REDEVENIR COMBATIF OU
DISPARAITRE


Depuis le début de la législature, le PS se
comporte en béni oui- oui par rapport au gouvernement. A quoi sert le Parti? Il
n’a plus d’autre finalité que d’être le fan club du Premier ministre, Elio Di
Rupo. Il n’a plus d’existence autonome, plus de pensée originale. Tel est le
problème du PS : sa totale identification à un gouvernement, certes dirigé par
l’un des siens, mais qui est tout sauf un gouvernement de gauche. Sa ligne est
centriste, parfois de centre-droit, selon Philippe Moureaux lui-même. Les
convictions socialistes d’Elio Di Rupo ne sont pas en cause : simplement, il
doit composer avec une coalition où les idées social-libérales sont
dominantes.







«

Il faut ignorer les
conditions de vie de nombreux Belges pour affirmer que « grâce au PS » notre
pays échappe à l’austérité.

»

Il est normal que le PS défende son bulletin
gouvernemental. Mais en vantant son « bilan extraordinaire », en comparant les
« années Di Rupo » à une période faste pour la gauche socialiste, le PS prend ses
désirs pour des réalités. Il se place en porte-à-faux par rapport à ses
électeurs. Ces dernières années, la souffrance sociale a fortement augmenté.
Beaucoup de citoyens aux revenus modestes passent à travers le filet de la Sécu.
La pauvreté croît, y compris parmi les travailleurs, les CPAS gèrent de plus en
plus difficilement l’afflux de candidats minimexés, la courbe du chômage fait
tout sauf s’inverser (+2,3% l’an dernier en Wallonie), de nombreux jeunes, sans
revenu ni emploi, retournent vivre chez leurs parents. La semaine dernière, deux
associations de droit au logement ont déploré que Charleroi – la ville que vous
gérez, Monsieur le Président – est en train de « se transformer en fabrique de
SDF ».


Une chose est de rendre hommage à l’habileté –
réelle – d’Elio Di Rupo, qui a empêché que la Belgique sombre dans le chaos
séparatiste. Une autre chose est de nier le réel. « Le PS est le parti qui
protège, celui qui permet à chacun de vivre sans la crainte des lendemains »,
avez-vous affirmé lors de vos voeux de Nouvel An. Hélas, le PS remplit de moins
en moins sa mission protectrice. Il s’interdit de mener, dans le futur, une
politique plus sociale. Et pour cause, les socialistes ont voté à l’unanimité –
sauf la députée Sfia Bouarfa, qui vient de quitter le PS – le Traité budgétaire
européen, figeant pour des décennies les actuelles politiques
d’austérité.







«

A quoi sert le PS? En
tout cas, pas à mobiliser le peuple de gauche, si ce n’est une fois tous
les cinq ans, lors des élections. Le PS néglige sa richesse principale :
ses dizaines de milliers de membres.

»

Il faut ignorer les conditions de vie de
nombreux Belges pour affirmer que « grâce au PS » notre pays échappe à
l’austérité. Celle-ci touche en priorité les victimes des fermetures
d’entreprises, les jeunes à la recherche d’un boulot, les travailleurs pauvres,
exerçant deux jobs à temps partiel pour nouer les deux bouts. Dans un contexte
où l’emploi se raréfie, les contrôles de chômeurs ont été multipliés par trois.
Suite aux décisions gouvernementales, des dizaines de milliers de demandeurs
d’emplois vont perdre leur droit aux allocations. La dégressivité renforcée des
allocations de chômage prépare des drames sociaux. Certains ménages vont perdre
jusqu’à un quart de leurs revenus.

A quoi sert le PS? En tout cas, pas à
mobiliser le peuple de gauche, si ce n’est une fois tous les cinq ans, lors des
élections. Le PS néglige sa richesse principale : ses dizaines de milliers de
membres. Ceux-ci auraient été utiles pour agir, sur le terrain, contre la
volonté de la droite du gouvernement de serrer la ceinture aux chômeurs. Mais
les dirigeants socialistes se sont embourgeoisés. Ils se méfient de la rue. Ils
ont oublié que la plupart des grandes conquêtes sociales – droit de vote,
semaines des 8 heures, congés payés… – ont été obtenues par la mobilisation
populaire. Le suffrage universel a été arraché après une douzaine de grèves
générales, dont trois – en 1893, 1902 et 1913 – à l’appel du POB, l’ancêtre du
PS. Il en va de même du salaire minimum garanti et des congés payés.







«

La mollesse du PS ouvre
une voie pour le PTB. A un peu plus de 100 jours des élections, le ronron
auto-satisfait des socialistes prépare un Waterloo
électoral.

»

La gauche n’a jamais gagné en demandant poliment
des réformes dans des salons feutrés. Sans mobilisations sociales, elle ne
cassera pas la spirale des politiques néolibérales.

La mollesse du PS
ouvre une voie pour le PTB. A un peu plus de 100 jours des élections, le ronron
auto-satisfait des socialistes prépare un Waterloo électoral. L’alternative qui
se pose à la gauche gestionnaire est la suivante : redevenir combative ou
disparaître. Il y a du boulot, Camarades !


Claude DEMELENNE (*)


(*) Ancien collaborateur de Philippe Moureaux,
le journaliste-essayiste Claude Demelenne est l’auteur de plusieurs ouvrages sur
la gauche. Il a notamment publié le livre sur le 120ème anniversaire du PS, « Le
PS, une exception européenne » (éd.Labor)


** Les exergues sont de la
rédaction.