Sent: Friday, March 20, 2009 3:27 AM
Subject: www.michelcollon.info se transforme et
s’élargit
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Interview de Michel Collon,
fondateur d’Investig’Action

PAR
PATRICIA PARGA-VEGA


www.michelcollon.info se transforme et
s’élargit

Tout ce qu’Internet va nous
permettre… 

Le voici
enfin! Depuis de longs mois, l’équipe Investig’Action prépare un nouveau
site complètement relooké. Plus agréable, plus clair, plus
pratique. 
A la demande de nombreux lecteurs, Michel Collon
explique ici comment a démarré l’aventure de ce site, son succès croissant
et son grand potentiel, et pourquoi Internet est aujourd’hui la
seule possibilité de construire une info indépendante et rigoureuse. Pour
exposer les intérêts cachés, les médiamensonges, donner la parole aux
oubliés des médias.
De plus, Investig’Action fourmille de projets :
newsletter et site en espagnol et anglais, rubriques audio et vidéo,
développement du test-médias…


Aujourd’hui, le site que vous avez lancé change
de look, crée de nouvelles activités, met en place un nouveau collectif :
l’équipe Investig’Action. Avec plus de trois mille visiteurs par jour,
http://www.michelcollon.info est devenu un incontournable de l’info alternative.
Bientôt, il paraîtra aussi en espagnol, puis en anglais. Cependant,
beaucoup de ces visiteurs ignorent comment l’aventure a commencé.
Pourriez-vous l’expliquer ?
Michel Collon.
Depuis la première
guerre du Golfe (1991), je travaille à décoder l’info. Mon premier livre
Attention, médias ! exposait comment les grands médias français et belges
avaient manipulé l’opinion pour leur faire accepter cette guerre. Et
comment repérer les médiamensonges. Mes deux livres suivants Poker menteur
(1998) et Monopoly – L’Otan à la conquête du monde (2000) ont étudié les
intérêts des multinationales cachés derrière ces médiamensonges. Et la
stratégie des Etats-Unis pour dominer la planète.
Mais les livres ne
suffisent pas. D’abord, l’image joue un rôle crucial dans la propagande de
guerre. En 2002, j’ai rencontré la jeune réalisatrice Vanessa Stojilkovic.
Ses deux films documentaires – "Les Damnés du Kosovo" (2002) et "Bruxelles
– Caracas, les Vénézuéliens répondent" (2005) – ont réussi à montrer le
vrai visage de la guerre, mais aussi à donner la parole aux exclus de
l’info et à leurs espoirs.
Ces films et ces livres nous ont permis –
malgré la censure des grands médias – de rencontrer un très large public
au cours de centaines de débats en de nombreux pays. Et cette expérience
très enrichissante nous a fait ressentir de tout près ce que les gens
attendent : ils ne font plus confiance aux médias traditionnels, mais ne
veulent pas rester passifs. Alors, que faire ?
 
C’est
Internet qui a changé la donne ?
Michel Collon.
Absolument. A
partir de 2000, Internet a révolutionné notre pratique. D’abord, pour
développer un large réseau de contacts à travers le monde entier, échanger
des analyses et informations, mener des enquêtes. Mais aussi pour réagir à
chaud à l’actualité. Avec un livre, ou avec un film, nous arrivions un an
après les faits. Toujours en retard d’une guerre ! A présent, grâce à
Internet, nous pouvions combattre les médiamensonges le jour même. Avec
l’aide de Vanessa, j’ai donc lancé, début 2004, le site
http://www.michelcollon.info. Au début, c’était un site d’auteur, comme on dit :
pour présenter ses travaux et les miens, pour diffuser rapidement mes
articles.
 
Mais ça a très vite évolué…
Michel
Collon.
En effet. Invité dans beaucoup de pays, j’avais l’occasion de
rencontrer plein de gens très intéressants, célèbres ou non. Je me suis
dit qu’il fallait absolument partager ces rencontres et ces richesses.
Alors, j’ai créé sur le site une rubrique "Mes invités", présentant les
textes que je recevais. Je me souviens du tout premier : une superbe
histoire, brève et très touchante, que m’avait racontée, un soir, en
Galice, le célèbre écrivain argentin Adolfo Perez Esquivel (ndlr : Prix
Nobel de la Paix 1980) : Histoire de l’enfant qui devait reconstruire le
monde. Ce fut le premier texte d’un "invité". Vous pouvez toujours la
trouver sur le site.
 
A présent, le site compte plusieurs
milliers de récits, témoignages, analyses… Un trésor !
Michel Collon.
Oui, il est vite apparu que c’était une formidable opportunité de
créer un véritable média alternatif. Le média de ceux qui ne sont pas dans
les médias. Car ils n’appartiennent pas aux classes dominantes, et vont à
contre-courant de la pensée unique.
 De plus en plus de gens
m’ont envoyé des articles. Grâce à ce réseau international, nos lecteurs
ont pu lire des témoignages humains, des critiques de médiamensonges, des
analyses sur les stratégies cachées… Manifestement, cela correspondait à
un besoin. Les gens qui travaillent, qui sont actifs n’ont pas le temps de
lire tout ce qu’on trouve sur le Net. Ils apprécient de trouver chaque
semaine la sélection de notre newsletter hebdomadaire… Et le nombre de
nos lecteurs n’a cessé d’augmenter. Aujourd’hui, plus de 3.000 personnes
visitent le site chaque jour.
 
Quels sont les critères pour
sélectionner un article ?
Michel Collon.
Il doit apporter quelque
chose de nouveau, de significatif. Avoir une valeur durable même si vous
le relisez dans un an ou deux. Les "news", comme on dit, nous les laissons
aux agences. Nous cherchons à donner une vue d’ensemble sur le monde (il
faudra encore des efforts pour mieux couvrir l’Afrique, le monde arabe, la
Russie, l’Asie). Nous ne nous adressons pas à des spécialistes, mais à un
public très large. Donc, les articles doivent être de qualité, sérieux,
citant leurs sources, mais également clairs, faciles à lire, pas trop
longs…
 
Parce que sur Internet, on trouve à boire et à
manger.
Michel Collon.
Exactement. Internet n’est pas immunisé
contre la désinformation, on trouve toutes sortes de "hoax" politiques
lancés pour manipuler l’opinion, on rencontre aussi des gens qui répandent
leurs délires personnels, des théories du super –
complot…
 
Et http://www.michelcollon.info n’a jamais commis
d’erreurs ?
Michel Collon.
Si, c’est arrivé trois fois en cinq
années. Mais nous l’avons directement signalé. Tout journaliste, même
prudent, peut se tromper ou se faire avoir. Celui qui est honnête le
signale aux lecteurs. Cela permet à chacun d’en tirer des leçons pour
augmenter la vigilance. L’info n’est pas une autoroute, c’est un chemin de
montagne.
 
Mais qu’est-ce qui a vraiment changé avec
Internet ?
Michel Collon.
Tout. Auparavant, l’info était
monopolisée par les intérêts dominants. Bien sûr, comme on dit, « la
presse est libre », vous avez le droit de lancer votre télévision ou votre
réseau de quotidiens, il vous suffit d’avoir quelques centaines de
millions d’euros.
Les médias traditionnels ne sont pas un
contre-pouvoir, ils font partie du pouvoir comme l’ont montré Noam Chomsky
ou Geoffrey Geuens dans son excellent livre « Tous pouvoirs confondus ».
Ils sont liés au système parce que leurs propriétaires sont de grosses
entreprises capitalistes (de plus en plus aux mains de quelques
milliardaires : Lagardère, Murdoch, Berlusconi), parce qu’ils vivent de la
publicité des multinationales, parce que leurs dirigeants sont liés aux
pouvoirs économiques et politiques, parce que leur idéologie défend le
système en place et empêche les gens de penser par eux-mêmes.
Avec
Internet, en quelques années, une autre manière de s’informer est devenue
possible. Gratuite, rapide, interactive, libre des pressions politiques et
financières, même si les idées dominantes y dominent aussi (par exemple,
en général, sur Wikipédia). Mais on peut en tout cas échapper au blocage
financier.
 Internet a introduit une nouvelle mentalité. Avant, un
article était une marchandise, qu’un média achetait à un journaliste ou un
auteur, et qu’il revendait à un lecteur. Or, les marchandises seront
forcément toujours dominées par les intérêts qui dominent le marché.
A
présent, sur le Net, tout s’échange et circule gratuitement. C’est un
grand progrès. Je dirais même que cela préfigure l’avènement d’un autre
monde, d’une société différente. La preuve par l’info : en mettant en
commun des forces qui peuvent venir du monde entier, nous pouvons
rassembler beaucoup plus d’informations – et les vérifier – que dans la
presse traditionnelle. Celle-ci, enfermée dans sa course à la rentabilité,
ne peut payer les journalistes pour mener des investigations et des
vérifications sérieuses, 90% de leurs infos sont en fait du recopiage de
dépêches d’agences.
Donc, par la mise en commun et la solidarité, on
arrive à une qualité d’info bien supérieure à la concurrence économique
des médias privés. C’est une leçon de société ça ! Tout comme, en
informatique, Linux est bien supérieur au Microsoft de Bill Gates, parce
que Linux repose sur le partage et non la dissimulation des infos, Linux
ne se bat pas contre des concurrents, mais avec toutes les bonnes
volontés.
 
Bénévole, c’est la clé ?
Michel Collon.
Je pense que oui. L’info – marchandise, l’info comme support de pub
pour des multinationales, ça fausse tout. Comment un grand média
pourrait-il être libre s’il est aux mains de milliardaires ou s’il dépend
des énormes budgets publicitaires des multinationales
?
 
Mais sur Internet, n’êtes-vous pas condamnés à la
confidentialité ?
Michel Collon.
Non, ça peut marcher, il est temps
d’en finir avec le pessimisme si répandu en Europe. Pour illustrer les
possibilités d’Internet, je voudrais mentionner l’excellent site espagnol
Rebelion, lancé par un journaliste Pascual Serrano, bientôt rejoint par
quelques collaborateurs bénévoles. Chaque jour, ils diffusent une
trentaine d’articles, les meilleurs qui paraissent en espagnol. Chaque
jour, ils ont trente mille lecteurs ! Dans les statistiques, ils sont le
sixième média quotidien espagnol derrière El Pais, El Mundo, ABC… Une
vraie alternative ! Nous avons avec eux une très bonne
collaboration.
 
Alors, Internet, c’est la panacée, la
solution miracle ?
Michel Collon.
Non, Internet me semble menacé
par deux dangers. 1. Les médias y investissent beaucoup, se déplaçant des
quotidiens papier (en déclin) et même des journaux télévisés vers le Net.
Pour deux raisons :
1. Le public peut y trouver une info à la demande,
plus spécialisée, plus active et gratuite (voir le succès de Youtube,
Dailymotion, etc)
2. La publicité peut beaucoup mieux cibler son
public, Internet permettant de suivre et d’espionner les habitudes de
consommation.
Donc, les médias traditionnels se reconvertissent sur
Internet. Seulement, leur info reste la même. Ils sont liés au système
parce que leurs propriétaires sont de grosses entreprises capitalistes,
parce qu’ils vivent de la publicité des multinationales, parce que leurs
dirigeants sont liés aux pouvoirs économiques et politiques, parce que
l’idéologie dominante défend le système en place et cherche à empêcher les
gens de penser par eux-mêmes. Encore récemment, on a vu en Belgique trois
journalistes chevronnées se faire licencier en trois minutes. En France,
le couple « Dr Kouchner et Mrs Ockrent » applique ce système jusqu’à la
caricature : placée par Monsieur à la tête de France 24, Madame a mis à la
porte un journaliste expérimenté qui avait osé critiquer Monsieur
!
 Cette info n’est pas libre. Mais avec leurs gros moyens
financiers, ces médias traditionnels essaient d’accrocher la nouvelle
génération et de la garder dans le droit chemin. Il y aura une course de
vitesse pour les empêcher de monopoliser l’info Internet comme ils l’ont
fait avec la radio ou la télé. L’info des multinationales contre l’info
des gens. Nous devons absolument gagner cette course sur Internet, il
faudrait un grand Forum international pour construire des alternatives
dans l’info avec les nouvelles technologies.
 
Et l’autre
menace ?
Michel Collon.
Eh bien, les Etats-Unis mais aussi d’autres
puissances, sont très inquiets. Si les médiamensonges peuvent être réfutés
rapidement et dans le monde entier, la propagande de guerre aura du mal.
Déjà, Al Jazeera et d’autres journalistes se sont fait tirer dessus ou
emprisonner, déjà quand Washington déclenche une guerre, l’armée US
s’empresse d’éliminer la télé de l’adversaire. A présent, le Pentagone a
défini une stratégie offensive contre Internet. Il est clair que si une
guerre éclate, beaucoup de sites alternatifs connaîtront des "accidents".
Il faudra prévoir des parades. On doit se faire connaître, se renforcer,
élargir le réseau pour les empêcher de tout fermer le moment venu.
Evidemment, comme Internet est devenu un énorme marché, les Etats-Unis,
qui l’ont créé, ne peuvent plus faire marche arrière. Mais ils cherchent
des parades… Voilà bien une ironie de l’Histoire : avec Internet, la
classe dominante a fabriqué une arme qui peut se retourner contre
elle.
 
Pourquoi ce nom d’Investig’Action ?
Michel
Collon.
Il exprime les deux aspects de notre activité. D’une part,
chercher ce qu’on nous cache. Sans tomber dans la paranoïa, nous analysons
les intérêts cachés derrière chaque conflit, économique, social ou
militaire. D’autre part, nos lecteurs emploient leurs infos pour discuter
au boulot, à l’école, dans leur milieu. Nous voulons leur être utiles.
Donc, nous répondons à leurs questions, leurs critiques, leurs
propositions. Qui d’ailleurs nous apprennent beaucoup à nous aussi.
En
outre, nous publions des livres pour approfondir certains sujets. Et nous
préparons des films documentaires permettant à chacun de présenter ces
sujets dans des publics larges, afin de stimuler le débat. Enfin, nous
organisons des formations qui aident chacun à être actif autour de soi et
sur le Net. Des séminaire sur « les mécanismes fondamentaux de la
mondialisation », « comment devenir journaliste alternatif », « Palestine
et médias » ou encore « Chavez, l’Amérique latine et la libération du
tiers monde ».
 
« Décoder l’info » est inscrit en tête du
site, ce sera votre spécificité ?
Michel Collon.
Oui, ce que nous
appelons « test – médias » va se développer très fort sur le site. Tout
commence par là. Apprendre à repérer les manipulations, les non dits, les
procédés de diabolisation. En fait, l’info dominante prétend penser à
notre place.
 
Une idée du public qui visite le site
?
Michel Collon.
Oui, grâce aux statistiques de fréquentation et au
très abondant courrier. Nous sommes lus dans beaucoup de pays : France,
Belgique, Suisse, Afrique, Espagne, monde arabe, Amérique latine… Des
intellectuels, mais aussi des travailleurs, des jeunes, des étudiants. Et
pas seulement des gens de gauche, on a toutes sortes de discussions
intéressantes.
Notre but est double. D’une part, toucher des lecteurs
déjà actifs et concernés. Ils forwardent nos articles ou les utilisent en
presse écrite, en radio, en discussions. Internet ne supprime pas les
autres médias et le travail de discussion, il les renforce. Et puis, nous
touchons surtout un public plus large, simplement curieux et ouvert. C’est
très important de s’adresser à tout le monde. Travailler pour les initiés,
ce serait s’enfermer.
 
Quand même, aller à contre-courant,
travailler sans reconnaissance des médias officiels : jamais découragé
?
Michel Collon.
Jamais. Bien que la vie ne m’ait pas ménagé, et
bien que mes reportages dans des pays comme l’Irak ou la Yougoslavie en
temps de guerre m’aient donné à voir des souffrances bouleversantes, je
peux vous assurer d’une chose : quand on a la chance comme moi de pouvoir
donner la parole à ceux qui souffrent, à ceux qui luttent, et de recevoir
autant de remerciements chaque jour, ça donne une force incroyable
!
 
Cette croissance du site, c’est cela qui a justifié la
formation d’une équipe ?
Michel Collon.
Il y a deux raisons en
fait. D’abord, oui, je n’arrivais plus à mener de front ces diverses
activités : le site (sélection, traduction et postage d’articles), le
courrier, la préparation de livres, l’aide à la réalisation de films
documentaires, les séminaires de formation, les tournées de conférences,
les voyages… Il y a une attente énorme, les gens veulent réellement
faire quelque chose pour changer l’info.
Mais aussi, je souhaitais
depuis un moment former une équipe et transmettre mon expérience. Ca fait
bientôt vingt ans que j’étudie les Etats-Unis, les guerres, les médias,
vingt ans que je donne des conférences, et discute avec toutes sortes de
publics qui, eux aussi, m’apprennent énormément. L’âge arrive, il est
temps de transmettre tout cela. Depuis quelques mois, une équipe s’est
formée à Bruxelles, le travail a été réparti selon les capacités et le
temps de chacun, on fait le point chaque semaine sur l’actualité, les
problèmes du site, les tâches. Avec cette équipe, nous avons préparé
pendant plusieurs mois le tout nouveau site et les nouveaux
projets…
 
Qu’est-ce qui a changé dans le site ?
Michel
Collon.
D’abord, il a été complètement relooké. Des couleurs plus
douces et harmonieuses (l’info est déjà assez dure, non ?), plus de blanc
pour respirer, des rubriques plus claires pour trouver son chemin. Et un
nouvel en-tête qui indique mieux le travail dorénavant collectif. Ensuite,
nous allons de plus en plus développer notre activité spécifique : le
décodage de l’info, le "test – médias", comme nous disons. Et des
rubriques audio et vidéo pour lesquelles nous faisons appel aux
suggestions et aux coups de main.
 
Et le site devient
multilingue ?
Michel Collon.
Oui, ça c’est très important.
Voyageant beaucoup, j’ai pu constater qu’il existe de véritables murs dans
l’info alternative. Les Français, par exemple, sont assez peu bilingues.
Du coup, ils sont peu au courant de tout ce qui circule en langue anglaise
et aussi de ce qui se passe en Amérique latine. Inversement, les Latinos
ne sont pas très bilingues non plus, et mal informés sur ce qui se passe
en Europe (il y a beaucoup d’illusions comme quoi l’Europe serait
différente des Etats-Unis), mais aussi au Moyen-Orient ou en Afrique. Il
existe de véritables murs entre les mondes progressistes francophone,
anglophone, hispanophone, sans parler de tout ce qui s’échange en arabe,
en russe ou en chinois. Nous voulons briser ces murs.
 Les
multinationales sont très bien globalisées et bien informées de ce qui se
passe dans le monde entier. Mais à gauche, on vit dans des bocaux, l’info
n’est pas assez globalisée. Nous cherchons donc des traducteurs
(bénévoles). Il nous paraît très important de faire connaître en Europe ce
qui se passe vraiment en Amérique Latine, en Afrique, au Moyen-Orient. Et
vice versa.
 
La Lettre hebdomadaire que connaissent les
francophones va donc recevoir des petites sœurs…
Michel Collon.
En espagnol bientôt. Et puis en anglais. Le but est de fournir en ces
langues aussi une sélection hebdomadaire d’articles sur l’Europe,
l’Afrique, le Moyen-Orient…
 
Avec tous ces
développements, sera-t-il possible de maintenir la gratuité ? Comment sont
couverts les frais ?
Michel Collon.
Nous tenons absolument à
maintenir la gratuité. L’équipe qui m’entoure est bénévole et le restera,
même si notre association devra embaucher quelqu’un pour assurer la
coordination et le secrétariat. Et, bien sûr, nos frais techniques ont
augmenté. Il est vrai qu’une partie de notre public pourrait sans doute
payer une toute petite cotisation. Mais nous voulons absolument que l’info
reste accessible aux économiquement faibles : les jeunes et les fauchés
d’ici, mais aussi nos lecteurs en Afrique et dans le tiers-monde.
Ceci
dit, nous ne voulons pas seulement maintenir l’activité, nous voulons
l’élargir. Développer de nouveaux projets. Récemment, le site a eu
l’occasion de jouer un rôle important dans la contre – info sur Gaza. Les
débuts de la série d’interviews de Mohamed Hassan « Comprendre le monde
musulman » ont connu un grand écho, avec des traductions en une dizaine de
langues, des reprises sur des dizaines de sites, magazines et revues.
L’interview – vidéo « Kouchner, vrai ou faux ? » a également eu un grand
impact. En ces occasions, nous avons commencé à faire appel aux questions
et réactions des lecteurs. Internet nous permet de créer un nouveau type
de journalisme, plus participatif, plus démocratique. C’est comme ça que
nous aurons davantage de pouvoir sur l’info.
Donc, pour couvrir ces
frais et lancer de nouveaux projets, nous allons dorénavant faire appel
aux soutiens. Il y a sur le nouveau site un appel à nous donner les moyens
de continuer et de développer. La liberté d’informer a un prix. Les médias
traditionnels couvrent leurs frais avec la pub, mais du coup, ils ne sont
plus libres envers les multinationales. Nous préférons faire confiance à
nos lecteurs.
 
Quelque chose à ajouter ?
Michel Collon.
Juste ceci. C’est la désinformation qui rend possible les guerres, les
agressions et le maintien des injustices. L’info, c’est donc la première
bataille. Les multinationales y investissent des milliards. La seule force
qui pourra construire la contre – info, ce sont les gens eux-mêmes
!

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