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Roger Romain de Courcelles | Roger ROMAIN – militant communiste belge (PCB) – B6180 COURCELLES

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Sent: Friday, October 01, 2010 9:27 PM
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Subject: 30 bombes pour quoi ?
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Investig’Action


Ruth Herced Rico Trente
bombes pour quoi ?


Le 23 septembre, l’armée colombienne a mené une
vaste opération débouchant sur la mort d’un des chefs des FARC. Cet
événement surmédiatisé a été présenté comme une victoire déterminante dans
le conflit qui oppose depuis soixante ans l’Etat colombien aux guérillas.
La paix va-t-elle pour autant revenir comme l’a promis le nouveau
président Juan Manuel Santos ? La mort d’un chef des FARC suffira-t-elle à
mettre un terme à un conflit qui dépasse largement le cadre de la guérilla
pour toucher l’ensemble de la société colombienne ? un
article Investig’Action…
 
 
 

Trente
bombes pour quoi ?

Ruth Herced
Rico

Le 23 septembre, l’armée colombienne a mené une vaste
opération débouchant sur la mort d’un des chefs des FARC. Cet événement
surmédiatisé a été présenté comme une victoire déterminante dans le
conflit qui oppose depuis soixante ans l’Etat colombien aux guérillas. La
paix va-t-elle pour autant revenir comme l’a promis le nouveau président
Juan Manuel Santos ? La mort d’un chef des FARC suffira-t-elle à mettre un
terme à un conflit qui dépasse largement le cadre de la guérilla pour
toucher l’ensemble de la société colombienne ?

 

La Colombie a changé de président en
2010. L’ancien, Alvaro Uribe Velez, a été remplacé par son bras droit,
l’ex-ministre de la défense Juan Manuel Santos. Pendant les huit années
des deux mandats d’Uribe, le conflit militaire entre l’Etat et les
guérillas, vieux de 60 ans, n’a pas cessé : des milliers de morts,
des centaines de disparus, des charniers découverts, entre 4 et 8 millions
de personnes déplacées ou chassées de leurs terres.

 

 

Durant les premières semaines qui ont
suivi son investiture, le nouveau président a voulu faire croire à un
changement. Alors qu’Uribe feignait de vouloir attaquer le Venezuela,
Santos a réalisé son premier voyage officiel pour se réconcilier avec
l’ancien ennemi et, par la même occasion, réconcilier les industriels
colombiens qui avaient des créances avec le Venezuela. Ensuite, les bases
militaires US de Colombie, sujet de discorde dans toute l’Amérique Latine,
ont été déclarées anticonstitutionnelles. Toujours dans la volonté de
marquer sa différence avec son prédécesseur, Santos a également promis une
réforme agraire pour restituer leurs terres aux petits paysans et une loi
de réparations aux victimes de violence.

 

La fin du conflit ?

 

Enfin, ce 23 septembre, Juan Manuel
Santos a fait assassiner un chef des FARC (Forces Armées Révolutionnaires
de Colombie), Jorge Briceno alias Mono Jojoy. Selon le président Santos,
cette opération devrait marquer la fin d’un long conflit et le début d’une
nouvelle ère, prospère, pacifique et démocratique. Mais ce coup se révèle
être purement médiatique comme en témoigne la bannière très hollywoodienne
du site internet El Tiempo.

 

Ce quotidien appartient d’ailleurs
à… la famille de J. M. Santos ! L’actuel président en a été le
rédacteur en chef, après ses études à Harvard, jusqu’à ce qu’il entre en
politique. L’assassinat du chef des Farc a fait la une de tous les
journaux. On pouvait y voir le président serrer la main des
« héros » responsables de l’opération militaire ainsi que
l’image du chef rebelle défiguré. Tous les détails de l’opération étaient
présentés dans le quotidien des Santos : 78 avions et hélicoptères,
800 hommes, 30 bombes larguées… pour tuer six hommes et une femme,
récupérer quelques ordinateurs, des clés USB, une arme rouillée et
quelques clous dans un seau présenté comme une bombe. Tout ce matériel se
révèle être en bon état après l’opération, alors que les corps des
victimes, méconnaissables, n’ont pu être identifiés que d’après les
empreintes digitales.

 


Cette vaste opération médiatique semble
avoir porté ses fruits : la côte de popularité du président serait
remontée à 88% ! En pleine campagne promo pour son dernier livre,
Ingrid Betancourt, qui a laissé son combat contre la corruption dans la
jungle, a parlé d’une « lueur d’espoir ». Mais surtout, Santos a
reçu les félicitations de la Maison Blanche.

 

Y a-t-il cependant lieu de se
réjouir ? Tuer un homme, soit-il le chef des guérilleros,
suffira-t-il à arrêter le conflit ? C’est une croyance très répandue
dans la mythologie des Etats-Unis : dans les westerns par exemple, il
suffisait de tuer le chef indien pour que la bataille s’arrête. Mais la
mort de Pablo Escobar a-t-elle mis un terme au trafic de drogue. Et si
l’on tuait Oussama Ben Laden ou G. W. Bush, cela sonnerait-il la fin de la
guerre en Afghanistan ?

 

La supposée lutte contre le terrorisme
est un prétexte

 

Le conflit ne s’arrêtera pas parce qu’il
manque une tête, ni même si tous les guérilleros étaient exterminés. Car
contrairement à ce que veut faire croire les gouvernements colombiens
successifs, la lutte ne se joue pas uniquement sur le terrain militaire.
L’Etat ne s’attaque pas qu’aux guérilléros, mais à tout ce qui le dérange.

 

Durant ces vingt dernières années, des
centaines de syndicalistes ont été assassinés pour avoir défendu les
droits des travailleurs. Des milliers de personnes sont passés par les
prisons de haute sécurité pour de prétendus liens avec la guérilla :
des étudiants, des professeurs, des artistes, des responsables
d’entreprises coopératives… Ceux qu’Uribe appelait la « branche
intellectuelle du terrorisme. » Il y a encore 7500 prisonniers
politiques en Colombie, dont les deux tiers n’ont jamais porté une arme.
Les défenseurs des droits de l’homme ou les personnalités dont on ne peut
pas se débarrasser physiquement sont menacés et des luttes juridiques sont
engagées pour les détourner de leur travail. Des centaines de personnes
ont été mises illégalement sur écoute. Ce scandale, dît des
« chuzadas », a uniquement fait sauter le chef des services de
sécurité.

 

Quand une défenseure de la paix est
accusée de terrorisme

 

Trois jours après le bombardement coûteux et sauvage
sur le campement FARC, la sénatrice Piedad Cordoba, pourtant du même parti
que celui du président, a été destituée de son poste, devrait devenir
inéligible pour 18 ans, peut-être même rejoindre la foule des prisonniers
politiques. Cette femme s’est illustrée pour son combat pour la paix, sa
lutte contre les politiques de spoliation, la défense des victimes du
conflit, son rejet de la militarisation et son refus de l’implantation des
bases US. Piedad Cordoba se retrouve désormais classée elle aussi comme
« terroriste » pour avoir entretenu un dialogue avec le groupe
rebelle.

 

Derrière ces éclats médiatiques, le
conflit apparaît pour ce qu’il est : une lutte politique pour en
finir avec tout ce qui va à l’encontre de la logique néolibérale qui règne
en Colombie. Une centaine de familles se partage le pays et ses richesses
pour les revendre aux puissances étrangères. Autant, cette oligarchie veut
se monter forte face au « terrorisme » puisqu’elle refuse toutes
négociations, autant elle se révèle faible et complice avec les
multinationales à qui elle cède à bas prix terrains agricoles, mines d’or,
puits de pétrole, eau… avec très peu de contrepartie et surtout rien
pour les populations dont la moitié vit sous le seuil de pauvreté et que
certaines régions sont sans eau courante, ni électricité, ni médecins.

 

La résistance colombienne comme
exemple

 

Même en admettant que le conflit armé
s’arrête après cet assassinat, cela n’achèvera pas cette lutte à l’œuvre
dans la société colombienne. Les paysans souhaitent récupérer leurs
terres, les journalistes leur liberté de parole, les prisonniers
politiques leur famille, les déplacés leur maison, les Colombiens leur
souveraineté nationale, leur droit à la santé et à l’éducation… Ce
combat s’organise et se met en réseau. Des dizaines d’organisations
locales, nationales et internationales se sont créées et luttent chaque
jour, avec les risques que cela encourent, pour que ce conflit soit révélé
comme étant ce qu’il est : une lutte des classes. Certaines
associations se chargent de recueillir des témoignages, d’autres de former
juridiquement et politiquement des communautés pour qu’elles puissent se
défendre. Il y en a qui luttent au Congrès pour obtenir réparations,
d’autres vont enseigner comment s’organiser pour combler l’absence de
l’Etat. Le peuple colombien n’est pas passif face à cette logique de
violence. Il devrait même être un exemple pour tous les peuples qui vivent
sous de fausses démocraties.

 

Ce ne sont pas les trente bombes envoyées
du ciel qui feront cesser la violence, mais ce véritable travail de
terrain pour la paix et la dignité des Colombiens.

 

Source : www.michelcollon.info

 






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