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Roger Romain de Courcelles | Roger ROMAIN – militant communiste belge (PCB) – B6180 COURCELLES

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Roger ROMAIN – militant communiste belge (PCB) – B6180 COURCELLES – Marx n' est pas mort ! Vive le marxisme-léninisme ! Prolétaires de tous les pays, unissons-nous !

COURCELLES: c’est en mémoire d’un vieux communiste courcellois, retracé par son petit-fils, Claudy BASTIN …

From: Claude Louis bastin
Sent: Saturday, October 01, 2011 12:28 PM
To: Roger Romain ;

Cher Roger bonjour,

Je t’avais transmis un récit en wallon , qui concernait mon grand-père ;  » El toubac’ dè m’grand-père Catula  »

Quelques amis m’ont demandé de l’adapter en français ; je sais que ce sujet t’intéresse et je t’en envoi donc une copie.

Bonne réception et portez-vous bien tous les deux.

Amitiés.

Claudy

Le tabac de mon grand-père Catula ! (Relation de faits réels ! )

Adaptation en français sans soucis de forme littéraire, de

Èl toubac’ dè m’grand-père Catula »

Du dessus du Bois du Roi (1), où j’habitais, je ne pouvais prendre que les Culots Djåques (2) pour aller à (mon) école ; et en arrivant à moitié chemin de la côte du Trieu, comme on la nommait le plus souvent, à hauteur de l’entrée de la Bèrnate (3), je faisais toujours une petite pause al la fontaine Bonnet (4), le temps de boire un coup et de reprendre mon haleine.

De là commençait la portion pavée qui amenait sur la Place du Trieu (5) et à mon école, et qui faisait comprendre que nous entrions dans la ville.

En repartant, à peine reposé, je devais passer en face de la Coumène (6), un petit cul de sac qui descendait jusqu’à la maison de mon grand-père, et malgré que je connaissais tous les jours, à ce moment-là, la même montée d’angoisse, mon petit cœur se mettait toujours à battre la breloque ; c’était plus fort que moi, et croyez-moi que ça n’était pas d’avoir grimpé la côte ! Non, mais c’était de savoir que, comme le trois quart du temps quand il ne faisait pas trop mauvais, il serait assis comme à son habitude, sur le trottoir de sa devanture. A chaque fois, c’était la même affaire ; avant de passer devant l’entrée de la cour, je risquais un œil, et si ce jour-là il n’était pas au poste, je courrais vite hors de la trouée, pour ne pas avoir à descendre lui dire bonjour. Mais . . . lorsqu’il était là, cela n’était pas la même chose, et sachant sûr et certain qu’il ne faisait pas attention à moi, jamais je n’aurai osé passer outre sans aller le voir.

C’était toujours avec un petit sentiment de peur et troublé par son allure, que je m’approchais de lui ; pas qu’il était laid à regarder, mais plus vite parce qu’il me donnait l’idée de ressembler aux postures de craie que l’on voyait souvent sur les tablettes de cheminées et qui représentaient une vieille maman et un vieux père habillés comme dans le temps, avec la différence que le bonhomme de la posture portait un sarrau bleu et une haute casquette de soie noire, et que mon grand-père était presque toujours habillé d’un pantalon et d’une veste de velours brun et d’une casquette plate en feutre, brune aussi. Je ne l’ai jamais vu changer de pause, assis bien droit sur sa chaise, ses jambes croisées, avec des gros sabots à ses pieds, et retenant dans sa main, une grosse pipe affligée (garnie) d’un fourneau gros comme un œuf d’oie et qui lui pendait sur son estomac comme une grosse louche à la soupe.

Mais le plus étonnant pour moi, c’était son regard, bien à l’abri derrière ses grandes lunettes et toujours perdu au loin, porté par deux petits yeux gris-bleus qui semblait plus mort que vivant, et semblant éteint. Pourtant, il voyait encore très bien, je le savais, quand je me rapprochais, je le voyais bien me regarder de coin sans bouger sa tête, en faisant semblant de ne pas me voir.

Arrivé à sa hauteur, c’était toujours en tremblotant que je lui disais:

– Bonjour Pa Bastin, comment allez-vous aujourd’hui ? Et c’est d’un « Bonjour, vous êtes plus tôt ! », ou bien « plus tard » suivant le coup, qu’il me répondait, sans jamais tourner sa tête et sans jamais prendre la peine de m’accorder un petit mot de plus, une petite gentillesse, celle que j’espérais tant et que j’ai attendu tout le reste de sa vie.

Un jour que j’avais demandé à ma maman ce que je lui avait fait pour qu’il ne m’aime pas, elle m’avait répondu : « Rien mon gamin, vous ne lui avez rien fait, ce n’est pas de votre faute, rassurez-vous ; un jour je vous expliquerai, mais en attendant soyez toujours gentil avec lui, c’est votre grand-père et vous ne devez pas lui en vouloir ! »

Je sais depuis longtemps maintenant, pourquoi ! pourquoi ! , il a pu renier un de ses petits-enfants en le privant de sa présence et d’une amitié qu’un enfant est en droit de recevoir de son grand-père !

Je n’ai jamais compris et pu me faire à l’idée qu’il avait pendant toutes ces années, continué à en vouloir à mon père d’avoir épousé la fille d’un flamand, coupable d’être venu travailler dans nos mines et ainsi prendre la place d’un ouvrier wallon !

Au travers de moi, il se vengeait de mon père, qui d’après lui, l’avait vendu, lui qui avait toute sa vie de syndicaliste, bataillé contre les étrangers qui venaient accaparer le pain de ses camarades ; je ne saurais jamais s’il avait un jour eu du remord de l’avoir chassé de sa maison.

Quant à moi, à ses yeux, j’avais toujours été « l’enfant de la flamande ».

Mais moi, suivant le souhait de ma maman, je me faisais tout petit en essayant de ne jamais lui déplaire, même qu’une fois, j’avais voulu l’embrasser un autre jour qu’à la nouvelle année, mais je m’était repris lorsqu’il avait poursuivi après son bonjour «Vous me ramènerez ceci du Trieu », en me tendant, comme souvent à son habitude, le petit porte-monnaie contenant quelques francs et un papier écrit avec les commissions qu’il voulait que je lui rapporte en revenant de l’école ; c’était d’ailleurs quasiment toujours les mêmes choses ; cinq, six tranches d’entrelardé ou une livre d’abats que j’achetais chez le boucher Raymond, (situé) sur le coin de la rue Basse ; souvent le samedi, c’était deux biftecks de cheval de chez René Bachy (7), un pour lui, un pour Zélie sa deuxième compagne, une fois ou deux par mois, il inscrivait une bouteille de Chassart (8), que j’achetais chez Henri Meurée (9), sur la petite Place aux cochons, et quelques fois, quand il allait en être démuni, des graines pour ses oiseaux, que j’allais chercher chez Henri Botte (10), dans la rue du Ballon (rue Monnoyer).

En lui rapportant ses commissions, je lui disais toujours la même litanie :

-Tenez Pa Bastin, voilà vos affaires et le reste de vos sous ; à plus tard !

Et lui, sans bouger sa tête, me répondait :

-Merci, mettez moi cela sur la table !

Et en tira une grosse bouffée de sa pipe, il se replongeait dans le vide de ses pensées qui s’en allaient, accrochées à la volute de fumée de tabac et suivant la bonne volonté du vent, vadrouiller vers ses vieux champs de batailles.

A ce moment-là, j’aurai bien voulu que la nuée de fumée m’embarque avec elle et ses pensées, pour voir où elles nous auraient emmenés, et savoir où il se trouvait dans sa tête. Maintenant, après toutes ses années, après avoir entendu et appris lors de veillées de famille, l’histoire de sa vie, je suis certain de savoir vers qu’elles guerres il s’envolait !

Cela ne pouvait être qu’entre ’14-18, quand il avait été emmené de force avec sa famille comme travailleur obligé, pour travailler dans les mines allemandes ; là, il avait dû se battre contre ses idées, de savoir qu’il était obligé d’abattre du charbon qui ne servirait sans doute qu’à détruire son pays et ses gens ! Ou alors, était-il peut-être dans une de ces étroites galeries du Quatre du Nord (11) en train de se briser le corps et la santé, à se battre pour gagner la pitance de ses enfants. A moins, à moins qu’à ce moment-là, qu’il ne se revoit accroché au-dessus des grilles d’entrée de la Glacerie (12) ou bien du Quatre en train de gueuler sur les jaunes qui ne voulaient pas cesser le travail pour appuyer leurs camarades qui se battaient pour avoir un gros sou de plus, ou bien contre l’engagement des étrangers, en portant des pancartes avec écrit dessus :

« Un Flamand qui travaille (chez nous) = un chômeur wallon de plus ».

Le tabac de mon ._. COUVERTURE .doc
Le tabac de mon ._. TEXTE .doc


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