exemple d’émancipation :
Auteur: T 34
Sujet: Amérique latine, nouvelle
exemple d’émancipation :
Envoyé : 04 May 2009 à
14:24
Presidente, Chávez a averti la direction du PSUV (son parti créé en 2006) du
péril du caudillisme. Il a dit qu’il n’était pas possible de construire des
projets personnels sur l’espérance du peuple. Il a appelé le PSUV à ne pas
s’approprier les mouvements sociaux, mais à les coordonner .
Suivre la manière dont Chavez redécouvre les nécessistés de la
lutte révolutionnaire est riche d’enseignement dans ces temps où tout est à
reconstruire. Elu sur le refus des partis, partageant la méfiance populaire dans
ce domaine, il a longtemps surfé sur des regroupements informels simplement
électoraux et rassemblant souvent des ambitions individuelles. Pourtant son
orientation de plus en plus affirmée vers le socialisme, la conscience de
l’ennemi le poussent a décider de créer en 2006 un parti , le PSUV. Si le parti
communiste vénézuélien, d’où émane le communiqué que nous citons, a refusé de
rejoindre le PSUV, c’est parce qu’il y voyait encore le lieu d’ambitions
personnelles et non le vecteur de la classe ouvrière coordonnant les mouvements
sociaux pour construire le socialisme. L’échec référendaire, la non élection
plus tard de certains maires et élus régionaux a témoigné de la réalité de ce
diagnostic. Chavez a un grand mérite, il avance en marchant et en symbiose
totale avec le peuple vénézuélien, parce que son objectif est clair, même si sa
politique a pu apparaître limitée, il se pose au bon moment les questions les
plus fondamentales. Ainsi en est-il de la crainte du “caudillisme”et de la
nécessité d’élever la conscience des militants et cadres du PSUV.
“Il faut s’éloigner de la
vieille tendance dans le Parti Socialiste Uni du Venezuela (PSUV) nous ne
pouvons pas nous permettre d’être contaminé par le sectarisme, le grupismo; s’il
est positif qui existe des courants internes, ce doit être sur la base d’un
fondement politique et pas des cas personnels” , a dit le président de la
République Bolivarienne du Venezuela, Hugo Chávez Frías (1).
Lors du programme Aló, Presidente No. 329 qui a eu lieu
dans la paroisse de Macarao, dans le municipio du Libertador, à Caracas, le chef
de l’Etat a refusé les “ismes” qui pourraient apparaître dans le PSUV, en
référence aux possibles courants personnalisés, en même temps il a souligné que
l’unique “isme”devait être le socialisme.
De même, il a expliqué que le militantisme du PSUV était
appelé à dénoncer et à combattre le vice qui serait l’apparition de caudillos
régionaux, en ce sens, il a précisé que ces erreurs il fallait en être bien
conscients pour les combattre et compter sur un grand parti de masse, mais qui
aurait en même temps une conscience politique élevée.
“Nous ne pouvons pas
permettre que certains forment un groupe d’inconditionnels et sur les espérances
du peuple soient en train de construire des carrières personnelles” a-t-il
déclaré.
Le président a dit que le parti ne peut prétendre s’approprier les
mouvements sociaux mais qu’ils doit les coordonner.
Le parti doit être une
force coordinatrice du mouvement ouvrier, de la jeunesse, des étudiants, des
femmes, des paysans, des peuples indigènes, de tous les mouvements sociaux,
à-t-il signalé.
Chávez a confirmé qu’il était envisagé ” la redefinition de
beaucoup de choses à l’intérieur du parti”.(…) Il a exhorté les autorités du
PSUV à poursuivre le renforcement des écoles de cadres et les formations
idéologiques qui sont à la base de l’organisation en citant le militant et
intellectuel italien Antonio Gramsci(2).
Cette prise de conscience de la nécessité de l’organisation et
de la formation idéologique des militants, ce refus du caudillisme apparait
comme une nouvelle étape dans l’avancée politique sur la voie du socialisme
autant qu’une saine vision des réalités du terrain. Cet appel sera-t-il
suffisant? . Le caudillisme est une vieille tentation de l’Amérique latine, le
rassemblement autour d’un chef souvent militaire en tout cas autoritaire, de
groupes, de clientèles qui en attendent une redistribution financière et de
privilèges. Souvent nés de la révolte populaire contre les exactions de
l’oligarchie, ces phénomènes sont aisément détournés au profit de la dite
oligarchie contre le peuple. Le venezuela est guetté à plus d’un titre par cette
tentation. Il y a des zones entières qui demeurent encore sous la coupe des
propriétaires fonciers, avec des groupes paramilitaires liés au trafic de
drogue. Il y a également la structure économique du pays et la manière dont la
richesse pétrolière a créé une économie de rente redistributive des bénéfices
pétroliers dans toutes les couches de la société sous une forme clientéliste et
parfois mafieuse. Phénomène auquel on peut paradoxalement rajouter celui de la
décentralisation y compris le poids autogestionnaire accordé aux communes ou
dans les entreprises. Le fait que longtemps autour de Chavez il n’y a eu que des
formes d’organisation liées aux campagnes électorales. Ce qu’il faut encore
noter et cela est vrai pour la plupart des expérience latinoaméricaine c’est le
caractère encore limité des mesures prises, non seulement au début de sa
présidence, pendant deux ans Chavez n’a procédé qu’à des reformes
constitutionnelles, mais même après avoir repris en main les pétroles et procédé
à une timide réforme agraire, ce qui a aussitôt provoqué le coup d’Etat, sa
politique est restée dans les limites de la social démocratie. Cependant elle a
toujours avancé dans le même sens et a reçu l’aval du peuple qui pour la
première bénéficiait réellement d’une redistribution plus égalitaire.
Mais ce qui se passe au Venezuela et dans toute l’Amérique
latine doit également nous faire réfléchir à la situation politique mondiale et
à celle que nous avons en France. Nous sommes dans une période de grand essor du
mécontentement populaire, mais sous des formes exaspérées revers du défaut
d’organisation et des cultures individualistes, de ce fait le mécontentement
peut être dévoyé dans toutes les formes de fascisme parce que depuis les années
quatre vingt dix il y a eu destruction des organisations, affaiblissement
idéologique. Cette situation sociale désagrégée en a prolongé une autre qui
malgré les apparences allait dans le même sens : à savoir que l’impérialisme en
crise et qui aurait du céder la place a pu procéder à une reconquête sur ces
bases individualistes et marchandes. Alors qu’au début des années soixante et
dix la question du socialisme s’est posée, dans les années quatrevingt alors que
la crise du capitalisme s’approfondissait nous avons assisté à la
contre-révolution néolibérale sous l’égide des multinationales financiarisées.
L’analyse de ce “retournement” n’a jamais été réellement faite. Mais fidel
Castro n’a cessé de jeter des jalons à partir de l’expérience de résistance
cubaine sans laquelle ce qui se passe au venezuela et en Amérique latine est
incompréhensible.
Fidel, je ne cesse de le répéter voit loin, beaucoup plus loin
que nous tous et il est préoccupé sans doute pour l’avenir du processus en
Amérique latine. Le politologue Atilio Boron que Fidel a reçu personnellement et
qui a donc été plus ou moins chargé de prévenir les révolutionnaires et
progressistes a expliqué (Clarín, 12 mars 2009) : « Il est très
préoccupé par l’impact de la crise dans toute l’Amérique latine parce qu’il
croit que tout le processus consistant en un certain basculement à gauche ou au
centre-gauche des dernières années va être affecté par une crise qui va durement
toucher la région. Fidel est un très bon lecteur de la conjoncture. Il craint un
retour de la droite dans le contexte de crise ainsi qu’une autre période
spéciale comme après la chute de l’Union soviétique ».
Il faut cimenter le processus, créer dès maintenant la digue
politique, organisationnelle et idéologique. Fidel ne cesse de poser les jalons
de cette analyse, ainsi dans un de ses derniers textes sur le premier mai il
montre ques les armes de l’impérialisme ont été la division et l’économisme.
Alors qu’il s’agissait de changer de société, on a prétendu diviser les forces
entre pays riches et pays du tiers monde- la querelle sino-soviétique en étant
la traduction- diviser la classe ouvrière et les mouvements progressistes,
isoler les communistes qui auraient pu et du coordonner. Il faudrait à partir de
là réflechir aux formes organisationnelles actuelles, c’est ce que fait Chavez
mais aussi Morales, Ortega et tous les autres leaders progressistes. A cette
effet de division ajoute Fidel est venu se rajouter le compromis permanent sur
des avantages économiques, consuméristes, de rente accordé par l’impérialisme
pour survivre alors que l’essentiel était le changement politique et donc la
création d’une force organisée et d’un haut niveau de conscience. Il n’y aura
pas de redistribution possible, il faut un changement de société. Une reflexion
dans ce domaine nous aiderait à mieux comprendre les actuels butoirs de la lutte
syndicale.
Ce qu’il faudrait encore analyser c’est la manière dont la
lutte anti-impérialiste, y compris au niveau international, pousse Chavez vers
un approfondissement du marxisme dans le contexte original de l’Amérique latine
(3). La question est de savoir si malgré sa bonne volonté et l’adhésion des
masses vénézuéliennes ce qui se construit sera à la mesure du choc.
Nous en sommes là et aujourd’hui face à la crise du
capitalisme, celui-ci continue son entreprise de division en prônant le choc de
civilisation, les boucs émissaires racistes, en dévoyant dans des formes de
clientélisme et d’autoritarisme personnels les exigences populaires. Mais aussi,
et cela concerne en particulier la France, en tentant de circonscrire la
protestation populaire dans des cadres inadaptés, incapables de trouver des
issues, et parmi ces formes il faudra bien s’interroger sur le syndicalisme
autant que les partis politiques qui paraissent destinées de fait à assurer le
relais d’appareils d’Etat au service du capital. Et ce alors même que le peuple
français a une combativité et a des traditions qui peuvent l’aider: la France
est le pays de la lutte des classes, même si comme le déplorait Marx c’est plus
sous des aspects “émeutiers” qu’organisés, mais c’est aussi disait-il le pays de
l’action politique où “kant devient Robespierre”. Ce qui n’a jamais pu être
digéré de la révolution française c’est le fait que les masses font l’histoire.
La France a de ce fait des traditions républicaines qui peuvent contrebalancer
les courants fascistes, racistes, antisémites toujours latents. Mais cela passe
par la recherche d’ une perspective politique qui l’aiderait à dépasser le
simple économisme autant que la tentation hexagonale permanente d’ignorer la
situation internationale. Enfermement dans un pseudo universalisme abstrait qui
pousse à ignorer la réalité mondialisée, celle du capital comme celle des
luttes, l’européanocentrisme n’étant qu’un avatar de cette ignorance. Pourtant
l’exemple de l’Amérique latine est là pour témoigner à la fois du refus du
modèle et de la necessité d’entendre les questionnements venus d’horizons
divers. Eux au moins ils tentent d’agir.
Danielle Bleitrach
(1) Hugo Chávez Frías, a toujours plus d’appui du peuple
vénézuélien dans sa gestion, un récent sondage réalisé entre le 13 et le 23
avril par l’institut vénézuélien d’analyses et de données statistiques (IVAD) de
Félix Seijas fait état de 65,1% de satisfaits.Soit une augmentation de 10%. Dans
le même temps ce sondage fait état du PSUV comme la force qui compte mais sur
laquelle ne se reporte pas toute la popularité du chef de l’Etat puisque ce
parti enregistre 31,8% d’approbation. Ces chiffres ont été retransmis ce
dimanche 3 mai par le journaliste José Vicente Rangel durant le programme Jośe
Vicente Hoy, de Televen.
(2)Caracas, 03 may. 2009, Tribuna Popular TP/YVKE.- traduit par
danielle Bleitrach
(3) là encore on ne peut manquer d’être frappé de la manière
dont Chavez va en Chine pour nouer à la fois de nouvelles relations
commerciales, pour construire un nouveau système financier mais également
l’attention qu’il porte à l’école du parti et à la formation des cadres. Comme
il faut également lire les textes de Fidel et voir ce qu’il dit dans un texte
récent sur l’apport du léninisme qui élargit la notion de lutte des classe à
travers l’analyse de l’impérialisme. Nous sommes devant un immense chantier dont
on peut regretter qu’il ne soit pas suffisament envisagé en
France.
En savoir plus sur Roger ROMAIN – militant communiste belge (PCB) – B6180 COURCELLES
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