États-Unis :: La fin du rêve américain ? SOLIDAIRE
La Chine et les États-Unis :: La fin du rêve américain ?
« La Chine sort victorieuse de la crise du crédit. » Ce n’est pas Solidaire
qui le dit, mais De Tijd. Pour une partie de la classe dirigeante américaine, ce
revirement donne lieu à une agressivité croissante.
Baudouin Deckers
Au début de l’année 2009, la plupart des analystes occidentaux
concluaient que la Chine pourrait déjà s’estimer heureuse avec une croissance de
6 à 7 % de son produit intérieur brut. La Chine a conclu l’année 2009 avec
une croissance de 8,7 %. Et le pays n’a pas dû aider des banques dans le
besoin, puisqu’il leur était interdit d’investir dans les produits financiers
toxiques de l’Occident. Le pays socialiste a investi massivement dans
ses entreprises d’État. Il a augmenté les salaires minimaux, renforcé sa
sécurité sociale et assuré une hausse du revenu de ses 700 millions de
paysans. La Chine s’est mise à faire du commerce en Asie avec
ses propres devises, non plus avec des dollars, monnaie peu
sûre.
« La Chine sort victorieuse de la crise du crédit »,
lit-on dans De Tijd. « D’importants indicateurs économiques, dont la
production industrielle, les investissements et la croissance de la quantité
d’argent, ont rattrapé les niveaux d’avant la faillite de Lehman Brothers en
septembre 2008. La crise contribue à ce qu’en 2010, l’économie chinoise va
devenir plus importante que celle du Japon… » En 2027, la Chine prendra la
place de première économie de la planète, dit encore De Tijd. « En
ce mois de février, la Chine est devenue le premier pays exportateur au
monde », annonce également le New York Times.
La Chine se porte donc très bien. Ce n’est pas le cas des
États-Unis. De nombreux analystes occidentaux craignent que la crise financière
de 2008 ne signifie la fin définitive de la suprématie américaine. Voici
quelques mois, le professeur et prix Nobel Joseph Stiglitz écrivait que, plus
tard, les historiens feraient remarquer que la période du triomphalisme
américain n’avait à peine duré que vingt ans.
Coups d’épingle américains
Souvent, Barak Obama répète « Yes we can ». Mais
d’autres fois, dans des articles ou conférences un peu plus sérieux, cela
devient souvent « nous devons reconduire l’hégémonie américaine ».
Mais la crise a poussé encore plus à l’avant-plan la Chine et d’autres nations
émergentes. Les États-Unis se résigneront-ils à cet état des choses ? La
question est souvent posée.
Le déficit commercial américain par rapport à la Chine déborde
depuis longtemps. Obama veut que Pékin réévalue sa monnaie. Il impose à la Chine
des limitations aux importations. Fin février, Washington décidait d’imposer une
taxe à l’importation de 11 à 13 % aux tuyauteries en acier originaire de la
Chine. Obama fournit pour 9 milliards de dollars d’armes à Taiwan – alors que
les relations entre la Chine et cette province sont précisément en train de
s’améliorer. Il reçoit le dalaï-lama, qui veut une scission du Tibet de la
Chine.
Ce ne sont que les coups d’épingle « classiques »
des États-Unis envers la Chine. Mais, aujourd’hui, ils expriment l’impatience
croissante d’une partie non négligeable de la classe dirigeante, des hautes
instances militaires, des faucons. « Il se pourrait que nous cédions le
contrôle du sort de l’Amérique aux mains d’une grande puissance rivale sans même
avoir tiré un seul coup de feu », bougonne le Pentagone, s’il faut en
croire Arthur Herman, journaliste au New York Post.
En fait, la Chine ne menace aucun pays, pas même les
États-Unis. La Chine a besoin d’un environnement pacifique pour pouvoir
continuer à aller de l’avant sur le plan économique et assurer à son 1,3
milliard d’habitants développement et prospérité. Le programme d’Obama
prévoit 60 000 hommes de plus dans son armée de terre et 27 000 autres
dans ses troupes d’élite, les marines. Bien que, sous Bush, les États-Unis aient
déjà dépensé presque autant que le reste du monde en défense (48,37 % du
budget mondial !), Obama en remet une couche de 6,7 milliards de
dollars.
Les États-Unis doivent se montrer prudents car la Chine
possède plus d’un cinquième de leur dette extérieure. Chine et Etats-Unis sont
des partenaires commerciaux dépendants l’un de l’autre – ce qui comporte
aussi nombre de risques pour la Chine. D’où, les efforts de Pékin pour accroître
le commerce avec d’autres partenaires. Personne ne voit aujourd’hui ce que
Washington pourrait entreprendre contre l’immense Chine, alors qu’il ne parvient
même pas à se dépêtrer du bourbier afghan. Pourtant, les États-Unis
installent de plus en plus de bases militaires sur le continent asiatique… La
crise mondiale est grave. Les années 30 doivent nous rendre vigilants. Le
mouvement pour la paix a encore beaucoup de pain sur la
planche !
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