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Roger Romain de Courcelles | Roger ROMAIN – militant communiste belge (PCB) – B6180 COURCELLES

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Kanaky, second semestre 2024

Comprendre la révolte en cours
[Entretiens]

paru dans lundi matin, le 21 octobre 2024

Le 13 mai 2024, la Kanaky s’embrase d’un feu qui couvait depuis longtemps. Ce petit archipel, situé presque exactement de l’autre côté du globe par rapport à la métropole et auquel nous sommes lié·e·s malgré l’invraisemblable distance qui nous sépare, se trouve au carrefour des grands enjeux politiques contemporains.

Élément essentiel du contrôle océanique français, deuxième domaine maritime mondial derrière les États-Unis, la Kanaky permet une zone d’influence dans le Pacifique à un moment où les tensions régionales augmentent, notamment sous pression chinoise. La Kanaky recèle aussi d’une richesse minière colossale, la Grande Terre étant composée de tellement de nickel, environ un quart du stock mondial, que celui-ci coule jusque dans la sève des arbres. À l’heure de la transition énergétique, sur fond d’une remontée en puissance des impérialismes, géographie et géologie de la Kanaky pourraient bien s’avérer être une malédiction pour les habitant·e·s.

Quoi qu’il en soit, c’est dans ce contexte que la lutte indépendantiste est brutalement revenue sur le devant de la scène en 2024, réveillant dans la mémoire métropolitaine le souvenir brumeux de ce petit caillou, ce après 36 ans de processus décoloniaux institutionnels initiés par les accords de Matignon de 1988. Faisant suite à plusieurs années d’affrontements extrêmement violents, ce processus prévoyait alors une série de référendums en vue de l’indépendance assortis du gel du corps électoral permettant que les voix indépendantistes ne soient pas écrasées par une immigration venue de métropole. C’est une loi en prévoyant le dégel qui a déclenché cette nouvelle séquence dans laquelle la composition et les stratégies indépendantistes sont remises en question, tant de part le contexte géopolitique que par l’histoire indépendantiste.

La tâche révolutionnaire est en partie devenue une tâche de traduction. Partager et traduire nos perceptions de la réalité, puis les mettre en circulation, […] les ordonner pour qu’ils puissent servir à quiconque voudrait participer activement à la suite des avènements.
Les Peuples Veulent. Octobre 2024.

Emboîtant le pas à cet appel et afin d’y voir plus clair dans les mécaniques et tendances à l’œuvre dans la Kanaky qui se soulève, nous avons initié une série d’entretiens avec des personnes vivant au quotidien à l’intérieur de ce que les médias appellent cyniquement l’actualité. Nous remercions chaleureusement ces personnes et espérons que leurs paroles ici retranscrites prolongeront leurs combats.

La Forteresse Cachée est une initiative visant à recueillir et publier des paroles issues de terrains de luttes ou zones de conflits, premièrement pour les diffuser et les rentre intelligibles mais aussi pour alimenter les réflexions du champs politique révolutionnaire.

Entretien avec Léa – Le 22 juillet 2024, 10h15 en métropole,19h15 à Ouvéa [1]

Je suis née en France, j’étais journaliste. Arrivée il y a plusieurs années en Kanaky [2], j’ai travaillé pour des radios locales et réalisé des portraits radiophoniques, notamment il y a longtemps avec une des personnes qui ensuite, après avoir été arrếté·e·s en Kanaky le 19 juin 2024 [3], ont été incarcéré·e·s en France.

Ce n’est pas que je porte particulièrement en moi les idéaux du mariage mais je suis mariée et je vis dans la tribu de Gossanah [4], dans une famille historiquement très impliquée dans la lutte indépendantiste en Kanaky. Vivant sur des terres coutumières [5] le mariage me donne quelques garanties vis à vis du droit coutumier et notamment en regard de l’accès aux terres.

C’est une communauté d’environ deux mille habitant.e.s, établie proche de la grotte de Gossanah [6]. Depuis Nouméa, la liaison ne se fait que par avion, et en règle générale, il y a un vol par jour. En ce moment, le rythme est plutôt de deux par semaine.

Sur l’aéroport de Nouméa, pour les liaisons hors Kanaky, c’est pareil, le trafic aérien a repris [7] mais est très ralenti. En fait, personne ne veut partir ni venir, car la situation est trop tendue. Les locaux attendent les prochains événements et les touristes choisissent d’autres destinations.

À cause des élections et du fait qu’on a pas encore de gouvernement, mais aussi des JO, la situation est en ce moment un faux calme. Les gens reprennent leurs forces. Mais c’est clair que ça peut péter à nouveau très vite à la moindre décision de merde du gouvernement. La situation est très différentes sur les îles ou à Nouméa. La quasi totalité de la Kanaky est à Nouméa [8], donc ce qu’il s’est passé durant les dernières semaines a été bien plus fort là bas que dans la brousse ou sur les îles. Les quartiers du sud-est de la ville, où habitent les riches et qui sont donc très protégés, ont été les seuls a été très peu touchés, même durant les jours les plus durs.

Sur Ouvéa par exemple, il n’y a qu’une seule route, donc c’est vite bloqué s’il faut. Les gendarmes ont peur des fantômes de la grotte de Gossanah, donc ils ne sortent plus de leur gendarmerie. Déjà d’habitude, ils font de la prévention routière mais pas bien plus. Personne n’a de permis, ni d’assurance de toute façon. En ce moment, sur l’île, il y a une dizaine de barrages avec des banderoles et les gens mobilisés construisent des cases. Ce sont des barrages filtrants, c’est à dire les gens font de l’information, des points de rencontre et d’organisation mais ne bloquent pas. De manière générale, c’est très mixte en âge et les plus vieux tiennent les plus jeunes.

Ce n’est pas le cas à Nouméa. La ville est quadrillée par les gendarmes et les blindés [9] et, dans les quartiers nord plus pauvres, il y a une génération de jeunes, déraciné·e·s sur leurs propres terres. Ils ont grandi en ville, loin des structures Kanaks. Ils sont très révoltés, aussi parce que ils vivent dans la misère. Il existe aussi un très gros problème d’alcool, comme dans beaucoup de colonies, ça détruit des liens et augmente très fortement le niveau de violence. C’est pas uniquement à Nouméa, ça touche aussi les gens dans les îles bien sûr. D’ailleurs au début de la révolte, l’État a coupé l’approvisionnement en alcool [10] et deux personnes dépendantes sont mortes à cause du manque et parce que ils ont bu de l’alcool ménagers. Donc, ces jeunes ne sont pas tenus par la CCAT, il y a une sorte de réseau informel de grands frères qui sont les interlocuteurs de bandes de jeunes très mobiles et motivés. Ça n’a rien a voir avec les grands frères dans les MJC, ici on parle d’une organisation politique informelle et plus ou moins clandestine. Il y a donc dans Nouméa encore des actions et parfois des tirs, tout le monde est armé ici parce que tout le monde chasse. Quand les flics détruisent un barrage au bulldozer, deux heures après des arbres sont abattus au même endroit pour remonter le barrage. Aussi, il y a eu plusieurs incendies d’églises récemment. Mais l’ambiance c’est plutôt des petit groupes qui agissent ponctuellement que des situations d’émeute généralisées comme il y a quelques semaines. De l’autre côté, hier, le mausolée du grand chef Ataï a été profané [11].

Au sujet des personnes qui ont été arrêtées, on peut supposer que quelques dizaines d’entre elles ont été envoyées en métropole. Mais il est aussi possible qu’elles soient dans les prisons de Nouméa ou de Koné qui sont très surveillées, et desquelles peu d’infos sortent. Pour celles dont on est sûrs qu’elles sont en métropole, les 8 du 19 juin, elles sont suivies par l’avocat historique du FLNKS.

Les gens attendent septembre et la rentrée politique pour savoir si il y aura dégel ou non du corps électoral, car les prochaines élections sont en décembre et là ça pourrait péter à nouveau très fort parce que on est à la fin du processus de décolonisation prévu par les accords de Matignon Oudinot [12]. Mais ici personne n’est dupe du fait que la France n’a jamais véritablement voulu lâcher la Nouvelle Calédonie, notamment en raison de l’exploitation du nickel mais aussi de la stratégie indo-pacifique [13]. Le fait que le processus de décolonisation doive passer par des referendums est bien le premier signe de cette réticence. Du coup, en ce moment, il y a des fractures dans le mouvement indépendantiste, avec le FLNKS et la CCAT qui sont parfois accusé·e·s de corruption, ou juste d’être trop vieux et d’avoir des places confortables dans l’organisation. Ça se traduit en oppositions politiques, notamment avec le Parti Travailliste qui lui refuse de négocier quoi que ce soit avec l’État. Et sur le terrain, ces organisations sont déjà un peu dépassées, notamment à Nouméa par ces bandes de jeunes qui se sont senti·e·s lâché·e·s par les politicien·ne·s indépendantistes et qui de fait qui échappent au contrôle de la CCAT. Jamais la CCAT n’avait le pouvoir de mettre un si gros bordel en Kanaky.

Entretien avec Léa – Le 20 août 2024, 10h30 en métropole,
19h30 à Ouvéa

Sur toute la Kanaky, les barrages sont encore en place, notamment pour parler des prisonnièr·e·s politiques, mais aussi du 24 septembre [14] et pour rester mobilisé·e·s tant qu’il n’y a pas de décision sur le dégel du corps électoral. Les barrages se font beaucoup sur les routes transversales, mais coté est il y a toujours aussi beaucoup.

C’est une période étrange. A Nouméa, il y a une dizaine de jours, le climat était atroce, il y a des militaires partout et ça et a un impact très fort sur la vie quotidienne. Tous les hôtels sont réquisitionnés pour les flics et dans la rue il y a des militaires, des blindés, bref, des gens armés partout. L’alcool était toujours interdit à la vente directe, mais autorisé à la consommation dans les bars qui ferment à 20h [15]. Donc les rues sont pleine des gens bourrés très tôt et les bars pleins de militaires chante en karaoké qui chantent Les lacs du Connemara.

La société nouméene blanche est très favorable aux flics et les gens discutent avec eux dans la rue etc. Dans les cafés et dans la rue, le racisme est complètement désinhibé. Les flics ont soutenus les barrages montés par les milices privées blanches. Des rues entières sont repeintes en drapeaux bleu blanc rouge. Dans d’autres quartiers, certaines sont repeintes en drapeau kanak.

A Saint Louis [16], on ne sait pas du tout ce qu’il se passe. Brièvement, c’est un endroit très intéressant. A la fin du XIXe ils étaient autosuffisants, c’est une tribu dans laquelle il y a eu beaucoup d’immigration, des gens d’autres îles, des japonais etc. Aujourd’hui ils ont mauvaise réputation dans la presse, car ils sont situés sur une route qui une fois bloquée, bloque quasiment tout le pays. C’est une tribu ou il y a pas mal de jeunes assez pauvres et déraciné·e·s et ça pourrait ressembler à un quartier populaire en France. C’est aussi un endroit ou les gens se réfugient quand ils ont des problèmes et c’est le quartier ou un gendarme a été tué au début des émeutes [17]. Mais là ce sont les militaires qui ont bloqué la route, avec un mur en parpaings gardé par des blindés.

De l’autre côté de l’île, ce qu’il s’est passé la semaine dernière à Thio, ce n’est pas un événement isolé, il n’y a pas de « reprise des émeutes », ça ne s’est juste pas arrêté. C’est un endroit en grande crise, le centre de santé va fermer, mais aussi le collège. L’alcool était déjà interdit au moment de cette fusillade. La préfecture a voulu rouvrir la vente, mais dans beaucoup d’endroits, les communes l’ont interdite à nouveau dès le lendemain, notamment à Ouvéa ou le soir même il y a eu des bagarres. La CCAT a elle même demandé à ce que la vente d’alcool soit refermée. L’alcool est vu comme un instrument de la colonisation. D’ailleurs, les premiers discours sur les émeutes disaient qu’il ne s’agissait que des jeunes alcoolisé·e·s. A Ouvéa les gens voudraient qu’il n’y ait pas d’alcool du tout. Ici c’est plutôt la culture du Kava comme au Vanuatu. C’est une racine macérée et bue dans une noix de coco. Une boisson assez épaisse, il faut en recracher un dépôt. Ça a un effet un peu comme du cannabis, mais plus doux et ça se consomme beaucoup dans des nakamal, qui sont endroits ou il est par ailleurs interdit de boire de l’alcool.

Thio est une ville bâtie au bord de la mer, mais elle est bloquée par les montagnes qui sont pelées, décapitées, car ici le nickel se trouve dans la couche de surface des montagnes, pour l’extraire il faut donc leur raboter le sommet. Toute la journée, les camions font des allers retours vers les bateaux. A la création d l’usine, Thio devait être une ville plus belle et plus grande que Nouméa, mais le projet n’a pas marché. Les mines étaient sensées être un levier économique de support pour l’indépendance et l’autonomie de la Kanaky. Mais le fric a tout foiré. Beaucoup de gens ont souffert, notamment les engagés sous contrat, beaucoup de migrant·e·s, notamment indonésien·e·s et javanais·e·s, raisons pour laquelle les kanaks ont voulu les inclure aussi dans le processus d’accès à l’indépendance, car eux et elles aussi sont victimes de l’histoire.

Par exemple, la mise en place de « l’usine du Nord », Koniambo Nickel (KNS) [18] au nord de la Kanaky, était une demande des indépendantistes pour opérer un rééquilibrage économique entre la province du Nord, contrôlée par eux, et celle du Sud, contrôlée par les loyalistes, mais elle va bientôt fermer, d’ici deux semaines. Ils devraient réduire la voilure et probablement la fermer en octobre. Les usines en Kanaky sont toutes surendettées et non rentables. Mais elles font vivre une grande partie de la population, c’est le premier employeur privé de l’île. Au sud, les usines sont souvent cramées, car c’est un bon levier de lutte. Notamment l’usine à serpentine [19].

Pour ce qui est du 24 septembre, les blanc·he·s de Nouméa ont vraiment peur mais en fait les autres s’en foutent un peu notamment parce que le congrès du 31 août du FLNKS n’est pas passé et que cette date n’est donc annoncée que par l’UC. Il y aura donc probablement des actions symboliques mais pas bien plus. Pour les blancs c’est la fête de la prise de possession de la Kanaky [20].

Récemment, trois grands chefs, notamment Hippolyte Sinewami-Htamumu [21], ont décidé de le quitter, car eux veulent se rapprocher de structures plus indépendantes. Ici le Sénat coutumier est vu comme quelque chose de positif, mais aussi comme un objet créé par l’État et dans lequel il faut jouer selon ses règles.

Entretien avec Jean-Yves – Le 5 septembre 2024 à 11h en métropole,
20h à Ouvéa

Jean-Yves occupe un poste à l’internat du collège Shéa Tiaou à Ouvéa, il est par ailleurs membre du Parti Travailliste.

Si le plus gros des mobilisations depuis le 13 mai c’était à Nouméa, à Ouvéa aussi les gens se sont mobilisé·e·s. Aujourd’hui, les militant·e·s sont toujours présent·e·s sur les checkpoints, la situation est plus calme, mais au mot d’ordre de retrait du texte sur le dégel du corps électoral s’est ajouté celui de la libération des prisonniers politiques et du retour des déporté·e·s. Par contre, il y a des endroits qui sont méconnaissables et où jusqu’à aujourd’hui ils sont dans la résistance contre les forces de l’ordre, parce que il y a 3500 policiers sur un petit archipel comme ça ! Alors, ils marquent leur présence sur certains points et en particulier le retrait du texte.

Au sujet du nickel [22], la première usine a été ouverte au sud, puis une deuxième s’est ouverte, toujours au sud. L’usine de Kiniambo a ensuite été construite sur la province Nord, dirigée par les indépendantistes pour faire un rééquilibrage avec la province Sud, dirigée par les loyalistes. Aujourd’hui il y a une fermeture progressive, les fours ont été commencé à être arrêtés le 31 août, et 1200 salarié·e·s ont perdu leur travail, ils ont gardé que des cadres pour faire tourner l’usine à froid en attendant un nouvel investisseur. De ce qu’on entend, ça peut être des australiens, des canadiens ou des indonésiens. Mais par rapport à l’indépendance, de ce que j’en pense personnellement le nickel, c’est un facteur de consommation excessive, moi je suis plus écocitoyen, je veux vivre pleinement de la consommation modérée. On a la pêche, les forêts, c’est ça l’économie existentielle.

Sur l’île d’Ouvéa, on a la chance parce qu il n y a pas de nickel ici. Le nickel est source de problèmes et c’est aussi à cause de lui que la France ne veut lâcher. Moi je me vois dans la même philosophie que Guillaume Vama [23].

Le congrès du FLNKS [24] a été l’occasion de mettre en œuvre l’Union Sacrée. A part deux partis qui rechignent, le PALIKA et l’UPM parce que ils sont pas vraiment alignés aux méthodes de CCAT, que sont des blocages et de la lutte de terrain, mais plus partisans de négociations avec la préfecture, l’État, la diplomatie technocratique et les loyalistes.

L’Union Sacrée c’est l’accord de principe sur l’objectif principal de l’indépendance de la Kanaky. Certains disent qu’il faudra encore quatre ou cinq ans pour ça, pour finaliser les derniers tuilages et mettre en place les institutions et répondre aux questions économiques. Mais il faut qu’il y ait une diversification des activités, que l’on repense le modèle économique. Il est impossible de croire que l’économie du pays de demain ne soit basée que sur le nickel.

La Kanaky recèle de savoirs ancestraux, d’autres richesses comme la pêche, la chasse ou l’agriculture qui ont traversé les générations. Il faut sortir du capitalisme, du profit et des choses importées comme la consommation à outrance. Et il vaut mieux manger des poissons péchés ici que venus d’Alaska.

Beaucoup de la culture importée est superficielle et ne fait pas le bonheur des gens, mais seulement de quelques-un·e·s. L’alcool en est un exemple, un artifice utilisé par le 1er colonisateur pour foutre la merde dans les organisations sociales. L’alcool, dans toutes les histoires de colonisation est utilisé pour acheter les gens mais aussi pour diaboliser les luttes d’émancipation. Il produit violence et dépression. Il fait des dégâts dans toutes les couches de la société.

Le préfet, le haut commissaire, a autorisé à nouveau la vente d alcool il y a deux semaines. A Ouvéa, les gens, et aussi la CCAT, se sont mobilisé·e·s et ont manifesté contre cette décision, car l’alcool ne profite pas à la lutte, mais aux petits copains du préfet qui sont des revendeurs, des cavistes etc… Il faut savoir que les produits qui engendrent le plus de recettes ici c’est l’alcool et le tabac. C’est un cercle vicieux, les gens tombent malades, ce qui nourrit le système de santé occidental, la médecine curative, alors que nous sommes plutôt dans des démarches de prévention et d’usage de plantes médicinales. Il y a des tentatives pour enrayer l’alcoolisation, mais ce n’est pas évident après 150 ans de colonisation. Après… Moi aussi j’aime bien le bon rhum, mais un petit verre et c’est tout !

Il y a des gens qui disent que le pays est au bord de l’effondrement, mais pour qui ? Si on suit la culture des aîné·e·s, on est pas pauvres [25]. La situation du blocage ne me fait pas peur, il faut savoir ce que l’on veut, l’indépendance ou de continuer de dépendre de la France.

Le 24 septembre, c’est la date de prise de possession de la Kanaky par la France. L’annonce de la déclaration d’indépendance est stratégique, pour exiger l’indépendance au niveau du droit international. Pour obtenir l’indépendance, tous les moyens sont bons et le FLNKS fait un travail de lobbying important dans les institutions comme l’ONU [26]. Ça met la pression à l’État colonial, ça lui fait peur. D’ailleurs en ce moment, il y a beaucoup de colons qui vendent leurs maisons et qui partent, c’est des signes encourageants, mais ils ne sont pas obligés de partir, ils doivent juste comprendre le désir d’indépendance. Ce n’est pas au peuple français que les kanaks en veulent, c’est à l’État français à Macron, l’artiste, et à ses marionnettes locales comme Sonia Backès [27]. On a jamais dit qu’on allait mettre dehors les français. Il y a toujours l’envie de faire peuple avec toute la population de Kanaky, toutes les victimes de la colonisation.

Il y a des tensions intergénérationnelles et des incompréhensions entre les jeunes et les plus âgé·e·s du FLNKS. Mais ces incompréhensions sont nées d’un manque de transmission de l’histoire et des structures politiques du pays. D’un manque de formation politique. Le problème depuis la signature des accords il y a 36 ans c’est que la lutte s’est trop institutionnalisée, s’est trop faite dans les institutions des colons et que le terrain a été délaissé. Et c’est ça qui nourrit les tensions. A titre d’exemple, sur les blocages, les plus jeunes ont des fois 11 ans et les plus vieux autour de 35 ans ,alors que dans les institutions politiques, les gens ont 70 balais… C’est un vrai problème, mais c’est sur le terrain qu’il faut le régler. Moi, à 48 ans, je continue d’aller sur les blocages, d’être sur le terrain avec les jeunes ils m’apprécient, il faut les préparer à continuer cette lutte militante, et ça se fait avec des échanges sur les points de mobilisation. Avec des conseils, des discussions, des questions, des explications sur certaines situations. Sur certains points de mobilisation, des responsables ont aussi organisé des activités en lien avec les traditions parce que Kanaky c’est un idéal, mais ce n’est pas juste agiter un drapeau. C’est comme un panier, un contenant, et il faut le remplir avec du contenu. Pas comme à l’école coloniale avec le prof au tableau, mais au même niveau, sur la natte, tous responsables de la lutte menée ensemble. Cette lutte redonne du sens, refait du lien, et le FLNKS a repris de la vitalité depuis le congrès du 31 août. Là il faut tenir, encore deux ou trois ans, mais après il faudra passer la relève à ces jeunes.

Entretien avec Jean-Yves -Le 10 septembre 2024 à 12h15 en métropole,
21h15 à Ouvéa

Au sujet de la visite d’Emmanuel Macron à Ouvéa en 2018 :

En 2018, Emmanuel Macron est élu depuis à peine un an quand il est venu à Ouvéa. C’était l’anniversaire des 30 ans de la prise d’otage de la gendarmerie. Alors de mon avis personnel, il était venu pour tâter le terrain et pour nous marcher sur la tête. Soi disant pour réconcilier l’État français avec le peuple Kanak et l’île d’Ouvéa. A ce moment, c’était une position minoritaire de s’opposer à sa venue. Mais donc, il est venu un peu avant le 5 mai, juste avant la fin des commémorations. Comme chaque président, il voulait faire un discours sur la stèle des 19 combattants [28] et repartir. Il a peut-être rencontré le 1er magistrat de l’île, ou des notables quelconques, mais les gens de l’île ne peuvent pas vraiment savoir ce qui s’est passé à ce moment-là, ils et elles étaient bloqué·e·s à 4km de là. Tout était bloqué par les gendarmes sur l’île.

D’ailleurs, faudrait demander aux gens ce qu’ils attendaient de cette visite… Mais voilà, c’est le complexe du colonisé, dérouler le tapis rouge au premier homme de l’État français, ils attendaient des petits bonbons, des trucs sur lesquels ils avaient fait des demandes. Mais entre 2018 et aujourd’hui, avec ces gens, on se trouve dans la même pirogue à lutter contre l’État français et il n’y a plus de tensions avec ces gens, ils ont compris que c’était un artiste qui poussait la chansonnette comme on a appris au centre de vacances en étant petits : “Je suis un artiste et je reviens de Paris”.

Les camarades de l’UC ils voyaient une lueur d’espoir, c’était son premier mandat tout ça. Mais soit on réclame l’indépendance et on coupe le cordon ombilical, soit on continue à aller à Paris manger du caviar et du foie gras avec Macron. Voilà, pendant 36 ans la lutte s’est trop faite dans les institutions, maintenant il faut des positions radicales.

Au sujet de la tribu de Saint-Louis :

Et pour Saint-Louis, c’est une tribu particulière qui s’est constituée au fil des années et pour beaucoup autour de la religion catholique, mais la religion a beaucoup moins d’importance maintenant. En fait, avant l’arrivée des colons les tribus n’existaient pas, l’organisation sociale se faisait plus par aire d’influence. C’est les colons qui ont créé des réserves [29], et ces réserves sont devenues les tribus. Ça permettait aux colons de mieux contrôler le pouvoir. Saint Louis est composée de gens qui viennent de partout. Le premier Drapeau du FLNKS a été levé
à la conception, plusieurs leaders historiques viennent de là ; Le vieux Pidjot [30] et d’autres leaders charismatiques. Plusieurs événements qui ont marqué la lutte ont eu lieu là-bas. Saint Louis, c’est un environnement ou il est possible de mettre en échec l’État français, la justice, et les forces du désordre colonial. Et aussi, Saint-Louis est placé à un endroit stratégique, sur la route entre Nouméa et Mont-Dore. C’est un peu le village gaulois, si on devait reprendre la métaphore. Aujourd’hui, Saint-Louis est bloquée par les forces de l’ordre avec des blocs de béton et on organise la solidarité, le ravitaillement car là-bas il y a des militant·e·s mais aussi des vieillards, des mamans etc.

En ce moment, depuis le congrès du FLNKS a été rappelé le souhait de lever un peu le pied sur certains points de mobilisation. Les consignes sont plus ou moins suivies en général et la fatigue se fait ressentir. Il y a encore des phases de provocations, mais la tension est moins forte. À Saint-Louis, les institutions coutumières essayent, avec l’appareil colonial d’aller vers l’apaisement mais un leader d’un groupe de jeunes a été tué [31] il y a quelques semaines et ça n’aide pas à apaiser la tension.

Le 24 septembre, sur l’île de Maré, les membres de Inaat ne Kanaky [32] vont se rassembler avec certains chefs coutumiers pour déclarer l’indépendance [33]. En tant que militants, les gens restent à l’écoute des ordres mais on est pas à l’abri de désaccords avec les chefs.
Au nord, la CCAT essaye de tenir des regroupements, mais eux veulent obtenir le retrait du texte sur le dégel, pas juste une suspension. Il y a des difficultés à trouver des cadres de discussion entre les chefs, les hauts responsables et les militants de terrain.

Les cadres des institutions ont parfois des intérêts personnels et il faut faire attention à l’aveuglement et à ce que peut faire faire une position dans les institutions à la mode républicaine. Alors, si le texte sur le dégel n’est pas retiré, une position à la CCAT est de demander la démission de tous les chefs indépendantistes qui sont dans les institutions, comme le Congrès et le Sénat. Le problème c’est qu’on a aussi l’impression que de son côté, l’État laisse juste le dossier en suspens.

[1] Ouvéa est un atoll qui fait partie de l’archipel des îles Loyauté, une des trois provinces qui constituent la Nouvelle-Calédonie.

[2] Kanaky est le nom donné à la Nouvelle Calédonie par les indépendantistes depuis les années 1970.

[3] Le 19 juin 2024, 8 personnes sont arrêté·e·s et accusé·e·s d’être des leaders de la CCAT et “commanditaires des émeutes”. Sept autres personnes sont arrêté·e·s le même jour. La gendarmerie a perquisitionné les locaux de l’Union Calédonienne et Gérald Darmanin a accusé la CCAT d’être une “organisation mafieuse”. Pour certain.e.s d’entre elles, les procédures de rapatriement vers les prisons de métropole étaient déjà organisé·e·s au moment des arrestations. Une fois déporté·e·s, les arrêté·e·s ont été incarcéré·e·s dans des taules différentes. En septembre 2024, la majorité des arrété·e·s est toujours détenue en France.

[4] Gossanah est une tribu établie sur l’île d’Ouvéa et fait partie de l’aire coutumière Iaai, dans le district Imone.

[5] La terre coutumière est une catégorie de foncier instituée par la Loi organique du 19 mars 1999. Elle regroupe les terres de réserve affectées à une tribu, les terres de clans et les terres rétrocédées. « Les terres coutumières sont régies par la coutume et par les textes qui régissent ces terres. En conséquence, le droit civil de la propriété ne s’y applique pas. Les terres coutumières répondent à la règle dite « des 4 i », c’est-à-dire qu’elles sont inaliénables, insaisissables, incommutables et incessibles. Autrement dit, elles ne peuvent changer de propriétaire, que ce soit volontairement (vente, échange, donation…) ou par la contrainte (saisie, expropriation, prescription…). En revanche, il est possible de les louer. […] Les premiers terrains reconnus comme relevant du statut coutumier sont les réserves (précédemment dites « réserves indigènes » puis « autochtones ») mises en place au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle dans un objectif de cantonnement des tribus de la Grande Terre. La quasi-totalité des Iles Loyauté a été déclarée réserve autochtone à la fin du XIXe siècle puis l’Ile des Pins au début du XXe siècle. »

→ Pour aller plus loin, consulter les articles à ce sujet sur le site de l’Agence de Développement Rural et d’Aménagement Foncier à un Groupement de Droit Particulier Local.

[6] C’est là que finit la prise d’otage de gendarmes d’Ouvéa le 5 mai 1988. Cette prise d’otage fait suite à l’attaque de la gendarmerie d’Ouvéa par une soixantaine de kanaks entre les deux tours de l’élection présidentielle. L’attaque arrive après plusieurs années d’affrontements entre indépendantistes et loyalistes, incluant des exécutions des dirigeants indépendantistes. S’en suivront les accords de Matignon du 26 juin 1988.

→ Pour aller plus loin concernant la prise d’otage consulter la revue indépendantiste Bwenando ainsi que le rapport de la Ligue des Droits de l’Homme

→ Pour aller plus loin concernant les affrontement précédant la prise d’otages, regarder les documentaires Waan Yaat : un massacre impuni et loi Machoro, itinéraire d’un combattant

[7] L’aéroport de Nouméa est resté fermé aux vols commerciaux à partir du 14, il devait être rouvert le 18 mai, puis le 2 juin pour ne l’être véritablement que le 17 juin. En attendant, les touristes ont décollé à bord d’appareils militaires vers l’Australie et la Nouvelle-Zélande, depuis l’aérodrome de Magenta à Nouméa ou vers la Polynésie sur des vol affrétés par l’armée française. Cela n’a pas empêché Paris de mettre en place un «  pont aérien de rétablissement de l’ordre  » pour envoyer sur place un millier de policiers, gendarmes, CRS, GIGN.

[8] Environ 270 000 personnes habitent en Kanaky, dont plus de 180 000 habitent l’agglomération de Nouméa. Elle est créée en 1854 sous le nom de Port-de-France pour servir de centre administratif et militaire à la colonisation française en Nouvelle-Calédonie. C’est le chef lieu de Nouvelle-Calédonie et de la province Sud, et un bastion anti-indépendantiste qui s’est développé autour du bagne et de l’industrie du nickel.

[9] Gabriel Attal disait le 16 mai en sortant du conseil des ministres : « Notre objectif est clair : rétablir l’ordre. […] Nous allons renforcer le pont aérien de rétablissement de l’ordre pour déployer un millier d’effectifs de sécurité intérieure supplémentaire, en plus des 1700 effectifs qui sont déjà sur place. Concrètement, des forces du GIGN sont arrivées hier soir, venues de Polynésie. Un avion vient d’atterrir en Nouvelle-Calédonie avec 132 effectifs supplémentaires. Un avion est parti hier soir de l’hexagone avec un escadron de gendarmerie mobile et 40 forces du GIGN, soit 116 effectifs supplémentaires », avait-t-il détaillé. « Cet après-midi, un avion décollera de l’hexagone avec deux escadrons de gendarmerie mobile et deux compagnies de CRS, soit 250 effectifs supplémentaires.  »

Six escadrons supplémentaires de gendarmerie mobile seront par ailleurs déployés dans les prochaines heures, via l’aviation militaire et l’aviation civile, « y compris avec des réquisitions » pour organiser ce pont aérien. « C’est un niveau de mobilisation qui est inédit et qui illustre la détermination du gouvernement » . Par ailleurs, une circulaire pénale sera prochainement publiée pour « garantir les sanctions les plus lourdes contre les émeutiers et les pillards.  » a martelé Gabriel Attal.

La gendarmerie communiquait par ailleurs le 4 juin sur son site que : « La gendarmerie de Nouvelle-Calédonie possède le parc blindé le plus important de tous les outre-mer. « Celui-ci devait être renouvelé avec l’envoi de huitvéhicules Centaure lors du troisième trimestre 2024, mais le déploiement a été accéléré en raison des événements », explique le colonel Michael Di Meo, projeté en renfort sur l’archipel.

Au total, ce sont donc 16 véhicules d’intervention polyvalents de la gendarmerie (VIPG) Centaure qui seront déployés afin de renforcer les capacités opérationnelles locales et de poursuivre l’engagement pour le rétablissement de l’ordre républicain.

[10] L’état d’urgence instauré le 16 mai continue de prévaloir, avec les mesures qui l’accompagnent : couvre-feu de 12 heures quotidiennes, interdiction de rassemblement, de transports d’armes et de vente d’alcool, bannissement de l’application TikTok. Suite à cette mesure inédite, la Quadrature du Net, la Ligue des droits de l’Homme et le Mouvement Kanak (organisation de jeunesse kanak) ont saisi le Conseil d’État d’un référé-liberté le 17 mai. Jeudi 23 mai, le Conseil d’État a rendu sa décision et ne suspend pas le blocage, faute d’urgence.

→ Pour aller plus loin, consulter cet entretien avec Noémie Levain, juriste à la Quadrature du Net : https://www.bondyblog.fr/opinions/interview/interdiction-de-tiktok-la-nouvelle-caledonie-sert-de-terrain-dexperimentation/

[11] Ataï est le « grand chef » kanak de Komalé, près de La Foa (une commune dans la Grande Terre). En 1878, il mène l’insurrection kanak contre les colonisateurs français. Après des victoires importantes qui inquiètent l’administration coloniale de la Troisième République, il est tué par un auxiliaire kanak missionné par les colons français.

En 1878, sa tête qui avait été mise à prix 200 Francs est achetée, ainsi que celle de Sandja (Takata, c’est-à-dire sorcier-guérisseur d’Ataï) par Navarre, un médecin de marine. Conservée dans un bocal de formol et montrée à Nouméa, elle est expédiée en métropole en 1878. Elle subissent ensuite toute une série de traitements abjects et n’est se sont retournées en Kanaky qu’en 2014, et inhumées en 2021 à La Foa dans un mémoriel de la réconciliation qui comprend aussi une plaque en mémoire des colons morts pendant l’insurrection de 1878. Le 21 juillet 2024, le site est attaqué, les cranes volés, les cercueils enflammés et la plaque détruite.

[12] Signés le 26 juin 1988 par une délégation indépendantiste menée par Jean-Marie Tjibaou et une délégation anti-indépendantiste dirigée par le député Jacques Lafleur, sous l’égide du gouvernement français de Michel Rocard, à la suite du conflit opposant les loyalistes (favorables au maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la République) et les indépendantistes. Ces accords prévoient une période de développement de dix ans, avec des garanties économiques et institutionnelles pour la communauté kanak, avant que les néo-Calédonien·ne·s puissent se prononcer sur leur indépendance. Ces accords amnistient par la même occasion la prise d’otages d’Ouvéa, interdisant tout procès sur la mort de 4 gendarmes et de 19 indépendantistes kanaks. Les accords de Matignon-Oudinot sont prolongés en 1998 avec les accords de Nouméa qui mettent en place transferts de compétences en Nouvelle-Calédonie par l’État français dans de nombreux domaines à l’exception de ceux de la défense, de la sécurité, de la justice et de la monnaie. Il a la particularité d’être contraignant pour le gouvernement français et institue des transferts de compétences déclarés comme irréversibles pour lesquels tout projet ultérieur de retour en arrière se retrouve ainsi, de fait, conditionné à la fois à un référendum et à une modification constitutionnelle.

À l’issue de cette démarche, trois référendums sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie sont prévus par l’accord en cas de vote négatif pour les deux premiers. Le premier de ces référendums est organisé le 4 novembre 2018, le second le 4 octobre 2020, et le troisième le 12 décembre 2021. Ce dernier référendum fut particulièrement marqué par l’abstention (56%), les indépendantistes ayant appelé au boycott en raison d’un désaccord sur la date du scrutin concernant le Covid. Il s’agit pour les habitant·e·s de déterminer le futur statut institutionnel de l’île. À ces dates, les citoyens néo-calédonien·ene·s et les résident·e·s du territoire ont été appelé·e·s à se prononcer par oui ou par non à la question : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante  ? ».

[13] La possession des anciennes colonies par la France lui permet d’être la première puissance mondiale en terme de superficie d’aire maritime contrôlée. La Nouvelle Calédonie lui permet de disposer d’une aire d’influence importante lui permettant de jouer des coudes avec les grandes puissances.

→ La stratégie indo-pacifique est expliquée, en termes politico-militaires dans la documentation du ministère des armées. https://www.defense.gouv.fr/dgris/enjeux-regionaux/strategie-francaise-indopacifique

[14] Dans son discours d’ouverture du comité directeur du 8 juin, Daniel Goa, porte parole de l’Union Calédonienne, organisation membre de la CCAT, a déclaré que le 24 septembre, jour anniversaire de la prise de possession de la Kanaky par la France, serait déclarée l’indépendance. Alors que les loyalistes paniquaient, l’UC a précisé qu’ils parlaient de 2025.

→ https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/politique/l-union-caledonienne-veut-declarer-l-independance-le-24-septembre-prochain

→ https://la1ere.francetvinfo.fr/nouvellecaledonie/l-onu-et-son-comite-de-decolonisation-interpelles-sur-la-crise-caledonienne-1497182.html

[15] La vente d’alcool dans le grand Nouméa est restée interdite jusqu’au 19 août. La réouverture partielle jusqu’au 8 septembre, du lundi au jeudi de 9 heures à 17 heures, et le vendredi de 9 heures à midi, a été décidée notamment pour permettre aux cavistes et revendeurs de reprendre leur activité. Les bars eux sont ouverts jusqu’à l’heure du couvre feu, 18h jusqu’au 22 juillet, puis 22h. Le relais CCAT Pwêêdi-Wîîmâ du district de Bayes a condamné fermement la réouverture de la vente d’alcool.

[16] Saint-Louis est une commune situé à l’est de Nouméa, sur la route qui mène à Mont-Dore. C’est une tribu très mobilisée.

[17] Entre le 13 mai et le 15 août, onze personne ont été tuées dans les affrontements. Deux sont des gendarmes. Le premier a été tué Plum, à l’est de Nouméa. Un deuxième gendarme mobile a trouvé la mort, « touché par un tir accidentel, déclenché dans des circonstances encore à préciser », écrit la gendarmerie nationale. Ils ont reçu les honneurs militaires et la médaille de la sécurité intérieure des mains de Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur et des Outre-mer et Marie Guévenoux, ministre déléguée chargée des Outre-mer.

[18] Promise dès 1966 par le général de Gaulle, « l’usine du Nord » a été mise dans la balance par les indépendantistes dans le cadre du « préalable minier » de 1997, sans lequel l’accord de Nouméa de 1998 n’aurait jamais été signé. A l’époque, pour les indépendantistes, seule l’activité métallurgique permettrait de parvenir au rééquilibrage entre le Nord rural et indépendantiste et le Sud loyaliste, où se trouve la capitale Nouméa, qui concentrait alors toute l’activité économique.

En Septembre 2023, Glencore International, négociant suisse en matières premières et qui a avalé Xstrata qui a avalé Falconbridge est alors actionnaire à 49 % depuis 2013, annonce arrêter dès février 2024 le financement de « l’usine du Nord ».

→ https://www.usinenouvelle.com/article/le-geant-suisse-glencore-menace-de-ne-plus-financer-l-usine-caledonienne-de-koniambo-nickel-des-fevrier.N2175607

[19] La mine de Kouaoua utilise une, serpentine qui est un tapis roulant de 11 km qui transporte le minerai jusqu’aux bateaux. Celle-ci est régulièrement attaquée lors d’épisodes de luttes et de révoltes.

[20] Historiquement, le 24 septembre est une fête civile locale chômée en Nouvelle-Calédonie pour commémorer la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie par la France le 24 septembre 1853. Cette signification étant une source de réjouissance plus pour les non-indépendantistes que pour les partisans de l’accès à une pleine souveraineté, les autorités et certaines associations (tout particulièrement le « Comité 150 ans après ») ont tenté après l’accord de Nouméa d’en faire une célébration plus consensuelle sous le nom de « Fête de la Citoyenneté », voire de la fixer à une autre date (telle que le 26 juin, en référence du jour de la poignée de main historique entre Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou lors de la signature des accords de Matignon en 1988).

[21] Aux yeux du Nengone qui a présidé le Sénat de 2019 à 2020, « l’institution coutumière fonctionne comme un service du gouvernement ». Son « inaction » est pointée vis-à-vis de la jeunesse, mais aussi « des événements récents. Voilà plus de 20 ans que le Sénat coutumier existe, on fait le même constat tous les ans, et rien ne change ». L’absence de pouvoir décisionnel, mais aussi l’instrumentalisation politique sont en outre dénoncées. « Inaat ne Kanaky nous suit dans la démarche », appuie Hippolyte Sinewami-Htamumu, président de cette organisation aussi dénommée conseil national des grands chefs et instituée en septembre 2022. Cette démission révèle les lourds désaccords entre les deux structures. « Nous sommes dans une logique de réaffirmation et de réappropriation de nos droits coutumiers, ancestraux, et surtout de souveraineté », explique le grand chef de La Roche, qui a en tête la date du 24 septembre pour « la déclaration de souveraineté des chefferies ». Contacté, le Sénat coutumier prépare une réaction.

→ https://www.dnc.nc/hippolyte-sinewami-demissionne-du-senat-coutumier/

[22] À compter de 1895 et avec la fin de la colonisation pénale en 1897, la mise en valeur des ressources minières est rapidement privilégiée par l’État français en Nouvelle-Calédonie. L’exploitation du nickel entraîne de nombreuses vagues d’immigration successives : vietnamienne, japonaise, indonésienne, wallisienne, tahitienne et antillaise. Selon l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques, « la filière mondiale du nickel est aujourd’hui paradoxalement extrêmement fragile. Ainsi, le nickel est considéré comme l’un des métaux de la transition énergétique à l’instar du cuivre et du lithium. Si aujourd’hui le nickel est principalement utilisé dans les alliages et l’acier inoxydables, le secteur des technologies bas-carbone et notamment les batteries prennent une place de plus en plus importante dans les usages de ce métal. […] À l’horizon 2040, on estime que les besoins pourraient augmenter de 75 % passant de 3,6 millions de tonnes aujourd’hui à plus de 6,2 millions de tonnes, avec les technologies bas-carbone représentant plus de 50 % des usages à cette période ».Les prix du nickel se sont écroulés de plus de 45 % en 2023, pour s’établir autour de 19 000 euros la tonne, alors que le coût de production du nickel calédonien est estimé à 22 000 euros la tonne. Malgré une demande croissante au niveau mondial, les prix sont tirés à la baisse par l’essor rapide de l’Indonésie, qui a multiplié sa production par dix en une décennie, grâce au soutien financier de la Chine. Elle a atteint 1,8 million de tonnes en 2023, quand la Nouvelle-Calédonie plafonne à 230 000 tonnes.
→ 
Pour aller plus loin : https://www.iris-france.org/186389-nouvelle-caledonie-et-geopolitique-des-metaux-critiques-vers-une-perturbation-du-marche-du-nickel/

[23] Ce militant écologiste et indépendantiste, âgé de 30 ans, est connu pour avoir développé l’agroforesterie sur l’archipel. Une technique écologique permettant l’autosuffisance alimentaire, détruite par la colonisation. Il est aujourd’hui incarcéré à Bourges (Cher), à 17 000 kilomètres de chez lui. Il fait partie des sept militants indépendantistes kanak mis en examen et exilés en métropole après les révoltes contre le dégel du corps électoral en Nouvelle-Calédonie, qui ont fait une dizaine de morts.

[24] Le 43e congrès du FLNKS s’est ouvert le vendredi 30 août, à Koumac, dans la tribu de Pagou. Un congrès exceptionnel convoqué par le Rassemblement démocratique océanien (RDO), en ce moment chargé d’animer le bureau politique du front indépendantiste. Ce rendez-vous observé de près, vu l’origine et le contexte de la crise en Nouvelle-Calédonie, a eu lieu sans le Palika ni l’UPM.

Sans président depuis 23 ans, le FLNKS a choisi ce week-end là de confier les rênes du mouvement à Christian Tein, le leader de la CCAT, accusé d’avoir orchestré la mobilisation. A l’heure actuelle est à l’isolement à la prison de Mulhouse-Lutterbach (Haut-Rhin) depuis le 23 juin.
« Par la nomination de Christian Tein, le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) acte la reconnaissance de la CCAT en tant qu’outil de mobilisation du Front, et plus seulement de l’Union calédonienne (UC, principal parti indépendantiste, composante du FLNKS) » a expliqué Laurie Humuni, secrétaire générale du RDO.

[25] A titre d’exemple, un article de Ouest-France de novembre 2018 expliquait à propos de la tribu de la famille Tjibaou : « Deux cents personnes vivent ici dans des habitations de fortune. « Ça ne fait que dix ans qu’on a l’électricité », explique Félix Tjibaou, qui vit dans une maison de tôle, bois et ciment. « Avant, il y avait un groupe électrogène pour toute la tribu. Évidemment, on n’avait pas de congélateur. » Aujourd’hui, on se lave encore à l’eau froide, et 70 % des familles sont « autosuffisantes », consommant ce qu’elles cultivent, pêchent ou chassent : igname, manioc, tarot, poulet, cochon, cerf ou poisson… »

[26] Notamment au sein du Comité spécial de la décolonisation : https://www.nouvelle-caledonie.gouv.fr/contenu/telechargement/10908/94991/file/Rapport+Roland+Berger+-+Audit+de+la+d%C3%A9colonisation.pdf

[27] Sonia Backès, née Dos Santos est la petite-fille d’immigrés portugais ayant fui le régime autoritaire de l’Estado Novo dirigé par António de Oliveira Salazar, installés à Nouméa en 1952. Son père est proche des idées de l’anti-indépendantiste néo-calédonien Jacques Lafleur. Elle est présidente du parti loyaliste Les Républicains calédoniens. Elle a ces derniers mois cumulé les sorties racistes et défendu des positions à la limite de l’apartheid, proposant la séparation des provinces indépendantistes et loyalistes.

[28] Stèle dédiée aux 19 indépendantistes kanaks tués par les gendarmes lors de l’assaut de la grotte d’Ouvéa à la suite de la prise de la gendarmerie. Une autre stèle est située dans l’enceinte de la gendarmerie, dédiée aux gendarmes et para tués en 1988. Une réconciliation a eu lieu en 2013 entre les familles d’Ouvéa et les gendarmes.

[29] Le peuplement de la Nouvelle-Calédonie est marqué à partir de 1864 par la colonisation pénale (transportés), puis par l’arrivée entre 1873 et 1876 de 4 200 prisonniers politiques « déportés » après la Commune de Paris et l’insurrection kabyle. De 1864 à 1897, 22 000 personnes seront détenues sur l’archipel. L’instauration de « réserves », délimitant les terres dans lesquelles les indigènes ont été repoussés, généralement les moins arables, entraîne de nombreuses révoltes des populations mélanésiennes, notamment celle menée en 1878 par le grand chef Ataï.

[30] Issu d’une véritable dynastie politique, il est ainsi le neveu de Rock Pidjot, ancien député de la Nouvelle-Calédonie de 1964 à 1986 et premier président de l’Union calédonienne de 1956 à 1985, autonomiste devenu indépendantiste. Son frère, Raphaël Pidjot, sera lui aussi un militant indépendantiste et s’illustrera comme président de la Société minière du Sud Pacifique (SMSP, société fondée pour assurer la participation du Kanak au développement minier du territoire) et qui sera à l’origine du projet d’usine du Nord et de Falconbridge) jusqu’à son décès dans un accident d’hélicoptère en 2000.

[31] Rock Victorin Wamytan est décédé le mercredi 10 juillet 2024, après avoir été touché par balle au Mont-Dore. Il avait été condamné à dix ans de prison après des révoltes qui ont suivi la mort fin 2016 de William Decoiré, jeune habitant de la tribu de Saint-Louis. Rock Victorin Wamytan était le neveu de Roch Wamytan (lui même petit fils de Rock Pidjot), grand chef de la tribu de Saint-Louis, président du Congrès de Kanaky-Nouvelle-Calédonie (l’assemblée du territoire) et dernier président du FLNKS de 1999 à 2001. Il est signataire des Accords de Nouméa de 1998. En mai, il estimait que les dirigeants politiques indépendantistes avaient été « dépassés par la jeunesse » kanak, qui paie un très lourd tribut lors de ces révoltes anticoloniales.

[32] Le conseil des grands chefs présidé par Hippolyte Sinewami-Htamunu. Lors de l’assemblée générale le 13 juillet dernier à Pouebo il disait « Par rapport aux évènements qui sont en cours, il faut rappeler à la jeunesse que nous avons confiance en eux et que, demain, ils porteront le pays. Mais surtout, il ne faut pas toucher à nos infrastructures, comme les écoles et les mairies qui servent à nos populations »

[33] « La déclaration unilatérale de souveraineté des chefferies sur leurs territoires coutumiers » doit être faite le 24 septembre à Gureshaba, La Roche, à Maré par Inaat ne Kanaky. Un dispositif conséquent est annoncé pour convoyer les groupes jusqu’à l’île. L’invitation a été lancée aux huit aires coutumières ainsi qu’aux 60 grandes chefferies.

Cette déclaration s’appuie sur des pratiques ancestrales, mais aussi sur l’article 18 de la loi organique qui indique que « sont régis par la coutume les terres coutumières et les biens qui y sont situés appartenant aux personnes ayant le statut civil coutumier ». En outre, «  les terres coutumières sont inaliénables, incessibles, incommutables et insaisissables ». Ces espaces couvrent près de 504 000 hectares, soit 27 % du territoire de la Nouvelle-Calédonie. A travers cette initiative, selon les protagonistes, il ne s’agit pas de déclarer une indépendance kanak sur ces sols, mais une autonomie de gouvernance des chefferies pour dessiner « des perspectives ». « Une organisation va pouvoir porter des projets qui ne vont pas être forcément financés par l’État » parce que, forts de cette souveraineté aux dires de Inaat ne Kanaky, « nous pourrons demander des fonds ailleurs », souligne Cyprien Kawa, fils de Bergé Kawa, grand chef du district de La Foa. Tous les secteurs sont visés : éducation, santé, économie… La démarche est née de la déception de voir bien peu de recommandations du Sénat coutumier prises en compte par les institutions et les politiques. Cette déclaration a provoqué la panique chez les organisations loyalistes qui ont appelé eux aussi à la mobilisation pour empêcher l’indépendance de la Kanaky.


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