L’évolution marquante est bien sûr celle de la volte-face des États-Unis entre 2022 et 2024. Le Corée du Nord, l’Érythrée, la Syrie et la Biélorussie ont ajouté leurs voix à celle des Américains.
Au conseil de sécurité, les États-Unis ont enregistré une victoire en faisant adopter leur texte après le refus des amendements portés par les pays européens pour introduire une référence à l’agression russe et à l’intégrité territoriale de l’Ukraine. La résolution a été adoptée par 10 voix pour, 5 abstentions (les 5 pays européens, dont la France et l’Angleterre qui n’ont pas actionné leur veto) et aucune voix contre.
Après la rupture d’alliance avec les États-Unis, ces votes sont une sonnette d’alarme que les Européens doivent entendre. À l’instar du Brésil, les pays d’Amérique du Sud qui avaient massivement voté en faveur de la résolution de 2022 (à l’exception de la Bolivie qui avait voté blanc) se sont aujourd’hui majoritairement abstenus. En Afrique où les pays étaient partagés en 2022 entre un vote en faveur de la résolution et l’abstention, la tendance est nettement plus claire : seulement 7 pays ont voté pour en février 2025 contre 22 trois ans plus tôt. Comme l’Arabie saoudite, les pays de la péninsule arabique sont passés d’une position engagée au côté de l’Ukraine à l’abstention. Seule la Syrie a changé son vote de pro-Poutine (sic) de 2022 en une abstention en 2025.
Comment expliquer cette évolution massive ? Bien sûr, il y a des changements de régime comme au Mali ou aux États-Unis qui ont entraîné quelques pays dans leur sillage. Mais ce qui frappe en observant les deux cartes, celle de 2022 et celle d’hier, c’est l’ampleur des abstentions. L’Asie, l’Afrique, le monde arabe, l’Amérique latine… se retirent. Il faut bien comprendre ce qui conduit une telle évolution.
Si l’on veut faire respecter le droit international, retrouver le multilatéralisme, cela ne peut se faire entre pays occidentaux. Le reste du monde ne peut être écarté ou se sentir écarté. Il faut donc réfléchir à ce qui s’est produit ces trois dernières années. COPs sur le climat non conclusives sur les aides, guerre à Gaza, au Congo, invasion du Liban et du sud de la Syrie… sans que cela mobilise les principes et les pays occidentaux. Si l’Europe ne veut pas être seule face à Poutine – et maintenant face à Trump –, elle doit sortir de ces politiques à deux vitesses et travailler avec le reste du monde.
Catherine Tricot
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