Belgique…
«Les patrons des charbonnages nous attendaient. Il n’y
avait pas d’interprète, tout le monde criait les noms des charbonnages:
‘Bacnure, Wérister, Herstal, Espérance…’ J’ai levé la main en entendant le mot
‘espérance’1.
Alice Bernard
14-06-2006
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Dès leur arrivée en Belgique, les – Cliquez sur |
«Espérance, cela voulait dire ‘espoir’ en Italien. C’est vers ce
charbonnage-là que je suis parti», raconte un ancien mineur italien. Après la
guerre, la Belgique a besoin de pouvoir extraire beaucoup de charbon, principale
source d’énergie à l’époque. Le 23 juin 1946, elle signe avec l’Italie l’accord
«minatori-carbone»: des hommes contre du charbon. Cet accord
marque le début d’une immigration massive. Cinquante mille travailleurs
italiens seront «importés» en Belgique, en échange de sacs de
charbon, dont le tonnage varie en fonction des résultats de la production.
En Italie, après la guerre, les couches les plus populaires sont au bord de
la famine. Le Parti communiste, fort de son expérience dans la Résistance
antifasciste, dirige pas mal de révoltes sociales. Pour éviter d’être renversés,
les riches et leur gouvernement voient l’émigration comme une «soupape». Ce
n’est donc pas toujours par choix que des milliers de jeunes travailleurs
embarquent dans les trains vers le nord.
L’arrivée et l’installation en Belgique sont pénibles. Les
travailleurs sont littéralement entassés dans d’anciens baraquements militaires
(tout juste évacués par les prisonniers allemands) (note de
RoRo:, en 1957, j’ ai commencé à travailler, à l’âge de 17 ans et à la
sortie de l’école, comme employé aux Ets Camille Goffaux à
Morlanwelz-Etoile, rue des Ateliers. J’ ai encore connu cette situation:
les familles italiennes, encasernées dans des baraquements en bois, dans
des conditions de voirie et d’hygiène plus que déplorables, juste à côté,
qui avaient servi à l’immigration polonaise, à l’ emprisonnement de prisonniers
de guerre soviétiques destinés à travailler dans les charbonnages et ensuite aux
prisonniers de guerre allemands à la Libération). où les conditions
d’hygiène sont déplorables, les conditions de travail sont très dures. La
cohabitation avec la population belge n’est pas facile au début. Les Italiens,
qui, à la fois par ignorance et nécessité, acceptent des salaires au rabais,
sont considérés comme des concurrents. Beaucoup se souviennent encore d’avoir
été traités de «macaroni». Mais peu à peu, les nouveaux arrivés participent aux
luttes sociales, pour faire reconnaître la silicose comme maladie
professionnelle, contre les fermetures dès la fin des années soixante, puis plus
tard dans les autres secteurs de l’économie. Aux côtés des travailleurs belges,
espagnols, polonais, yougoslaves et, plus tard, marocains, turcs, africains. Des
luttes qui ont permis et permettent encore d’améliorer le sort de tous les
travailleurs.
Petit à petit aussi, les familles se regroupent, se mélangent,
s’agrandissent, La communauté italienne s’installe, s’intègre dans les bassins
miniers puis industriels, et transmet peu à peu une part d’elle-même.
1 Témoignage recueilli par Giovanni Lentini et cité
dans Siamo tutti neri!, (Nous sommes tous noirs) un dossier réalisé par
l’Institut d’Histoire ouvrière, économique et sociale, de Seraing www.ihoes.be
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