
Paris, 15 septembre 2010 –
L’Arabie saoudite et les Etats-Unis s’acheminent vers la conclusion d’un
contrat, le plus important contrat d’armement de l’Histoire, de l‘ordre de
quatre vingt dix (90) milliards de dollars, impliquant la modernisation de
la flotte aérienne et de la marine saoudiennes. Soixante
milliards de dollars seront affectés à la vente à l’Arabie saoudite de 87
chasseurs bombardiers « F-15», de 70 hélicoptères de combat «Apache»
et de 72 hélicoptères «Black Hawk», 36 hélicoptères Little Bird AH-6,
ainsi que des bombes, des missiles, y compris la bombe guidée par
GPS JDAM produite par Boeing et le missile guidé par laser
Hellfire. Trente milliards de dollars complémentaires seront affectés à la
fourniture de bâtiments de guerre et d’un système de défense balistique,
complémentaire au réseau de missiles de type Patriot et au
reconditionnement des anciens appareils de l’armée de l’air et de la
marine.
Ce contrat a été conclu à
l’occasion de la fête nationale saoudienne, le 23 septembre, célébrant la
fondation du Royaume. Il devra être soumis au Congrès pour ratification et
permettra le maintien d’un bassin d’emploi de 75.000 personnes de
l’industrie militaire américain.
Le «Wall Street Journal», qui
rapporte l’information le 13 septembre 2010, précise que la transaction
vise à «renforcer les capacités combatives du Royaume face à
l’Iran» sans faire peser des risques sur Israël. Les avions
saoudiens seront privés d’armes de longue portée afin de sécuriser
l’espace aérien israélien et leurs performances, tant en ce qui concerne
leur équipement que leur maniabilité, seront, en tout état de cause, de
moindre capacité que le nouveau appareil que les Etats-Unis envisagent de
vendre à Israël, 20 chasseurs-bombardiers américains F-35 Lightning
II (JS F-35), le super bombardier de supériorité technologique,
dont le coût unitaire atteint la somme considérable de 113 millions de
dollars pièce.
Ce contrat, jamais conclu par
l’Amérique avec un autre pays, témoigne des «relations spéciales» entre
les Etats-Unis et le Royaume d’Arabie saoudite depuis la signature du
Pacte de Quincy. Une relation spéciale, certes, mais de
vassalité
Le «Pacte de Quincy» a été
scellé, en février 1945, sur le croiseur Quincy entre le Roi Abdel Aziz
Ibn Saoud, fondateur du royaume, et le président américain Franklin
Roosevelt, en route pour Yalta pour le sommet soviéto américain portant
sur le partage du monde en zone d’influence.
Il s’articule sur cinq
points.
-La stabilité de l’Arabie
Saoudite fait partie des “intérêts vitaux” des Etats-Unis qui assurent, en
contrepartie, la protection inconditionnelle du Royaume contre toute
menace extérieure éventuelle. Par extension la stabilité de la péninsule
arabique et le leadership régional de l’Arabie Saoudite font aussi partie
des «intérêts vitaux» des Etats-Unis.
-En contrepartie, le Royaume
garantit l’essentiel de l’approvisionnement énergétique américain, la
dynastie Ibn Saoud n’aliénant aucune parcelle de son territoire, les
compagnies concessionnaires ne seraient que locataires des terrains.
Les autres points portent sur
le partenariat économique, commercial et financier saoudo américain ainsi
que sur la non ingérence américaine dans les questions de politique
intérieure saoudienne.
Le « Pacte du
Qunicy »»s’est révélé être une alliance contre nature entre une
puissance qui se veut la plus grande démocratie libérale du monde et une
dynastie qui se revendique comme la plus rigoriste monarchie théocratique
du monde.
Ce pacte a assuré la
stabilité du ravitaillement énergétique mondiale et la prospérité
économique occidentale, parfois au détriment des intérêts des autres
producteurs du tiers-monde, sans pour autant donner satisfaction aux
revendications légitimes arabes notamment à propos de la question
palestinienne.
En application de ce pacte,
qui a donné lieu aux plus invraisemblables dérives, l’Amérique a assumé un
rôle étymologiquement rétrograde, en négation avec les valeurs qu’elle
professe.
Parangon de la démocratie et
du libéralisme dans le monde, elle s’est posée en «parrain» du royaume le
plus hermétique de la planète, s’opposant aux expériences de modernisation
et de démocratisation du tiers-monde, comme ce fut le cas, en Iran, en
1953, lors de la nationalisation des installations pétrolières par le
dirigeant nationaliste Mossadegh, en Egypte, en 1967, contre le chef de
file du nationalisme arabe, Gamal Abdel Nasser, ou encore dans le pré
carré américain, au Guatemala, en 1954, et au Chili, en 1973, contre le
président socialiste démocratiquement élu Salvador Allende, renversé par
une junte militaire le 11 septembre 1973, curieusement à la date
anniversaire des attentats de Manhattan et de Washington, avec le soutien
actif des Américains.
Toujours en application de ce
même pacte, l’Amérique a décrété à la suite de l’invasion du Koweït en
1990 une mobilisation internationale contre l’Irak anéantissant
pratiquement ce pays jadis à l’avant garde du monde arabe, le maintenant
en état d’apoplexie, sous embargo près de douze ans après les hostilités,
nourrissant ainsi le procès de la partialité occidentale par sa mansuétude
à l’égard d’Israël, suscitant en contrepoint une volonté de réhabilitation
des peuples arabes et musulmans qui s’est confondue pour beaucoup de
militants islamistes avec une soif de revanche.
Enfin en vertu de ce même
pacte, les Etats-Unis ont exonéré l’Arabie saoudite de sa responsabilité
dans les attentats anti-américains du 11 septembre 2001, marqués par la
participation à l’opération de quinze saoudiens sur les 19 membres de
l’équipée, détournant sur l’Irak la colère vindicative du peuple
américain.
Le nouveau contrat militaire
de quatre vingt dix milliards de dollars témoigne de cette «servitude
volontaire» de l’Arabie saoudite à l’égard des Etats-Unis. Alors qu’une
importante armada américaine est déployée dans la zone Golfe persique –
Océan indien, et, qu’un cordon sanitaire a été déployé autour de l’Iran
par un chapelet de bases (Bahreïn, Abou Dhabi, Koweït, Massirah, Diego
Garcia et Djibouti), ce contrat vise non à doter l’Arabie saoudite d’une
défense tous azimuts, mais de la renforcer «face à l’Iran», puissance du
seuil nucléaire, et non Israël, puissance nucléaire de plein exercice, de
surcroît puissance occupante de Jérusalem, le 3me haut lieu saint de
l’Islam.
Le Royaume saoudien débloque
ainsi 90 milliards de dollars pour résorber le chômage aux Etats-Unis et
justifier, sous l’apparence d’un faux équilibre, une transaction
qualitativement supérieure entre les Etats-Unis et Israël.

René
Naba : Ancien responsable du monde
arabo-musulman au service diplomatique de l’Agence France Presse, ancien
conseiller du Directeur Général de RMC/Moyen orient, chargé de
l’information, est l’auteur notamment des ouvrages suivants : —« Liban:
chroniques d’un pays en sursis » (Éditions du Cygne); « Aux
origines de la tragédie arabe"- Editions Bachari 2006.; "Du
bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français"- Harmattan
2002. « Rafic Hariri, un homme d’affaires, premier ministre » (Harmattan
2000); « Guerre des ondes, guerre de religion, la bataille hertzienne dans
le ciel méditerranéen » (Harmattan 1998); "De notre envoyé spécial, un
correspondant sur le théâtre du monde", Editions l’Harmattan Mai
2009.
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