mardi, 24 mai 2005, 16h18
Transports en commun wallons (TEC): Participer aux bénéfices pour augmenter les salaires?
«Est-ce qu’ils roulent, aujourd’hui, les bus?» Une question entendue des milliers de fois la semaine dernière au sud du pays. Et c’est vrai qu’il a souvent fallu se débrouiller. Maintenant, la direction propose aux chauffeurs de participer aux bénéfices. Est-ce la solution?
Myriam De Ly
25-05-2005
- Participer aux bénéfices pour augmenter les salaires?
- Quand le directeur bloque les bus
- Solidaire peut convaincre les usagers
Rouleront? Rouleront pas? Si le gouvernement wallon n’augmente pas l’enveloppe des TEC, les discussions pourraient bien encore durer. (Photo Solidaire, Myriam De Ly) – Cliquez sur la photo pour l’agrandir – |
Les chauffeurs du TEC l’ont bien fait comprendre: ils réclament une augmentation de salaire. Histoire de suivre le coût de la vie. Concrètement, ils demandent: une augmentation de 0,25 euro brut de l’heure, un sursalaire de 25 % pour le travail du samedi, une augmentation de la prime pour les allocataires sociaux et un jour de congé supplémentaire par agent à partir de 2006. Au total, cela ferait 2,5 % en plus de l’index et des adaptations barémiques.
Le problème, c’est que le gouvernement wallon refuse toujours d’augmenter l’enveloppe destinée aux TEC. Le 20 mai, après avoir changé de conciliateur, la direction de la Société Régionale Wallonne des Transports, qui chapeaute tous les TEC régionaux, a sorti de son chapeau une proposition de participation aux bénéfices. Une idée avancée par les patrons dans d’autres secteurs de l’économie, comme la métallurgie, par exemple. Réaction unanime des trois syndicats des TEC: pas question qu’une participation aux bénéfices remplace la revendication salariale. Les permanents syndicaux de Charleroi l’ont expliqué à Solidaire.
Claude Poitou, permanent CGSP (FGTB)
«La SRWT est arrivée vendredi avec la proposition de participation aux bénéfices. Pour nous, c’est un plus. Mais, attention, ça ne remplace en rien l’augmentation salariale que nous demandons. Nous sommes très fermes sur ce point. Nous ne pouvons pas accepter la proposition de la SRWT, qui a fixé la marge salariale de négociation à 6 %, y compris les 3,3 % d’index obligatoire et les 1,6 % de dérive barémique. Il ne reste donc que 1,1 % de la masse salariale à négocier, ce qui revient à une augmentation de 0,12 euro brut de l’heure par agent! Pour nous, c’est beaucoup trop peu.»
Roger Maltère, permanent CCSP (CSC)
«En ce qui concerne la participation aux bénéfices, nous trouvons positif que, lorsqu’il y a une augmentation des recettes, il y ait un retour. La direction comptait mettre cet argent dans sa poche, c’est normal que les travailleurs puissent en bénéficier. Mais ça n’a rien à voir avec la convention collective. C’est hors enveloppe convention collective. Au niveau des salaires, nous espérons toujours avoir plus que ce que propose la direction pour le moment.»
Etienne Habay, permanent CGSLB (syndicat libéral)
«Nous ne sommes pas prêts à lâcher la proie pour l’ombre. Ce que propose la direction de la SRWT reste largement insuffisant et cela ne répond pas aux préoccupations du personnel. Au niveau de la CGSLB, nos affiliés demandent une augmentation de 0,25 euro de l’heure en 2 ans. Là, les gens sont déterminés. Ils ont un métier difficile, des salaires inférieurs aux autres secteurs des transports. La participation aux bénéfices, ici, pourrait donner 100 euros brut par an, mais on pourrait aussi avoir une année avec zéro euro.»
Quand le directeur bloque les bus
Mercredi 19 mai. Aucun bus ne sort des dépôts. Cette fois, c’est une décision de la direction des TEC.
Après concertation avec le ministre André Antoine (CdH), l’administrateur général de la SRWT Jean-Claude Phlypo (PS) a fait bloquer, dans la nuit, tous les dépôts de Wallonie. «Ce n’est pas un lock-out, c’est un cas de force majeure: nous ne pouvions plus permettre que les chauffeurs sortent avec les bus, pour des raisons de fiabilité du matériel, mais aussi pour des raisons de sécurité.» (La Nouvelle Gazette, 19 mai). Mais la réalité est bien là: en bloquant, dans la nuit, les dépôts de toute la Wallonie, aucun bus ne pouvait sortir. A La Louvière, les chauffeurs n’ont pas pu rentrer au dépôt: ils se sont retrouvés à la rue, derrière une barrière fermée avec des cadenas, et ils ont tenu une assemblée sur le pavé!
Sur sa lancée, la direction a également menacé de sanctionner, voire de licencier, ceux qui rouleraient au «tarif zéro» ou ne respecteraient pas les horaires. Quant au conciliateur social, il a traité les chauffeurs de bestiaux et a demandé à la police de charger. Des atteintes graves aux droits syndicaux.
Du côté syndical, on ne se laisse pas démonter. Pour Roger Maltère (CSC), «rouler au tarif zéro est une très bonne action, une fameuse arme, qui permet de tenir alors que le patron perd du fric.» La CGSP dénonce fermement le lock-out pratiqué par la direction. Elle a fait constater par huissier que des chauffeurs ont été empêchés de prendre leur service du fait de la direction même. Elle demandera donc leur indemnisation.
Solidaire peut convaincre les usagers
Vous l’avez peut-être vu à la RTBf: les chauffeurs en action ont brandi devant les caméras l’article «fiche de paie» publié dans Solidaire le 18 mai.
Des lecteurs de Charleroi ont utilisé l’article pour gagner des usagers et des professeurs à la cause des chauffeurs.
Georgette: «En attendant le bus, j’entends râler des gens sur les actions de grève. Je sors mon Solidaire, et je leur montre la fiche de salaire. Voilà la raison de leur grève: en fait, ils gagnent très peu, les chauffeurs. Les trois personnes autour de moi étaient bien surprises. Puis le bus arrive, j’explique ma petite conversation au chauffeur, qui en était très content, et je lui laisse mon Solidaire»
Christiane est prof dans une école où il y a eu beaucoup d’absence ces derniers jours. Voici son témoignage.
«- Christiane, crois-tu que les TEC seront encore en grève demain? C’est embêtant pour les élèves!
– Je n’en sais rien mais s’ils n’obtiennent rie
n, ça risque de se bloquer. Tu sais pourquoi ils font grève?
– Non, pas vraiment… Le salaire?
– Exact, c’est une de leurs revendications, mais sais-tu combien gagne un chauffeur?
– Non, aucune idée.
– Je connais un chauffeur qui a 15 ans d’ancienneté, deux enfants et il ne gagne pas 1 200 ¤ net par mois!
– Si peu??? Je comprends, alors surtout avec les horaires difficiles qu’ils ont et l’insécurité
Des conversations de ce genre, j’en ai eu plusieurs dans la même journée et quand on cite les chiffres (salaire mensuel), les gens sont fort étonnés et comprennent mieux la situation.»
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