L’OTAN: la BELGIQUE fout encore quoi au sein de cette
saloperie d’ alliance militariste d’ agressions impérialistes et colonialistes,
une alliance qui a déjà coûté des milliers de milliards d’ euros uniquement pour
servir l’ anticommunisme et faire les guerres du capitalisme et de
l’Amérique ???
 
RoRo 
From: Comité Valmy
Sent: Saturday, November 21, 2009 8:41 PM
Subject: L’Otan du Kosovo à l’Afghanistan : guerres sans frontières
– Diana Johnstone

Il existe 761 bases américaines avouées dans le
monde
dont celle, gigantesque de Bondsteel au Kosovo qui a été
arraché par la guerre et illégitimement à la Serbie, avec l’aide décisive des
impérialistes euro- atlantistes
. CB

Base états unienne de Bondsteel au Kosovo

Il y a vingt ans, la fin de la Guerre Froide devait introduire une
ère de paix. Pourtant, depuis dix ans, l’Otan fait la guerre – d’abord
au Kosovo, aujourd’hui en Afghanistan. C’est la guerre et non la paix qui est de
retour
. Pourquoi ?

Je veux présenter plusieurs propositions qui à mon avis sont des
évidences, mais des évidences qui ne font pas partie du discours officiel relayé
par les médias.

1. Première proposition. Le but principal de la guerre
menée en 1999 par l’Otan contre la Yougoslavie – dite « guerre du Kosovo
»
– était de sauver l’Otan en la dotant d’une nouvelle mission
de mener des guerres aux endroits et pour des motifs décidés par elle. (Un but
secondaire était de débarrasser la Serbie d’un chef considéré comme trop peu
empressé de suivre le modèle économique néo-libéral,
mais je laisse de
côté cet aspect des choses, qui aurait pu être traité autrement que par la
guerre, bien que les bombardements aient hâté la privatisation des
industries ainsi frappées de façon expéditive.)

2. Ce but a éte atteint, avec l’acceptation par les alliés
européens de la nouvelle stratégie de l’Otan,
qui préconise la
possibilité des interventions militaires n’importe où dans le monde sous
n’importe quel prétexte
– voir la liste des « menaces » auxquelles ils
faut faire face.

3. Ce changement de politique stratégique, avec des implications
graves, a été réalisé sans le moindre débat démocratique dans les
parlements européens ou ailleurs.
Il a été réalisé de façon
bureaucratique derrière un épais écran de fumée émotionnel – on
dirait des gaz lacrymogènes – sur le besoin de sauver des populations de
menaces qui n’existaient pas et qui étaient inventées précisément pour justifier
une intervention qui servait les intérêts à la fois des Etats-Unis et des
sécessionnistes albanais du Kosovo
. En autres mots, la nouvelle
politique de guerre sans limites a été décidée presque en huis clos, et
vendue au public comme une grande entreprise humanitaire d’une généreuse
abnégation, sans précedent dans l’histoire de l’humanité.

C’est ainsi que la « guerre du Kosovo » continue à être célébrée,
surtout aux Etats-Unis, servant de preuve que la guerre n’est plus le pire des
maux à éviter, mais le meilleur des véhicules du Bien.

4. Suite aux attaques criminelles contre les Tours du
World Trade Center le 11 septembre 2001, les alliés européens des Etats-Unis ont
suivi sans broncher l’interprétation plus que douteuse donnée par
l’administration américaine Bush-Cheney selon laquelle ces attaques
constituaient un « acte de guerre ».
Encore pris dans un tourbillon
sentimental – « nous sommes tous des Américains » – les hommes et les femmes
politiques européens ne se sont pas mobilisés pour faire remarquer qu’il
s’agissait plutôt d’attaques criminelles – internationales, peut-être,
mais qui étaient le fait des individus ou des groupes, non pas d’un
Etat, et qui exigeaient logiquement une riposte policière et non pas de
guerre.
Au lieu de secourir les Américains en leur apportant une dose
de bon sens qui visiblement manquait à leurs dirigeants, les dirigeants
européens ont invoqué l’Article 5 de l’Otan pour la première fois pour suivre
les Etats-Unis agressés dans leur guerre contre les fantômes en
Afghanistan. Il y sont toujours…

5. Cinquième proposition. Tout cela fait la démonstration d’une
absence quasi totale de débat politique, ou même de pensée, en Europe
sur les questions fondamentales de sécurité et de guerre et de paix, et encore
moins sur le droit international.

6. Sixième proposition, la plus essentielle et la plus
controversée sans doute. Cette lamentable inexistence morale et
intellectuelle de l’Europe dans ce chemin vers le désastre est due surtout à une
cause : la soi-disante « construction européenne ».

Maintenant je veux revenir sur cette suite d’événements qui nous
mène de l’élan « humanitaire » du Kosovo jusqu’au bourbier sanglant
d’Afghanistan.

L’Europe et la Yougoslavie

Il est courant de blâmer l’Europe pour son inaction dans l’affaire
yougoslave. Mais ce reproche prend le plus souvent la forme d’une lamentation
selon laquelle l’Europe aurait dû intervenir militairement pour sauver les
victimes, bosniaques, il s’entend. Ce n’est pas une analyse mais une
exploitation moralisante par un des partis – les Musulmans de Bosnie – d’une
tragédie dans laquelle ils comptent le plus grand nombre de victimes, mais pour
laquelle leurs dirigeants politiques (surtout Monsieur Izetbegovic) avaient leur
part de responsabilité. Dans cette lamentation sans vraie analyse, l’inaction de
l’Europe est attribuée le plus souvent à sa « lâcheté » collective, et même, par
certains, à son supposé racisme anti-musulman. Un tel racisme existe en effet
ici et là, mais les causes de la faillite européenne dans le cas yougoslave sont
ailleurs.

Je voudrais offrir ici une autre interprétation de cette faillite.
Elle est plus compliquée, et moins moralisante.

Déjà dans les années 1980, la Yougoslavie sombrait dans une crise
à la fois économique et politique. L’endettement du gouvernement
central, qui résultait surtout des crises pétrolières et des manipulations du
dollar,
favorisait la poussée séparatiste des républiques les
plus riches, la Slovénie et la Croatie
. L’auto-gestion socialiste,
paradoxalement, contribuait aussi au mouvement centrifuge. Pourtant le sentiment
unitaire restait encore probablement majoritaire. C’est l’époque où précisément
une politique attentive européenne d’élargissement aurait pu empêcher le
désastre. Après tout, la Yougoslavie, située entre la Grèce et l’Italie, dont le
système socialiste était plus libre et plus prospère que le bloc soviétique et
qui évoluait déjà vers plus de démocratie de style occidental,
était logiquement le candidat prochain pour l’adhésion à la Communauté
européenne.

Certaines voix isolées signalaient cette évidence, sans être
entendues. Au début des années 1990, c’était le drame. Je ne peux pas raconter
toute cette histoire ici, cela se trouve dans mon livre, « La Croisade des fous
». Mais en bref, en 1991, il y avait deux mondes parallèles qui se sont touchés
de façon malheureuse. Il y avait le monde yougoslave, où les républiques – c’est
ainsi qu’on nommait les composants de la fédération yougoslave – slovène et
croate optaient pour la sécession, soutenues par l’Allemagne.
Et dans le monde de la construction européenne, le gouvernement français en
particulier était totalement absorbé par l’effort de convaincre le gouvernement
allemand de fondre son précieux deutschemark dans une nouvelle monnaie
européenne, qui servirait de colle dans la transformation de la Communauté
européenne en Union européenne. Le résultat est connu. Quoiqu’au départ, aucun
autre membre de la Communauté ne voulait suivre l’Allemagne dans la
reconnaissance des sécessions sans négociation de la Slovénie et de la Croatie,
lorsque la France, en pleines négociations sur la monnaie européenne avec
l’Allemagne, a cédé sur les sécessions yougoslaves, toute la Communauté a suivi
dans cette décision qui violait le principe de l’inviolabilité des frontières et
menait inévitablement à la guerre civile.

Je sais que tout cela devient un peu compliqué, mais je veux
souligner un aspect qui est relativement subtil mais essentiel. À cause de la
sacrosainte « construction européenne », la Communauté européenne s’est alignée
sur la position allemande qui au départ n’était partagée par aucun autre Etat
membre. Ils n’ont examiné sérieusement ni les vrais motifs de cette position, ni
sa justification, ni ses conséquences programmées. Au lieu de cela, ils ont
adopté une version moralisante et unilatérale d’un conflit complexe qui servait
surtout à excuser leur violation des pratiques normales – non-reconnaissance des
sécessions non-négociées. Mais cela avait pour résultat de les ouvrir aux
accusations moralisantes de ne pas avoir fait assez pour « sauver les victimes
». Car une fois admise une vision manichéenne, une solution manichéenne
s’impose. S’étant coincée elle-même, l’Europe a essayé de combiner son discours
manichéen, qui attribuait toute la culpabilité au seul « nationalisme serbe »,
avec des efforts de trouver une solution négociée, ce qui était contradictoire
et voué à l’échec.

Imaginons par contre que les Etats membres aient agi en Etats
indépendants, sans se sentir contraints par la « construction européenne ».
L’Allemagne aurait sans doute soutenu ses clients historiques, les séparatistes
slovènes et croates, mais elle aurait dû écouter d’autres points de vue. Car la
France et la Grande Bretagne, sans doute suivies par d’autres, auraient pensé
aux intérêts de leurs alliés historiques, les Serbes. Cela ne veut pas dire
qu’on aurait refait la Première Guerre Mondiale – personne n’est aussi fou. Mais
on aurait pu reconnaître, de part et d’autre, qu’il y avait d’authentiques
conflits non seulement d’intérêts mais aussi d’interprétations juridiques en ce
qui concernait le statut des frontières entre républiques, des minorités et
ainsi de suite. En regardant le problème yougoslave de cette façon, au lieu de
le considérer comme un conflit entre le Bien et le Mal, les puissances
européennes auraient pu encourager une médiation et une négociation pour éviter
le pire.

L’argument que je veux souligner est le suivant. Un des dogmes de
la Construction Européenne est que l’accord entre les Etats Membres est un bien
si grand que le contenu de cet accord devient secondaire. On se félicite d’être
d’accord, quel que soit la qualité ou les conséquences de cet accord. On cesse
de réfléchir. Et l’accord se fait, ou se justifie le plus facilement autour de
quelque poncif moralisant – les « droits de l’homme » surtout.

La « construction européenne » ressemble au « processus de paix »
au Moyen Orient en ce sens que le mirage d’un avenir hors d’atteinte paralyse le
présent, et sert d’excuse pour n’importe quoi.

Je voudrais signaler que, dans le cas yougoslave, les Etats-Unis
ne soutenaient pas non plus les sécessions sans négociation de la Slovénie et de
la Croatie. L’administration de Bush père était encline à laisser ce problème
aux Européens. Donc il est trop facile de blâmer les Etats-Unis. Mais devant
l’incurie européenne, et très susceptibles eux-mêmes aux interprétations
manichéennes, les Américains de l’administration Clinton ont profité de la
situation pour exploiter le désastre yougoslave à leurs propres fins,
c’est-à-dire, l’affirmation du rôle dirigeant des Etats-Unis en Europe, la
renaissance de l’Otan et quelques miettes sentimentales jetées aux Musulmans
pour compenser le soutien sans faille à Israël.

L’Otan et les Menaces

L’évolution des deux dernières décennies pose la question de la
poule et de l’oeuf. Autrement dit, est-ce que l’idéologie cause les actions, ou
l’inverse ? Je serais tentée, vu ce que je viens de décrire à propos de la
Yougoslavie, de dire que c’est l’inverse – au moins, parfois. Ou plutôt, en
l’absence de pensée rigoureuse et franche, on est facilement entraîné dans des
aventures néfastes par une dialectique entre idéologie et bureaucratie.

Mon deuxième exemple est le rôle de l’Otan dans le monde, et de
l’Europe dans l’Otan.

A travers l’Otan, la plupart des pays de l’Union
Européenne ont déjà participé à deux guerres d’agression, ou au
moins à l’une d’entre elles, et d’autres se préparent.
Et tout cela
sans véritable débat, sans décision stratégique visible. En attendant la
réalisation de la Construction Européenne, l’Union Européenne réellement
existante poursuit en somnambule le chemin de guerre tracé pour elle par les
Etats-Unis.

Cet état d’inconscience est maintenu par un mythe qui devient plus
enfantin avec l’âge, comme une sénilité : le mythe de l’Amérique
protectrice, puissante et généreuse, qui est le dernier recours pour sauver
l’Europe de tout et surtout d’elle-même.
On objectera qu’on n’y croit
plus. Mais on fait toujours comme si on y croyait. Qu’ils y
croient ou non – et je ne peux pas le savoir – la plupart des dirigeants
européens n’hésitent pas à raconter des balivernes à leurs populations, telles
que
:

 Les Etats-Unis veulent mettre leur bouclier anti-missile en
Europe pour défendre les Européens des attaques iraniennes ;

 La guerre en Afghanistan est nécessaire pour éviter les
attentats terroristes en Europe ;

 La France est rentrée dans le commandement de l’Otan pour
influencer les Etats-Unis ;

 Nous sommes la Communauté Internationale, le monde civilisé, et
nous agissons pour défendre les droits de l’homme. Et ainsi de suite.

Les Européens acceptent le vocabulaire « newspeak » de l’Otan.
Ainsi pour désigner les multiples prétextes de guerre, on utilise le mot
« menaces ». Un pays ou une région qu’on entend attaquer est forcément «
stratégique ». Et toute action agressive est naturellement un acte de « défense
».

Ici encore c’est idéologie qui suit la bureaucratie, mais qui
devient une force extrêmement dangereuse.

Je m’explique.

L’Otan est surtout une bureaucratie lourde, soutenue par des
intérêts économiques et des carrières multiples. A la base de l’Otan se
trouve le complexe militaro-industriel américain (ainsi nommé par Eisenhower en
1961, mais qui devait inclure le Congrès dans sa dénomination, car l’industrie
militaire est soutenue politiquement par les intérêts économiques localisés dans
presque chaque circonscription électorale du pays, défendus avec acharnement par
son représentant au Congrès au moment de voter le budget).
Depuis
cinquante ans, ce complexe forme la base de l’économie des Etats-Unis – un
keynésianisme militaire qui évite un keynésianisme social qui bénéficierait à la
population mais qui est interdit par un anti-socialisme dogmatique.

Lors de la « Chute du mur » il y a 20 ans, c’est-à-dire de
l’écroulement du bloc soviétique, il y avait comme un vent de panique chez son
adversaire. Qu’allait-on faire sans la « menace » qui faisait vivre
l’économie ? Réponse facile : trouver d’autres menaces
. Pour les
cibler, il y a les « think tanks », ces boîtes aux idées richement financées par
le secteur privé pour donner au secteur public – c’est-à-dire le Pentagone et
ses émules au Congrès et à l’exécutif – les raisons d’être et d’agir dont il a
besoin.

On connait la suite. On a trouvé le terrorisme sous Reagan et
Saddam Hussein sous Bush premier, puis le nationalisme serbe et les violations
des droits de l’homme, puis encore le terrorisme, et maintenant il y a
une véritable explosion de « menaces » auxquelles « la Communauté internationale
», autrement dit l’Otan, doit répondre.

UNE LISTE non exhaustive :

 le sabotage cybernétique

 les changements du climat

 le terrorisme

 les violations des droits de l’homme

 le génocide

 le trafic de drogue

 les états manqués (failed states)

 la piraterie

 la montée des niveaux de la mer

 la pénurie d’eau

 la sécheresse

 le mouvement des populations

 le déclin probable de la production agricole

 la diversification des sources d’énergie

(Sources : l’Otan ; Conférence tenue le premier octobre 2009
organisée conjointement par l’Otan Lloyd’s of London – "the world’s leading
insurance market" le soi-disant numéro un marché d’assurances du monde.)

Ce qui est à signaler est que la réponse supposée à toutes ces
menaces, parmi d’autres, est forcément militaire, et non pas diplomatique. On
peut parfois jouer à la diplomatie, mais puisqu’on est le plus fort
militairement, à Washington celle-ci est vite amenée à préférer le traitement
militaire de tout problème.

Toutes ces menaces sont nécessaires pour justifier
l’expansion bureaucratique du complexe militaro-industriel et de sa branche
armée, l’Otan
. La seule idéologie qui peut les unifier n’est plus un
système de pensée mais une émotion : la peur. La peur de l’autre, la
peur de l’inconnu, la peur de n’importe quoi. Et à cette peur la seule réponse
est militaire.

Cette peur tue la diplomatie. Elle tue l’analyse et le débat. Elle
tue la pensée.

L’incarnation de cette peur agressive est l’Etat d’Israël. Et
l’Occident, au lieu de calmer la peur israélienne, l’adopte et
l’intériorise.

La Menace par habitude : la Russie

Mais il y a une menace qui ne se trouve pas sur la longue liste
officielle, mais qui pourrait être la plus dangereuse de toutes, pour l’Europe
en particulier. On en parle peu, elle prend une place de choix dans les
activités frénétiques de l’alliance atlantique : c’est la Russie. La
Russie, ou plutôt l’Union Soviétique était l’ennemi contre lequel tout était
organisé, eh bien, cela continue
. C’est la menace par habitude, ou par
inertie bureaucratique.

De plus en plus, l’Otan se trouve engagée dans un
encerclement stratégique de la Russie, à l’ouest de la Russie, au Sud de la
Russie et au Nord de la Russie.

À l’ouest, notamment, tous les anciens membres du défunt Pacte de
Varsovie sont devenus membres de l’Otan, ainsi que les Etats Baltes anciennement
membres de l’Union Soviétique même. Certains de ces nouveaux membres appellent à
cor et à cri le stationnement de plus de forces américaines en vue d’un éventuel
conflit avec la Russie. A Washington il y a quelque jours, le ministre des
affaires étrangères de la Pologne, Radek Sikorski, a réclamé le stationnement de
troupes américaines dans son pays “pour servir de bouclier contre l’agression
russe”. L’occasion était une conférence organisée par le think tank Center for
Strategic and International Studies (CSIS) sur “les Etats-Unis et l’Europe
centrale” pour célébrer la chute du mur de Berlin. Il est caractéristique de ce
que l’ancien ministre de la guerre américain Donald Rumsfeld a appelé “la
Nouvelle Europe”, que Sikorski a eu la citoyenneté britannique depuis 1984 (il
avait alors 21 ans), a fait ses études à Oxford et a épousé une journaliste
américaine, ayant lui-même travaillé comme correspondant pour plusieurs journaux
et télévisions américains. Avant de devenir ministre des affaires étrangères de
la Pologne, Sikorski a passé plusieurs années (de 2002 à 2005) à Washington dans
les think tanks American Enterprise Institute, pépinière des néo-conservateurs,
et la New Atlantic Initiative en tant que directeur exécutif. Ce Polonais
appartient donc à cette couche très particulière de stratèges originaires de
l’Europe centrale qui, depuis le début de la Guerre Froide en 1948, ont
considérablement influencé la politique étrangère américaine. Un des plus
importants de ceux-ci, Polonais lui aussi, Zbigniew Brzezinski, a parlé à la
même conférence des “aspirations impériales” de la Russie, de ces menaces envers
la Géorgie et l’Ukraine et de l’intention de la Russie de devenir “une puissance
mondiale impériale”.

Il est largement oublié que la Russie avait
volontairement et pacifiquement laissé filer ces Etats qui aujourd’hui se
prétendent « menacés ». Il est encore plus oublié que les Etats-Unis avaient, le
9 février 1990, à l’occasion de négociations sur l’avenir des deux états
allemands, rassuré Gorbachev en lui promettant que si l’Allemagne unifiée
intégrait l’Otan, « il n’y aurait aucune extension des forces de l’Otan d’un
centimètre de plus à l’est ». Et lorsque Gorbachev revenait à ce sujet, en
précisant : « Toute extension de la zone de l’Otan est inacceptable », le
secrétaire d’Etat américain James Baker a répondu, « Je suis d’accord ».

Ainsi rassuré, Gorbachev a accepté l’appartenance de l’Allemagne
réunifiée à l’Otan en croyant – naïvement – que les choses s’arrêteraient là et
que l’Otan empêcherait efficacement tout « revanchisme » allemand. Mais, déjà
l’année suivante, le gouvernement de l’Allemagne réunifiée a mis le feu aux
poudres balkaniques en soutenant les sécessions slovènes et croates…

Mais revenons au présent. La mobilisation contre la prétendue «
menace » russe ne se limite pas aux discours. Pendant que Sikorski épatait ses
anciens collègues des think tanks washingtoniens, les militaires étaient à
l’oeuvre.

En octobre, des vaisseaux de guerre américains sont arrivées
directement de manoeuvres au larges des côtes écossaises pour participer à des
exercices militaires avec les marines polonaises et baltes. Cela fait partie de
ce que le porte parole de la Marine américaine décrit comme sa « présence
continue » dans la Mer Baltique, tout près de Saint Petersbourg. À cette
occasion, les responsables des pays baltes parlaient de « nouvelles menaces
depuis l’invasion russe de la Géorgie » et des exercices navals de grandes
envergure à venir l’été prochain. Tout cela en projetant l’augmentation des
budgets militaires – 60 milliards d’euros par la Pologne pour améliorer ses
forces armées.

Il est important de noter que cette activité dans la Mer Baltique
sert aussi à faire entrer officieusement les pays scandinaves
historiquement neutres, la Suède et la Finlande, dans les exercices et les plans
stratégiques de l’Otan
. Les pays scandinaves, avec le Canada, auront un
rôle à jouer dans la course pour s’accaparer des ressources minérales qui
deviendront accessibles avec le retrait de la calotte glacière. Des manoeuvres
se font déjà en préparation de cette éventualité. Ainsi l’encerclement de la
Russie par le nord se poursuit.

Aujourd’hui, non contents d’avoir absorbé les Etats
baltes, la Pologne, la Tchéquie, la Slovaquie, la Hongrie, la Bulgarie et j’en
passe, les dirigeants américains, vigoureusement soutenus par « la Nouvelle
Europe »,
insistent sur la nécessité de faire entrer dans le giron de
l’Alliance dite « Atlantique » deux voisins proches de la Russie, la
Géorgie et l’Ukraine.

Dans ces deux cas, on s’approche dangereusement à la possibilité
d’une vraie guerre avec la Russie… surtout en Ukraine.

L’Ukraine est une très grande « Krajina » yougoslave… les deux
mots signifient « frontières » en slave … divisée toutes les deux entre
Orthodoxes et Catholiques (Uniates dans le cas de l’Ukraine), avec en prime la
grande base navale russe à Sébastopol, dans une Crimée à la population
majoritairement russe… réclamée par les dirigeants actuels ukrainiens qui la
transféreraient volontiers aux Etats-Unis. Voilà l’endroit rêvé pour déclencher
la Troisième Guerre Mondiale – qui serait sans doute la vraie « der des ders
».

Les dirigeants baltes sont là pour interpréter l’inquiétude russe
devant cette expansion de l’Otan comme la preuve de la « menace russe ». Ainsi,
dans une « lettre ouverte à l’administration Obama de l’Europe centrale et
orientale » du juillet dernier, Lech Walesa, Vaclav Havel, Alexander
Kwasniewski, Valdas Adamkus et Vaira Vike-Freiberga ont déclaré que “la Russie
est de retour en tant que puissance révisionniste en train de poursuivre un
programme du 19ème siècle avec les tactiques et les méthodes du 21ème siècle”.
Le danger, selon eux, est que ce qu’ils appellent “l’intimidation larvée” et
“l’influence colportée” (influence peddling) de la Russie pourrait à la longue
mener à une “de facto neutralisation de la région”.

On peut se demander où serait le mal ? Mais le mal est dans le
passé et le passé est dans le présent. Ces Américanophiles continuent : “Notre
région”, disent-ils, “a souffert quand les Etats-Unis ont succombé au ‘réalisme’
à Yalta. … Si un point de vue ‘réaliste’ avait prévalu au début des années 1990,
nous ne serions pas dans l’Otan aujourd’hui…” Mais ils y sont, et ils réclament
“une renaissance de l’Otan”, qui doit “reconfirmer sa fonction centrale de
défense collective en même temps que nous nous adaptons aux nouvelles menaces du
21ème siècle.” Et ils ajoutent, avec un brin de chantage, que leur “capacité de
participation dans les expéditions lointaines est lié à leur sécurité chez
eux.”

La Géorgie est là pour montrer le danger représenté par ces petits
pays prêts à entraîner l’Alliance Atlantique dans leurs querelles de frontières
avec la Russie. Mais ce qui est très curieux est le fait que ces
dirigeants particulièrement belliqueux de petits pays de l’Est ont souvent passé
des années aux Etats-Unis dans les institutions proches du pouvoir ou ont même
la double nationalité. Ils sont patriotes de leur petit pays tout en se sentant
protégés par la seule superpuissance du monde, ce qui peut mener à une
agressivité particulièrement irresponsable.
Ce président géorgien,
Mikeil Saakachvili, qui en août 2008 n’a pas hésité à provoquer une guerre avec
la Russie, a été boursier du Département d’Etat des Etats-Unis dans les
années ’90, recevant les diplômes des universités de Columbia et de George
Washington, dans la capitale.

Parmi les signataires de la lettre citée, il faut noter que
Valdas Adamkus est essentiellement un Américain, immigré de Lithanie
dans les années 40, qui a servi dans le renseignement militaire américain et
dans l’administration Reagan, qui l’a décoré, et qui a pris sa retraite en
Lithuanie en 1997…
pour être tout de suite élu comme Président de cet
Etat de 1998 jusqu’au mois de juillet dernier. Le parcours de Vaira
Vike-Freiberga est semblable : d’une famille qui a fuit la Lettonie pour
l’Allemagne en 1945,
elle a fait carrière au Canada avant de rentrer en
Lettonie juste à temps pour être élue présidente de la République entre 1999 et
2007.

La Construction européenne contre le
monde

En épousant ces peurs, qui à l’origine sont des constructions pour
justifier une militarisation, les Etats membres de l’Union Européenne se mettent
en opposition avec le reste du monde. Le reste du monde étant une source
inépuisable de « menaces ». La reddition inconditionnelle de l’Europe devant la
bureaucratie militaro-industrielle et son idéologie de la peur était confirmé
récemment par le retour de la France dans le commandement de l’Otan. Une des
raisons de cette capitulation est la psychologie du président Sarkozy lui-même,
dont l’adoration pour les aspects les plus superficiels des Etats-Unis s’est
exprimée dans son discours embarrassant devant le Congrès des Etats-Unis en
novembre 2007.

L’autre cause, moins flagrante mais plus fondamentale, est la
récente expansion de l’Union Européenne. L’absorption rapide de tous les anciens
satellites d’Europe de l’Est, ainsi que des anciennes républiques soviétiques
d’Estonie, de Lettonie et de Lituanie, a radicalement changé l’équilibre du
pouvoir au sein de l’UE elle-même. Les nations fondatrices, la France,
l’Allemagne, l’Italie et les pays du Bénélux, ne peuvent plus guider l’Union
vers une politique étrangère et de sécurité unifiée. Après le refus de la France
et de l’Allemagne d’accepter l’invasion de l’Irak, Donald Rumsfeld a discrédité
ces deux pays comme faisant partie de la « vieille Europe » et il s’est
gargarisé de la volonté de la « nouvelle Europe » de suivre l’exemple des
Etats-Unis. La Grande-Bretagne à l’Ouest et les « nouveaux » satellites
européens à l’Est sont plus attachés aux Etats-Unis, politiquement et
émotionnellement, qu’ils ne le sont à l’Union Européenne qui les a accueillis et
leur a apportés une considérable aide économique au développement et un droit de
veto sur les questions politiques majeures.

Il est vrai que, même hors du commandement intégré de l’OTAN,
l’indépendance de la France n’était que relative. La France a suivi les
Etats-Unis dans la première guerre du Golfe
– le Président François
Mitterrand espéra vainement gagner ainsi de l’influence à Washington, le mirage
habituel qui attire les alliés dans les opérations étasuniennes douteuses.
La France s’est jointe à l’OTAN en 1999 dans la guerre contre la
Yougoslavie,
malgré les doutes aux plus hauts niveaux. Mais en 2003, le
Président Jacques Chirac et son ministre des affaires étrangères Dominique de
Villepin ont réellement usé de leur indépendance en rejetant l’invasion de
l’Irak. Il est généralement reconnu que la position française a permis à
l’Allemagne de faire de même. La Belgique a suivi.

Le discours de Villepin, le 14 février 2003, au Conseil de
Sécurité des Nations-Unies, donnant la priorité au désarmement et à la paix sur
la guerre, reçut une rare « standing ovation ». Le discours de Villepin fut
immensément populaire dans le monde entier et a accru énormément le prestige de
la France, en particulier dans le monde arabe. Mais, de retour à Paris,
la haine personnelle entre Sarkozy et Villepin a atteint des sommets passionnels
et la persécution judiciaire de Villepin dans l’affaire obscure de Clearstream
représente l’ensevelissement de la dernière velléité d’indépendance politique de
la France sous une avalanche de boue vengeresse.

Qui parle aujourd’hui pour la France ? Officiellement, Bernard
Kouchner, prophète de l’ingérence humanitaire qui, lui, approuvait l’invasion de
l’Irak. Officieusement, les soi-disant « néo-conservateurs » qu’on ferait mieux
d’appeler les « impérialistes sionistes », tant leur véritable projet est un
nouvel impérialisme agressif occidental au sein duquel Israël trouverait une
place de choix.

Le 22 septembre 2009, le Guardian de Londres a publié une lettre
demandant que l’Europe prenne fait et cause pour la Géorgie dans le conflit de
l’Ossétie du Sud. Signée par Vaclav Havel, Valdas Adamkus, Mart Laar, Vytautas
Landsbergis, Otto de Habsbourg, Daniel Cohn Bendit, Timothy Garton Ash, André
Glucksmann, Mark Leonard, Bernard-Henri Lévy, Adam Michnik et Josep Ramoneda, la
lettre proférait les habituelles platitudes prétentieuses sur les « leçons de
l’histoire » , toutes justifiant l’utilisation de la puissance militaire
occidentales, bien sûr : Munich, le pacte Ribbentrop-Molotov, le mur de Berlin.
Les signataires exhortent les 27 dirigeants démocratiques de l’Europe à «
définir une stratégie pro-active pour aider la Géorgie à reprendre pacifiquement
son intégrité territoriale et obtenir le retrait des forces russes stationnées
illégalement sur le sol géorgien… »

Pendant ce temps, les alliés de l’Otan continuent à tuer
et à se faire tuer en Afghanistan. On peut se demander quel est le vrai but de
cette guerre, qui, au début, était de capturer et punir Osama bin
Laden.

Un autre objectif, plus confidentiel, est valable quelle que soit
l’issue de ce conflit : l’Afghanistan sert à forger une armée internationale
pour policer la « globalisation » à l’américaine. L’Europe est surtout une «
boîte à outils » dans laquelle les Etats-Unis peuvent puiser pour poursuivre ce
qui est essentiellement un projet de conquête de la planète. Ou, comme on dit
officiellement, la « bonne gouvernance » d’un monde « globalisé ».

Les « impérialistes sionistes » sont sûrement conscients de ce but
et le soutiennent. Mais les autres ? A par ces illuminés, on a l’impression
d’une Europe somnambule, qui suit la voix de son maître américain, en espérant
qu’Obama sauvera tout le monde, mais sans pensée et sans volonté propres. Plus
triste que les tropiques.

Pour conclure, je reviens à la fameuse « construction européenne
». Je suis consciente qu’il y avait une époque où il était permis, et presque
raisonnable, d’espérer que les vieilles nations européennes se mettraient
ensemble paisiblement dans ce que Gorbatchev, ce grand cocu de l’histoire,
appelait « notre maison commune ». Mais depuis il y a eu Maastricht, le
néo-libéralisme, le Traité constitutionnel rejeté puis adopté contre toute
procédure démocratique, et surtout, les élargissements irréfléchis vers les pays
dont les dirigeants pensent à poursuivre la Guerre froide jusqu’à l’humiliation
totale de la Russie.

Aujourd’hui, cette construction a ceci de paradoxal : elle sert
d’Utopie qui distrait du présent en attendant un avenir qui domine l’horizon. Et
pourtant, elle est vide de contenu. Elle est dictée beaucoup moins par un espoir
d’avenir que par une peur et une honte du passé. L’Europe des nations a perdu sa
fierté et même sa raison d’être dans les deux grandes guerres du vingtième
siècle, dans le "totalitarisme" mais surtout – et cela est relativement récent,
depuis 1967 pour être précis – à cause de l’Holocauste. L’Europe doit se rendre
incapable de commettre une nouvelle Shoah en abolissant l’Etat nation, jugé
intrinsèquement coupable, en devenant "multiculturelle" et en se joignant à la
Croisade menée par son sauveur historique, les Etats-Unis, pour apporter la
bonne gouvernance et les Droits de l’Homme au monde entier. L’Union
Européenne n’a pas de contenu, elle est vouée à se fondre dans "la Communauté
Internationale" à côté des Etats-Unis. La Construction européenne est donc tout
d’abord une "déconstruction", pour emprunter un mot de philosophe.

Ce mirage cache un avenir totalement imprévu et, aujourd’hui,
imprévisible.

__._,_.___

.

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