationales à Washington
citée par l’édition du Figaro, du 13 août dernier : 
 
«
La crise n’a fait qu’enhardir deux camps
bien distincts à l’intérieur de l’Alliance. D’un côté, pour
l’Allemagne, la France et d’autres pays qui s’opposent à ces
candidatures en arguant que la Géorgie et l’Ukraine ne sont pas encore
prêtes, les événements qui viennent de se passer sont la preuve que les
défis internes et autres conflits frontaliers rendent ces pays bien
trop instables pour être admis rapidement. D’un autre côté, vous avez
des pays, principalement emmenés par les États-Unis, qui ont maintenant
des sentiments partagés. Eux aussi reconnaissent que l’on est confronté
à une situation très instable et que si l’Otan avait pris des
engagements en vertu de l’article 5 (qui stipule qu’une attaque contre
l’un de ses membres est considérée comme une attaque contre tous,
NDLR), il aurait été pratiquement impossible de déployer des troupes
dans la région.
» (Le Figaro)
 

Un article du 15 août 2008, intitulé « Jeu d’échec géopolitique :
coulisses d’une mini guerre dans le Caucase » (‘Geopolitical
Chess: Background to a Mini-war in the Caucasus
‘), écrit par le
sociologue américain Immanuel Wallerstein va encore plus loin. Pour
Immanuel Wallerstein, les États-Unis « ne sont plus une
superpuissance
» et « les Américains n’ont pas compris les
nouvelles règles du jeu ». Ils les découvrent pourtant. Ils n’ont
répondu à la présence militaire russe en Géorgie que par « de la
rhétorique
». Ils sont dans l’incapacité d’agir militairement car
la guerre coûte cher et leurs troupes sont déjà mobilisées en
Afghanistan et en Irak. L’ironie du sort que souligne le sociologue de
Yale, est que le président Saakachvili a dû ordonner le rapatriement
d’Irak des deux mille hommes que la Géorgie avait envoyés pour prêter
main forte à la coalition. La Géorgie ne sauvera pas l’Amérique, car
l’Amérique ne peut sauver la Géorgie.
 
La
Pravda peut donc caracoler en publiant le 24
août un article intitulé « La Russie qui était à genoux se relève » (Russia stands up from its knees). Nous
dirigeons-nous vers un rééquilibrage entre les deux puissances ? Il est
encore trop tôt pour l’affirmer et nous laisserons les spécialistes
trancher le moment venu.
 
Car
l’Histoire nous a appris à nous méfier. Les
grandes puissances ont toujours une main qui traîne dans la boîte de
Pandore des prétextes de guerre, ce coffre pour jouets fabriqués dans
les coulisses des chancelleries et les arrières cours des boutiques
bancaires. Les États-Unis, même s’ils ne sont pas les seuls à le faire,
n’ont jamais été les derniers à piocher dans cette boîte pleine de
farces et attrapes dont on tire des hochets et des kaléidoscopes qui
hypnotisent les nations pour mieux les convainc re de s’adonner à
l’étripement généralisé. Une discipline qui manque encore aux Jeux
Olympiques et où l’important est de participer et, si possible, d’y
rester afin que d’autres en recueillent les bénéfices après vous avoir
bâti un mausolée.
 
Ceux
d’en bas devraient faire l’effort de
comprendre les intérêts de ceux d’en haut. 

Notes 

(1) Je renvoie le lecteur au site Acrimed qui a relevé le premier la
présence étrange du drapeau de l’Union Européenne derrière le président
Saakachvili lors de ses interventions télévisées.
 
(2) Ce que
les plan Fouchet ont cherché à remettre en question en proposant un
conception européenne, eurasienne de l’Europe et non ne Europe forgée
par le banquiers et « patriote américain » Robert Schuman. 
 
(3)
L’Occident a l’habitude de se pardonner ses
propres fautes. En condamnant l’invasion de la Géorgie par les forces
russes, la dilomatie américaine avait préalablement effacé de sa
mémoire l’invasion de l’Irak.
 
(4)
Expression extraite de la « Declaration of
Principles » du think tank néoconservateur Project For a New American
Century dont le nom a été directement emprunté à la formule « American
Century » forgée par Henry Luce avant la seconde guerre mondiale pour
proclamer le rôle de bon samaritain pour ne pas dire d’empire que
devraient jouer les Etats-Unis dans la seconde moitié du XXème siècle.


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Le 25 aout 2008



 


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