From: Alain Van Praet
Sent: Saturday, December 24, 2011 3:09 PM
To: uneautregauche
Subject: Aveux.

Hello,

Un entretien extraordinairement rvlateur du prsident sortant de la CSC.

Qui en dit plus long sur la position du sommet syndical que bien des analyses.

Jai mis en rouge quelques points marquants.

Que retenir ?

1. Naturellement, la CSC est sans surprise un syndicat responsable , orient entirement vers la concertation , et ne passe laction qu contre-cur, quand cest devenu invitable !

2. Les actions organises le sont avant tout pour canaliser la base, elles ne sont pas organises pour gagner !

3. Il reproche plus au gouvernement sa mthode ( la hussarde, limage de Van Quick) que le fond de son programme (qui comprend des mesures acceptables )!

4. En ignorant la concertation et en ne respectant pas les traditions, le gouvernement favorise la gauche (syndicale) qui peut alors dborder lappareil !

5. Les organisations syndicales sont un intermdiaire (un filtre ) entre les travailleurs et les dcideurs, qui peuvent accompagner et amortir ( arrondir les angles ) les politiques mises en uvre.

6. LC est fier de son bilan de concertateur en chef. Il ne remet, par exemple, pas en cause le pacte des gnrations (qui a t amlior !) ou la norme salariale (qui a t applique !)

7. Face lhgmonie du no-libralisme, le syndicalisme doit voluer (mais dans quel sens ? Manifestement encore plus vers un syndicalisme de service car la socit sest individualise !) !

8. La droite nest pas ncessairement hostile aux syndicats car elle est pragmatique, comme lOpen-VLD (cest pas le parti de Van Quick, cela ?) !

9. La CSC a beaucoup de membres qui font rentrer de largent dans les caisses (cotisations). Heureux !

10. La CSC est trs diffrente de la FGTB (ah oui, les lections sociales approchent) !

11. LC part la retraite mais garde pas mal de mandats. Cumul, vous avez dit cumul ?

12. LC sous-estime limpact du et de la politique. Cest pourtant les partis de la coalition gouvernementale qui imposent la rgression sociale !

@

Luc Cortebeeck: « La N-VA a fait son succs grce une ide simpliste »

Vincent Rocour (LLB)

Mis en ligne le 24/12/2011

Luc Cortebeeck ne quitte pas le syndicalisme. Mais cde la fonction de prsident de la CSC, le plus grand syndicat du pays. Il vante les vertus de la concertation un moment o elle est mise mal.

Entretien

Dans quelques semaines, Luc Cortebeeck aura 62 ans. Et quarante annes de carrire derrire lui. Soit largement les conditions pour pouvoir prtendre une pension anticipe – malgr les restrictions du gouvernement. Luc Cortebeek prend donc sa pension anticipe. Mais il va continuer servir le syndicalisme – comme vice-prsident de la Confdration syndicale internationale – et le mouvement ouvrier chrtien – comme prsident de Solidarit mondiale, une ONG active dans la Coopration au dveloppement. Avec le sentiment du devoir bien accompli. Luc Cortebeeck est entr la CSC en 1972 et en est devenu le prsident en 1999.

Vous partez un drle de moment. La manire dont le gouvernement met en uvre son programme a provoqu en quelques jours une grve dans la fonction publique. Les affilis ont ragi au quart de tour. Cela vous a surpris ?

Cela fait un petit moment quon sent la tension monter. Cest pour cela quon avait organis une concentration des affilis le 15 novembre et une grande manifestation, le 2 dcembre. On voulait canaliser les rancurs. Mais on ne pouvait pas prvoir que le gouvernement et le ministre des Pensions commettraient autant derreurs. Avec le menu quils nous ont servi, il tait vident quon allait avoir des problmes. Je ne comprends pas comme on a pu laisser monsieur Van Quickenborne avancer comme il la fait. Sans gard pour les interlocuteurs sociaux. Sans calendrier pour la concertation. Jai travaill 40 ans dans le syndicalisme. Je nai jamais vcu cela. Mme durant la priode des pouvoirs spciaux dans les annes 80, il y avait des contacts avec les employeurs, avec les syndicats.

Chaque fois quun nouveau gouvernement sinstalle, il tente de simposer, dimprimer sa marque. Cest normal. Mais l, cest vraiment exagr. Au dbut, les mdias et les experts saluaient le programme du gouvernement. Ils disaient que les syndicats menaient une guerre de retard. Puis on a entendu monter la plainte des pilotes, des cheminots, des magistrats, des journalistes Et cest devenu le chaos. Le gouvernement a refus la concertation. Les affilis lont compris. Ils nous ont alors doubls par leur gauche. Il faut ramener les syndicats dans le jeu. Et ne pas exagrer. Car il y a, dans le programme du gouvernement, des mesures qui sont acceptables. (???????). Mais il y a aussi des situations inacceptables.Si le gouvernement avait consult les interlocuteurs sociaux, on aurait vit les erreurs techniques, les maladresses, les injustices.

Le combat syndical contre les mesures visant retarder le dpart la retraite en 2005 na-t-il pas finalement rendu un mauvais service aux travailleurs ? Maintenant le gouvernement est oblig de faire vite pour rattraper le retard

Ils ont mis combien de jours pour la rforme de lEtat ? Et maintenant, ils disent : la rforme des pensions, cest urgent. Ce nest pas seulement une mesure budgtaire. Cela rpond aussi une stratgie nolibrale. Ils veulent organiser la socit sans le filtre des organisations syndicales.

Les syndicats nont-ils quand mme pas une responsabilit. En 2005, le chef de service dtudes de la CSC lpoque, Gilbert De Swert, crivait un livre Les 50 mensonges sur la fin de carrire Naurait-il pas d crire un livre expliquant pourquoi les travailleurs devaient se prparer travailler plus longtemps ?

Gilbert De Swert voulait simplement quilibrer le dbat. Parce qu lpoque on nentendait que des experts qui allaient tous dans le mme sens. Mais la CSC a pris ses responsabilits. On a travaill tout lt. On sest souvent runi au « 16 » et la rsidence du Lambermont, avec le Premier ministre Guy Verhofstadt et les vice-Premiers, avec Pieter Timmermans de la FEB et Karel Van Eetvelt de lUnizo, avec Xavier Verboven de la FGTB. On a fait du bon travail. Mais un moment, Verhofstadt a eu un problme avec sa base. Dans la presse, on disait quil se concertait trop avec les syndicats. Cela a braqu son parti. Qui a relev ses exigences. Pour nous, cela nallait plus. Nous tions pourtant tout prs dun accord. Aprs, heureusement, on a pu arrondir les angles. Pas pour le plaisir. Mais simplement parce quune srie de mesures ntaient pas praticables. Exactement comme maintenant.

Un dossier comme lharmonisation du statut ouvrier/employ par exemple nest toujours pas rgl. La concertation sociale nest-elle pas plutt un frein aux rformes ?

Je ne pense pas. Labsence de solution dans le dossier ouvriers/employs, cest ma grande frustration. Si jai manqu un lment, cest bien celui-l, malgr toute lnergie que jai dpens tenter de le rsoudre. Mais durant ma prsidence, beaucoup de rformes ont t menes bien. On a mis en place le systme du crdit-temps, que le gouvernement est en train de dtricoter et quil reconstruira srement ensuite, on a amlior le pacte des gnrations, on a appliqu la norme salariale, on a trouv un accord sur la prsence des syndicats dans les PME, on a relev le salaire minimum, on a obtenu la liaison des allocations sociales au bien-tre, on a imagin des mesures anti-crise qui ont t loues ltranger. Tout cela grce la concertation sociale. Et lon croit quon peut aujourdhui se passer des interlocuteurs sociaux ?

A ltranger, les rformes sont plus rapides Est-ce parce que les syndicats belges sont trop influents ?

Aux Pays-Bas, la FNV, la Fdration nerlandaise du mouvement syndical, a implos. Il ny a plus daction syndicale densemble – le niveau interprofessionnel chez nous – qui sintresse la Scurit sociale, la solidarit entre tous les travailleurs. Les syndicats professionnels ont dsormais le champ libre. Cest du corporatisme. Je suis daccord pour dire que le syndicalisme doit voluer. Mais il ne doit pas devenir ce quil est devenu aux Pays-Bas. Chez nos voisins, le gouvernement et les employeurs ne savent plus qui parler. Ils sont perdus. Mais bon, le courant de pense nolibral est pour le moment au sommet de la vague. On a dj connu cela. Dans les annes 70 aprs la crise ptrolire, puis dans les annes 80 avec Reagan, puis en 1993 avec le Plan global, et en 2005, avec le Pacte des gnrations. Cest tous les dix ans que cela vient. On est dans une nouvelle vague. Il y a beaucoup de partis libraux. Ou beaucoup de libraux dans les partis.

Comment expliquez-vous quen Flandre, le taux de syndicalisme soit toujours lun des plus levs au monde alors que les partis hostiles aux thses syndicales (Vlaams Belang, Open VLD, N-VA) rcoltent autant de voix ?

LOpen VLD nest pas vraiment hostile aux syndicats. Il est pragmatique. Et les gens ont vot pour la N-VA sans vraiment connatre son programme socio-conomique. La N-VA a fait son succs grce une ide simpliste : celle de croire quen dressant un mur entre la Flandre et la Wallonie, cela irait mieux, parce que la Flandre a des moyens. A force dtre martel, le message est pass. Y compris chez nos membres. Mais maintenant le masque est tomb. La N-VA dit que les mesures du gouvernement ne sont pas assez dures. Les gens commencent comprendre. En tout cas, nous, nous ne nous affaiblissons pas. Nous avons encore gagn des membres, un peu en Flandre, et beaucoup Bruxelles et en Wallonie – grce une conomie plus dynamique. Et la relve est l. La CSC compte 280 000 affilis de moins de 25 ans. Les gens sont l. Ils payent leur cotisation. Ce nest pas rien.

Vous dites que le syndicalisme doit voluer. Dans quel sens ?

Le syndicalisme est n lpoque de lindustrialisation. Mais maintenant lconomie est mixte. Les services ont pris une part prpondrante. Le syndicalisme doit mieux en tenir compte. Et puis, les gens ont chang. La socit sest individualise. Les syndicats doivent mieux rpondre aux besoins des affilis, leurs questions.

Quels ont t vos rapports avec la FGTB ? Il y a eu des hauts et des bas, non ?

Nous travaillons bien ensemble. Mais nous sommes des organisations vraiment diffrentes. Dans nos objectifs. Dans la manire de travailler. Dans notre organisation interne. Et ces diffrences se marquent videmment plus dans les moments difficiles. Ce qui a toujours compt dans les actions que nous avons menes, ctait le rsultat au profit des gens. Pas le bnficie que lon pouvait en tirer dans les mdias.

Quest-ce que vous allez faire maintenant que vous accdez la retraite ?

Je garde mes mandats au niveau international, lOIT, la CSI, Solidarit mondiale. Je resterai aussi en contact avec la CSC. Mais je ne serai plus celui qui est l tout le temps, celui quon appelle jour et nuit, durant le week-end, durant les vacances. Mme quand je ntais plus l, jtais encore l. Et jai vcu cela pendant douze ans. Durant ma prsidence, jai vu dfiler 5 prsidents de la FGTB, 5 prsidents de la FEB, 5 ministres de lEmploi, 4 Premiers ministres. Tout le monde a chang. Sauf les prsidents des mutuelles. Et le Roi.

Vous navez pas pens faire de la politique, comme lex-secrtaire gnral de la CSC Josly Piette ?

Entre Josly Piette et moi, il y avait une diffrence : il navait pas promis sa femme quil ne ferait jamais de politique. Moi bien. Jai le sentiment quon peut davantage changer la socit dans un syndicat que dans un parti.


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