Dans « SOLIDAIRE », hebdomadaire du Parti du Travail de Belgique (Ptb), paraissant tous les jeudis :

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Extrait de « Solidaire » (15/04/2010)

Le Guide du Richard : Jan De Clerck, fraudeur de père en fisc

Méga-fraude fiscale, corruption, détournement d’un chemin communal, filature de magistrat, intimidation armée Lindustriel Jan De Clerck se croit au-dessus des lois. À sa décharge, il ne fait quimiter papa.

Marco Van Hees, avec « Robert »

Jan De Clerck

Où dormir ?

Waasmunter. Comme Nicolas Saverys (Exmar) ou Peter Blijweert (Blijweert Aluminium), également membres du top 100 des fortunes belges, Jan De Clerck est domicilié à Waasmunster, à mi-distance entre Gand et Anvers. Début des années 1990, il y a fait construire sur une propriété de 50 hectares, une grosse villa et un impressionnant haras (élevage des chevaux). Coût : 6 millions deuros, dont une partie sest retrouvée dans les charges (fiscalement déductibles) de ses sociétés.

Pour aménager ce domaine, il a aussi détourné un chemin communal avec laccord du collège, de la province et du ministre Theo Kelchtermans (CD&V). Celui a valu, dune part, des poursuites pour les pressions exercées sur certains des fonctionnaires décideurs, dautre part, dinterminables procédures judiciaires avec une asbl environnementale locale. Cest que Jan De Clerck ne supporte pas que lon sapproche trop de sa demeure. Les occupants dune montgolfière survolant lendroit sen sont rendu compte lorsquils se sont faits tirer dessus à coups de fusil de chasse. De Galmaarden au Chili. Les autres membres de la famille possèdent aussi des propriétés remarquables. Relevons le château Steenhout de son frère Dominiek De Clerck, situé à Galmaarden (Brabant flamand) et dont les aménagements ­ chemin, terrasse, hangar, manège, piscine de 380 m2 auraient été réalisés sans autorisations préalables. Quant à leur père, Roger De Clerck, il a racheté au Chili, en 1979, le ranch du dictateur Pinochet, sur des terres dont la superficie dépasse celle du Brabant wallon.

Où produire un tissu de mensonge ?

En 1991, Roger De Clerck, le roi du textile, partage son groupe Beaulieu entre ses six enfants. Jan, lainé, hérite de la société Domo, aujourdhui active dans la chimie (nylon et polypropylène), lindustrie textile (moquettes, gazons artificiels), limmobilier et le sponsoring cycliste.

Mais ce qui fait la réputation des De Clerck, ce sont les affaires de détournement de subsides publics et surtout de fraude fiscale. En 1997, un cadre de la Générale de Banque est arrêté et avoue quil aide la famille De Clerck à frauder. Lune des techniques consiste à payer des commissions fictives à un groupe libanais qui, en catimini, reverse lessentiel de largent aux De Clerck.

Ceux-ci nient, bien sûr. Mais après avoir passé une quarantaine de jours en préventive ils sont inculpés descroquerie, faux en écriture, blanchiment, fraude fiscale et association de malfaiteurs Jan De Clerck et son épouse lâchent le morceau et sengagent à payer un redressement particulièrement lourd : ils débourseront plus de 40 millions deuros. Ils mouillent également Roger De Clerck et ses autres enfants pour des sommes encore plus importantes ce qui leur vaudra dêtre mis au ban de la famille.

Où entretenir de bonnes relations?

Largent offre une puissance et des relations dont les De Clerck ne se privent pas dabuser. Laffaire du chemin de Waasmunster ou des aménagements du château de Galmaarden en témoignent déjà. Mais ce ne sont pas les seuls cas.

En 1997, alors que le juge Bruno Bulthé conduit linstruction sur la fraude fiscale des De Clerck, il fait lobjet de surveillances et de filatures menées par un bureau de détectives privés des Pays-Bas. Ceux-ci auraient été engagés par les époux Jan et Martine De Clerck.

En 1999, les démêlées judiciaires de Roger De Clerck ne le dissuadent pas dorganiser une méga-fête à Waregem pour son 75e anniversaire. Parmi les invités, ses amis Margaret Thatcher et George Bush senior (Michaïl Gorbatchev sest fait excusé en raison de létat de santé de son épouse). Le président du CVP (lactuel CD&V), ministre de la Justice un an plus tôt, est également de la fête. Il faut dire que Stefaan De Clerck est le fils de lancien ministre Albert De Clerck, le cousin germain de Roger.

Stefaan De Clerck est ministre de la Justice lorsquéclate laffaire Dutroux en 1996. Aujou’d’hui il est occupe à nouveau ce poste. Quatre ans plus tôt, un autre enlèvement denfant défraye la chronique : le petit Anthony, fils de Jan et Martine De Clerck, est kidnappé pour une rançon qui atteindra 6,25 millions deuros.

Autant les parents des victimes des criminels pédophiles auront à se plaindre du manque dintérêt de la justice et de la police, autant cette dernière est prompte à déployer de nombreuses forces pour retrouver lenfant du riche industriel. Les ravisseurs écoperont dailleurs de la perpétuité, comme Dutroux, alors quaujourdhui, le petit Anthony est grand, bien vivant et fier « des valeurs que mes parents mont transmises ». Marche-t-il déjà dans le droit chemin (communal) de papa ?

Par ailleurs, Jan De Clerck est, à linstar de Stefaan De Clerck, membre du Top West-Vlamingen, un club regroupant le gratin politico-patronal issu de Flandre occidentale à lhôtel Hilton de Bruxelles. Lancien Premier ministre Jean-Luc Dehaene en est également membre. De même que Rik de Nolf, patron du groupe de médias Roularta et cousin germain de Jan De Clerck.

Comment frauder légalement ?

Ce nest pas parce que lon pratique la fraude fiscale quil ne faut pas aussi profiter des énormes avantages fiscaux offerts légalement aux grandes entreprises par le gouvernement belge. Ainsi, dès 1994, Jan De Clerck a créé la société Domo Coordination Center, qui a profité du régime fiscal des centres de coordination jusque fin 2005. Cette année-là, Domo Coordination Center a payé 146 881 euros dimpôts sur un bénéfice de 26,7 millions, soit un taux dimposition de 0,5 %.

LUnion européenne ayant sommé la Belgique de mettre fin au régime des centres de coordination, Domo Coordination Center na plus pu en bénéficier en 2006. Mais cette année-là, les intérêts notionnels entraient en vigueur. Ce qui a permis à la société de déduire 10,8 millions dintérêts notionnels dun bénéfice de 9,8 millions. Soit un taux dimposition de 0 %.

La fortune de Jan De Clerck

Fortune 20091 : 144 millions (61e du top 100). Ce montant ne comprend pas la fortune des autres membres de la famille De Clerck (estimée elle à 339 millions ).
Evolution 2000-2009
: + 66 %.
Taxe des millionnaires sur cette fortune
: 4 253 500 . De quoi augmenter de 100 par mois la pension de 3 544 pensionnés.

1. Selon les estimations du journaliste Ludwig Verduyn

La Belgique est bien un paradis fiscal pour les grandes entreprises

Il fallait s’y attendre, l’étude du PTB sur le (très) faible niveau d’imposition des grandes sociétés en Belgique a fait l’objet de critiques, tant au Nord qu’au Sud du pays. Certaines sur le fond, d’autres sur la validité de l’étude, même si le plus souvent les arguments mélangent l’un et l’autre registre. Voici donc une réponse point par point.

Marco Van Hees

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1. Première critique : notre top 50 est orienté, car il vise les grandes sociétés qui paient très peu d’impôts et non les autres. Cette critique est exacte, puisque le but du classement était précisément de dresser, comme nous l’avons appelée, le « Top 50 des plus grosses ristournes fiscales ». Il n’est pas inintéressant pour le citoyen ordinaire payant de lourdes charges de taxes et impôts, de connaître le nom des grandes sociétés qui échappent (légalement) à des dizaines ou centaines de millions, voire des milliards d’euros d’impôts.

2. En marge de ce top 50, notre dossier fait également référence à un top 500 qui, contrairement au top 50, n’est pas classé par importance des ristournes fiscales, mais par bénéfices. Ces 500 plus gros bénéfices, où l’on trouve aussi des sociétés payant un taux d’impôt « élevé » (normal, veut-on dire) est très éclairant puisque le taux d’imposition moyen n’est que de 3,76 %.

Certains nous ont reproché de ne pas avoir publié cette liste de 500 sociétés, comme si c’était pour faire mentir ce faible taux d’imposition. La réalité est que nous ne l’avons pas publiée car, pour des raisons de disponibilité de données, ce top 500 mélange des résultats de 2008 et de 2009. Mais la situation de 2008 à 2009 n’étant pas fondamentalement différente, cela ne change pas grand-chose à la validité des 3,76 % comme ordre de grandeur. Et puisqu’un doute a été exprimé, nous publierons cette liste sur le site internet du PTB.

3. Autre critique formulée : notre enquête est basée sur les comptes annuels et non sur les comptes consolidés (c’est-à-dire ceux que publie une multinationale en additionnant les comptes de chacune de ses filiales). Ce qui fait que notre top 50 mentionne Belgacom (0,00 % d’impôts), mais pas sa filiale Belgacom Mobile (33 % d’impôts). Cette critique n’est pas pertinente car, d’une part, beaucoup des grandes sociétés « belges » sont des filiales de multinationales étrangères qui publient des comptes consolidés à l’étranger. Et même pour les groupes belges, le taux d’imposition consolidé comprend les impôts payés par des filiales à l’étranger. Or, l’objet de notre étude est la fiscalité en Belgique.

4. Certaines critiques justifient le peu d’impôts payés en affirmant qu’il est normal qu’une société puisse déduire de sa base imposable ses pertes antérieures ou les dividendes qu’elle touche de ses filiales, ces dividendes ayant déjà été taxés au niveau de la filiale (ce que l’on appelle les RDT, revenus définitivement taxés). Critique étonnante puisque notre étude abordait ces questions.

D’abord pour chiffrer leur poids dans notre top 50 (1,1 % pour les pertes antérieures, 29,9 % pour les RDT) et publier à côté de la ristourne fiscale globale de 14,3 milliards, un montant de 9,9 milliards correspondant à la ristourne globale dont sont exclues ces deux mesures. Ensuite pour préciser que si le mécanisme des RDT trouve une certaine justification, il comporte aussi beaucoup d’aspects fort discutables (voir notre texte à ce sujet en annexe).

5. On retrouve aussi dans les critiques une vieille justification des intérêts notionnels : ceux-ci auraient pour fonction de renforcer les fonds propres des sociétés. Or, tout observateur un peu informé sait que les intérêts notionnels ont été inventés pour remplacer les centres de coordination condamnés par l’Union européenne. Le renforcement des fonds propres n’a été que l’emballage imaginé ensuite pour vendre politiquement la mesure.

Si le but avait été de renforcer les fonds propres, le gouvernement aurait accordé les intérêts notionnels en proportion de l’augmentation des fonds propres chaque année et non sur le stock total de fonds propres accumulés depuis la naissance de la société. De plus, une augmentation des fonds propres n’est pas forcément synonyme d’investissements accrus et encore moins d’une croissance de l’emploi. D’ailleurs, si ces fonds propres étaient si importants, il faudrait limiter la déduction fiscale des RDT puisqu’elle incite à redistribuer les bénéfices plutôt que de les placer dans les fonds propres.

6. Certaines critiques donnent involontairement du crédit à notre étude lorsqu’elles avancent que les charges fiscales d’une entreprise ne se limitent pas à l’impôt des sociétés. Ce qui revient à admettre que ce dernier est bas. Or, quelles sont ces autres charges fiscales ? On cite pêle-mêle le précompte professionnel, les cotisations sociales, la TVA, le précompte mobilier, le précompte immobilier, les taxes locales. Ces deux derniers sont effectivement des charges fiscales, mais le niveau est faible. Le précompte professionnel et les cotisations sociales sont des charges qui réduisent les revenus des travailleurs. De même, la TVA est à charge du consommateur final, donc pas des entreprises. Quant au précompte mobilier, il est imputable et remboursable pour les sociétés.

7. Reste l’éternel argument de la soumission au capital : il faut accorder des cadeaux fiscaux aux multinationales, sinon elles fuiront notre pays. Le problème, c’est que les autres pays font la même chose, d’où un dumping fiscal dont on se demande où il s’arrêtera. On a vu le résultat en Irlande, ce prétendu miracle économique dû à une imposition plancher des sociétés. Et chez nous, quand les 500 plus gros bénéfices ne payent déjà que 3,76 % d’impôts, quelle est l’étape suivante ? Un impôt négatif ? Ce qui est sûr, c’est qu’avec de tels cadeaux, ce ne sont pas les sociétés – dont la part dans le revenu national a pourtant doublé sur ces trente dernières années – qui contribueront aux 22 à 25 milliards d’efforts budgétaires.

Marco Van Hees,

Auteur de l’étude du PTB et de plusieurs ouvrages, dont Didier Reynders, l’homme qui parle à l’oreille des riches (éditions Aden, 2007)

Raoul Hedebouw,

Porte-parole du PTB

Annexe – Les revenus définitivement taxés (RDT).

Cette déduction est-elle justifiée ? Notre position est mitigée. Son application est motivée ainsi : si une maison-mère touche des dividendes de ses filiales, cela vient grossir le bénéfice de la maison-mère ; mais comme ces dividendes proviennent du bénéfice des filiales, qui a déjà été taxé, il est normal que la maison-mère ne soit pas taxée une seconde fois. Les RDT permettent donc de ne pas être imposé sur les dividendes perçus. Cela semble logique, mais on peut formuler plusieurs réserves.

1. Les RDT ne sont accordés qu’aux sociétés détenant au moins 10 % du capital ou une participation d’au moins 1,2 million d’euros. Les petits actionnaires n’y ont donc pas droit. Ce qui laisse sous-entendre que l’évitement de la double taxation n’est pas un principe si évident.

2. Les RDT sont accordés même si les dividendes sont versés par une société peu taxée ou pas taxée du tout. Attention, si une maison-mère touche des dividendes de filiales installées dans certains paradis fiscaux, elle ne peut pas déduire de RDT. Par contre, si les filiales sont domiciliées dans le paradis fiscal belge où elles ne payent pas d’impôts grâce aux intérêts notionnels, elle peut déduire des RDT. Qui méritent alors le nom de RDNT : revenus définitivement non taxés.

3. Les RDT favorisent les montages comme ceux du capitaliste Albert Frère : une cascade de holdings lui permettant de contrôler des grands groupes à partir d’un capital relativement réduit.

4. Enfin, il y a la question des holdings mixtes, c’est-à-dire d’une société qui cumule une activité de holding (contrôler des filiales) et une activité industrielle (ou commerciale). Exemple type : Electrabel (n° 8). Comme la loi belge ne fixe aucune limite à de telles sociétés, elles peuvent s’endetter fortement pour développer l’activité holding. Et comme les revenus de cette activité ne sont pas imposables grâce aux RDT, la charge d’intérêts de leur endettement peut être déduite de leurs revenus industriels. Finalement, elles ne sont donc imposées ni sur leur activité de holding, ni sur leur activité industrielle.

Interview :: Michel Graindorge (avocat) appelle au retour à Marx
À 70 ans, l’avocat Michel Graindorge n’a rien perdu de sa verve. Il signe une carte blanche dans La Libre : « Karl Marx, reviens ! » et parraine la Taxe des millionnaires du PTB.

Vous avez signé le 13 mars 2010 une carte blanche dans La Libre Belgique : « Karl Marx, reviens ! ». Cela sonne comme une constatation et un ordre à la fois. Pourquoi ?
Michel Graindorge. Je suis tout autant révolté que je le fus dans ma jeunesse par la situation économique de nos pays et particulièrement de la Belgique. Face au drame de Carrefour, cette carte blanche rappelle quelques vérités auxquelles je suis fort attaché. C’est un cri du cœur mais aussi une réflexion politique en « coup de poing ». Cela me rappelle Fabelta en 1980 où un cadre s’était pendu ou la Sabena, les délocalisations ou les suppressions d’emplois. Ce système est vraiment un système scandaleux.

Qu’est-ce qui dans votre quotidien, dans votre pratique vous a amené à revenir à Marx, au-delà de votre engagement passé dans les jeunesses communistes ?
Michel Graindorge. Une de mes plus belles expériences comme avocat fut notre bataille pour les ouvriers de Clabecq. De 1998 à 2002 on a beaucoup appris des travailleurs. Ce fut une lutte exemplaire à l’époque. Je pense depuis l’âge de 18 ans que ce système est fondamentalement inhumain. Depuis quelques années, avec la crise, cela devient intenable. Cela me rappelle que mon père a perdu son emploi comme ouvrier lors de la crise des années 30. C’était un homme jeune. Il est rentré ensuite dans l’administration des prisons. Et aujourd’hui c’est mon fils qui rencontre de grandes difficultés à trouver un emploi. Quel monde sera celui des prochaines générations ?

Vous parlez de la dictature insidieuse de quelques personnes. De qui s’agit-il ?
Michel Graindorge. Des gens qui ont des pouvoirs de direction et qui ne sont jamais contrôlés, qui échappent au contrôle populaire. Ce sont 200 familles qui tiennent l’économie du pays en main. Je pense d’abord aux grandes multinationales. [b]Nous vivons une démocratie politique avec ses inconséquences, mais ce n’ est pas du tout une démocratie économique. Dès lors, la démocratie est faussée. Le fait que les gens ne décident pas de leur destin est terriblement anachronique au XXIe siècle.[/b] Dans la mesure où les décisions qui font la vie quotidienne des citoyens sont prises par des gens éloignés de leurs préoccupations, d’où l’expression « les gens d’abord, pas le profit ».

Vous l’imaginez comment cette société « des gens d’abord » ?
Michel Graindorge. Par l’appropriation collective des grands moyens de production. Votre formulation d’une banque populaire me semble une bonne idée. Je redécouvre aujourd’hui la force extraordinaire des travailleurs à l’échelle internationale. Voyez certaines luttes en France, en Italie ou maintenant en Grèce. Cette force dont Marx a parlé dans ses textes de base est toujours intacte et disponible. J’imagine des changements par des mouvements populaires importants. L’histoire d’Inbev est intéressante dans la mesure où il n’y a pas eu de licenciements.

Où se situe cette force des travailleurs ?
Michel Graindorge. Dans une partie des syndicats. Je la vois dans des révoltes grondantes et pas encore exprimées. Dans l’émergence de forces nouvelles comme le PTB. Vous avez fait une bonne mutation ; il faut avoir l’audace de l’approfondir… il y a un grand manque.

En tant qu’avocat et intellectuel, vous appelez à l’insurrection des consciences. Quel est le rôle des intellectuels aujourd’hui ?
Michel Graindorge. Il est temps de tenter d’engager une prise de conscience. Il y a très peu de débats d’idées en Belgique. Qui peut-être un leader d’opinion? Je n’en vois quasiment pas, si ce n’est dans le milieu syndical.
J’ai toujours appris au parti communiste que les intellectuels devaient être liés aux travailleurs. Un intellectuel coupé des travailleurs, cela me paraît ambigu, car il peut raconter n’importe quoi et passer à côté de la vie réelle. Il faut s’impliquer dans l’action, participer à des manifestations, être solidaire, signer des pétitions. J’avais espéré à travers cette carte blanche susciter des débats. Mais on débat très peu en Belgique ou alors sur des choses secondaires, comme le voile. Il y a des problèmes beaucoup plus déterminants comme l’emploi ou la question des pensions dérisoires sans certitude de pouvoir encore les payer. Nous sommes rattrapés de plein fouet par la crise économique.

Vous vous définissez comme compagnon de route du PTB. Comment jugez-vous son évolution ?
Michel Graindorge. Je me suis toujours senti proche du PTB. Je suis abonné à son journal depuis sa fondation, je crois, et donc je me considère comme un compagnon de route. Je lis ce que vous dites, ce que vous suggérez. Ceci étant, par ma propre réflexion, j’ai gardé au cœur le socialisme depuis 50 ans. Ceci dit, le PTB manque peut-être d’audace. L’idée de la banque publique me paraît une excellente idée. Il faut en parler davantage, l’approfondir. La taxe des millionnaires me paraît une idée juste mais je trouve le guide du « richard » un peu populiste. J’attends du PTB une plus grande audace et une analyse plus fine sur les questions internationales. On ne mesure pas encore l’importance du PTB.

Vous avez accepté de parrainer la taxe des millionnaires. Quelle est l’importance de cette campagne pour vous ?
Michel Graindorge. Elle est fondamentale, mais elle doit être bien expliquée. C’est une réponse à la crise. Il existe un impôt sur les fortunes en France.

Vous soulignez les potentialités présentes d’un changement non violent.
Michel Graindorge. C’est une intuition plus qu’un constat. Il y a des luttes syndicales et des solidarités très prometteuses. L’acuité de la crise, le désarroi de la population : 23% des personnes âgées vivent en dessous du seuil de pauvreté, rien que cela est énorme. Cela devient intolérable. Il y a un taux de pauvreté de 15 à 18%. Je vois mal comment le capitalisme, même régulé, pourra s’en sortir. Le meilleur exemple c’est la Grèce où l’on voit comment le gouvernement sous direction sociale-démocrate tente de faire payer la crise à la population et comment la population sous l’impulsion du PAME s’efforce de créer une autre dynamique.

Vous parlez de notre époque comme une époque fantastique. Pourquoi ?
Michel Graindorge. Notament par l’évolution des technologies, les progrès de la médecine. S’il y avait une dynamique humaine, socialiste, on pourrait résoudre les problèmes fondamentaux de la planète. L’accumulation de moyens est tellement forte ! C’est scandaleux d’en être à mendier.
Le potentiel de changement est beaucoup plus important qu’avant. Même s’il faut lutter contre le poids des traditions.

Guy Paquot

Guy Paquot, le chevalier du bois sauvage, entre porno et délit d’initié. Président du holding Compagnie du bois sauvage, il cultive la discrétion. Pas simple lorsque deux de ses proches se retrouvent sous les verrous pour un délit d’initié qui lui profite.

Marco Van Hees, avec « Robert »

Où dormir ?

● LA HULPE. Même si, comme son illustre famille, il est originaire de la région liégeoise, Guy Paquot est actuellement domicilié dans le Brabant wallon, à La Hulpe. Cette commune compte d’ailleurs d’autres richards : Christian Boas (Asco) et, sur la partie privée du domaine Solvay, les frères Daniel, Eric et Paul-Emmanuel Janssen (UCB).

Ces trois riches familles sont installées à la lisière de la forêt de Soignes. Aux débuts de l’État belge, jusqu’en 1836, cette forêt appartient à la Société générale de Belgique. Avant de devenir publique, elle perdra les trois cinquièmes de sa superficie, au profit de particuliers, surtout liés à la Société générale. Aujourd’hui, le holding de Guy Paquot détient d’anciennes entreprises de cette même Société générale. Ceci expliquerait-il cela ?

● PLOMBIÈRE. Une autre branche de la famille possède le château de Bofferth, à Plombières, en province de Liège. L’arrière-grand-père de Guy Paquot, Remy Paquot, y dirigeait les mines de plomb, zinc et pyrite de fer. Son fils aîné, Joseph, a construit le château de 1908 à 1913, qu’il légua à son propre fils Paul-Emmanuel. Il est toujours occupé par la veuve de ce dernier.

Où réaliser une bonne action ?

Chez les scouts, on réalise de bonnes actions. Mais à la Bourse aussi, on réalise (vend) des actions, bonnes ou moins bonnes. Achetez et vendre des actions, c’est l’unique activité du holding de Guy Paquot, la Compagnie du Bois sauvage. Elle ne produit rien, se nourrissant des dividendes d’autres sociétés.

Les Paquot ont fait fortune dans les mines, notamment les charbonnages Espérance et Bonne-Fortune à Montegnée (Liège), qu’a dirigés Guy Paquot père (1905-1988). Ils se retrouveront aussi aux commandes de Surongo, société minière congolaise fondée en 1926, mais qui, fin du 20e siècle, n’est plus qu’un holding.

En 1969, Guy Paquot fils rejoint Nagelmackers, la plus vieille banque du pays, également d’origine liégeoise. En 1986, il devient président et administrateur délégué de Financière Lecocq, qui contrôle la banque Nagelmackers. Le premier actionnaire de la Financière Lecocq n’est autre que Surongo.

En 1990, la banque Nagelmackers est cédée à BNP Paribas, avant d’être intégrée au groupe Delta Lloyd. Mais la Financière Lecocq possède encore bien d’autres actifs. En 1994, elle est transformée en Compagnie du Bois Sauvage, regroupement de 19 sociétés, dont certaines centenaires, aux activités diverses.

Aujourd’hui, Bois Sauvage possède des participations dans l’immobilier (Cofinimmo), l’industrie (Recticel, Umicore, etc.), l’alimentation (dont 100 % du chocolatier Neuhaus) et la finance (dont 16 % de la banque Degroof, prestigieuse institution bruxelloise spécialisée dans la gestion des grosses fortunes).

Où trouver femme à marier ?

Guy Paquot, fait chevalier par le roi en 2000, est marié à Nicole Thys, dont la famille a fait fortune au Congo (sa cousine, Monique Thys, est elle-même mariée à Philippe Boël). Mais les Paquot ont marié bien d’autres nobles et/ou riches familles. Exemple : Thierry Paquot, neveu de Guy, a marié une… Nagelmackers. Oui, comme la banque. Autre exemple : un fils et une fille de son cousin André ont tous deux marié un(e) de Callataÿ, vieille famille noble dont un descendant, Etienne de Callataÿ, est chief economist à… la banque Degroof. Ça ne s’invente pas !

Où commettre un délit d’initié ?

Septembre 2009, Vincent Doumier, administrateur délégué de Bois Sauvage passe une semaine en prison, suivi peu après par Luc Vansteenkiste, administrateur du holding et boss de Recticel. Ils sont suspectés de délits d’initiés.

Un an plus tôt, le 3 octobre 2008, Bois Sauvage vend 3,6 millions d’actions Fortis à un prix moyen de 5,40 euros. Ce jour-là, les gouvernements belge et néerlandais négocient en secret pour démanteler le groupe bancaire, dont une partie est cédée à BNP Paribas. Après cela, le titre – dont la cotation est suspendue jusqu’au 14 octobre – ne vaudra plus que 1,50 euro.

Les enquêteurs sont convaincus que Bois sauvage a été tuyauté, mais cherchent le chemin suivi par l’info. Ils ont l’embarra du choix. Doumier a été naguère trésorier chez BNP. Vansteenkiste était à la fois administrateur de Fortis et de Bois sauvage. Quant à Paquot, il est, via ses holdings successifs, un actionnaire historique de la Générale de banque puis de Fortis et il avait cédé la banque Nagelmackers à BNP Paribas. Notons que le fils de son cousin Jean-Pierre, Didier Paquot, actuel directeur du département économique de l’Union wallonne des entreprises, a lui-même fait un bref passage par Fortis.

D’une manière générale, Bois sauvage profite d’un impressionnant réseau de relations. Le seul Luc Vansteenkiste, qui a dirigé la fédération patronale FEB, est le champion belge du cumul des mandats, étant administrateur de sept importantes sociétés. Une étude de 2005 avait d’ailleurs désigné Recticel, l’entreprise qu’il dirige, comme la plus centrale de l’économie belge dans le tissu de relations formé par les administrateurs.

Où investir dans le porno danois ?

Il y a quelques années, la police danoise mène l’enquête sur un cinéma porno du quartier chaud de Copenhague qui loue de petites chambres à des esclaves du sexe nigérianes. Ce cinéma, le Nonstop Bio Cinerotic, est exploité par la société Troisadeux A/S, fondée au Danemark en 1985 par deux Danois (dont Richard Dawids, administrateur de Bois sauvage jusqu’à sa démission pour « convenance personnelle » en décembre 2006) et le Belge… Guy Paquot.

Ce dernier a évidemment juré qu’il n’était pas au courant des activités réelles de la société et a donné sa démission dès que le scandale a éclaté. Aujourd’hui, Troisadeux est filiale à 100 % de la société belge Haaden, dont le siège social a été déplacé en 2007 de la rue du Bois sauvage au domicile de Richard Dawids, situé à La Hulpe dans une villa appartenant à… l’épouse de Guy Paquot.

La fortune de Guy Paquot
● Fortune 2009 : 107 millions € (88e du top 100). (1) Fin 2009, il détenait 41,44 % du capital de Bois Sauvage . (2)
● Evolution 2000-2009 : + 5 %.
● Taxe des millionnaires sur cette fortune : 3 134 800 €. De quoi augmenter de 100 € par mois la pension de 2 612 pensionnés.

1 Selon les estimations du journaliste Ludwig Verduyn • 2 Site internet
de Bois Sauvage.

Empêcher le passage en force

David Pestieau

Eric Mestdagh, co-propriétaire d’une chaîne de grands magasins en partenariat avec Carrefour, rêve dans Le Soir que Carlo Britto, patron d’Inbev, devienne premier ministre (Photo Le Soir)

« Plaidoyer pour une reprise patronale de la Belgique », peut-on lire dans un blog du journal financier De Tijd. « Il est temps d’utiliser agressivement les qualités patronales de leadership pour résoudre les problèmes épineux de l’État belge. Temps de promouvoir l’idée que les patrons sont la clé de notre pays. »1 Ainsi écrit Olivier Smekens, le président de la Chambre de commerce belgo-américaine.

Éric Mestdagh, copropriétaire d’une chaîne de grands magasins en partenariat avec Carrefour, se prend à rêver dans Le Soir que Carlo Britto, patron d’Inbev, devienne premier ministre2. Car il est « apprécié pour avoir le courage de prendre des mesures impopulaires ».

Un coup d’État patronal n’est pas encore pour demain, mais que des chefs d’entreprise commencent à imaginer de tels scénarios montre où on en est arrivé. Certains représentants patronaux ont d’ailleurs déjà investi directement le champ politique. Kris Peeters (CD&V), actuel ministre-président de la Région flamande, vient de l’Unizo, organisation des patrons des PME flamandes. Et son ministre du Budget, Philippe Muyters (N-VA), a été à la tête du Voka.

Certes, aujourd’hui, le patronat est divisé sur l’ampleur de la réforme de l’État à venir :

– le Voka encourage le jusqu’au-boutisme de la N-VA et du clan Peeters au CD&V, car elle pense pouvoir aller plus vite et plus loin dans l’antisocial dans le cadre de la Flandre.

– la FEB compte encore imposer ses mesures dans le cadre actuel réformé.

Mais aujourd’hui, tous les patrons espèrent que la combinaison de la crise politique avec la crise économique et les menaces spéculatives sur la Belgique peut être une opportunité pour faire passer des réformes antisociales sans précédent auprès de la population. Ils comptent sur la lassitude du camp d’en face. Ce qui explique aussi l’agressivité patronale à la table des négociations de l’accord interprofessionnel.

Le monde du travail a de quoi être inquiet. L’inflation, avec les prix de l’énergie en tête, grimpe à nouveau. Le gouvernement en affaires courantes prépare un budget 2011 avec de nouveaux tours de vis. Et les banques belges, en particulier la KBC et Dexia, pourraient connaître un nouveau plongeon et faire appel à nouveau à l’État.

Et last but not least, la crise politique (combinée à la crise de l’euro) fait que nous payons 1 % de plus d’intérêt sur notre dette qu’en mai dernier. 3,3 milliards d’euros à payer en plus rien qu’en intérêts supplémentaires.

Nous sommes ainsi face à un double défi en ce début 2011. Prévenir un pourrissement politique menant rapidement à la division du pays et de sa sécurité sociale. Nous protéger contre la crise que les financiers et les grandes fortunes veulent reporter sur la population.

Le temps est venu de sortir de la léthargie dans laquelle le monde politique et patronal essaie de nous maintenir. Et de reprendre le contrôle de la chose publique : nos emplois, nos salaires, notre sécurité sociale, notre pays. Histoire d’empêcher le passage en force patronal…

1. De Tijd, 6 janvier 2011, Pledge for a corporate take-over of Belgium!It is time to aggressively use the corporate leadership skills honed at our Belgian private corporations to solve the Belgian thorny public problems. Time to promote the idea that business leaders are the key to our country • 2. Le Soir, 8-9 janvier 2011

Il y a 50 ans, l’assassinat de Lumumba

Lumumba symbolise dans l’histoire congolaise l’éveil de la conscience anticoloniale. Sa mort a signifié le début de 36 ans de dictature et de destruction.

Isabelle Minnon, Danny Claes et Tony Busselen

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Lumumba est parvenu à déjouer un par un tous les mensonges, intrigues et manœuvres des colonisateurs. Pour cela, le peuple congolais a vu en lui un porte-parole et est devenu le premier ministre de l’indépendance du Congo. Mais pas pour longtemps. Le chef de l’armée Mobutu a fait arrêter Lumumba et l’a transféré vers le Katanga où il a été tué par l’armée de Tshombe soutenue par la Belgique. (Photo Archives)

Patrice Lumumba est né en 1925, employé puis journaliste, il fait partie de ceux que le colonisateur appellera les « évolués ». En 1956, dans son livre : « Congo, Terre d’avenir, est-il menacé ? », il écrivait : « Certains Blancs, des moins recommandables, abusant de la crédulité des Noirs encore peu cultivés, instiguent ceux-ci à réclamer immédiatement l’indépendance ! »

Mais quatre années plus tard, Lumumba est métamorphosé par l’expérience de la lutte anticoloniale.

Après une révolte populaire en janvier 1959, les autorités coloniales belges avaient promis une indépendance rapide. En tenant des élections dès mai 1960, la Belgique pensait pouvoir faire élire des politiciens congolais loyaux au colonisateur. Or l’alliance des partis nationalistes autour de Lumumba obtient malgré tous les efforts des autorités coloniales la majorité à la Chambre (71 sièges sur les 137). Au Sénat, par contre, l’alliance lumumbiste manque la majorité de 2 sièges. En effet, 23 des 84 sièges sont, selon la loi électorale fabriquée par les Belges, destinés aux chefs coutumiers, dont la majorité collabore depuis toujours avec le colonisateur. Lumumba est donc obligé d’accepter un gouvernement de coalition. Son rival Kasavubu, sous influence des Belges, devient président. Lumumba devient premier ministre.

Le jour de l’indépendance, le 30 juin 1960, Lumumba prononce un discours célèbre, traduisant le sentiment populaire : « Cette indépendance du Congo, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier que c’est par la lutte qu’elle a été conquise… Cette lutte, qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu’au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable, pour mettre fin à l’humiliant esclavage qui nous était imposé par la force. Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des «nègres». »

Lumumba a réussi à dénoncer, l’un après l’autre, tous les mensonges, intrigues et manœuvres des colonisateurs. C’est ainsi que le peuple congolais voyait en lui son porte-parole.

Aussi, dans les semaines qui ont suivi l’indépendance, Lumumba est confronté à l’agression de l’armée belge, dés le 10 juillet, sous le prétexte d’émeutes pourtant provoquées par le général belge Janssens (qui commence la sécession de la province de Katanga). Devant l’insistance de ses conseillers belges, Tshombé s’autoproclame Président de l’État autonome du Katanga. Le 13 juillet, le commandant en chef de l’armée belge, Cumont, déclare que « les troupes belges sont à la disposition de Tshombe ».

Le 20 juillet 1960, Lumumba lance un appel à la radio : « Nous préférons mourir pour notre liberté plutôt que de vivre encore dans l’esclavage. (…) Au Katanga, quelques colons disent : “(le Congo) devient indépendant et toutes ses richesses vont servir à la nation des Nègres. Non, il faut que le Katanga devienne un État indépendant ”. Ainsi, demain, c’est le grand capitalisme qui va économiquement dominer les Africains. »

La population surtout au nord du Katanga se révolte et appuie les soldats restés loyaux à Lumumba. Lumumba dénonce aussi l’agression économique du capitalisme belge : « La Banque centrale belge s’est accaparée non seulement notre argent, mais également nos réserves d’or. Le gouvernement congolais vient d’annoncer que, si dans un délai de 15 jours, le gouvernement belge ne les restituait pas, nous confisquerions tous les biens appartenant aux Belges. Le peuple attend l’amélioration de ses conditions de vie. Pour nous, il n’y a pas d’indépendance tant que nous n’aurons pas une économie nationale prospère pour relever les conditions de vie de nos frères. »

La contre-attaque coloniale

Soutenu aussi bien par les États-Unis que par la Belgique et la France, le président Kasavubu déclare le 5 septembre : « Le Premier ministre est en train de jeter le pays dans une guerre civile atroce. J’ai jugé nécessaire de révoquer immédiatement le gouvernement. »

Une heure et demie plus tard, Lumumba réagit sur les ondes de la radio nationale : « Kasavubu a publiquement trahi la nation. (…) C’est une manœuvre des Belges. » Le lendemain, le gouvernement réuni en conseil extraordinaire démet le président Kasavubu.

Le 14 septembre, désespéré, Kasavubu réagit en désignant Mobutu comme commandant en chef de l’armée. À peine quelques heures plus tard, Mobutu exécute son premier coup d’État. Il déclare la « neutralisation » des politiciens. Il affirme : « Il ne s’agit pas d’un coup d’État, mais plutôt d’une simple révolution pacifique. » En réalité, complice de Kasavubu, Mobutu neutralisera uniquement Patrice Lumumba qui est en « résidence surveillée ».

Le 27 novembre 1960, Lumumba quitta en secret sa maison. Il prend la route pour Kisangani (autre ville du Congo) en voiture. Il est arrêté par les soldats de Mobutu et amené au camp militaire de Thysville. Le commandant des troupes de l’ONU, le général Karl von Horn, homme des Américains, dit : « À parler franchement, tout le pays aurait été mis à feu et à sang, si Lumumba était parvenu à Stanleyville (Kisangani aujourd’hui, NdlR). »

En effet, sous Lumumba, plus de la moitié de l’armée nationale congolaise était restée fidèle au gouvernement central. Lumumba vivant, il n’y a aucun doute qu’à partir de Kisangani, il aurait pu développer la résistance contre les troupes belges et celles de Mobutu.

Le néocolonialisme congolais ne pouvait connaître la paix, si Lumumba restait en vie.

C’est ainsi que Mobutu, bien conseillé par les agents des gouvernements belge et américain, a décidé d’envoyer Lumumba à la mort chez Tshombe, au Katanga… Ainsi ont commencé 37 années de dictature et de destruction.

(Cet article est basé sur le livre de Ludo Martens, Pierre Mulele, la seconde vie de Patrice Lumumba, EPO. Ce livre n’est plus disponible en librairie, mais il est en ligne sur le site www.marx.be )

Le peuple Estonien a payé l’adhésion à l’Euro au prix fort (*)

(note de RoRo: pauvre peuple estonien “libéré” ! Hier, la “sinistre” “dictature” “communiste” “soviétique” “stalinienne” : aujourd’hui la tyrannie capitaliste européenne et ricano-otanienne … !)

En dépit de la crise profonde dans laquelle elle est plongée depuis 2009, la petite République balte d’Estonie adopte la monnaie unique ce 1er janvier 2011. A cette fin, les autorités ont mis en place des mesures draconiennes qui ont réduit à la pauvreté une partie importante de la population.

Avante

Prenant prétexte de la crise mondiale, le gouvernement de centre-droite, dirigé par le premier-ministre Andrus Ansip, a imposé le licenciement de milliers de fonctionnaires et une diminution des salaires des travailleurs du secteur public de 10%. Suivant l’exemple du public, le secteur privé est même allé plus loin en parvenant à réduire en moyenne les salaires de 15%.

Les dépenses publiques ont également été réduites de 20%, en partie au prix d’une diminution du montant des retraites et du recul de l’âge de départ à la retraite de 63 à 65 ans. Les couches les plus défavorisées ont même eu à supporter l’augmentation de la TVA de 18 à 20%, tandis que les travailleurs ont perdu le peu de sécurité de l’emploi qui leur restait.

En effet, la réforme du droit du Travail a libéralisé les licenciements, devenus sans obligations et gratuits pour le patronat. Toutefois, il ne faut pas s’imaginer que cela a mené à des créations d’emplois. Au contraire, le chômage a explosé, jusqu’à atteindre les 18% de la population active et, dans les régions russophones, les 25%. Et cela malgré le fait que soit maintenu un salaire minimum de misère qui tourne autour des 245 euros mensuels.

Pour les entreprises, le gouvernement a multiplié les cadeaux, les exonérant dans la pratique du paiement d’impôts sur les bénéfices, puisqu’il leur permet de déduire des impôts les sommes réinvesties.

Ainsi, le 17ème membre de la zone euro s’enorgueillit de présenter des finances assainies, avec un déficit de seulement 1,7% du PIB et une dette publique de 7,2%, bien que le revers de la médaille soit une économie retombée aux niveaux de 2005 (- 14,1% en 2009) et encore loin d’une véritable reprise.

Voilà pourquoi le sentiment de satisfaction des gouvernants n’est pas partagé par une partie importante de la population, qui voit d’un mauvais œil l’adhésion à la monnaie européenne.

Un sondage publié mi-décembre indique que les près de 1,3 millions d’estoniens sont divisés quant à leur appréciation de l’euro: 49% affirment y être favorables, tandis que 43% le rejettent, craignant de nouvelles augmentations des prix et de plus grandes difficultés pour survivre.

(*) Article d’Avante, hebdomadaire du PC Portugais, numéro du 30 décembre Traduit et pubié sur le site solidarite-internationale-pcf.over-blog.net

Haïti :: L’aide de Cuba et l’aide des USA

La situation est toujours catastrophique un an après le tremblement de terre du 12 janvier qui a fait 230 000 morts et 1,5 million de sans-abris. L’aide promise pour la reconstruction n’est, pour une bonne partie, toujours pas là. Mais les Cubains, oui.

Jonathan Lefèvre

Tous les pays ne procèdent pas de la même façon concernant l’aide aux Haïtiens. L’exemple le plus frappant de cette disparité est montré par deux proches voisins de l’île : les États-Unis et Cuba. Les États-Unis veulent garder Haïti sous influence. Par contre, Cuba met la priorité sur la santé. (Photo estrechando.es)

Dans son bilan post-séisme, Oxfam international pointe la responsabilité de la communauté internationale : « les pays donateurs sont plus occupés à porter en avant leurs programmes partiels d’action humanitaire au lieu de promouvoir un plan global articulé ». L’ONG déplore aussi que sur toute l’aide promise de l’extérieur, seuls 42 % des fonds aient été débloqués.

Mais tous les pays ne procèdent pas de la même façon concernant l’aide aux Haïtiens. L’exemple le plus frappant de cette disparité est deux proches voisins de l’île : les États-Unis et Cuba.

Depuis le 12 janvier 2010, les États-Unis ont passé 1 583 contrats avec des sociétés privées pour la reconstruction du pays. Seuls 20 de ces contrats (qui représentent, au total, 267 millions de dollars) sont allés à des entreprises haïtiennes. Et si 829 millions d’euros ont été dépensés par les Américains, la partie de l’aide la plus importante n’est pas arrivée. Alors que le versement de 1,5 milliard de dollars avait été promis par l’imposant voisin pour la reconstruction, l’aide est bloquée et personne ne sait si elle arrivera un jour.

Tentative américaine d’entraver l’aide médicale cubaine

Dans un câble de WikiLeaks (daté du 29 novembre 2009 et disponible sur http://www.mediahacker.org), un diplomate américain est clair : « Nous devons continuer de trouver des moyens créatifs pour travailler avec lui (René Préval, président haïtien, NdlR), pour l’influencer. » La priorité n’est donc pas d’aider un pays, mais de continuer de le garder sous son influence.

Cuba procède autrement. L’accent est mis sur la santé : 1 500 professionnels de la santé sont sur place. 50 000 Haïtiens ont été soignés du choléra (le dernier chiffre officiel du ministère haïtien de la Santé porte à 3651 personnes mortes de cette épidémie). Les médecins cubains traitent 40 % des Haïtiens porteurs de la maladie, et le taux de mortalité dans les centres gérés par les Cubains est de 0,83 % (alors que la moyenne est de 3,2 %). L’aide à long terme est aussi présente : plus de 500 médecins haïtiens ont été formés à Cuba.

Les États-Unis sont conscients de leur retard face à leur voisin. Le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez, a dévoilé deux télégrammes publiés sur WikiLeaks et qui révèlent que Washington a tenté d’entraver l’envoi de médecins cubains à l’étranger1.

Pays toujours en ruine, épidémie de choléra, troubles politiques, pas sûr que les Haïtiens passeront une bonne année 2011…

1. Junge Welt, 6 décembre 2010

50 ans d’indépendance – L’indépendance du Congo n’était pas un cadeau

Les années 50 furent la décennie de l’indépendance pour plusieurs Etats dans le monde. La Chine proclame son indépendance en 1949. En 1952, le nationaliste Nasser prend le pouvoir en Egypte. En 1954, le Vietnam inflige une défaite écrasante à l’armée coloniale française. Le 1er novembre 1954, en Algérie, le Front de Libération Nationale (FLN) déclare la guerre au colonialisme français. Quelques années plus tard, c’est au tour de la Belgique de perdre sa colonie. Tous ces événements feront s’affaiblir l’univers colonial. Si le courant anticolonial peut compter sur le soutien et la sympathie de l’Union soviétique, les Etats-Unis vont, de leur côté, s’organiser pour prendre la place des anciennes puissances coloniales européennes.

Tony Busselen

Patrice Lumumba, le 30 juin 1960, lors de la cérémonie d’indépendance du Congo : « Nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que c’est par la lutte que [l’indépendance] a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, nos souffrances, ni notre sang. » (Photo Archives)

La Belgique se cramponne à son pouvoir

La petite Belgique va tout faire pour maintenir ses privilèges coloniaux au Congo (dont la superficie équivaut à quatre-vingt fois la Belgique), tout en évitant une guerre anticoloniale.

En janvier 1959, des troubles éclatent à Kinshasa et certains commencent à réclamer l’indépendance. Le gouvernement belge promet de s’en occuper. Bruxelles espère organiser rapidement des élections, et ainsi placer ses pions au pouvoir pour tirer les ficelles. Mais les Belges se sont trompés dans leurs calculs. Les événements iront plus vite que prévu et dans une ultime tentative de garder le pays sous contrôle, ils élimineront physiquement leurs opposants. Finalement, les Belges seront contraints de céder leur poste de maîtres du Congo aux Etats-Unis et se contenter d’un rôle secondaire.

Cela commence avec les élections. Malgré tout le soutien que les autorités coloniales belges apportent aux fidèles pions mis en place, ceux-ci sont vaincus par l’alliance nationaliste de Patrice Lumumba. Les nationalistes veulent une véritable indépendance, pas seulement formelle. Le 30 juin 1960, Bruxelles voit Lumumba prêter serment en tant que premier Premier ministre du Congo élu par le peuple. A peine dix jours plus tard, le général belge Janssen provoque des troubles au sein de l’armée congolaise pour justifier une offensive de l’armée belge. Des milliers de paracommandos débarquent dans la ville portuaire de Matadi et la province, riche en cuivre, de Katanga. Jamais ils n’ont été si nombreux, même du temps du colonialisme (1885-1960).

Patrice Lumumba : assassinat d’un président élu démocratiquement

Le 14 septembre, Mobutu, chef d’état-major de l’armée congolaise et homme de confiance de la CIA, organise un coup d’état.

Le 10 octobre, il remplace le gouvernement Lumumba par un collège de commissaires. Le collège assigne Lumumba à résidence. Finalement, suite à une tentative d’évasion, Lumumba sera jeté en prison et envoyé à Elisabethville (Lubumbashi). C’est là que le 17 janvier 1961, il sera torturé et assassiné, en compagnie de ses partisans Mpolo et Okito. Des événements minutieusement décrits dans le livre « L’assassinat de Lumumba » de Ludo De Witte, qui démontre la responsabilité directe du gouvernement belge. Il admet également l’implication des responsabilités belges et américaines dans un reportage cynique intitulé Lumumba, une mort de style colonial. Un reportage réalisé par Thomas Giefer que l’on peut visionner sur Internet.

Pour regarder la vidéo : http://www.dailymotion.com/video/x94pun_lumumba-une-mort-de-style-colonial_news

Washington reprend la direction

Dans les années 50, les Etats-Unis plaident en faveur de la décolonisation de l’Afrique. Leur objectif : affaiblir le pouvoir des concurrents européens dans le tiers monde et s’emparer d’une plus grosse part du gâteau.

Avant et après l’indépendance, la presse belge présente Lumumba comme un agent des Etats-Unis car il a le culot de signer des contrats avec des firmes américaines plutôt qu’avec des sociétés belges. Mais à partir d’août 1960, les choses changent. Le président Eisenhower considère que Lumumba est un obstacle à la politique africaine des Etats-Unis. Lumumba est alors présenté comme « un agent du communisme, une menace pour les intérêts du monde libre ».

Les Etats-Unis reprennent ainsi habilement la direction du mouvement néocolonial belge. D’abord, ils investissent financièrement pour aider Mobutu à mettre sur pied en un temps record tout un appareil d’état qui lui est entièrement dévoué. Durant les jours qui vont suivre l’indépendance, des milliers de fonctionnaires et officiers blancs quittent le Congo. Les postes laissés vacants sont alors très vite occupés par des petits cadres noirs qui, du jour au lendemain, bénéficient d’une hausse de salaire énorme et donc prêts à tout pour garder leur emploi. Pour s’assurer la fidélité d’un maximum « d’évolués », Mobutu augmente le nombre de fonctionnaires, cadres supérieurs et cadres moyens, qui passe de 22 000 sous le colonialisme à 95 000 en 1962. A cette époque, les salaires des fonctionnaires représentent 85 % des dépenses publiques. Entre 1960 et 1965, Washington verse 12 milliards d’anciens francs belges, sans compter l’aide militaire.

Les Etats-Unis vont également se servir du gouvernement belge, dont la stratégie était de compter sur son pion Tshombe pour obtenir la Sécession du Katanga, et ainsi déstabiliser le pays. Mais la stratégie américaine fût plutôt de s’occuper des révoltes nationalistes à mater. Les Etats-Unis convainquent le gouvernement belge et son ministre des Affaires Etrangères, Paul-Henri Spaak (note de RoRo: encore “socialiste” à l’époque) , de renoncer à une intervention entêtée au Katanga et de défendre avec eux le pouvoir de Mobutu, dont Tshombe deviendra plus tard le Premier ministre.

L’assassinat de Patrice Lumumba aura donc été le préambule d’un massacre qui coûtera la vie à des centaines de milliers de Congolais. Selon Jules Gérard-Libois, un des experts de la commission Lumumba et membre du CRISP, centre de recherche et d’informations de renom, ces événements auraient fait près d’un million de victimes au Congo entre 1964 et 1965.

La Flandre de demain :: Une république fédérale allemande?

En exclusivité : Le secteur financier allemand partisan d’une scission de la Belgique

Herwig Lerouge

« Tout est en mouvement, sur ce continent. Les nations ne sont pas éternelles, quand les langues et les traditions s’avèrent aussi incroyablement tenaces », lit-on dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung. Ainsi, le journal corrobore entièrement le discours en faveur de l’Europe des régions, dans laquelle l’intention des régions plus riches est de se débarrasser de la solidarité avec les plus pauvres. (Carte : Alliance européenne libre)

L’Allemagne et Bart De Wever vont bien ensemble. À plusieurs reprises, Bart De Wever a déjà laissé transparaître son amour de la Bavière. En décembre, il s’est fait interviewer par le journal allemand Der Spiegel. Et, aujourd’hui, il s’avère que certains milieux allemands influents ne verraient pas d’un mauvais œil une scission de la Flandre.

Dans l’influent journal boursier Frankfurter Allgemeine Zeitung du 10 janvier, le journaliste Dirk Schümer témoigne toute sa compréhension à l’égard des séparatistes flamands : « L’historien De Wever n’a-t-il pas raison quand il dit que l’État belge a échoué, 180 ans après sa création, parce que la minorité francophone ne veut pas accepter les demandes de la majorité flamande de la population ? (…) Ça a l’air une plaisanterie, que le centre vital d’un marché européen multilingue et multiculturel puisse s’écrouler sur des futilités comme BHV. Comment l’Europe pourra-t-elle jamais être le symbole d’un système de multilinguisme et d’ouverture culturelle alors que, après presque 200 ans, les Belges enterrent en silence leur projet de diversité ? (…) Donc, la désintégration de cet État européen modèle ne dépend plus que des coûts à moyen terme d’une scission. Personne ne versera plus une larme pour cette Belgique. (…) Tout est en mouvement, sur ce continent. Les nations ne sont pas éternelles. Mais les langues et les traditions s’avèrent incroyablement tenaces. Dans une économie mondialisée, un État peut devenir superflu en transférant ses compétences à une institution supranationale, alors que les régions et les communes peuvent faire le reste du travail. »

L’emprise allemande sur l’Europe

Dans l’article du Frankfurter Allgemenine Zeitung, on retrouve mot pour mot l’argumentation du courant, au sein du patronat allemand, qui plaide pour une Europe des régions. L’un des pionniers de ce courant n’est autre qu’Otto de Habsbourg, descendant de l’ancienne dynastie austro-hongroise et représentant de l’aile droite de la démocratie chrétienne allemande. Il est le président du fameux « groupe de Locarno », qui est à peu près l’égal de « In de Warande », un groupe de réflexion des patrons séparatistes flamands. Le groupe soutient les mouvements séparatistes en Italie, en France, en Espagne, en Belgique, dans les Balkans et l’Europe de l’Est et il est à la base d’une charte des peuples européens dans laquelle le concept d’« ethnie » est repris conjointement au concept de « peuple » et bel et bien en opposition au concept de « nation ». Si l’Europe se composait d’une grande Allemagne homogène, avec à côté tout un patchwork de petites régions et minuscules États séparés, alors, l’emprise de l’Allemagne sur l’Europe serait assurée.

Spéculer sur la fin de la Belgique

Dans les milieux financiers allemands, on spécule donc sur une fin rapide du pays. la Flandre pourrait ainsi devenir un « État partiel », un Land de l’Allemagne, même si son indépendance formelle est déjà claire pour le magazine allemand on-line http://www.german-foreign-policy.com. « Un nouvel État vassal », dit le titre d’un article.

Déjà aujourd’hui, la Flandre est étroitement liée à l’Allemagne et elle cherche à étendre encore ces relations. En 2010, l’université d’Anvers a connu une « année de l’Allemagne », dans le but d’étendre la collaboration avec les entreprises allemandes actives en Flandre. En 2009, le volume commercial entre la Flandre et l’Allemagne atteignait presque 50 milliards d’euros. Des entreprises allemandes ont de considérables investissements en Flandre : Bayer, BASF et Evonik à Anvers. Le port d’Anvers, le second d’Europe après Rotterdam, est d’une grande importance pour l’industrie allemande.

L’indépendance est une illusion

« Nous voulons rapprocher encore plus l’Allemagne de la Flandre et la Flandre de l’Allemagne », disait l’ambassadeur d’Allemagne en Belgique lors d’un « débat sur l’Allemagne » tenu à l’université d’Anvers le 10 mai dernier.

« Il ne fait aucun doute », disait un journal grec, « qu’une Flandre indépendante se muera en État satellite de l’Allemagne1. »

« Une Flandre indépendante, mais dépendante de Berlin, tel était déjà, avant la Premier Guerre mondiale, le but de la politique étrangère allemande. Quand, en 1916, l’objectif de guerre visant à dégrader économiquement toute la Belgique en une province allemande fut jugé irréalisable, le chancelier impérial Theobald von Bethmann Hollweg suggéra : « Via une forte stimulation du “Flamentum” (le nationalisme flamand, NdlR), ne pourrions-nous pas renforcer notre position en Belgique ? » La même stratégie fut encore répétée durant la Seconde Guerre mondiale, via la collaboration d’une grande partie du mouvement nationaliste flamand avec l’Allemagne nazie.

Qu’une partie de l’Allemagne patronale de droite reprenne ouvertement, aujourd’hui, le discours séparatiste flamand, n’est donc pas anecdotique. Cela prouve en tout cas une chose : dans ces milieux, on réfléchi déjà à une possible indépendance flamande.

1. www.ethnos.gr 1er avril 2010.

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