La
Belgique prolonge son intervention en Libye alors que la guerre change de
nature. Les députés sont mis devant le fait
accompli.
En
guerre jusqu’en septembre au moins : l’intervention
militaire belge en Libye se poursuivra tant que les objectifs de la
résolution 1973 de l’ONU (qui instaurait notamment une « no-fly zone ») ne
seront pas « complètement atteints », a décidé le « kern » malgré
les affaires courantes.
Mais son
interprétation très large commence à susciter la controverse
: ouvre-t-elle implicitement la voie à l’assassinat de Kadhafi ?
Pour l’expert militaire Joseph Henrotin, l’objectif de la résolution a
déjà été atteint puisque « la population civile est protégée, à
l’exception de quelques zones ».
Les
députés belges se retrouvent donc en position délicate. En
appuyant unanimement cette intervention, le 21 mars dernier, ils visaient,
disaient-ils, un seul objectif : éviter le bain de sang que Kadhafi
s’apprêtait, selon eux, à perpétrer contre des civils
désarmés. Et non à soutenir une rébellion armée, ni à chasser le
colonel du pouvoir. D’autre part, si des civils ont été
protégés, combien d‘autres ont péri entre-temps ? Or il
ne s’agit pas seulement des victimes collatérales des frappes aériennes.
Parmi les
premiers à réagir, Patrick Moriau (PS) estime qu’« il y a un clair
basculement dans l’intervention en Libye. Nous avons donné notre accord
sur base de la résolution 1973, mais on est dans une autre guerre.
Dans une impasse, aussi. Alors, de deux choses l’une : soit on
propose une nouvelle résolution, soit on négocie avec le régime ». Très
critique à l’égard du CNT (insurgés), « qui refuse tout dialogue
», Moriau ne regrette toutefois pas d‘avoir voté en faveur de
l’intervention : « Il fallait faire quelque chose, sinon Benghazi aurait
été rayé de la carte », pense-t-il. Par contre, Ecolo, qui a été
en pointe dans la campagne en faveur des frappes, n’a plus réagi depuis le
vote. Or son souhait d’une action « ciblée, balisée, efficace et
limitée dans le temps » n’a, d’évidence, pas été réalisé.
Pour
aiguillonner les parlementaires des commissions Affaires étrangères et
Défense, la CNAPD (Coordination nationale d’action pour la paix et la
démocratie, qui regroupe 40 associations), vient de leur écrire afin
qu’ils reprennent la main dans le débat, tout en appelant à la fin des
bombardements. Après avoir défendu l’idée d’une intervention, la
Coordination opère une courbe rentrante : « Dans le feu de
l’actualité, se défend-elle, le débat a malheureusement gravité autour
d’une seule question apparemment simple: soit on soutient l’établissement
d’une zone d’exclusion aérienne, soit on ne fait rien ». Elle regrette
surtout que les méthodes non violentes (cessez-le-feu, médiation,
négociation) aient été rejetées par la coalition. Face à cette guerre qui
change de visage, la CNAPD conclut : « Les députés doivent prendre acte de
leurs erreurs et exiger un retrait des troupes et appareillages belges
».
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