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From: nicolas
To: Romain
Sent: Friday, March 13, 2009 7:06 PM
Subject: [romain : paix_socialisme_communisme] Fw: Que vaut le plan
de relance d’Obama?

 

Que vaut le plan de relance d’Obama ?

Et pourquoi le "gentil"
président augmente-t-il le budget militaire de 4% ? Bush c’était pas assez
?
Henri Houben

 
 

Un plan de 787 milliards de dollars. Obama n’y va pas
de main morte pour relancer l’économie américaine. Cela
contribuera-t-il à relancer l’économie mondiale ? Quelles
conséquences pour les travailleurs américains ? Pour notre premier
ministre la sortie de crise en Belgique dépendra du succès d’Obama.
Réponses avec l’économiste marxiste Henri Houben.
 

Interview : Ruben Ramboer et Julien Versteegh

« Le danger aujourd’hui est un monde où les États-Unis n’ont
pas assez de pouvoir. Ni la Russie ni la Chine n’ont le pouvoir de fournir
ce monde en biens comme les États-Unis l’ont toujours fait ». Comme Van
Rompuy, l’éditorialiste du New York Times, Thomas Friedman, voit une
solution à la crise dans une Amérique performante. Qu’en est-il ?

Henri Houben. C’est partiellement vrai dans la mesure où l’économie
capitaliste actuelle est fortement intégrée et l’économie américaine est
la première du monde. Les États-Unis ont les cartes en main depuis le
début des années 1980. C’est en fonction de cela que les autres économies
se sont adaptées.
La consommation des ménages américains a représenté
28 % à 30 % de la croissance de l’économie mondiale entre 1980 et 2006.
Cela donne l’ampleur de cette consommation.
Maintenant, cette
dépendance n’est pas une fatalité. On pourrait impulser une politique tout
à fait différente au niveau européen, plus autonome. La politique
européenne est basée sur la compétitivité dans le but de pouvoir vendre à
l’étranger et notamment aux États-Unis. On pourrait avoir une politique
basée sur des éléments de croissance interne sans avoir besoin de la
relance américaine.

Quelle est l’importance de la crise américaine
?
Henri Houben. Au quatrième trimestre 2008, les États-Unis avaient
une baisse de croissance de 6,2 % si les pertes du quatrième trimestre
sont étalées sur une année. C’est énorme. Les profits des 457 entreprises
dans le S&P 500 ont chuté de 37 %. Certains secteurs, dont les trois
grands de l’automobile (General Motors, Chrysler et Ford), sont en quasi
faillite. GM était, il n’y a pas si longtemps encore la première
multinationale du monde avec 850 000 travailleurs et elle ne passera
probablement pas l’année. Il est possible qu’Opel Europe coupe la branche
mais des restructurations importantes s’imposeraient. On ne voit pas
comment Chrysler pourra s’en sortir et Ford n’est pas mieux lotie. Le
chômage a augmenté de manière exponentielle. Depuis août 2007, 4,5
millions de jobs ont été perdu. Il y a aussi déjà eu 3 millions de saisies
immobilières.
Une telle chute du PIB s’est-elle déjà produite dans des
crises antériereurs ?
Henri Houben. Le recul du PIB est momentanément
comparable à celui de 1980 où il y avait aussi un arrêt de la production
phénoménal. Mais si cela continue – et cela continuera – on est parti pour
quelque chose de très profond comme dans la crises des années 1930. La
Banque centrale européenne ne prévoit pas de redémarrage avant 2011 alors
qu’auparavant elle parlait naïvement encore de croissance positive en
2009. Le problème fondamental est que l’économie est basée depuis 25 ans
sur la consommation américaine, une consommation qui a été financée par un
endettement massif et par la spéculation. Et ça c’est bloqué.

Obama a préparé un budget présenté partout comme très ambitieux.
Quelles en sont les caractéristiques principales ?
Henri Houben. Par
rapport à Bush et à l’ancienne administration, il y a deux choses. Il y a
un plan de relance en tant que tel. Il ne se limite pas à soutenir le
secteur financier. Par exemple, des investissements dans les
infrastructures publiques. Le budget prévoit également des baisses
d’impôts pour les bas revenus alors que sous Bush les baisses d’impôts
étaient surtout prévues pour les riches dans l’espoir d’améliorer la
consommation. Finalement, un plan de réaménagement de dettes hypothécaires
est prévu à raison de 275 milliards de dollars.

Le prix Nobel
d’économie, Paul Krugman, estime que ce plan de relance est largement
insuffisant.
Henri Houben. En effet. Roubini, l’ancien conseiller de
Clinton, estime aussi qu’il faut allez plus loin, et au moins
provisoirement nationaliser le secteur bancaire. Ce qui manque
complètement dans le plan Obama. En ce qui concerne les banques, c’est le
plan Bush qui continue avec entretemps déjà plus que 1 400 milliards de
dollars d’aide prévue. Rien ne change à ce niveau-là. En fait, ce plan
avait été concocté par Geithner sous Bush et Geithner est aujourd’hui le
ministre des finances d’Obama. Récemment ils sont encore venus au secours
de l’assureur AIG avec 30 milliards de dollars, ce qui met le compteur à
180 milliard de dollars.
En plus, il y a un effet non négligeable en
terme de déficit public. On parle de 1 745 milliards, ce qui est de
l’ordre de grandeur de quatre fois l’économie Belge.

Que
faudrait-il faire ? Avec un déficit pareil, il y a peu de marge.
Henri
Houben. Si tu veux relancer l’économie, il faut investir massivement dans
le secteur public pour compenser la perte de consommation des ménages. Ce
déficit doit être financé par ceux qui ont profité de la croissance
pendant des années en augmentant l’imposition des tranches supérieures de
revenus. Obama a maintenant après toutes les baisses d’impôts pour les
riches, imposer une taxe sur les 5 % les plus riches. Mais c’est largement
insuffisant. Le problème aussi est que cette taxe n’aura d’effet qu’en
2011. Il faut inverser le rapport des inégalités de richesse aux
États-Unis. Aussi une nationalisation du secteur bancaire s’impose.

Quelles sont les conséquences de ce plan de relance pour les
travailleurs américains ?
Henri Houben. On parle de la création de 3
millions d’emplois sur deux ans Mais actuellement 23,2 millions de
personnes sont sans emplois ou ont un boulot à durée très limitée
(underemployed). Mais certains aspects de ce plan sont positifs,
telles que les augmentations des allocations de chômage et des services
sociaux, ainsi qu’une injection de capital dans les services publics tels
que Medicaid. Mais la situation est grave. À côté du chômage, il y a les 3
millions de personnes expulsées de leur maison, il y a un tiers des
citoyens américains en dessous de 65 ans qui n’ont pas d’assurance santé.

Que peut-on attendre du futur ?
Henri Houben. Pour l’instant
c’est l’étranger qui finance le déficit public américain pour empêcher
l’effondrement du système. Les États-Unis ont besoin de 600 milliards de
capitaux par an de l’étranger. Un des scénarios le plus plausible est
qu’avec des taux d’intérêts très bas (tenu bas pour essayer de relancer
les investissements), l’étranger ne finance plus le déficit et la
dette publique. S’il n’y a pas cela, le dollar chute. Si le dollar chute,
il n’y a plus de système financier international puisqu’il est basé sur le
dollar. On verrait alors la formation de blocs commerciaux à unité
monétaire propre. Cela implique une position de faiblesse totale des
États-Unis. Avec le développement du protectionnisme, la fin du libre
échange et peut-être l’augmentation de l’agressivité des États-Unis.

Ce plan prévoit également une augmentation de 4 % des dépenses
militaires.
Henri Houben. Cela indique que si les États-Unis se
sentent en position de faiblesse économique, ils ne renonceront
certainement pas à leur force militaire. Cela montre également que les
différences entre Démocrates et Républicains ne sont pas si fortes que
cela.

Que faire dès lors au niveau européen face à toute cette
situation ?
Henri Houben. Au lieu d’attendre des États-Unis la
solution avec le grand danger de sombrer dans une plus grande crise, il
faut mener une autre politique. Développer les services publics, les
investissements publics et redistribuer la richesse au profit des
travailleurs. C’est une orientation radicalement différente de la
politique européenne aujourd’hui. Il faut rompre avec la politique
néolibérale.

 
Tiré d’investig’action
 

 

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