mardi, 24 mai 2005, 11h42
José Damilot, Président national de la CGSP-cheminots: ce n’est pas aux cheminots de payer pour la dette de la SNCB
Nouvelle grève des trains en vue, après celle du 13 mai? En cause: les contrats de gestion que la SNCB doit conclure avec le gouvernement. D’après Damilot, les dernières négociations avec les syndicats ont eu un effet positif. Le bureau national de la CGSP-cheminots se prononce ce mardi 24 mai.
Thierry Warmoes
25-05-2005
José Damilot: «Le gouvernement, avec la complicité tacite de la SNCB, avait transformé les contrats de gestion en un plan d’entreprise.» |
Que reprochiez-vous aux contrats de gestion?
José Damilot. Le gouvernement, avec la complicité tacite de la SNCB, avait transformé ces contrats de gestion en un plan d’entreprise. Or, selon la loi de 1991, le contrat de gestion ne doit faire qu’énumérer les missions de service public à accomplir par la SNCB il s’agit essentiellement de garantir le transport national des voyageurs et de maintenir l’infrastructure ferroviaire en état. Et il doit préciser le montant que l’Etat paiera pour ces services. Or, ici, le gouvernement a voulu profiter du contrat de gestion pour imposer à la SNCB de se préparer à la libéralisation du transport ferroviaire comme si on avait accepté certaines évolutions pas encore décidées.
D’autre part, il a voulu fixer des objectifs budgétaires très stricts. Et pour atteindre l’équilibre budgétaire, on ne voyait pas d’autre élément que de s’en prendre au personnel. Car l’Etat maintient sa subvention au même niveau, tandis qu’il demande plus. Et aucune mesure n’était prévue en ce qui concerne les recettes (les tarifs). Si on avait laissé passer un tel texte, à la fin de l’année, on aurait dû négocier le plan d’entreprise avec un carcan budgétaire.
Vous vous y êtes donc opposé. Qu’avez-vous obtenu?
José Damilot. Tous les dangers ne sont pas écartés, mais si on compare le texte initial à la version actuelle, on peut voir que ce dernier porte dans beaucoup de domaines la griffe syndicale. Nous avons obtenu trois éléments.
Tout d’abord nous avons obtenu que ce ne soit pas la SNCB seule qui fasse des efforts. Le texte actuel parle de l’Etat et de la SNCB. Au moment de discuter le plan d’entreprise, il n’est donc pas exclu et nous nous battrons pour qu’il en soit ainsi que l’intervention de l’Etat soit adaptée.
Ensuite, l’objectif financier de la SNCB est lié à l’objectif d’augmenter de 30% le trafic ferroviaire d’ici 2008. Si l’entreprise n’atteint pas cet objectif ce que je crains ce ne sera pas aux cheminots à payer les recettes manquantes.
Enfin, on ne parle plus d’un équilibre financier en 2008: on dit que la dette ne pourra plus augmenter en 2008. C’est important car si demain il y a une augmentation de la dette qui n’a rien à voir avec les cheminots, ce ne sera pas à eux de payer. Or, ce sont surtout le dossier ABX (il n’est pas sûr qu’on ait déjà ouvert tous les placards), le TGV (déjà 280 millions d’euros de dépassement budgétaire) et la politique de prestige de la SNCB (l’Eurostar Bruxelles-Londres représente un tiers de la perte opérationnelle) qui pèsent sur l’endettement de la SNCB.
De nombreux cheminots quittent la société à 55 ou 57 ans, ou demandent à travailler à temps partiel. Mais ces absences ne sont pas remplacées et la charge de travail augmente pour les autres
José Damilot. En fait, à la SNCB, il ne s’agit pas de prépension, mais de la possibilité de cumuler des interruptions de carrière, et d’ainsi arrêter de travailler plus tôt. Si c’est sans recrutement compensatoire, je ne vais certainement pas mettre la prépension dans mon cahier de revendications. Car elle est une mesure de restructurationet c’est comme si j’acceptais le principe d’une restructuration.
De plus, si on laisse partir des gens, il manque effectivement du personnel. Pointe alors le danger du recours à la sous-traitance. Mais je sais bien qu’individuellement, pour certaines personnes qui sont au bout, pour qui l’évolution de la société pèse trop lourd, c’est une issue. Surtout que c’est sur une base volontaire, ce qui est plus élégant. Mais à l’origine, ça reste la conséquence d’une restructuration.
Le 1er mai 2006, vous prendrez une pension bien méritée, après plus de vingt années à la présidence de la CGSP-cheminots. De quelles qualités votre successeur devra-t-il faire preuve?
José Damilot. Pour bien accomplir cette fonction, il y a deux conditions importantes qui ne vont pas l’une sans l’autre. Un, bien maîtriser les dossiers et venir avec des argumentations solides. Deux, avoir le bon rapport de forces. Un bon dossier sans le rapport de forces ou un bon rapport de forces sans un bon dossier, ça ne vaut rien. Il faut donc créer les conditions pour avoir ces deux armes-là lorsqu’on va négocier.
Il faut aussi pouvoir offrir à l’adversaire certains gages. Il faut qu’il sache que si vous promettez quelque chose, vous le ferez. Que si je dis que l’accord est bon, je me battrai pour qu’il soit accepté. Et que quand je dis qu’il est mauvais, que je déposerai un préavis de grève. Si vous avez cette image, ce respect, voire cette crainte chez votre adversaire, vous pourrez avancer et durer.
Son plus mauvais souvenir: José Damilot. C’était ma seconde année comme président, sous les pouvoirs spéciaux de Martens-Gol. Nous avions un rapport de forces comme nous en avons rarement eu. La grève d’avril 1986 a été la plus suivie des chemins de fer, de tous les services publics d’ailleurs. La cohésion du mouvement était très forte au début. Mais pour des raisons que je n’ai jamais comprises, elle s’est effritée, le mouvement a été en sens divers et a perdu de sa cohésion et de son efficacité. Personne ne peut dire ce qui serait advenu s’il avait maintenu son unité. Son meilleur souvenir: les 36 heures José Damilot. En termes de réalisations, c’est incontestablement les 36 heures par semaine, obtenues en 1996. Les cheminots ont eu 13 jours de congé supplémentaires. Des milliers de jeunes ont été embauchés. Lorsque Karel Vinck a essayé d’y toucher, j’ai dit que s’il faisait ça, nous ne discuterions pas du plan d’entreprise. Or, à l’époque, les 36 heures n’étaient que réglementaires. Nous avons donc exigé qu’elles deviennent statutaires (inscrites dans le statut du personnel, fixé par la loi du 21 mars 1991). En voyant l’exemple de Siemens en Allemagne et la remise en cause des 35 heures en France, nous avons pris conscience qu’il fallait les bétonner. Depuis juin 2004, les 36 heures sont dans le statut, ce qui veut dire qu’on ne peut plus y toucher sans l’accord des syndicats. |
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