Quand des soldats de TSAHAL -l’armée sioniste d’invasion et d’occupation- commencent à avoir des remords de massacrer, détruire, commettre des crimes de guerre depuis des mois dans le GHETTO DE GAZA -créé depuis 2006-, ils désertent, parlent, dénoncent enfin leur gouvernement fasciste,…
(Article paru dans le journal « LE SOIR » du 16 07 2024
Yuval Green : « A Gaza, les soldats israéliens veulent se venger, donc ils détruisent »
Réserviste dans une unité de parachutistes de l’armée israélienne, Yuval Green a servi à Gaza entre décembre et janvier, avant de déserter. Article réservé aux abonnés
« Le plus dur pour moi, ça a été de voir l’étendue des destructions, et d’y participer », confie Yuval Green. – Photo News.
Entretien –
Par Cécile Lemoine
Publié le 16/07/2024 à 19:02 Temps de lecture: 5 min
Correspondante à Jérusalem
Convaincu que la violence et la destruction ne ramèneront ni les otages, ni la paix, Yuval Green, un étudiant en médecine de 26 ans, explique son choix d’avoir déserté l’armée israélienne après avoir servi cinquante jours à Gaza.
Avec une quarantaine d’autres réservistes israéliens, vous êtes signataire de la première lettre de refus de servir depuis le début de la guerre à Gaza. Qu’est-ce qui a motivé votre démarche, assez inhabituelle en Israël ?
Il y a plusieurs niveaux dans ce choix. Tout, à Gaza, est difficile. Mon unité était basée à Khan Younis et était chargée d’entrer dans les maisons pour trouver des tunnels et les démolir. Le plus dur pour moi, ça a été de voir l’étendue des destructions, et d’y participer. On arrivait dans des quartiers tout à fait normaux et on cassait tout. La plupart du temps, c’était pour des besoins militaires. Il y avait ces belles plantations d’oliviers qu’on a dû couper pour éviter que le Hamas ne s’en serve pour s’y cacher et nous viser, il y avait ces maisons magnifiques dans lesquelles on trouvait des tunnels…
Le problème, c’est que parfois, les destructions se font dans un esprit de revanche. Les soldats sont en colère, donc ils détruisent. Les justifications militaires se mélangent facilement au désir de revanche. La limite est très floue. J’essayais de protester. Les graffitis étaient monnaie courante. Les soldats en faisaient tout le temps, sur tous les murs. Beaucoup de pillages aussi. Ils prenaient des petits « souvenirs »… J’essayais de convaincre mes amis que rien de tout cela n’était bien. Il y a eu de grosses disputes.
Un jour, notre commandant nous a demandé de brûler la maison dans laquelle nous étions restés quelques jours. Je lui ai demandé pourquoi. Il m’a dit que c’était pour éviter de laisser notre équipement militaire, et pour éviter que l’ennemi comprenne nos tactiques de combats. Ça n’avait pas de sens. On n’avait rien à cacher à part un poste d’observation à une fenêtre. J’ai dit que s’ils brûlaient la maison, je partirais. Ils ont brûlé la maison, et je ne suis pas rentré de ma permission suivante. C’était cinq jours avant la démobilisation de notre unité.
Aviez-vous des doutes sur le fait de servir dans l’armée avant le 7 octobre 2023 ?
J’ai grandi dans un environnement plutôt de gauche. La colonisation a toujours été un problème, mais en me penchant un peu plus sur le sujet ces deux dernières années, j’ai compris les ramifications de l’occupation, la responsabilité israélienne dans la Nakbah. De cette prise de conscience est née une conclusion : la chose la plus juste à faire serait de ne plus servir dans l’armée. J’allais la quitter. J’allais dire à mes amis de la brigade que je ne voulais plus faire partie de tout ça. J’allais leur envoyer une lettre le 8 octobre… Et puis, tout a été bousculé.
Je suis le « medic » de ma brigade. Je ne pouvais pas laisser mes amis seuls. Je les ai rejoints à l’entrepôt militaire. On a récupéré de quoi s’équiper. Tout le matériel était usé, abîmé. On était dans l’enveloppe de Gaza dès le 7 octobre au matin, on aurait pu rejoindre les combats. Pour avoir un vrai impact, il aurait fallu qu’on agisse avant midi. Mais l’armée voulait qu’on le fasse de manière organisée, planifiée… Donc, on n’a pas bougé. Ça a été une des grosses erreurs de cette journée.
Est-ce que votre décision de refuser de servir n’arrive pas trop tard ?
On m’a demandé si j’avais des regrets. Ça n’est pas le cas. A chaque fois, j’ai agi en fonction de ce que je pensais être juste. Ce n’était pas facile. Entrer à Gaza a suscité d’énormes dilemmes moraux chez moi : qu’est-ce qui est bien, qu’est-ce qui ne l’est pas ? Je pense que c’était la bonne décision d’aller avec mes amis, d’être là pour eux. Au début, même si j’avais cette impression que la guerre ne créerait pas une réalité meilleure, je n’en étais pas complètement sûr…
Vous faites partie des rares réservistes à prendre ouvertement la parole pour parler de votre refus, malgré les risques de prison. Pourquoi ?
L’armée a un système bureaucratique un peu aléatoire. Il y a 20 ans, je pense que j’aurais été en prison. Aujourd’hui, ça leur passe au-dessus. Ça pourrait arriver. Mais je pense qu’ils ne le feront pas, parce que ça n’aide pas leur cause : quand les refuzniks vont en prison, ils gagnent juste du soutien.
La guerre doit s’arrêter, et une des manières de le faire, c’est de faire pression sur Israël. On est bloqué, car personne ne veut d’un accord. Or, pour moi, ça a toujours été la solution la plus juste, autant pour les otages que pour les soldats et les Palestiniens de Gaza, dont la vie est devenue un cauchemar à cause de nous, et du Hamas.
On est arrivé à Gaza début décembre, peu après l’échec du premier accord. À partir de là, je me suis dit que ma présence n’avait plus de sens. Je me considère comme un pacifiste relatif. J’estime qu’il faut s’opposer à la guerre. Dans certains cas, la guerre et l’armée sont des outils qu’un pays peut utiliser pour se protéger, mais seulement en dernier recours, après avoir essayé la diplomatie, ou les méthodes qui évitent la mort.
Que répondez-vous aux Israéliens qui critiquent votre décision de quitter l’armée ?
J’essaie d’expliquer les choses d’un point de vue qu’ils peuvent comprendre : je refuse de participer à la guerre d’abord pour sauver les otages. Pour les Israéliens, que des gens soient encore captifs est impensable. Je parle des soldats, qui sont nombreux à mourir à Gaza, alors qu’il faudra des années pour éliminer le Hamas et l’idée qu’il représente si on ne parvient pas à penser une gouvernance qui assure notre sécurité. On dépense tellement d’énergie à perdre beaucoup sans rien gagner, alors que si on continue ainsi, rien ne va changer…
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