mardi, 24 mai 2005, 9h24
Editorial • Solidaire n° 21 du 25 mai 2005
KO ou chaos?
«On risque, demain, d’avoir une presse qui a milité pour le «oui» à 98% et une majorité de gens qui votent «non». Il y a une telle cassure entre l’opinion et les détenteurs de la parole que cela en devient très grave», constate le journaliste français Jean-François Kahn, lui-même pourtant partisan de la Constitution européenne.
David Pestieau
25-05-2005
Car si le «oui» l’emporte en France ce dimanche, ce sera uniquement dû à une machine de propagande à sens unique des puissants du pays. Qui jurent qu’il faut voter «oui» ou ce sera «le chaos». Mais le «non», le «chaos» pourrait bien l’emporter. Pourquoi? Car pour beaucoup de gens en Europe, le chaos est déjà là. Regardez l’Allemagne. Avec une cruelle chasse aux chômeurs, le cap des cinq millions de sans-emploi a été dépassé. Regardez la France, où le gouvernement fait bosser gratuitement les travailleurs le lundi de Pentecôte pour, prétend-il, donner des moyens aux pensionnés et à la Sécu, vidée par les cadeaux offerts aux plus riches. Regardez encore la France, où une étude officielle vient de relever un grand «bond en arrière» pour les salaires. Et révèle que «la place des ménages de salariés ou de chômeurs dans l’échelle des niveaux de vie est comparable à celle qui prévalait au milieu des années 50». Il y a cinquante ans! Au moment où, justement, l’Union européenne voyait le jour.
Ce chaos-là commence à être rejeté partout en Europe. En Allemagne, le chancelier Schröder doit convoquer des élections anticipées car il n’a plus de soutien dans la population. Et là où un vrai débat a lieu, comme en France, les gens relient la politique de leur gouvernement à celle initiée par l’Union européenne du profit d’abord.
Or si le non l’emporte dimanche, cela ouvrira enfin le débat sur cette Constitution européenne partout en Europe. En particulier en Belgique, où le gouvernement l’a courageusementrefusé. Si le non l’emporte en France (et/ou Pays-Bas mercredi prochain), cela signifie que la Constitution, mais aussi les traités précédents qu’il contient, sont rejetées. Qu’un changement de cap est nécessaire.
Dans l’immédiat, les directives anti-sociales doivent être mises à la poubelle,comme celle de Bolkestein ou celle qui veut étendre les heures sup. Mais aussi les directives qui provoquent la privatisation des services publics. Au bac également, l’orientation prise à Lisbonne en 2000 qui veut nous imposer de travailler plus longtemps et que le gouvernement belge veut concrétiser dans les prochaines semaines. Au feu itou, ces lois européennes qui lient nos pays à l’Otan.
Oui à ces conditions, on pourra commencer à sortir du chaos. Et à parler de construire une autre Europe, celle des gens d’abord.
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