François Houtart nous a quittés
François Houtart nous a quittés. Le Centre tricontinental, qu’il a fondé en 1976 et dirigé jusqu’en 2004, est en deuil. Douloureusement en deuil. Du tiers-mondisme à l’altermondialisme, de la théologie de la libération à l’écologie de la création, François Houtart aura été et restera à jamais une figure des luttes pour l’émancipation des peuples. Une référence, une voix et un cœur pour des centaines de milliers de personnes à travers le monde, en particulier en Asie, en Afrique et en Amérique latine, des chefs d’État au plus humble des paysans sans terre.
Mieux que la liste sans fin de ses travaux, de ses écrits, de ses interventions, cours et conférences, de ses voyages, de ses titres, prix et reconnaissances, ce sont les qualités de François qui le définissent le mieux. Et d’abord, son obstination, son énergie et sa disponibilité.
Son obstination à prendre systématiquement le parti des dominés, des aliénés, des marginalisés, en mettant inlassablement au jour – scientifiquement et politiquement – les mécanismes de la domination, en les dénonçant et en promouvant des alternatives d’organisation sociale égalitaire et respectueuse de l’environnement.
Son énergie de tous les instants, son infatigable entrain. C’est peu dire qu’il ne ménageait pas ses efforts, qu’il ne comptait pas son temps. Jamais il ne s’est arrêté d’agir, jusqu’à quelques heures avant de s’éteindre, épuisé… pour la première fois.
Sa disponibilité à toute épreuve, son accessibilité permanente. Jamais dérangé, toujours prêt à accueillir, à écouter, à parler, à s’engager dans une nouvelle démarche, dans un nouveau combat pour plus de justice.
François était aussi la conscience – sociologique – de la prégnance des rapports sociaux, des déterminismes sociaux, qui le rendait lucide et humble sur sa propre trajectoire. « Né dans une famille pauvre d’une région reculée d’Inde, du Mali ou du Nicaragua, je n’aurais pas disposé des ressources sociales, culturelles, symboliques qui m’ont ouvert le chemin », osa-t-il au milieu de ses proches lors d’un anniversaire il y a quelques années. Encore fallait-il choisir, comme il l’a fait mieux que quiconque, le chemin de la dénonciation des injustices, de la libération des opprimés.
Bernard Duterme, directeur du CETRI – Centre tricontinental
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