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Roger Romain de Courcelles | Roger ROMAIN – militant communiste belge (PCB) – B6180 COURCELLES

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RoRo-83 12 11 2023.

Caractère odieux de la colonisation sioniste

La colonisation sioniste revêt un caractère très particulier et inédit.

Même si elle a pu s’inspirer – tout au moins à une certaine époque – du colonialisme occidental, elle diffère notablement des colonisations banales de la France, de la Grande Bretagne, de l’Espagne, des Pays-Bas…, colonisations pratiquées d’emblée par la force dans la perspective de s’emparer de richesses d’un nouveau territoire, avec l’intention affichée d’apporter à des peuples « attardés » les « bienfaits » de la civilisation.

La colonisation sioniste est d’abord l’entreprise, non pas d’une nation souveraine, mais d’une communauté dont les membres dispersés à travers le monde – les juifs – ont en commun un héritage d’ordre religieux et culturel. Y figurent la tradition qui veut que certains de leurs ancêtres aient vécu il y a deux millénaires auparavant dans le pays nommé aujourd’hui Palestine, en même temps qu’une donnée précise d’ordre racial.

Il s’agit d’abord et avant tout d’une colonisation de peuplement destinée, à terme, à accaparer en toute propriété le territoire en question, en repoussant progressivement à l’extérieur les populations non-juives pré-existantes. L’expérience, s’étalant maintenant depuis plus d’un siècle, montre que cette colonisation commencée adroitement mais pacifiquement – suivant le plan élaboré par ses premiers initiateurs – est montée ensuite en puissance d’agressivité jusqu’à nos jours – surtout depuis la création de l’État d’Israël – en usant de la force comme le firent les colonialismes occidentaux.

L’Organisation sioniste mondiale, dont le siège est à Londres, est à la base de cette entreprise de colonisation dont le rôle est de susciter, de diriger et de coordonner les actions de toutes les communautés sionistes (Yichouv) de par le monde. Le Yichouv juif de Palestine, dont le président sera longtemps Ben Gourion, aura bien entendu le rôle primordial.

On peut reconnaître trois périodes à la colonisation sioniste de la Palestine :

1 – de la fin du XIXème siècle (1880) à la guerre de 1914-1918,
2 – de 1922 à 1947 – sous le Mandat britannique,
3 – de 1947 à nos jours – avec l’État d’Israël.

Avant la guerre de 1914-1918
Les colons qui arrivent en deux vagues successives sont surtout des juifs jeunes venant de l’Europe de l’Est sous l’inspiration de divers mouvements sionistes, notamment du mouvement travailliste (socialiste).

Pour tous, non-croyants comme croyants, politiquement de « gauche » ou de « droite », la défense et la récupération de la Palestine est le ciment de leurs communautés.

Nombre d’entre eux adoptent un mode vie égalitaire et communautaire consacré surtout au travail manuel dans l’agriculture.

Le peuple arabe est l’adversaire commun à vaincre, autant que possible « sans faire de vagues », notamment par l’achat de ses terres grâce à l’argent provenant des communautés juives du monde entier.

Les colons sont puissamment aidés par le « Fonds national juif », organisme créé en 1901, dont la vocation est d’acquérir les terres, lesquelles par la suite ne peuvent être ni revendues, ni même louées à des non-juifs. Une loi viendra plus tard – en 1953 – institutionnaliser ce qui n’était jusqu’alors qu’une condition nécessaire pour obtenir un prêt du Fonds National juif. Désormais, toute aliénation à un non-juif d’une « Terre d’Israël », est déclarée illégale.

De 1922 à 1947, sous le mandat britannique
Ces colons viennent surtout de Pologne puis, à partir de 1933, de l’Allemagne nazie.

Dans un premier temps, les Britanniques favorisent la colonisation juive en Palestine pour suivre la déclaration de leur ministre Balfour qui, en 1917, avait prévu de favoriser l’établissement d’ « un foyer national juif » en Palestine.

Quelques données chiffrées illustrent l’évolution démographique de cette période :
– de 1922 à 1946 : le nombre des juifs vivant en Palestine passe de 84 000 (1/10 de la population) à 608 000 (1/3 de la population),
– de 1897 à 1947 la superficie possédée par les juifs passe de 20 000 hectares à 608 000 hectares soit 7% des terres) ; le nombre des colonies passe pendant la même période de 27 à 300,
– de 1920 à 1937, la production industrielle de la Palestine, essentiellement du fait des juifs, passe de l’indice 100 à 1029 ; tandis qu’à la fin de cette période le revenu moyen de ces derniers atteint alors le double du revenu moyen arabe.

Seule la résistance des Arabes de Palestine limite quelque peu cette gigantesque expansion

Les Arabes se révoltent de 1921 à 1929 d’abord, puis de 1936 à 1939. Comme nous l’avons vu précédemment, l’armée britannique, aidée des forces armées juives clandestines et des groupes terroristes armés par elle, mate violemment la révolte au prix d’un grand nombre de victimes arabes.

Les Britanniques veulent alors limiter l’immigration juive
Le « Livre blanc » de 1939 prévoit ainsi :
– de limiter cette immigration à 75 000 personnes en 5 ans,
– de restreindre l’achat de terres par les Juifs,
– d’amener dans les dix ans la Palestine à l’indépendance avec au maximum 1/3 de Juifs. Ceci, en renonçant au foyer juif autonome prévu par le ministre Balfour en 1917.

Comme nous l’avons vu aussi dans un chapitre précédent, ces objectifs furent rejetés par les deux parties :

– par les Arabes parce que la proclamation de leur indépendance état remise sine die,
– par les Juifs pour des raisons opposées.

Depuis 1947 et la création de l’État d’Israël
Le nombre de juifs qui, en 1948, était de l’ordre de 600 000 environ a été multiplié depuis par plus de 8.

Cette spectaculaire expansion démographique a été permise principalement :
– par l’immigration des juifs des autres pays encouragée par l’État israélien avec l’aide des diverses communautés juives de ces pays,
– par la loi dite « du retour » qui accorde systématiquement aux juifs la citoyenneté israélienne et l’aide à leur établissement dans le pays,
– par l’usage de la force intervenant sur l’ensemble des territoires occupés. Cette force de contrainte sur les populations arabes est multiforme et parfaitement organisée : en dehors des militaires et des policiers, les colons et nombre de religieux sont armés en permanence,
– par les lois dites « d’urgence » qui permettent la confiscation de terres appartenant aux Arabes (actuellement ils ne possèdent plus que 10% de leur propriété foncière d’avant 1948),
– par l’afflux massif de capitaux en provenance des communautés juives de l’Occident, capitaux qui permettent notamment de subventionner les colons lesquels ne payent que 5% de la valeur des terrains acquis aux Arabes.

Dans les années 70, les immigrés sont majoritairement des Juifs d’Afrique et d’Asie.
Dans les années 80, la nouvelle vague provient avant tout d’URSS.

Après entente avec le Président Mikhaïl Gorbatchev, et moyennant des sommes d’argent considérables, elle est faite en majorité de gens d’un niveau professionnel élevé (ingénieurs, chercheurs, professeurs d’Université, médecins…),

Les juifs d’Éthiopie (les Falashas, très pauvres) sont, quant à eux, ramenés à l’occasion d’une terrible famine après que les dirigeants israéliens se soient imposés près des autorités éthiopiennes pour la mise en oeuvre de leur entreprise. Triés parmi les populations affamées, ils sont transportés par avion en Israël.

La valeur des terres et des biens perdus par les Arabes au profit des juifs par le processus de colonisation a donné lieu à bien des estimations… Citons celle de la commission tripartite (anglo-franco-turque) concernant simplement le bilan de la guerre de 1947-1948.

Selon ses conclusions, les biens abandonnés par les Palestiniens devaient être estimés à 1 124 000 000 livres sterling (ce qui représente aujourd’hui plusieurs centaines de milliards de dollars).

Pour Dominique Vidal, journaliste au Monde, avec cette colonisation, « la somme qui a été volée est phénoménale. Les Israéliens se sont emparés de trois cent mille hectares, ce qui est considérable compte tenu de la superficie du territoire, de milliers de chambres d’habitation, de magasins, d’ateliers.»

Depuis la création de l’État d’Israël, la colonisation des territoires occupés a toujours été une priorité des différents gouvernements israéliens « de gauche » ou « de droite » au mépris le plus total de la 4e Convention de Genève de 1949 qui stipule dans son article 49 que : « La Puissance occupante ne pourra procéder au transfert d’une partie de sa propre population civile dans le territoire occupé par elle ».

Les prétextes sont multiples pour exproprier, avec l’aide de l’armée, de la police, des forces religieuses juives, les terres des Arabes au profit des colons juifs, d’autant plus que la jurisprudence rabbinique favorise systématiquement le juif dans les conflits avec les non-juifs. Le nombre des colonies et leur étendue n’ont ainsi jamais cessé de s’accroître dans la perspective commune à tous les juifs sionistes : la récupération de l’ensemble des territoires de l’ex-Palestine et la création de Eretz Israël.

Colonisation brutale ou rampante : la tactique a pu changer en fonction notamment du contexte international mais la stratégie : avancer, réduire le rythme (ou faire semblant de le réduire ici pour occulter ce qui se passe là), jamais reculer… est restée parfaitement immuable avec les années. Lorsque la communauté internationale a d’autres préoccupations urgentes, telles la guerre du Golfe ou celle de Yougoslavie, les implantations juives s’accélèrent particulièrement.

Comme le dit très simplement un rabbin opposé au « processus de paix » il s’agit de « créer une situation sur le terrain qui rende impossible tout règlement du conflit ». « Chaque nouvelle colline conquise fait progresser la nation. Ce n’est pas le gouvernement qui nous fait venir ici, ce sont la Torah et nos rabbins ». dit aussi Boaz Melet, un de ses coreligionnaires.« Nous sommes là pour récupérer des terres appartenant à Israël » rétorque un autre.

Le Général Sharon a aussi le mérite de la franchise.« Si nous étions dix millions de juifs en Israël, nous n’aurions plus de problèmes » affirme-t-il, en faisant un appel pressant aux juifs du monde entier pour les engager à venir en Israël.

Tout un arsenal juridique inventé et adapté au but poursuivi (parfaitement décrit dans le rapport d’Amnesty International de décembre 1999), les références au Talmud, les prétextes les plus divers tels que la présence des ancêtres deux mille ans auparavant, ou les nécessités stratégiques… sont toujours utilisés au service des expulsions, des expropriations de terres, des destructions par le feu ou les bulldozers des maisons palestiniennes indésirables.

C’est ainsi qu’en 1999, 40% de la bande de Gaza et 73% de la Cisjordanie (contre 41% en 1984) sont aux mains des juifs..

Certaines tactiques et astuces de colonisation nous sont maintenant bien connues grâce aux archives israéliennes. L’une d’elles est parfaitement décrite par le général Moshe Dayan, un des principaux chefs militaires d’Israël et ministre de la Défense d’avant 1967.

À propos des affrontements frontaliers entre la Syrie et Israël, affrontements qui officiellement étaient causés par la Syrie, Dayan dit ceci : « Pour au moins 80 % des affrontements, cela se passait de la manière suivante : on envoyait un tracteur labourer une parcelle, là où il était impossible de rien faire, dans la zone démilitarisée. Si les Syriens ne tiraient pas, on disait au tracteur d’aller plus loin, jusqu’au moment ou perdant patience ils tiraient. Alors nous utilisions l’artillerie et ensuite les forces aériennes. C’est ainsi que cela se passait ».

De son côté le général Mattiyahou Peled affirme que « plus de 50 % des incidents frontaliers avec la Syrie avant la guerre des six jours étaient le résultat de notre politique de colonisation dans la zone démilitarisée. »

Par ailleurs, le professeur Israël Shabak écrit aussi dans « Le racisme de l’État d’ Israël « :« Pour convaincre qu’avant Israël, la Palestine était un « désert », des centaines de villages ont été rasés au bulldozer avec leurs maisons, leurs clôtures, leurs cimetières et leurs tombes » .

Actuellement dans les territoires occupés, il y a, répartis dans environ 150 colonies :
– 200 000 juifs en Cisjordanie,
– 180 000 à Jérusalem-Est,
– 6 500 à Gaza.

Comme l’affirmait en 1995 l’organisation israélienne des droits de l’homme B’Tselem : « Depuis vingt cinq ans, Israël viole la loi internationale et les principes fondamentaux de la démocratie pour réaliser à Jérusalem ses objectifs politiques : préserver la primauté démographique de la population juive ».

Ainsi, chaque jour qui passe, la Palestine des Arabes, rongée kilomètre après kilomètre carré par une colonisation silencieuse et inexorable, se rétrécit. Edward W. Saïd (professeur de littérature à l’Université de Columbia – E. U.), à l’occasion d’un voyage en Cisjordanie, note, par exemple, que : « presque toutes les voies, toutes les voies de contournement et tous les petits villages où nous sommes passés ont été le théâtre d’une tragédie quotidienne : terre confisquée, champs saccagés, arbres et plantes déracinés, moissons arrachées, maisons détruites » exactions contre lesquelles les propriétaires sont totalement impuissants.»

Trois institutions financées par les juifs du monde entier contribuent puissamment à cette colonisation sioniste :
– l’Organisation juive mondiale, agence chargée d’aider concrètement les immigrants à s’installer en Israël,
– le Keren Hayessod qui collecte des fonds dans la diaspora,
– le Fonds national juif chargé de l’achat et de la mise en valeur des terres.

La colonisation israélienne qui porte sur tous les domaines (politique, économique, culturel…) n’avait manifestement pas été prévue par les pionniers du sionisme lesquels, malgré leurs erreurs, étaient profondément marqués par l’idéalisme, le pacifisme et le socialisme. Par l’impérialisme dont elle témoigne, elle est sans nul doute la plus maléfique des temps modernes sur les populations asservies. Assimilée à un « crime de guerre » par la Cour Pénale Internationale depuis le 20 juillet 1998, elle n’en continue pas moins d’avancer en toute impunité. Néanmoins, comme l’écrit fort justement Danny Rabinowitz dans Haaretz (du 7/11/00) : « Les régimes coloniaux restent intacts tant que les autochtones acceptent passivement leur situation. Mais, quand l’obéissance silencieuse est remplacée par la soif de liberté, le pouvoir de l’empire colonial s’évapore simplement – comme un rêve au moment où vous ouvrez les yeux ».

André Gaillard


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