Avocat
Pendant
longtemps j’ai cru qu’Israël n’était pas un Etat comme un autre. Je vois
aujourd’hui, dans un déchirement douloureux, que pour les dirigeants d’Israël,
le crime de guerre est un choix politique.
L’Histoire reste là. Après
l’Holocauste, comment la communauté internationale pouvait-elle ne pas tout
faire pour offrir au peuple rescapé du nazisme une pérennité ? Décision
incontestable, mais injustice fondamentale pour les Palestiniens. « Les
Palestiniens» ? Surtout celui-ci, celle-là à qui on a dit : « Tu n’es plus chez
toi . Tu n’es plus chez toi parce que l’ONU a décidé que la terre de tes aïeuls
n’était plus la tienne ». Et l’ONU a décidé ainsi parce que la communauté
internationale, lors de la conférence d’Evian de 1939, avait fermé la porte de
l’humanité à la communauté juive, la précipitant dans l’enfer nazi. L’Occident
voulait compenser sa faute. Une faute payée sur le dos des Palestiniens,
auxquels pas le moindre reproche ne peut être fait. Si, un seul : être là où il
ne fallait pas.
Equation impossible ? Ce n’est plus le problème de 2009.
Car soixante trois ans ont passé. En 2009, rien ne justifie qu’Israël, puissance
économique et militaire, utilise la force armée pour construire son avenir.
Israël peut continuer ses guerres. Israël peut continuer d’interdire aux partis
arabes de se présenter aux élections. Israël peut faire tout ce qu’il veut avec
la puissance qui est la sienne, mais Israël tombera devant la loi, qui est plus
forte que lui. Car, devant l’intelligence du monde, c’est le juste qui est le
plus fort.
Qu’on ne se trompe pas. Il y a eu d’autres guerres, et il y
en aura d’autres, avec leurs horreurs. Mais l’agression d’Israël sur Gaza de
décembre 2008 marque un basculement dans l’Histoire.
Qu’est-ce-que Gaza
? Gaza est une partie d’un territoire auquel la communauté internationale, par
lâcheté, n’a jamais su imposer la qualité d’Etat. Une population isolée dans un
territoire de 10 km sur 30, affaiblie par le blocus, sans possibilité de fuir.
Désormais, quand Israël veut gagner une guerre, il attaque des civils… Fin d’un
système. N’oubliez jamais le premier jour : 200 morts. Morts pourquoi ? Parce
qu’ils se promenaient dans la rue, parce qu’ils allaient faire les courses,
parce qu’ils étaient des enfants qui rentraient de l’école.
Et quel est
le gouvernement qui a enclenché la guerre le 27 décembre 2008 ? Un premier
ministre démissionnaire depuis septembre 2008 pour corruption et les deux
principaux ministres – affaires étrangères et défense – en une opposition
politique telle qu’ils n’ont pas réussi à constituer une coalition. C’est un
pouvoir sans tête qui s’est engagé dans la guerre. Le matin, on décide des
bombardements de civils ; le soir, on tient meeting. Du jamais vu ! Les bilans
sont là. Monsieur Ban Ki Moon a dénoncé la disproportion dans l’attaque et il
demande aujourd’hui qu’une enquête approfondie ait lieu pour qu’Israël rende
compte. Toutes les grandes organisations intergouvernementales et les ONG
dénoncent ces crimes de guerre.
Pendant
longtemps, lorsque j’entendais le mot d’Israël, je voyais en image de fond les
camps de concentration et d’extermination. Le crime commis dans le berceau de la
culture. Aujourd’hui je vois toujours les camps, mais Israël est
ailleurs.
L’avenir appartient aux hommes qui savent construire la
paix. Or, aujourd’hui la paix s’appelle le respect du droit. Qu’est-ce qui
aujourd’hui fonde les droits de l’homme ? L’analyse de 1945 en réponse aux
crimes nazis, qui est au cœur de l’actualité. Les bases du droit humain ont
leurs racines dans la criminalité nazie. Tout part de là. De la Déclaration des
Droits de l’Homme de 1948 à la Convention Européenne des Droits de l’Homme en
passant par les multiples systèmes nationaux, le droit de la civilisation a posé
pour base qu’aucun homme ne peut être atteint pour le seul motif qu’il est
l’homme qu’il ne faut pas.
Israël peut
trembler. Trembler parce que, loin des bombes, s’est enclenchée la justice qui
le jugera. Israël pourra encore gonfler les muscles de ses hélicoptères et de
ses tanks. Mais un jour, dans 5 ans, dans 10 ans ou dans 30, on rendra hommage
au peuple palestinien parce qu’il a su, puisant dans les tréfonds de ce qui fait
l’humanité, retrouver l’idée même des droits de l’homme.
Parce
que j’existe, sans que quiconque soit en mesure d’apporter la moindre
appréciation sur la qualité de ma vie, j’ai droit à l’ensemble de ce qui fait la
dimension humaine et qui s’appelle la liberté. Parce que je suis né ici, entre
Rafah et Gaza, ou que je suis né ailleurs et que le canon des tanks m’a assigné
à résidence ici, quand la terre n’est plus la mienne et que l’eau m’est volée,
je reste. Regarde mes yeux, Israël, c’est un être humain qui te regarde. Ecoute
ce que je te dis, Israël, car sans le langage nous périssons. Sors de la prison
de ta violence, et viens goûter la force de la liberté. Depuis soixante ans, tu
cherches, par la force, à m’enfermer dans une prison. Les murs brisent ma vie,
mais c’est toi qui es devenu le prisonnier. Prisonnier des certitudes qui
t’interdisent de voir le monde. La vraie liberté s’invente à Gaza, quand tu as
tout détruit. Cette mère éplorée, qui a perdu sa famille et sa maison, assise
sur les gravats en implorant Dieu, dit tout de la force humaine alors que tes
misérables tanks signent la fin d’une folle épopée.
La sagesse arabe
nous dit qu’il n’y a pas de malheur absolu. A Gaza, des êtres humains ont été
tués parce qu’ils étaient palestiniens. Accusés et condamnés parce que
Palestiniens. Qui peut aujourd’hui imaginer que le crime paie ? Qui peut
imaginer qu’Israël emmènera au paradis les enfants qu’il a tués à Gaza ? C’est la justice humaine qui rétablira l’ordre, et
rétablira les Palestiniens dans l’histoire.
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