COURCELLES: encore une triste nouvelle: ma mère Yvonne MESSE,
a/militante communiste, s’est  éteinte à son tour ce mardi 04 août
 2009, après une longue hospitalisation de 65 jours…
 
Ma mère, en compagnie de mon père, ne connut pas non plus une existence
toujours facile …
Elle est née à Pont-à-Celles le 09 novembre 1919, dans une famille
nombreuse, d’un père belge (Oscar MESSE) et d’une mère française (Marie-Rose
FAUCHART, née à Caudry, dans le Nord). D’un première mariage, son père avait
déjà 2 filles: Madeleine et Alice. De son second mariage, il eut 4 filles:
Yvonne, Renée, Raymonde et Fernande.
Ainée, elle ma mère dut très tot s’occuper de ses soeurs, plus
jeunes.
C’était encore l’époque où l’on n’avait pas toujours l’occasion de terminer
son cycle de 6 années d’école primaire. Les enfants des grosses familles pauvres
se rendaient encore en classe en sabots et encore enfants, ils partaient "à
briques" … Ma mère en compagnie de ses parents dut y aller également dans le
Nord de la France et ensuite elle fut "mise en service" dans une famille
bourgeoise, menée par une femme arrogante et avare… 
Fin des années ’30, elle décide de partager son existence avec mon père
Roger ROMAIN avec qui elle se marie le 23 septembre 1939. Mon futur père était
mobilisé pour la guerre depuis le 1er septembre 1939…
Pour pouvoir se marier, il dut obtenir l’ accord de son commandant de
compagnie et obtint … 1 jour de congé.
Dès lors, elle s’installe chez ses beaux-parents, une famille de
chiffonniers, de père en fils. C’ est chez eux que je naquis le 02 avril
1940.
10 mai 1940, c’est la guerre et mon père est au front. Mes grands-père, ma
mère et moi, âgé d’à peine 6 semaines, évidemment, nous embarquons bien
inutilement dans le flot des réfugiés fuyant les Allemands en évacuant vers la
France, jusqu’au-delà de Valenciennes, au milieu des combats et des
bombardements, au travers de communes en ruines et de maisons détruites et
abandonnées…
Le 2 mai 1940, à la fin de la campagne des 18 jours, mon père est
prisonnier des Allemands dans les Flandres et s’évadent, avec un compagnon,
d’une colonne pédestre de prisonniers de guerre en route pour 4 ans vers les
stalags de l’Allemagne nazie. De braves flamands leur donnent des vêtements
civils et ils peuvent ainsi regagner leurs domiciles en Wallonie.
Dès ce moment, mon père devint réfractaire au travail en Allemagne et doit
donc se cacher pendant une bonne partie de la guerre. Pour vivre, en cachant
aussi des Juifs, ils fabriquent des savonnettes qu’ils vont revendre au porte à
porte dans d’autres régions du pays, y compris Bruxelles
1943, encouragés par ses parents, mon père suit leur voie et devint membre
du Parti communiste clandestin…
Dès la fin de la guerre, il trouve enfin un peu de travail: comme garde de
nuit des convois militaires Us à la douane de Charleroi, il descend par la suite
dans les égouts pour les nettoyer, s’engage ensuite comme mineur du fond au
Charbonnage de Mariemont-Bascoup où périrent en 1950, lors d’un coup de grisou,
38 de ses ex-compagnons de travail, dont ses 2 beaux-frères, Pierre STANSON et
Henri CHIRAC.
Août 1945 naît ma soeur Marie-Claire qui décèdera malheureusement en
décembre 1945 des suites d’une infection pulmonaire. Ma mère fut très affectée
par son dècès et ne s’en remettra jamais complètement …
Vers 1946-1945, mon père parvint à quitter le charbonnage et entre aux Acec
comme planeur de toles à la chaudronnerie, jusqu’à la prise de sa pré-pension et
1975… Il prend part aux luttes ouvrières aux côtés de ses compagnons de
travail, grâce à une puissante FGTB, poussée par une très forte section
d’entreprise du Parti communiste. Mon père devient délégué syndical jusqu’à son
départ…
A la même époque mon père succède à Gustave DUBOIS, en tant que secrétaire
politique de la puissante section communiste de COURCELLES. Dès lors, ma mère
partage toutes ses activités militantes aux Parti et au sein du Rassemblement
des Femmes pour la Paix. Elle devint aussi une ardent militante et fait souvent
équipe lors des campagnes du Parti et du RFP avec Lucienne GLINEUR-DECHAMP,
l’épouse du député communiste courcellois.
Ce sont de très nombreuses réunions en soirée et tous nos dimanches
sacrifiés pendant des années (on travaille encore à ce moment 6 jours sur 7 dans
les entreprises).
Tout gosses, je vis dans ce milieu militant, j’y grandi et j’y prend gout
également. Mais c’ est encore une autre histoire à écrire …
Dans le quartier de la Réguignies, Hamal et des Fonds de Corbeaux, mon père
recrute 80 nouveaux membres cotisants au Parti et reçoit les félicitations
nationales comme l’un des meilleurs recruteurs… Dans ce quartier, avec ma
mère, il diffuse chaque dimanche plus de 60 "Drapeau Rouge", journal du
Parti.
C’est le début de la Guerre Froide, de la campagne anti-soviétique et
anti-communiste acharnée et la Révolution chinoise et le Parti y perd
malheureusement des plumes en influence et en militants…
Mon père reprend une tournée de diffeur militant dans le quartier du Trieu
des Ageanx et ma mère une autre dans le quartier de Forrière et de Sart lez
Moulin où elle recueille énormément de sympathie et chaque mois mes
parents diffusent en plus jusqu’à 80 exemplaires de la revue soviétique
"L’Urss en reconstruction" devenue ensuite "L’Union soviétique".
Pour parvenir à cela, "j’hérite" tout gosse de la tournée dominicale de mes
parents dans les quartiers Hamal, Fonds de Corbeaux. Je la garderai, jus’en
1990, époque où je suis "suspendu" (sic) du Parti pour mes divergences
politiques au plan international et mes sympathies ptbistes…
Chaque soir, ma mère et moi, à l’écoute de Radio Moscou, Radio Prague,
Radio Budapest, Ce Soir en France, nous nous tenons informés des événements
internationaux.
Ma mère restera une militante très active jusqu’au début des années
’50.
Elle sera encore présente en participant encore activement à la campagne
électorale de 1961 qui connut une importante avancée électorale grâce l’
excellent travail des militants communistes lors de la grande grève du Million
qui dura plus de 6 semaines contre la fameuse Loi unique du Psc Gaston EYSKENS.
Déclenchée à Charleroi par les communistes, elle s’étendra à tout le
pays…
Le début et la décennie ’50 ne furent pas faciles pour les communistes:
après la "Crise de Berlin", viennent la campagne mondiale de signatures au bas
de l’ Appel de Stockholm contre la bombe atomique, la grande grève contre
Léopold III, la guerre de Corée, Suez, Budapest et en Belgique la grève des
métallos, la grève des mineurs, le soutien au Fln lors de la guerre d’ Algérie,
le soutien aux indépendantistes du Congo, etc…
C’ est aussi en 1952, que mon père est élu est élu au Conseil communal de
Courcelles et y rejoint Goeorges GLINEUR jusqu’en 1958… 1952, mes parents font
construire leur propre maison, rue de Gouy, là où je suis né et où j’habite
encore aujourd’hui.
Malheureusement, de santé fragile, ma mère abandonna l’action politique au
lendemain de ma démobilisation du service militaire fin septembre 1961. Mais
elle n’ en restera pas moins profondément communiste jusqu’au bout de sa
vie.
Le 6 octobre 1972, je me marie à mon tour à l’ âge de 32 ans et le 02
mai 1973, naît mon fils Stéphane ROMAIN.
En 1974, j’agrandi la maison de mes parents afin d’y avoir mon propre
appartement et je divorce. J’élève mon fils, avec l’aide de mes parents.
1975, mon père devient pré – pensionné des Acec et mes parents peuvent
enfin espérer vivre une vie plus ou moins tranquille. 

Hélas, fin 1995, ma mère subit plusieurs opérations chirurgicales à la
colonne vertébrale et au bassin et en deviendra handicapée.
Et le plus grand de nos malheurs arrive: mon fils Stéphane périt
tragiquement le 1er mai 1998, en gare de Forest, après avoir célébré la veille
de ses 25 ans, avec ses collègues de la Poste locale où il était facteur.
Dès lors, ma mère ne cessera plus de diminuer physiquement et moralement de
chagrin.
De 2001 à 2005, ma mère perd successivement ses
trois soeurs plus jeunes et restera la dernière en vie.
Septembre 2002, c’ est mon père qui a un accident
cérébral qui le rend handicapé à son tour.
Une des dernières conséquences: il entre de nouveau
à l’hôpital le 11 mars 2009, y reste 35 jours et rentre pour un mois de
convalescence à la maison où il fêtera ses 94 ans en famille. Hélas, il retourne
de nouveau à l’hôpital et décède le lundi 1er juin 2009, après une véritable
agonie de 10 jours…
Ma mère est donc veuve à 89 ans, ce qu’elle ne
saura jamais. En effet, entrée à l’hôpital de 27 mai 2009, elle décède à son
tour ce mardi 04 août 2009, au bout de 69 jours.
Ses derniers 48 heures, elle mourra en rappelant
sans cesse le nom de son petit fils qui n’ est jamais sorti de sa
mémoire.
Et voilà donc la fin de mes deux
parents.
Ce vendredi midi, l’on assistera donc à sa
crémation et vers 14,30 heures, ses centres seront enterrées dans le nouveau
cimetière de Courcelles…
 
RoRo
(Roger ROMAIN fils)
 
écrit en souvenir de mes deux parents et plus
particulièrement
en hommage à ma mère à l’occasion de son décès et
de ses funérailles.
 
 

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