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Roger Romain de Courcelles | Roger ROMAIN – militant communiste belge (PCB) – B6180 COURCELLES

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Roger ROMAIN – militant communiste belge (PCB) – B6180 COURCELLES – Marx n' est pas mort ! Vive le marxisme-léninisme ! Prolétaires de tous les pays, unis

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Nos droits "démocratiques" ??? Ce n’ est
pas à CUBA, c’ est en BELGIQUE, à Châtelineau
Impensable, il y a à peine 15 ans d’ ici
RoRo
 
 
 
 
Sent: Monday, October 18, 2010 10:55 AM
Subject: Arrestation et détention arbitraire dans le cadre d’une
vaste opération policière au marché de Châtelineau

Samedi 16 octobre. Nous nous
trouvons avec quelques membres de la Plate-forme Charleroi-Palestine
avec un stand au marché de Châtelineau. Tout se passe bien,
nous avons de multiples discussions avec les gens, très réceptifs à nos
arguments sur le boycott des produits israéliens.

Vers midi, un hélicoptère tourne sans
arrêt au-dessus de la place.
Nous nous demandons ce qui se
passe. Un peu plus tard, une camionnette de la police se fraie un chemin
le long du marché, passant à proximité de notre stand.

Puis un ami de la Plate-forme vient nous dire :
« Ils sont en train d’arrêter plein de sans-papiers,
là-bas. »
Cela se passe dans une rue donnant sur le marché, tout
près de notre emplacement.

Je décide d’aller voir. Là, derrière une
camionnette de police, je vois quatre ou cinq personnes alignées contre une
grille, les mains menottées dans le dos. Je m’en vais un peu plus loin, puis je
reviens sur mes pas et je prends deux photos. Un policier me dit, calmement, que
je dois laisser la police faire son travail et que je ne peux pas prendre de
photos. Je demande pourquoi on arrête tous ces gens. Il me répond qu’ils vendent
des produits de contrefaçon.

Je m’éloigne, je retourne au stand, la rage au
coeur. Pourquoi s’en prend-on aux petits vendeurs, souvent des sans-papiers
n’ayant pas la possibilité de faire un autre boulot, alors que ce ne sont pas
eux qui font écouler la marchandise sur le marché.

On discute un peu au stand, et voilà qu’un
commissaire de la police s’amène.

« Vous pouvez venir une minute avec
moi ? » Je le suis, un membre de la Plate-forme le suit aussi. Le
commissaire me dit : « Vous avez posé une question au policier. Vous n’avez
pas le droit de poser des questions. » « Vous avez pris des photos
aussi. On va vous entendre au commissariat. » Il appelle son « team
d’arrestation ». Trois ou quatre policiers en civil s’amènent très
rapidement. Ils me prennent de force, me soulèvent des deux côtés à la
fois.

On me pousse dans la camionnette, on me prend mon
GSM, mon appareil photo et on met tout cela dans un sac en plastic. Dans la
camionnette, il y a trois personnes arrêtées, menottées. J’apprends que deux
d’entre elles n’ont pas de papiers de séjour, le troisième n’a pas de permis de
travail.

J’entends par la radio de la camionnette que
l’opération d’arrestation se poursuit. Des policiers en civil passent
régulièrement près de la camionnette.Mon GSM sonne tout le temps. Je demande de
pouvoir répondre. « Vous n’en avez pas le droit, vous êtes en détention
administrative. »On ne part toujours pas. En fait, le chauffeur attend du
renfort…

Une des personnes arrêtées supplie : « S’il
vous plaît, éloignez-nous d’ici : les gens du marché vont nous prendre pour des
criminels… » Le policier du marché propose d’accompagner la camionnette
pour qu’enfin celle-ci puisse partir.

Nous arrivons au commissariat de Châtelet. On nous
amène dans un couloir. À gauche, il y a le bureau d’« accueil ». À
droite, des cellules où des jeunes d’origine étrangère se trouvent par deux, les
mains liées, derrière les barreaux. Il y a un va-et-vient impressionnant, dans
ce couloir. De nouveaux « arrivages » de personnes arrêtées, de
policiers en civil.

Un policier particulièrement excité et très
autoritaire (et je reste polie) donne les ordres et décide qui va où.

Je suis « appelée » dans ce bureau. Le
policier hyper-excité se met à m’aboyer dessus. Je lui réponds que je ne suis
pas son chien. Vu que mon comportement n’est pas assez collaborant, il m’accuse
de « trouble de l’ordre public », « rébellion »,
« outrage à policiers en fonction ». « Maintenant vous avez deux
dossier judicaires et vous êtes en détention judiciaire."  Le lendemain, un
avocat me dira qu’ils m’ont dit n’importe quoi. Je ne pouvais pas être en
arrestation judiciaire, parce que je n’avais pas vu un juge d’instruction.

Je dois enlever mon bonnet, mon manteau, mes
châles, mes sacs… Le policier donne l’ordre à une collègue de me fouiller et
envoie une deuxième policière pour l’accompagner car « elle (moi, en fait)
se rebelle ».

Je laisse faire la fouille. (Je dois enlever les
chaussures, les chaussettes, le jeans, le T-shirt, le pull. Me mettre de face,
me mettre de dos. Soulever le soutien-gorge). Après, je dis aux policières qu’il
n’est pas normal qu’on me traite ainsi, uniquement parce que je pose une
question et que je prends des photos.

On m’amène dans un bureau pour que je fasse une
déclaration. Je le refuse. C’est mon droit. Les policiers à qui j’ai affaire ne
sont pas contraires. Je dis que je voudrais déposer plainte. Ils me disent que
j’ai le droit de déposer plainte au comité P.

De retour à « l’accueil », le policier
hyper-excité ordonne qu’on m’emmène dans une cellule en bas. Je vois de nouveaux
visages de personnes arrêtées derrière les barreaux. Il y a de nouveau plein de
monde dans le couloir.

On m’emmène dans les caves. Je dois enlever mes
chaussures, on me fait entrer dans une cellule, je dois enlever mon
soutien-gorge. Le froid me tombe dessus. Je demande d’avoir ma veste.
« Vous n’avez pas le droit, il y a une couverture. »

Cette cellule ressemble plus à un cachot qu’à
autre chose. Il n’y a pas de lumière de jour, elle est à demi éclairée par un
spot placé au-dessus de la porte d’acier. Un banc, une toilette. 2 m sur 2 m 30.
Il y fait très froid. Je ne peux pas mettre les pieds à terre car le carrelage
est très froid lui aussi. Je mets la couverture autour de moi, des épaules
jusqu’aux pieds et j’attends sur le banc.

A un certain moment, j’entends qu’un policier
vient dans le couloir. Je tape avec mon coude contre la porte d’acier :
« Je veux téléphoner à mon mari et à un avocat. » « Vous n’avez
pas le droit, vous êtes en détention judiciaire. » Encore un qui dit
n’importe quoi.

Je reste au moins deux heures dans cette cellule
froide. Heureusement, en élevant la voix, je peux échanger quelques mots avec la
personne qui se trouve à côté. J’apprends que c’est la personne qui était assise
avec moi dans la camionnette. « Madame, vous êtes là ? »… 
« Oui. »… « Putain !… ».

Je lui demande s’il ne craint pas d’être expulsé.
Il me dit que, la fois précédente, on l’a relâché après quelques heures.
J’espère pour lui que ce sera pareil maintenant. « Patience, Madame,
quelques heures… »

A nouveau, des pas dans le couloir. Le commissaire
qui a ordonné la détention administrative ouvre la porte, accompagné de deux
autres policiers. Il me dit que je peux sortir. Je récupère mes affaires à
« l’accueil ».

Mais je suis encore amenée dans un autre bureau.
Avec le commissaire, encore les deux mêmes policiers qui sont venus jusqu’à la
cellule, et un nouveau, en civil.

Le commissaire précise qu’il m’a mise en détention
administrative, mais que cela n’a rien à voir avec mes activités sur le marché.
« Je ne vous ai pas non plus parlé de photos. » Ce qui est
manifestement faux. « Il y a trois dossiers contre vous : celui du marché,
rébellion, trouble de l’ordre public. »

Le « civil » dit que son rôle est de
protéger les policiers en fonction. Il me demande de voir les photos pour
constater s’il y a des policiers reconnaissables. Apparemment, il faut protéger
les indics.

Il montre une photo que j’ai prise du stand de la
Plate-forme. « Vous vendiez des objets à votre échoppe ? » Je lui
réponds que je n’ai rien à dire là-dessus. « Moi, je suis passé à 8 h 35,
vous vendiez de la marchandise. » « Alors cela, c’est votre quatrième
dossier. » Je lui ai répondu que c’est un grossier mensonge. En réalité,
nous étions sur place à 10 h 30. Il me rend l’appareil.

Les photos des arrestations ne sont pas enlevées.
Il faut dire qu’elles n’étaient pas très réussies non plus.

Je m’adresse au commissaire. « Je voudrais
connaître votre identité. Je vais déposer plainte contre vous. » Réponse :
« Votre avocat n’a qu’à faire son travail. »

Je suis reconduite à la sortie. Il est 16 h 50.
J’ai été arrêtée pendant 3 h 30.Je demande qu’on me reconduise à Châtelineau, ma
voiture se trouve trois ou quatre kilomètres plus loin. Cela, c’est rêver,
évidemment.

Ce n’est qu’une fois chez moi, que j’apprends que
des amis ont averti un avocat, lequel a téléphoné au commissariat, et qu’un
camarade est venu voir le commissaire pour connaître la raison de ma détention.
Ce sont probablement ces interventions qui ont fait que j’ai été libérée plus
tôt.

Tout au long de mon « séjour », j’ai pu
constater que certains policiers, en particulier ceux qui sont responsables du
marché, semblaient plus qu’embarrassés et n’étaient visiblement pas d’accord
avec les méthodes utilisées.

J’estime que ces faits, me concernant, sont très
graves, c’est une réelle atteinte aux droits démocratiques (au même moment se
déroulait une manifestation à Bruxelles sur le même sujet) et je ne resterai pas
les bras croisés.

Mais évidemment les personnes arrêtées et qui sont
d’origine étrangères ont subi un sort bien plus dur que moi.

Je n’ai pas été menottée (alors qu’on m’a dit que
c’était la procédure). Je n’ai pas dû m’inquiéter si j’allais être amenée dans
un centre fermé et expulsée du pays. J’ai encore pu répliquer aux aboiements de
certains policiers, sans qu’on me frappe. D’ailleurs, un policier m’a dit :
« Vous avez vu qu’on a mis des gants, lorsqu’on vous a amenée à la
camionette. « Je n’allais pas vous frapper, vous avez l’âge de ma
mère. »

Il a oublié de dire aussi que je suis
« blanche » et que j’ai la nationalité belge.

Myriam De Ly

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