Rien. Sur les élections européennes.

8 Mai 2024 , Rédigé par Réveil Communiste .

Les élections européennes, parlons-en, mais le mieux serait quand même de parler d’autre chose.

Les organisations politiques dans les pseudo-démocraties de marché consacrent la presque totalité de leurs ressources, de leur temps de passage dans les médias, de l’énergie et du temps de leurs militants à la préparation des élections – et le peu qui reste à leurs congrès -et le font même celles qui tentaient autrefois d’agir sur le terrain en dehors des périodes électorales, comme le PCF avec son réseau autrefois étendu de cellules dans les quartiers, les territoires et les entreprises et ses campagnes de masse sur les thèmes populaires, et qui n’offrent plus guère aujourd’hui d’autres perspectives d’action qu’aller déposer un bulletin dans l’urne.

Le PCF ainsi va considérer que si jamais il fait 5 % il aura obtenu un grand succès, et sans craindre le ridicule ose même le proclamer comme un but en soi.

Ce faisant les militants lorsqu’ils deviennent assesseurs dans les bureaux de vote acquièrent une sorte de confraternité avec les militants des autres partis et des partis de droite en participant au rituel commun – et plus encore lorsqu’ils sont élus à ne pas faire grand chose dans les multiples assemblées qui ont proliféré avec la décentralisation.

D’où leur horreur de voir Raphaël Glucksmann expulsé – par la JC de la Loire – d’une manifestation du Premier Mai, où il n’avait rien à faire.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Rapha%C3%ABl_Glucksmann .

Il est vrai que la non-participation aux élections lorsqu’elles existent semble être la garantie de la marginalisation politique, maoïstes et anarchistes n’ont jamais réussi à percer en s’étant privés a priori de ce ressort.

D’où l’idée qui remonte d’ailleurs carrément à Lénine qu’il faut être présent à toutes les élections, et les élections européennes ne faisant pas exception.

il y a pourtant de bons arguments pour mettre celle-ci à part. Les élections sont le principal facteur de légitimation des régimes politiques, et participer aux élections européennes légitime forcément le projet d’un super-État européen. D’un autre coté voter pour une chambre qui est le parlement d’un pays qui n’existe pas et dont la seule fonction semble être de se rémunérer elle-même, de s’ingérer dans les affaires intérieures de pays d’autres continents et de voter des résolutions anticommunistes et pro-impérialistes et qui à par ça n’a aucun pouvoir réel ne va pas de soi non plus.

Mais récemment cet argument a perdu de sa pertinence :

depuis la guerre ouverte en Ukraine, le mouvement sournois vers un État européen supranational s’est accéléré à Bruxelles, qui revendique un rôle autonome dans la défense et la politique étrangère, et même la répression interne, et historiquement il est vrai que les nouvelles nations se construisent contre leurs ennemis extérieurs, en l’occurrence contre la Russie et l’islam, et donc l’idée qu’il est inutile de voter pour un parlement factice dépourvu de pouvoir, dans une structure factice, s’est affaiblie aussi, malheureusement. Peut être faudrait il envoyer davantage de porte-voix de l’anti-impérialisme à Bruxelles, les quelques députés irlandais issus du Sin Fein qui sont dans ce rôle y sont bien seuls. Mais qui ? Lutte Ouvrière ? Pas grand monde en effet au rendez-vous.

Il n’en reste pas moins qu’aucun succès politique n’est envisageable en participant à ces élections, car les corps électoraux des 27 pays d’Europe sont dissemblables, n’évoluent pas au même rythme, ne sont pas structurés sur les mêmes clivages, sont trop divers et encore complètement séparés, sans langage commun, à part la graduelle montée en puissance des xénophobes de droite et des communautaristes de gauche partout, pour des raisons bien compréhensibles : les premiers paraissent peu ou prou comme les seules forces qui s’opposent à ce projet, et cela à peu de frais vu le peu d’action réelle qu’elles mènent à son encontre et les seconds sont en phase avec l’idéologie mondialiste sociétale qui fait croitre et multiplier les mêmes ahuris roses, verts ou arc-en-ciel dans toutes les universités de l’Occident.

Donc pour le moment le moins on y participe, le moins de gens y votent, le mieux ça vaut, et pour ça je soupçonne qu’il faut que le moins on en parle aussi.

Cela dit depuis qu’elles existent, ces élections ont été utilisées comme un sorte de grand sondage d’opinion, surtout les années où il n’y a pas d’autres élections politiques au programme ; ce qui est le signe de la gravité du fétichisme électoral chez nos militants – Marx n’aurait pas dit ça plus gentiment. On dirait vraiment une addiction.

Elles servent aussi à prétendre à des ressources , et combattre l’Europe en étant subventionnée par elle, ça pose problème. Les atermoiments et le grand écart entre la théorie et la pratique du KKE, du PC grec qui depuis sa tour d’ivoire usurpe sa réputation de stalinien plus pur et dur tu meurs s’expliquent par là. 

« Note de RoRo : évidemment, c’  est une maladie récurrente et de drogués pour certains de ne pas savoir écrire un article sans accuser Staline, et les « staliniens » (sic). Cela passe partout, mais se soigne, comme le reste des autres maladies, … ».

Si il existait une liste d’union pour le Frexit ou au moins contestant frontalement des politiques européennes bien déterminées, on pourrait envisager de voter pour elle, si elle n’est pas trop confidentielle, mais les listes qui se multiplient donnent davantage l’impression d’éviter la question européenne que de l’affronter. En Allemagne il faudrait voter sans hésiter pour Sarah Wagenknecht, mais nous ne sommes pas en Allemagne.

Asselineau certes ambitionne de devenir le Farage français, mais ne semble même pas vouloir faire l’unité de son propre camp des souverainistes de droite.

Alors que faire ? et bien rien !

On dira « boycott », mais plus exactement, abstention, car un boycott ce n’est pas de ne pas voter, mais d’empêcher les autres de le faire, et c’est pas du tout dans nos moyens, et le résultat est problématique, car outre le fait qu’il n’est guerre possible de revendiquer les abstentionnistes en bloc dont les raisons sont multiples et affectent toutes les tendances – on ne peut que s’en réjouir sans doute, mais pas bâtir dessus – il est à craindre qu’une campagne audible de « boycott » n’obtienne pas de résultat visible et suscite plutôt le retour d’électeurs qui ne veulent pas y être assimilés et tout simplement crée un intérêt nouveau pour la chose dont pour le moment les gens de la rue se moquent éperdument.

Le vote blanc non plus, parce qu’il n’est pas lisible dans les résultats. Seul le résultat de la participation, vote blancs et nuls compris est largement commenté. Votez blanc à une élection européenne c’est en valider gratuitement le principe.

Reste la volonté de récompenser ou de punir telle ou telle liste pour laquelle on aurait pu voter, le PCF ou LFI, où il n’y pour le moment pas un seul pour racheter l’autre, et pour des raisons de politique internationales (lâches précautions verbales sur Gaza, soutien à l’OTAN en Ukraine, dénonciation du pseudo génocide ouïghour, campagne instrumentalisée contre l’Iran …). Mais à peine a-t-on fait la connaissance de Rima Hassan que la voilà qu’elle donne dans le panneau antichinois.

Tout cela est très faible et de très peu de sens politique.

Il faut construire une organisation de masse anti-européenne et anti-impérialiste, contre la guerre et la liquidation de l’industrie, pour la classe ouvrière, qui n’existe pas pour le moment en France, et à part ça pas de salut.

Bref, les élections européennes il ne faut pas y voter, et guère en attendre, et encore moins en parler, telle est mon opinion, et je la partage.

GQ 8 mai 2024.


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