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Sent: Monday, September 22, 2008 6:12 PM
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PAKISTAN : L’OTAN organise un attentat

« L’attentat
d’Islamabad, c’est le 11-Septembre du Pakistan »

Acculée
en Afghanistan, l’OTAN organise un attentat au
Pakistan

par
Thierry Meyssan*

Le slogan comparant l’attentat
d’Islamabad et le 11-Septembre est plus réaliste qu’il n’y paraît. Ce carnage
non-revendiqué sert en effet exclusivement les intérêts de l’OTAN :
l’Alliance atlantique doit prendre le contrôle de toute urgence de la passe
pakistanaise de Khybar pour approvisionner ses troupes en Afghanistan. Dans le
cas où l’Alliance ne parviendrait qu’à rétablir partiellement sa logistique,
Washington envisage de sacrifier les troupes
alliées.

Un attentat d’une
violence sans précédent dans le pays a ravagé l’hôtel Marriott d’Islamabad, le
21 septembre 2008. Un camion piégé, contenant une puissance explosive estimée à
au moins 600 kg de TNT et diverses munitions, a creusé un vaste
cratère, tué plus de 60 personnes et blessé plus de 226 autres. Commentant
l’événement à la télévision, le rédacteur en chef du Daily Times a déclaré : « C’est le 11-Septembre du
Pakistan »
. Ce cri a été repris par l’ensemble des agences de
presse occidentales. Bien qu’il n’ait pas été revendiqué, l’attentat a été
attribué par les autorités à la mouvance Al-Qaida. En
réaction, le président Zardari a annoncé qu’il ne renoncerait pas et
intensifierait sa lutte contre le terrorisme.

Replacés dans leur
contexte, ces événements n’ont malheureusement rien de
surprenant.

Dans la foulée de
l’effondrement de l’Union soviétique et de l’indépendance des États d’Asie
centrale, les grandes compagnies pétrolières occidentales ont multiplié les
plans pour exploiter les hydrocarbures du Bassin caspien. La firme californienne
UNOCAL a porté deux vastes projets. Le premier (dit BTC) devait relier la
Caspienne à la Mer noire en passant par l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie,
notamment avec l’aide du britannique BP ; le second devait relier la
Caspienne à l’Océan indien via le Turkmenistan, l’Afghanistan et le Pakistan,
principalement avec l’aide du saoudien Delta
Oil.

Si le BTC a été
construit sans grande difficultés, il n’en fut pas de même pour le pipe-line
trans-afghan. UNOCAL se heurta au chaos régnant dans le pays et se rapprocha de
la Maison-Blanche pour obtenir la stabilisation de cette région. La firme
engagea Henry Kissinger comme consultant, et confia la direction du projet aux
ambassadeurs John J. Maresca, Robert B. Oakley et à deux experts
Zalmay Khalilzad et Hamid Karzaï. Washington acheta l’aide des talibans, qui
contrôlaient la majeure partie du pays. Pour ce faire, le département d’État
leur accorda une subvention de 43 millions de dollars en mai 2001.
Avec l’accord du G8 (sommet de Gênes, 20-22 juillet 2001), des
négociations multilatérales furent alors ouvertes à Berlin avec l’Émirat
islamique bien que celui-ci ne soit pas reconnu par la communauté
internationale. Cependant, les talibans émirent de nouvelles exigences et elles
échouèrent.

Les États-Unis et
le Royaume-Uni planifièrent alors une invasion de l’Afghanistan. Fin août 2001,
ils concentrèrent leurs forces navales en mer d’Oman et acheminèrent 40 000
hommes en Égypte. Le 9 septembre 2001, le leader tadjik pro-russe Shah Massoud
fut assassiné, mais la nouvelle fut gardée secrète. Le 11 septembre 2001, le
président Bush accusa les talibans d’être impliqués dans les attentats qui
venaient de survenir à New York et Washington et leur adressa un ultimatum.
Puis, les Anglo-Saxons renversèrent les talibans et prirent le contrôle du pays
lors de l’opération « Liberté immuable » [1].

7 ans plus tard, le
pipe-line n’est toujours pas construit et le pays est toujours en proie au
chaos. UNOCAL a été absorbé par Chevron avec la bénédiction de Condoleezza
Rice ; John J. Maresca est devenu le patron du Business Humanitarian Forum
qui s’occupe activement de la culture du pavot en Afghanistan à des fins
médicinales (sic) ; Robert B. Oakley est chargé de proposer un
plan de réorganisation des institutions militaires ; Zalmay Khalilzad est
devenu ambassadeur des États-Unis à l’ONU ; Hamid Karzaï a fait usage de sa
double nationalité pour devenir président de l’Afghanistan transformée en
narco-État.

Le Pentagone,
absorbé par le bourbier irakien, a largement délégué l’occupation militaire de
l’Afghanistan à ses alliés de l’OTAN. Pour approvisionner ses troupes,
l’Alliance atlantique a signé un protocole avec l’Organisation du Traité de
sécurité collective (sommet de Bucarest, 4 avril 2008). La logistique est
acheminée via la Russie, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan. Commentant cette
étrange facilitée accordée à l’OTAN, le ministre russe des Affaires étrangères
Serguei Lavrov a rappelé l’importance de la coopération internationale contre le
terrorisme ; plus direct, l’ambassadeur Zamil Kabulov a déclaré à Vremya Novostei que l’intérêt de Moscou
était de voir les Occidentaux s’embourber et mourir en
Afghanistan.

Or le 8 août 2008,
les États-Unis et Israël ont lancé les troupes géorgiennes à l’attaque des
populations russes d’Ossétie du Sud. En riposte, l’armée russe a bombardé les
deux aéroports militaires israéliens en Géorgie et le pipe-line BTC. Puis, le
président Medvedev a réunit l’Organisation du Traité de sécurité collective qui
a abrogé le protocole le liant à l’OTAN. Enfin, les médias publics russes ont
soudain remis en cause le lien supposé entre les attentats du 11 septembre 2001
et la colonisation de l’Afghanistan par l’OTAN.

Ce retournement est
d’autant plus grave pour l’OTAN qu’elle essuie défaite sur défaite. 54 % du
territoire afghan est aux mains des insurgés. Pour leur faire face, le général
David McKiernan exige l’envoi de trois brigades supplémentaires (soit 15 000
hommes, qui devraient être prélevés sur le contingent irakien). Mais il n’est
évidemment plus question d’envoyer des renforts alors que les 47 600 hommes déjà
présents ne sont plus approvisionnés et sont donc en très grand
danger.

Pour rétablir sa
chaîne logistique, l’Alliance doit impérativement trouver d’urgence une voie
d’acheminement. Aucune solution satisfaisante ne peut être effective à brève
échéance. Cherchant d’abord à sauver en priorité les GI’s pris au piège, le
secrétaire à la Défense Robert Gates a multiplié les
considérations ampoulées sur le manque de coordination entre l’ISAF, les Forces
spéciales US et l’armée afghane, pour proposer en définitive de modifier la
chaîne de commande. Toutes les troupes, y compris alliées, seraient placées
directement sous l’autorité du CENTCOM. En d’autres termes, les Alliés
n’auraient plus leur mot à dire et le Pentagone pourrait servir les troupes
anglo-saxonnes (US, UK, Canada et Australie) et laisser les autres se
débrouiller tous seuls (Allemagne, France, Italie, Pays-Bas,
etc.).

L’Afghanistan étant
fermé à l’Est par une haute barrière montagneuse, le seul corridor
d’approvisionnement est la passe de Khyber, située en territoire pakistanais.
Elle était utilisée uniquement pour le ravitaillement des troupes en carburant.
Lors du week-end prolongé de l’anniversaire de la naissance du prophète (23
avril 2008), une soixantaine de camions citerne se sont entassés au
poste-frontière de Torkham. Les insurgés ont attaqué le camion central au
RPG et l’ensemble s’est enflammé en un gigantesque brasier. Depuis, les convois
ne se déplacent que sous bonne escorte.

Pour sécuriser la
passe de Khyber, le Pentagone a bombardé des cibles suspectes en territoire
pakistanais, le 3 septembre. L’ultra pro-US Ali Asif Zardari a été élu président
du Pakistan, le 5 septembre. Le chef d’état-major interarmes US, l’amiral Mike
Müllen, a effectué une visite surprise au Pakistan, le 15 septembre. Il a exigé
que le Pakistan cède le contrôle de la passe de Khyber aux
États-Unis.

Le 21 septembre, le
président Zardari a prononcé son discours d’investiture devant le Parlement. Il
s’est engagé à soutenir les efforts du Pentagone contre les
« terroristes » afghans. À l’issue de la cérémonie, les membres du
gouvernement et les parlementaires ont été invités à l’iftar (rupture du jeûne
de ramadan). La plupart d’entre eux étaient furieux à la fois parce que le
nouveau président n’avait pas confirmé son engagement de rétablir les juges de
la Cour suprême et par ce qu’il avait laissé entendre qu’il abandonnerait la
souveraineté sur la passe de Khyber. Au cours de la réception, un camion piégé a
frappé le bâtiment voisin (hôtel Marriott). Cet attentat ne pouvait être compris
par les parlementaires que comme un avertissement de l’OTAN qui n’hésiterait pas
à les éliminer s’ils s’opposaient à ses projets. Au plan médiatique, cet
attentat justifie la prise de contrôle US d’une portion de territoire
pakistanais, comme ceux du 11-Septembre avaient justifié l’invasion de
l’Afghanistan.

Intervenant à la
télévision, Najam Sethi, le rédacteur en chef du quotidien libéral Daily Times, s’est exclamé : « C’est le 11-Septembre du
Pakistan »
. M. Sethi est un journaliste connu pour son
alignement sur Washington dont il a soutenu toutes les incohérences. Ainsi
a-t-il approuvé le coup d’État militaire du général Musharraf en 1999 au nom de
l’« ordre » et défend-il aujourd’hui le nouveau pion US, Ali Asif
Zardari, au nom de la « démocratie » cette fois. Il a fondé le
Daily Times avec des capitaux
états-uniens, début 2002, à l’issue de l’opération Liberté
immuable.

Quoi qu’il en soit,
cet attentat marque l’extension de la guerre d’Afghanistan au Pakistan et remet
en cause l’équilibre régional.

Thierry Meyssan
Analyste politique, fondateur du Réseau Voltaire. Dernier
ouvrage paru : L’Effroyable imposture 2 (le
remodelage du Proche-Orient et la guerre israélienne contre le
Liban).

http://www.voltairenet.org/article158100.html

 
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