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Sujet:

[forumrougesvifs] Tr: Point de vue de Diana Johnstone sur le
Kosovo

Date:

Tue, 12 Aug 2008 12:45:05 +0200

De:

Emmanuel Lyasse <elyasse@free.fr>

Répondre à ::

rougesvifs@yahoogroupes.fr

Pour ::

forum@rougesvifs.org

D. Johnstone est l'auteur de l'excellent livre La croisade des fous  
sur la fin de la Yougoslavie, dont j'ai déjà eu l'occasion de parler  
sur ce forum.
EL

LE KOSOVO : UNE COLONIE DE L'OTAN
DANS LE NOUVEL ORDRE MONDIAL
Par Diana Johnstone
18 février 2008
Traduction et adaptation par Jean-Marie Flémal
On se croirait dans le Meilleur des mondes. La machine de propagande  
occidentale a tourné à plein rendement pour célébrer le dernier  
miracle de l'Otan : la transformation du Kosovo serbe en Kosova  
albanais. Par le pouvoir des médias, le fait que les États-Unis se  
soient emparés sans vergogne d'un territoire d'importance stratégique  
qui ne leur appartient pas, pour y installer une base militaire  
gigantesque (Camp Bondsteel), a été transformé en une édifiante  
légende de "libération nationale".
Pour les rares infortunés qui connaissent la vérité - compliquée - sur  
le Kosovo, ce sont les mots d'Aldous Huxley qui semblent convenir le  
mieux : "Tu connaîtras la vérité et la vérité te rendra fou."
À propos du Kosovo, la vérité ressemble à des lettres écrites dans le  
sable au fur et à mesure que le tusnami de la propagande arrive en  
rugissant. La vérité est disponible, par exemple dans l'article  
instructif de George Szamuely publié récemment dans la magazine  
américain Counterpunch. Des fragments de la vérité apparaissent  
parfois dans les grands médias, surtout dans des lettres de lecteurs.  
Mais aussi dénuée d'espoir que soit toute tentative de s'y opposer,  
permettez-moi néanmoins d'examiner une seule goutte de cet  
irrésistible marée de propagande : une chronique signée Roger Cohen,  
intitulée "Un nouvel État en Europe" et publiée le jour de la Saint- 
Valentin dans l'International Herald Tribune.
L'édito de Cohen est assez typique de la façon cavalière dont on  
traite Milosevic, la Russie et les Serbes. Cohen écrit :" Slobodan  
Milosevic, le dictateur disparu, a mis en mouvement la marée  
nationaliste et meurtrière de la Serbie le 24 avril 1987, lorsqu'il  
s'est rendu au Kosovo pour déclarer que 'les ancêtres des Serbes  
seraient humiliés' si les Albanais ethniques obtenaient gain de cause."
Je ne sais pas où Roger Cohen est allé pêcher cette citation, mais on  
ne peut la retrouver dans le discours que Milosevic prononça ce jour- 
là au Kosovo. Et il est certain que Milosevic ne se rendit pas au  
Kosovo pour y tenir de tels propos, mais bien pour consulter les  
officiels de la Ligue communiste locale de la ville de Kosovo Polje au  
sujet des graves problèmes économiques et sociaux qui touchaient la  
province. Outre la pauvreté chronique de la province, le chômage et la  
gestion déplorable des fonds de développement fournis par le reste de  
la Yougoslavie, le principal problème social consistait en l'exode  
permanent d'habitants serbes et monténégrins sous la pression des  
Albanais ethniques. À l'époque, il fut fait état de ce problème dans  
les principaux médias occidentaux.
Par exemple, déjà le 12 juillet 1982, Marvine Howe écrivait dans le  
New York Times que des Serbes quittaient le Kosovo par dizaines de  
milliers en raison de discriminations et d'intimidations de la part  
des Albanais ethniques, qui étaient majoritaires : "Les nationalistes  
(albanais) ont une plate-forme en deux points, affirme Beci Hoti, un  
secrétaire exécutif du parti communiste du Kosovo.D'abord, établir ce  
qu'ils appellent une république albanaise ethniquement pure et,  
ensuite, fusionner avec l'Albanie afin de constituer une Albanie plus  
grande."
Monsieur Hoti, un Albanais, exprimait des inquiétudes à propos des  
pressions politiques forçant des Serbes à quitter le Kosovo. "Ce qui  
importe aujourd'hui, disait-il, c'est d'établir un climat de sécurité  
et de créer la confiance."
Et, sept mois après la visite de Milosevic au Kosovo, David Binder  
rapportait à son tour dans le New York Times (1er novembre 1987) :  
"Les Albanais ethniques au sein du gouvernement (du Kosovo) ont  
manipulé les fonds publics et les réglementations pour reprendre des  
terres appartenant à des Serbes. Des églises orthodoxes slaves ont été  
attaquées et des drapeaux ont été jetés par terre et déchirés. Des  
puits ont été empoisonnés, des récoltes incendiées. Des adolescents  
slaves ont été poignardés et certains jeunes Albanais ethniques ont  
été encouragés par leurs aînés à violer des jeunes filles serbes.
Le but des nationalistes radicaux parmi ces Albanais ethniques,  
déclara l'un deux lors d'une interview, est 'une Albanie ethnique  
comprenant la Macédoine occidentale, le Monténégro méridional, une  
partie de la Serbie méridionale, le Kosovo et l'Albanie même'.
Au fur et à mesure que les Slaves fuient les violences prolongées, le  
Kosovo se mue en ce que les nationalistes albanais ethniques réclament  
depuis des années et, avec une insistance particulière, depuis 1981 et  
l'émeute sanglante déclenchée par les Albanais ethniques à Pristina -  
une région albanaise 'ethniquement pure'."
Ce fut en fait le premier exemple de "purification ethnique" dans la  
Yougoslavie d'après la Seconde guerre mondiale. C'est en tant que tel  
que la chose fut présentée dans le New York Times et d'autres médias  
occidentaux et les victimes en furent les Serbes. Le culte du  
"souvenir" est devenu une religion contemporaine mais certains  
souvenirs sont plus égaux que d'autres. Dans les années 1990, il est  
évident que le New York Times oublia complètement ce qu'il avait dit  
du Kosovo dans les années 1980. Pourquoi ? Peut-être parce que, dans  
l'intervalle, le bloc soviétique s'était effondré et que l'unité de la  
Yougoslavie indépendante et non alignée ne correspondait plus aux  
intérêts stratégiques des États-Unis.
Revenons à la présence de Milosevic à Kosovo Polje, le 24 avril 1987.  
Un incident se produisit lorsque la police locale (sous le  
gouvernement de la Ligue communiste, dominée par les Albanais) attaqua  
des Serbes qui s'étaient rassemblés afin de protester contre l'absence  
de protection légale. La phrase spontanée de Milosevic devint  
célèbre : "Personne ne devrait plus vous battre !' S'il s'agit là de  
"nationalisme extrême", il devrait peut-être y en avoir davantage.
Mais nulle part je ne retrouve la trace des propos prêtés à Milosevic  
par Cohen. Dans son discours aux délégués locaux du parti qui suivit -  
et qui est disponible au public - Milosevic fit allusion à cet  
"incident regrettable" et promit une enquête. Il poursuivit en  
insistant sur le fait que "nous ne devrions pas permettre que les  
malheurs des gens soient exploités par des nationalistes que toute  
personne honnête est censée combattre. Nous ne devons pas diviser les  
gens en Serbes et en Albanais mais nous devrions plutôt séparer, d'une  
part, les personnes décentes qui luttent pour la fraternité, l'unité  
et l'égalité ethnique et, d'autre part, les contre-révolutionnaires et  
les nationalistes.".
Je me tourne une fois de plus vers Aldous Huxley : "Les faits ne  
cessent pas d'exister parce qu'on les ignore."
Mais Huxley dit également : "Grande est la vérité mais, d'un point de  
vue pratique, plus grand encore est le silence à propos de la vérité.  
Simplement par le fait de ne pas mentionner certains sujets (…), les  
propagandistes totalitaires ont influencé l'opinion bien plus  
efficacement qu'ils n'auraient pu le faire en recourant aux  
dénonciations les plus éloquentes."
Le 12 février, à Genève, le ministre russe des Affaires étrangères,  
Sergueï Lavrov, a tenté de transmettre aux journalistes ses graves  
inquiétudes à propos de la façon dont les États-Unis traitaient le  
problème du Kosovo.
" Nous parlons ici de la subversion à l'encontre de tous les  
fondements et principes des lois internationales qui, en tant que  
piliers de l'existence de l'Europe, ont été obtenues et instaurées au  
prix d'énormes efforts et dans la douleur, le sacrifice et le sang, a- 
t-il dit. Personne ne peut proposer de plan précis ou d'action dans le  
cas d'une réaction en chaîne (celles des futures déclarations  
d'indépendance unilatérale). Il s'avère qu'ils (les États-Unis et  
leurs alliés de l'OTAN) ont l'intention d'agir d'une façon désinvolte  
dans une question d'une importance primordiale. C'est tout simplement  
inadmissible et irresponsable. Sincèrement, je ne parviens pas à  
comprendre les principes qui guident nos collègues américains, ni ces  
Européens qui ont adopté cette position."
Roger Cohen évacue de telles considérations en quelques mots : "L'ours  
russe va gronder." La Russie, ajoute-t-il, "va pousser les hauts cris.  
Mais elle a misé sur le mauvais cheval." Il n'y a pas de questions  
graves, ici, pas de principes. Rien que des grondements et le jeu.  
"Milosevic a jeté les dés du nationalisme génocidaire et il a perdu",  
écrit Cohen.
Cette affirmation n'est pas seulement fausse, c'est une métaphore  
grotesque. Milosevic a tenté de supprimer un mouvement sécessionniste  
armé, soutenu en secret mais de façon efficace par l'Albanie voisine,  
les États-Unis et l'Allemagne, qui a délibérément provoqué la  
répression en assassinant et des Serbes et des Albanais fidèles au  
gouvernement. À l'instar des Américains dans pareilles circonstances,  
Milosevic s'est trop fié à la supériorité militaire en négligeant la  
finesse politique. Mais même le Tribunal pénal international de la  
Haye pour l'ancienne Yougoslavie, sponsorisé par l'OTAN, a dû  
abandonner toutes les accusations de "génocide" contre Milosevic au  
Kosovo, pour la simple raison qu'il n'y a jamais eu l'ombre d'une  
preuve pour étayer ce genre d'accusations.
Milosevic n'est plus de ce monde et la Russie est très éloignée. Mais  
que dire des Serbes qui vivent toujours dans la partie historique de  
la Serbie appelée Kosovo ? Cohen se charge de ce problème en quelques  
mots : "Bon nombre des 120.000 Serbes au Kosovo peuvent plier bagages."
Comme le faisait remarquer Aldous Huxley, "le but du propagandiste est  
de faire oublier à un groupe de personnes que certains autres groupes  
de personnes sont des êtres humains."
Et, après cela, vous pouvez leur dire de plier bagages.

Un cas " unique "
La Russie a mis en garde contre le fait que l'indépendance du Kosovo  
allait créer un précédent dangereux en encourageant d'autres minorités  
ethniques à suivre l'exemple des Albanais et à réclamer la sécession  
et un État indépendant. Les États-Unis ont fait fi de ces inquiétudes  
en affirmant tout net que le Kosovo était un cas "unique". Eh bien,  
oui, le Kosovo est un cas unique et c'est même le seul reconnu par les  
États-Unis, jusqu'au moment où le prochain "cas unique" se présentera.  
Lorsqu'on a mis au rebut les critères du droit international, on n'est  
plus confronté qu'à des "cas uniques", les uns après les autres.
Cette "unicité" mise en exergue par les États-Unis n'est rien d'autre  
qu'un montage de propagande. Elle repose sur la prétendue "unicité" de  
la répression par Milosevic du mouvement sécessionniste armé qui, en  
fait, n'avait absolument rien d'unique. Il s'agissait de la procédure  
à suivre habituelle tout au long de l'histoire et partout dans le  
monde, dans de telles circonstances. Déplorable, certes, mais pas  
unique. Elle fut même mineure si on la compare aux opérations de  
contre-insurrection interminables et bien plus sanglantes poursuivies  
en Colombie, au Sri Lanka et en Tchétchénie, sans parler de l'Irlande  
du Nord, de la Thaïlande ou des Philippines. Et, au contraire des  
opérations anti-insurrectionnelles en Iraq et en Afghanistan, qui  
tuent incomparablement plus de civils, elle a été menée par le  
gouvernement légal, démocratiquement élu du pays, et non par une  
puissance étrangère.
Ce caractère "unique" est une abstraction de propagande. Comme tout  
endroit du monde, le Kosovo est en effet unique. Mais pour des raisons  
qui n'ont rien à voir avec le prétexte avancé par les Américains pour  
s'en emparer et le transformer en un poste avancé de l'Empire.
Pour savoir ce qui rend un endroit unique, il faut s'y intéresser.
Je ne me suis plus rendue au Kosovo depuis la guerre de l'OTAN, en  
1999. En une occasion, en août 1997, j'ai parcouru la province à mes  
propres frais, dans une Skoda défaillante, juste pour voir. Parcourir  
le Kosovo en voiture était quelque peu risqué, en partie à cause du  
nombre de chiens morts qui encombraient les routes et, surtout, à  
cause de la sale habitude des conducteurs locaux qui consistait à  
dépasser les véhicules plus lents dans les côtes et dans les virages.  
Dans le nord du Kosovo, juste à la sortie de la ville de Zubin Potok,  
cette manie se solda par l'une de ses inévitables conséquences : une  
collision frontale - avec des blessés graves - qui bloqua l'autoroute  
à deux bandes durant des heures pendant que les ambulances et la  
police tentaient de remédier à la situation.
Dans l'impossibilité de poursuivre ma route vers Pristina, je  
retournai à Zubin Potok pour tuer le temps à la terrasse ombragée d'un  
restaurant du bord de route. J'étais la seule cliente et l'unique  
garçon, un grand et élégant jeune homme appelé Milomir, accepta avec  
plaisir mon invitation à s'asseoir et à bavarder pendant que je  
sirotais un verre après l'autre d'un délicieux jus de fraise.
Milomir était heureux de bavarder avec quelqu'un qui connaissait bien  
la ville française de Metz, qu'il avait visitée lorsqu'il était  
étudiant et dont il se souvenait non sans tendresse. Il aimait lire et  
voyager mais, en 1991, il s'était marié et avait désormais deux  
petites filles à élever. Les perspectives d'emploi étaient  
restreintes, même s'il était allé à l'université, de sorte qu'il  
n'avait d'autre choix que de rester à Zubin Potok. Quant à l'Europe,  
même s'il parvenait à obtenir un visa (ce qui était de toute façon  
impossible pour les Serbes), il ne parlait pas de langue plus  
occidentale que sa langue maternelle, le serbo-croate. Il avait étudié  
le russe (il aimait la littérature russe) et l'albanais comme seules  
langues étrangères. Il avait étudié l'albanais afin d'être en mesure  
de communiquer avec la majorité des habitants du Kosovo.
Mais cette communication était malaisée. Milomir était très partisan  
d'une société bilingue et estimait que tout le monde au Kosovo devait  
apprendre et le serbe et l'albanais, ce qui n'était pas le cas,  
malheureusement. La toute jeune génération des Albanais refusait  
d'apprendre le serbe, lui préférant l'anglais.
La ville de Zubin Potok était située à proximité du barrage construit  
sur la rivière Ibar, à la fin des années 1970, afin de créer de  
l'énergie hydraulique. Je venais de Novi Pazar et j'avais longé le lac  
artificiel créé par le barrage et long de 35 km, en cherchant en vain  
un endroit agréable pour m'arrêter. Il me semblait qu'il aurait dû y  
avoir des villages le long de l'Ibar, avant la construction du  
barrage, et je demandai à Milomir des informations à ce sujet. Oui, me  
dit-il, le lac artificiel avait inondé une vingtaine d'anciens  
villages dont la population était ethniquement mélangée, mais à  
majorité serbe. Les autorités communistes albanaises de Pristina  
avaient réinstallé les Serbes en dehors du Kosovo, autour de la ville  
de Kraljevo. Ils étaient environ dix mille.
Il s'agissait d'un petit exemple des mesures administratives prises  
pour réduire la population serbe durant la période d'avant Milosevic,  
lorsque les Albanais dirigeaient la province par le biais de la Ligue  
communiste locale.
Milomir ne se plaignait pas mais répondait tout simplement à mes  
questions. Il ne se rendait pas trop souvent (en prenant le bus,  
puisqu'il n'avait pas de voiture) dans la ville importante la plus  
proche, Mitrovica, par crainte de se faire tabasser par des Albanais.  
Cela faisait tout simplement partie de l'existence, à une époque où,  
selon les médias occidentaux, les Albanais du Kosovo étaient  
terrorisés par la répression serbe.
Alors que nous bavardions, un de ses amis se pointa et la conversation  
dévia sur la politique. Une campagne présidentielle était en cours.  
Les deux jeunes hommes voulurent savoir quel candidat j'estimais comme  
le meilleur pour la Serbie, aux yeux du monde. Milomir penchait pour  
Vuk Draskovic et son ami pour Vojislav Kostunica. Aucun n'aurait  
imaginé de voter pour Milosevic ou Seselj, le dirigeant nationaliste  
du Parti radical.

Zubin Potok aujourd'hui
Je n'ai aucune idée de ce que sont devenus Milomir, sa femme, ses deux  
filles ou encore son ami. Zubin Potok est la municipalité la plus à  
l'ouest du nord du Kosovo, à forte population serbe. Sur Internet,  
j'ai appris que la population de la municipalité de Zubin Potok (y  
compris les villages avoisinants) avait presque doublé depuis mon  
passage. Elle avoisine actuellement les 14.900 habitants, y compris  
les 3.000 Serbes déplacés internes (originaires d'autres régions du  
Kosovo, d'où la majorité albanaise les a chassés depuis l'arrivée de  
l'OTAN), 220 réfugiés serbes provenant de Croatie et 800 Albanais.  
L'assemblée locale est dominée à une majorité écrasante par le Parti  
démocratique de Serbie, de Kostunica, mais elle comprend également  
deux représentants des Albanais du Kosovo.
Jusqu'à présent, les écoles, les hôpitaux et les autres services  
publics, de même que l'économie locale, ont continué à fonctionner  
grâce en grande partie aux subsides de Belgrade. La déclaration  
albanaise de l'indépendance du Kosovo va créer une crise en exigeant  
qu'il soit mis un terme à l'octroi vital de ces subsides, bien qu'un  
"Kosovo indépendant" soit incapable de les remplacer. De plus, des  
groupes de nationalistes albanais déclarent que Zubin Potok est  
"albanais" et doit être "libéré des Serbes". On peut les voir sur You  
Tube, utilisant la statue de la Liberté comme symbole et menaçant les  
Serbes dans des musiques de rap en albanais.
L'Union européenne va intervenir pour apporter la loi et l'ordre. Mais  
"l'ordre" qu'elle prétend protéger est celui-là même que définissent  
les nationalistes albanais. Qu'est-ce que cela peut vouloir dire pour  
des gens comme Milomir et sa petite famille ?
Pour Roger Cohen, la réponse est facile : "Pliez bagages !"
La Serbie, quoi qu'il en soit, héberge déjà le nombre le plus  
important de réfugiés en Europe, les victimes des "épurations  
ethniques" en Croatie et au Kosovo. Et les Serbes ne peuvent obtenir  
de visas ni de statuts de réfugiés en Europe occidentale. On les a  
étiquetés comme "mauvais sujets". Seuls leurs ennemis peuvent être des  
"victimes".

Avant et après
Avant la guerre et l'occupation par l'OTAN, le Kosovo était pourtant  
une société multiethnique. L'accusation d'apartheid était tout  
simplement un élément de la propagande albanaise, puisque les  
dirigeants nationalistes albanais avaient choisi d'utiliser ce terme  
lourd de sens pour décrire leur propre boycott des Serbes et des  
institutions serbes. Toute action de la police contre un Albanais et  
pour quelque raison que ce fût, qu'il se fût agi d'une rébellion armée  
et d'un délit ordinaire, était décrite comme une "violation des droits  
de l'homme" par le réseau albanais des droits de l'homme, financé par  
le gouvernement des États-Unis.
C'était une situation extraordinaire : les gouvernements serbe et  
yougoslave permettaient à un "gouvernement du Kosovo", séparatiste et  
illégal, dirigé par Ibrahim Rugova, de tenir boutique dans le centre  
de Pristina et de recevoir régulièrement des journalistes étrangers  
pour les régaler de racontars sur la façon dont le Kosovo était  
opprimé par ces horribles Serbes.
Mais les lois étaient les mêmes pour tous les citoyens, il y avait des  
Albanais au sein du gouvernement local et dans la police et, s'il y  
avait des cas de brutalités policières (et dans quel pays n'y en a-t- 
il pas ?), les Albanais au moins n'avaient rien à craindre de leurs  
voisins serbes.
Même à cette époque, c'étaient les Serbes qui avaient peur des  
Albanais. Il fallait être hors du Kosovo pour croire sérieusement que  
c'étaient les Albanais qui vivaient sous la menace d'une "épuration  
ethnique" (encore moins d'un "génocide"). Un tel projet était tout  
simplement et manifestement hors de propos. C'étaient les Serbes qui  
avaient peur, qui parlaient d'envoyer leurs gosses dans des endroits  
sûrs, en admettant qu'ils en eussent les moyens, ou qui envisageaient  
courageusement de rester, "quoi qu'il advînt".
Plus tard, en mars 1999, lorsque l'OTAN se mit à bombarder le Kosovo,  
les Albanais fuirent par centaines de milliers et leur fuite  
temporaire du théâtre de la guerre fut présentée comme la  
justification des bombardements qui l'avaient provoquée. La presse ne  
se soucia pas le moins du monde de parler des Serbes et des autres qui  
avaient également fui les bombardements à cette époque.
Au Kosovo, en 1987, et en particulier à Pristina et Pec, j'ai observé  
un comportement de groupe curieux que je ne me souviens d'avoir vu que  
dans les cours de récréation des écoles du Maryland de mon enfance.  
Une bande de gosses se rassemblaient et, à l'aide de signes divers et  
d'un minimum de mots, faisaient savoir à d'autres, de l'extérieur,  
qu'ils étaient exclus et méprisés. J'ai vu des Albanais agir de la  
sorte avec des Serbes isolés, et spécialement avec des femmes âgées.  
Cette variété de brimade se pratiquait sans violence, en 1987, mais ce  
ne fut plus le cas dès l'occupation du territoire par l'OTAN. Elle fut  
encouragée lorsque l'OTAN scella officiellement son approbation de la  
haine des Albanais à l'égard des Serbes, et cette officialisation, ce  
furent précisément les bombes de l'OTAN qui la fournirent au printemps  
1999.
Bien sûr, il a dû y avoir des Serbes qui haïssaient les Albanais.  
Mais, dans mon expérience limitée et due au hasard, ce qui me frappa,  
ce fut l'absence de haine des Albanais chez les Serbes que je  
rencontrai. De la crainte, oui, mais pas de la haine. Et une bonne  
part de perplexité. Sœur Fotina, au monastère de Gracanica, avait une  
explication très chrétienne de la chose. Nous tentions d'aider les  
Albanais à s'occuper de leurs nombreux enfants, dit-elle, et pourtant  
ils se retournent contre nous. Ce doit être la manière dont Dieu nous  
punit pour nous être détournés du christianisme à l'époque du  
communisme, conclut-elle. Elle blâmait ses concitoyens serbes plutôt  
que les Albanais.
Le châtiment divin ne s'est pas limité aux chrétiens, toutefois. Dans  
le coin le plus méridional du Kosovo vit une ancienne population  
appelée les Gorani (les "montagnards'), qui se sont convertis à  
l'islam sous l'Empire ottoman, comme la plupart des Albanais,  
d'ailleurs. Mais leur langue est serbe et, pour les Albanais, c'est  
inacceptable. Les estimations varient mais on est d'accord pour dire  
qu'au moins deux tiers des Gorani ont fui depuis la "libération" du  
Kosovo par l'OTAN. Les pressions et les intimidations ont revêtu des  
formes diverses. Des Albanais se sont installés dans les maisons  
temporairement vacantes de Gorani qui se sont rendus en Autriche et en  
Allemagne afin de gagner l'argent qui assurerait leur retraite. Les  
autorités albanaises, protégées par l'OTAN, ont inventé des moyens de  
priver les enfants gorani d'un enseignement en langue serbe. Dans la  
principale ville gorani de Dragash, une bande d'Albanais a attaqué le  
centre de soins de santé et a obligé les travailleurs médicaux à  
s'enfuir. Puis, le 5 janvier dernier, une puissante explosion a  
détruit la banque de Dragash. C'était la dernière banque serbe encore  
autorisée à opérer dans le sud du Kosovo et elle servait surtout à  
transférer les pensions permettant aux Gorani de l'endroit de survivre.
Comme d'habitude, le crime est demeuré impuni.
En novembre dernier, David Binder, qui écrivait sur la Yougoslavie  
pour le New York Times, avant de se faire éjecter parce qu'il en  
savait trop, a fait un article (*) sur une longue enquête commanditée  
par la Bundeswehr (armée) allemande sur les conditions au Kosovo.  
L'existence de ce rapport prouve que, tout en prétendant publiquement  
que le Kosovo était "prêt pour l'indépendance', les gouvernements  
occidentaux savaient très bien que ce n'était pas le cas. Entre autres  
choses, Binder écrit : "Les auteurs officiels, Mathias Jopp et Sammi  
Sandawi, ont passé six mois à interviewer 70 experts et à piocher la  
littérature actuellement disponible sur le Kosovo pour préparer leur  
étude. Selon leur analyse, les troubles politiques et les combats de  
guérilla des années 1990 ont débouché sur des changements fondamentaux  
qu'ils appellent un 'revirement dans les structures sociales des  
Albanais du Kosovo'. Il en est sorti une 'société de guerre civile  
dans lequelle les gens enclins à la violence, sans grande éducation et  
aisément influençables, ont pu faire d'énormes bonds sociaux au sein  
d'une soldatesque rapidement mise sur pied. C'est une société  
mafieuse(reposant sur) la mainmise sur l'État (par des éléments  
criminels).
Selon la définition des auteurs, le crime organisé au Kosovo "consiste  
en des organisations bâties à coups de paquets de millions d'euros et  
dotées d'une expérience de la guérilla et d'un savoir-faire sur le  
plan de l'espionnage". Ils citent un rapport des services de  
renseignements allemands faisant état des "liens très étroits entre  
les décideurs politiques de pointe et la classe criminelle dirigeante'  
et ils citent Ramush Haradinaj, Hashim Thaci et Xhavit Haliti en tant  
que dirigeants compromis" protégés sur le plan interne par l'immunité  
parlementaire et à l'étranger par les législations internationales".
Ils citent non sans mépris le chef de l'UNMIK de 2004 à 2006, Søren  
Jessen-Petersen, parlant de Haradinaj comme d'un "ami proche et  
personnel". L'étude critique sévèrement les États-Unis parce qu'ils  
"encouragent l'évasion de criminels" au Kosovo et qu'ils "empêchent  
les enquêteurs européens de travailler".
Ils font également état des "centres de détention secrets de la CIA" à  
Camp Bondsteel et dénoncent l'entraînement militaire à l'américaine  
que Dyncorp fait subir à la police (albanaise) du Kosovo, avec  
l'autorisation du Pentagone.
Dans une note annexe, ils citent un officiel non identifié qui aurait  
dit du chef adjoint (américain) de l'UNMIK : "La tâche principale de  
Steve Schook consiste à se soûler une fois par semaine avec Ramusj  
Haradinaj."

Qui s'en va et qui reste
Schook a été renvoyé par l'UNMIK, la mission des Nations unies, dont  
les tâches vont toutefois être reprises arbitrairement par l'Union  
européenne. La "mission" de l'UE consiste en une sorte de gouvernement  
colonial qui, en compagnie de l'OTAN, prévoit de gouverner un  
territoire albanais en fait ingouvernable. Toutefois, des mouvements  
de patriotes albanais armés préparent déjà leur prochaine "guerre de  
libération" contre les Européens.
Ainsi, après les Serbes, les Rom, les Gorani, les Européens vont-ils  
être obligés, eux aussi, de "plier bagages" ? Seuls les Américains  
semblent sûrs de rester. Confortement installés dans leur gigantesque  
Camp Bondsteel, ils contrôlent les routes stratégiques de la Serbie à  
la Grèce et, incidemment, proposent à la masse des Albanais sans  
travail du Kosovo des opportunités d'emploi, notamment, des tâches  
subalternes et dangereuses au service des forces américaines en Irak  
ou en Afghanistan.
La réalité de cette mainmise éhontée sur un territoire est à la portée  
de tout le monde. J'ai écrit sur le sujet, Binder l'a fait, Szamuely  
l'a fait et bien des Allemands l'ont fait également. Les Russes, les  
Grecs, les Roumains, les Slovaques et bien d'autres savent aussi de  
quoi il retourne. Mais, dans ce meilleur des mondes tel qu'il est  
proposé par le nouvel ordre mondial, cette réalité n'existe pas. Les  
gens ne savent pas.
Je laisse le dernier mot à Aldous Huxley : "Très souvent, il est  
possible de venir à bout de l'ignorance. Nous ne savons pas, parce que  
nous ne voulons pas savoir."

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