Oh, bien sûr, on ne sera pas étonné de ce qu’on va lire et
entendre ce matin dans nombre de médias.
De fait, la
mobilisation hier était inférieure à ce qu’elle fut lors des
manifestations précédentes. En divers endroits les grévistes ont repris.
On peut spéculer sur leur lassitude mais, la réalité, ce sont aussi les
factures à payer à la fin
du mois. Les grèves coûtent cher et d’abord à
ceux qui
les font.
D’autres, comme les éboueurs à Marseille, ont
aussi pris en compte les risques sanitaires et les sentiments de leurs
concitoyens. Mais quand a-t-on vu, pendant
les vacances et après un vote
du Parlement censé en finir avec une loi, une mobilisation qui reste à ce
niveau ?
Est-ce fini ? Non, évidemment non. D’une
part, parce que la prochaine
journée d’action,
le 6 novembre, peut susciter une nouvelle vague
populaire. Ensuite, parce que les Français,
à 66 % toujours, continuent
de soutenir
les actions décidées par les syndicats.
C’est 5 points de moins que la semaine dernière,
c’est vrai, mais c’est considérable,
et particulièrement quand le thème
de l’essoufflement est répété à l’envi depuis
une semaine
environ.
Chacun sait toujours qu’il s’agit d’une bataille majeure et
particulièrement âpre, même dans les enthousiasmes et les côtés joyeux des
manifs. Non seulement parce que la retraite est un enjeu de civilisation,
mais parce que c’est un affrontement direct avec
le capital. À la
question de savoir si la France prend
la voie du progrès social ou celle
de la régression,
si le futur doit être plus sombre et plus dur, s’ajoute
celle qui est posée depuis des mois maintenant et qui l’a été
dès 2009,
avec les puissantes manifestations qui ont
eu lieu face à la crise.
Est-ce le capital qui doit conduire les
peuples ?
La réponse des Français, qui rappelle à certains égards celle qu’ils
ont opposée à l’Europe de la libre concurrence, c’est non, et la crise
financière lui a donné plus de profondeur encore. Le
Fouquet’s, les épisodes Woerth-Bettencourt, les
parachutes dorés et les retraites somptuaires, les bonus des traders ont
choqué l’opinion, mais il y a plus. Les rois de Wall Street et du
CAC 40 sont nus désormais. Aucun d’entre eux ne peut prétendre
aujourd’hui qu’il agit pour le bien public.
Et ce qui se dit dans la rue et dans les manifs, dans les
conversations, c’est que Nicolas Sarkozy est nu lui aussi et qu’il est
leur ami et leur serviteur.
Les syndicats restent unis. La CFDT a dénoncé vivement
l’instrumentalisation « inacceptable »
de ses propositions sur l’emploi
des jeunes et des seniors que le gouvernement présente comme le signe
qu’elle serait prête à passer à autre chose. L’intersyndicale
doit se retrouver le 4 novembre et ses différents membres évoquent de
nouvelles formes d’action. L’autocollant
« Je lutte des classes »
continue à faire un tabac dans
les manifs, car il exprime l’engagement
intime de chacun, avec son intelligence et son cœur, dans cette grande
bataille de notre temps. Nicolas Sarkozy, comme
les marchés financiers,
n’a toujours pas gagné.
Chacun sait toujours qu’il s’agit d’une bataille majeure
et
particulièrement âpre, même dans les enthousiasmes et les côtés joyeux des
manifs.
Maurice Ulrich
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