From: Comité Valmy
Sent: Saturday, December 19, 2009 12:05 PM
Subject: Sommet de Copenhague : Lutte contre le réchauffement
climatique ou lutte contre les peuples – Serge Portejoie

La gestion du climat est présentée comme le
domaine où la mise en œuvre de la gouvernance mondiale ne serait plus
discutable. Nous aurions tous le même intérêt, le même devoir : sauver la
planète. Le consensus serait de mise, il abolirait les classes sociales et les
barrières idéologiques.

Les média, certains écologistes, les politiques [1] et les grands
patrons de l’industrie [2] tendent à accréditer l’idée que l’affaire est
entendue : Le réchauffement global proviendrait de l’effet de serre engendré par
le CO2 que nous envoyons à profusion dans l’atmosphère et nous serions tous
coupables à quelques degrés près et que pour éviter « l’apocalypse », il
faudrait se serrer les coudes, tous ensembles, exploités comme
exploitants. Pour ce faire, les leçons de civisme vert couvrent les
pages et les écrans pour mettre sur le même plan celui qui jette son papier
mouchoir sur le trottoir et celui qui fait pousser des roses en Afrique avec une
main d’œuvre bon marché en privant d’eau potable les autochtones africains
(roses qui sont ensuite transportées par avions en Amérique du nord et en Europe
pour les proposer en grandes surfaces en toutes saisons.)

Le discours est maintenant au point. Il faut dépasser les
égoïsmes, il faut réduire la production, il faudrait éradiquer la paysannerie.
Il faudrait même diminuer drastiquement la population. Un vert, Yves
Cochet, s’en est fait le chantre en proposant de réduire les allocations
familiales.
Une version maoïste à la sauce verte. A quand le sommet de
la dépopulation ?

Pour l’instant, constatons que l’instrumentalisation de
cette question par toutes les institutions nationales, le FMI, la Banque
mondiale, l’Union européenne, L’OCDE, l’ONU et par la plupart des gouvernement
sert à justifier la mise en œuvre de politiques dévastatrices qu’on nous
présente sous le label de « développement durable », un terme à la mode
[3].
En France, sous ce prétexte sera créée une taxe carbone
que paieront les classes pauvres et moyennes et dont seront exclus les
riches.

Certains scientifiques [4], souvent liés aux industriels
eux même liés aux politiques forment un triumvirat sociologique qui cherche par
une nouvelle croisade à convaincre que l’avenir est incertain, sauf de nous
serrer la ceinture toujours plus.

En matière de science le scepticisme est un devoir et d’autres
scientifiques qui ne considèrent, au contraire des précédents, rien comme acquis
(cela ne se résume pas à Claude Allègre), mettent en doute cette idée de
réchauffement et plus encore certains prévoient au contraire un refroidissement
climatique. Bien entendu, ces derniers ne rentrent pas dans la « bonne » case de
la pensée unique et n’ont donc pas droit aux grands moyens d’information.

En France, pour les grands moyens d’information, tout se passe
comme si les débats sur « le Mur de Berlin », sur « l’identité française » ou
sur « le réchauffement climatique » avaient été conçus comme des points
de fixation, afin de détourner l’attention des sujets fâcheux comme la crise, le
renflouement des banques, les privatisation des services publics, les
délocalisations, le chômage, la fermeture des hôpitaux, l’attaque contre la
laïcité, les droits des migrants ignorés, les syndicalistes victimes de
violences, etc….

Les avancées technologiques et scientifiques qui ont fait un bond
en avant au vingtième siècle, plus qu’aux dix siècles précédents et les choix
politiques de production ont influé et influent sur les conditions
environnementales, quelquefois pour les améliorer, quelquefois pour les
détériorer.

Si nous prenons l’exemple de la chimie, notons deux
mouvements contradictoires parmi d’autres : Pour le positif, le progrès médical
qui permet d’avoir en moyenne depuis l’an mille, en France, doublé l’espérance
de vie ; pour le négatif la recherche du profit par le productivisme qui
conditionne la pollution des nappes phréatiques par les nitrates, les produits
phytosanitaires, notamment les herbicides, et les solvants chlorés qui mettent
en cause la vie des personnes et des animaux, notamment le long des cours
d’eau.

Notons que ce sont les choix économiques et politiques qui
déterminent la recherche et ensuite l’application de cette recherche.

Dans ces conditions si la planète est en danger, les
participants du sommet de Copenhague devraient, presque tous, comparaître devant
le tribunal de l’humanité. C’est ce qu’a d’ailleurs déclaré le président
bolivien Evo Morales, pour lui les responsables du réchauffement de la planète
doivent indemniser leurs victimes et être jugés.

En effet, les misères que connaît notre planète avec la pollution
de l’air (les aliments font le tour de la terre en avions et méga camions avant
de terminer dans notre assiette), de la terre (abus de produits phytosanitaires
puis agrocarburants) et des eaux (hydrocarbures notamment) proviennent toutes
d’un mode de production et sa recherche de profits à court terme : le mode de
production capitaliste. Ce sont les décideurs de ce système qui se sont
baguenaudés à Copenhague. Des pyromanes pour éteindre le feu.

S’agissant du sommet de Copenhague, sans verser dans la théorie du
complot, on peut légitimement se poser quelques questions et remarquer des
convergences d’intérêts :

Ce sommet aurait-il eu pour but (non déclaré) de faire diversion,
venant ainsi en renfort des terrorismes, dont celui d’Al-Qaida ?

Ce sommet aurait-il pour but en Europe d’invalider le cadre
national au profit de l’Union européenne ?

Ce sommet aurait-il pour but de créer une gouvernance mondiale
(c’est complémentaire avec la précédente question), vrai projet totalitaire qui
permettrait de choisir l’avenir de sept milliards d’être humains sans que
ceux-ci aient leur mot à dire, quitte à ce que ces citoyens d’un nouveau monde
soient peinturlurés en martiens, couleur d’espoir comme chacun sait ?

Ce sommet aurait-il pur but d’engager une nouvelle forme de
développement capitaliste permettant de relancer les profits tout en diminuant
l’impact de l’extraction des hydrocarbures qui à l’exception de l’Arabie
Saoudite se fait dans des pays peu sûrs pour le capitalisme : Iran, Venezuela,
Russie, voire le Soudan, l’Algérie, le Nigeria ?

Ce sommet aurait-il pour but de permettre de juteuses opérations
financières avec les échanges de quotas d’émission de gaz à effet de serre. En
effet, les grandes banques multiplient les partenariats avec des start-up «
écologiques » pour générer du crédit carbone. Les allocations de droits à
polluer sont ainsi devenues objet de spéculation.

Le champion contre le réchauffement climatique, Al Gore, en est le
parfait exemple. Ce spéculateur a rejoint en 2007 la société Kleiner Perkins
Caufield & Byers (KPCB), une société par actions à capitaux privés. Cette
société a annoncé un investissement de 500 millions de dollars dans des
entreprises de technologie de mûrissage écologique appelées Green Growth
Fund.

Il s’agit donc bien d’un capitalisme vert dénoncé par ailleurs.
Les sociétés s’auto labellisent. Tous les produits que vous achetez en grande
surface ont leur label vert. Le « vert » au service de la communication
commerciale.

Revenons à Copenhague, d’un point de vue capitaliste, cette
diversion se justifie. Quelques remarques non exhaustives.

Socialement, la moitié de l’humanité vit au-dessous du niveau de
misère. Les chiffres sont terrifiants : 20 % des plus riches consomment 82,49 %
de toutes les richesses de la Terre, les 20 % les plus pauvres doivent se
contenter d’un minuscule 1,6 %

Selon ATTAC, les 84 individus les plus riches du monde détiennent
une richesse supérieure au PIB de la Chine et de ses 1,3 milliards
d’habitants.

En France, selon l’observatoire des inégalités, un ménage sur deux
a moins de 1 800 euros par mois de revenus alors que les grands patrons on des
revenus annuels de 2 millions à plus de 3 millions d’euros (en 2008, 3,53
millions d’euros pour le PDG de l’Oréal, Jean-Paul Agon).

Pour la France métropolitaine, selon l’INSEE, le taux de chômage
s’établit à 9,1 %, soit près de 2,6 millions de personnes en France
métropolitaine, à 3,8 millions de personnes si l’on ajoute les personnes
exerçant une activité réduite.

La déforestation de la forêt, en Amazonie, en Afrique centrale et
en Indonésie, au profit de grands groupes agro-alimentaires bat son plein. Le
pillage des ressources pétrolières, gazières et minérales en Afrique par de
grands groupes industriels où les Français sont bien représentés (Elf, Bolloré,
Bouygues) aussi.

Copenhague, n’a apparemment pas prévu d’annuler la dette des pays
dits du Sud. Or seule l’annulation de cette dette, en plus d’un acte de justice,
permettrait à ces pays de financer les infrastructures nécessaires à leurs
développements et des secteurs sociaux essentiels et donc de protéger
l’environnement.

Ces quelques exemples montrent que la meilleure santé de la
planète dépend de la santé sociale de ses habitants et que si ces derniers
pensent que le système n’est pas bon, ils pourraient essayer d’en changer. C’est
bien pourquoi la capitalisme pour continuer son biseness à un impératif besoin
de diversion pour assurer sa pérennité

S’il s’agissait de sauver la planète, pourquoi ne pas ajouter à la
lutte contre l’effet de serre, celle contre le nucléaire à des fins militaires ?
Pourtant, un accident, une guerre, aurait des effets néfastes sur
l’environnement et vraisemblablement sur le climat.

Le nucléaire militaire reste le symbole de la puissance et du
néocolonialisme, par exemple, Israël par rapport à la Palestine et à l’Iran.
Pour permettre la continuation de systèmes nucléaires de plus en plus
sophistiqués et de plus en plus dispersés qui rapportent beaucoup aux
producteurs d’armes et à leurs actionnaires, la menace terroriste s’est
substituée à « l’empire du mal ». Pour la France : Thales, EADS, Dassault,
Lagardère, Safran…tirent les marrons du feux. Imaginons un seul instant l’argent
utilisé pour le nucléaire militaire employé pour des emplois permettant
d’améliorer les conditions de vie sur la planète [5] ?

Dans le cadre d’un autre système politique, il n’en reste pas
moins, quels que soient les accords internationaux ou mesures envisagées, que la
pollution déjà en place ne se réduira pas d’elle-même.

La nature nous offre la solution grâce aux arbres et autres
végétaux avides de CO2 durant toute leur croissance. Il faudra encore mixer la
problématique de la pollution avec celles de la désertification et des
conditions climatiques. Il faudra donner du temps au temps ce qui est
contradictoire avec le capitalisme. Après avoir arrêté la déforestation, il
faudra utiliser les techniques qui existent pour faire pousser (ou repousser)
des arbres en plein désert. Avec une politique au service des personnes et non
l’inverse, essayons-les. Leurs réussites dépendent d’une coopération sans
recherche de profits avec des chercheurs indépendants de la finance et de plus
en plus nombreux et sous contrôle de l’opinion. Pour faire vite, nous avons
besoin de services publics de qualités et auto gestionnaires.

Enfin, il faudra produire bien pour bien nourrir tous les hommes
et non pour enrichir quelques-uns. Croire qu’il suffit de produire plus pour
nourrir la planète est un non-sens. C’est la question de l’accès aux denrées
alimentaires qui est essentielle. Un milliard de personnes dans le monde ont
faim parce qu’elles sont trop pauvres, pas parce que l’on ne produit pas de quoi
les nourrir en quantité suffisante. Pauvres, à qui le plus souvent, on a pris la
terre sur laquelle ils se nourrissaient pour l’utiliser à d’autres fins.

Les questions environnementales n’étant pas indépendantes des
systèmes politiques qui les gèrent, il faut aux peuples reconquérir leur espace
politique et leur souveraineté, il faut qu’ils se mobilisent, fassent pression
et promeuvent des changements venus d’en bas, proposant des échanges
multiculturels basés sur la coopération [6] à égalité de droits et de devoirs,
un véritable internationalisme et un changement de système politique
(révolutionnaire s’il s’agit d’un changement de l’ordre existant dans un sens du
bien commun) avec de nouvelles règles constitutionnelles donnant priorité aux
citoyens. 7]. Aucun changement réel ne vient d’en haut, il viendra
d’en bas, il en va de la qualité de l’environnement comme pour celui de la
sécurité sociale, de la démocratie ou de la paix entre les peuples.

Vraisemblablement, nous rentrons dans un nouveau cycle où les gens
et notamment les personnes les plus militantes devront créer de nouveaux
dispositifs horizontaux, d’échanges, de propositions et d’actions à la place des
dispositifs verticaux ou trop souvent les leaders institutionnalisés [8] n’ont
pas les mêmes soucis que la base. C’est possible dans l’hexagone comme au niveau
international [9]. Alors, seulement, les hommes feront leur propre histoire . .
. et amélioreront les conditions planétaires.

notes :

[1] S’agissant des politiques, le consensus semble impressionnant,
de la gauche de la gauche jusqu’aux palais présidentiels les plus à droite, tous
y vont de leur couplet, ce qui a encouragé des retournement de vestes. Certains
se positionnant à la fois sur le thème à la mode et les élections les plus
proches.

[2] A Copenhague, les grandes entreprises étaient partout : Coca
cola, Mc Donalds et Calsberg ayant été particulièrement remarquées. Alors, que
les personnes venant de pays qui jouaient leur survie dans ces délibérations se
retrouvaient en marge du sommet.

[3] le terme de « développement durable » qui est compréhensif et
valable en soi a été récupéré et sert toutes les sauces. Toutefois, ce terme a
était amorcé en 1972 avec Aurélio Peccel, administrateur de plusieurs
multinationales à l’occasion d’une réunion du club dit de Rome, il fut repris
par la suite en 1987 par le rapport Brundtland dans le cadre de l’ONU. Ses «
parrains » auguraient mal de son avenir.

[4] En France les prévisions des climatologues du bureau politique
du GIEC, répercutées et amplifiées au centuple par les journaux, les radios, les
télévisions …

[5] Il est très difficile de déterminer le coût mondial de l’arme
nucléaire. En plus du « secret défense », s’ajoutent de nombreuses dépenses
indirectes Tout ce qu’on est sûr c’est qu’il s’agit de centaines de milliards
d’euros.

[6 L’ALBA, nous offre un exemple de coopération solidaire.

[7] L’un des slogans de la manifestation du samedi 12 décembre à
Copenhague (100 000 participants) était « Changeons le système, pas le climat ».
Ce slogan reflétait également le positionnement de quelques pays, dont celui de
la Bolivie qui fut remarqué. Le début du commencement d’une lutte virulente
contre le capitalisme ?

[8] Ce qui n’exclut pas les responsables de partis progressistes,
parmi les plus décidés, notamment les élus de proximité.

[9] Rappelons seulement pour l’hexagone les prémices qu’à
constitué le référendum du 29 mai 2005 puis l’abstention politique massive aux
dernières « européennes » qui ont dépassées les clivages des partis et les
ambitions personnelles ainsi que le ramdam médiatique. Des militants
progressistes et républicains, des citoyens sans étiquettes (évitons la notion
de gauche dénaturée et dévalorisée) se retrouvent le plus souvent sur des
constations, des possibles solutions. Seul un certain « suivisme » de leaders
aux services des institutions capitalistes les sépare, voire les décourage.
Pourtant, aujourd’hui les conditions objectives de se retrouver pour faire
ensemble sont de nature à favoriser le changement de société dont nous avons
tant besoin.

Serge Portejoie

 

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