Thérèse
Michels
Après 56 jours de grève, les travailleurs de
Bridgestone n’ont pas obtenu la réintégration de leurs 8 collègues, ni du
délégué principal Maurice Delannoy, mais le patron a dû lâcher beaucoup plus que
leur préavis légal.
Lors de l’assemblée de vendredi 7 août, 57 % des
travailleurs ont voté pour la reprise et ont approuvé le projet d’accord, 42 %
ont voté contre.
6 des 8 magasiniers licenciés sont reclassés
immédiatement dans d’autres entreprises de la région avec des salaires
équivalents à ceux de Bridgestone. Le plus âgé des huit, 54 ans, obtient
l’équivalent de la prépension dès la fin de son préavis (un complément au
chômage, indexé, jusqu’à ses 65 ans).
Tous les huit obtiennent
également, en plus du préavis légal, une prime de départ allant de 4000 à 9000 €
net, selon l’ancienneté.
Au cas où ils perdent leur nouvel emploi dans
les trois ans (pour cause de restructuration par exemple), Bridgestone leur
verse le même montant une deuxième fois et ils seraient reclassés ailleurs une
deuxième fois.
Pour les travailleurs qui reprennent le travail, l’accord
prévoit une sécurité d’emploi plus claire que dans la dernière Convention
collective : en cas de problème, la Direction s’engage à proposer aux ouvriers
au choix, un reclassement interne ou la prime de départ (cfr ci-dessus). Cette
clause sera renouvelée dans la prochaine Convention collective.
De plus,
huit des douze CDD de l’usine (contrats temporaires les plus anciens) recevront
un CDI (contrat à durée indéterminée).
Enfin, les travailleurs reçoivent
dès la reprise du travail une prime de 500€, il s’agit d’une avance sur des
futurs bonus.
Quant à Maurice Delannoy, le délégué principal FGTB, une
négociation est encore en cours.
Réactions des travailleurs:
“Même si nous n’avons pas obtenu la réintégration, nous avons
réussi à faire cracher le patron. Il ne s’attendait pas à une telle grève.
D’ailleurs durant les premières semaines, il nous laissait sans nouvelles. Ca
c’était la période la plus dure à tenir psychologiquement. Il pensait que nous
allions laisser tomber. Il ne voulait rien donner de plus que les préavis
légaux. Mais les dernières semaines, c’est lui qui voulait des négociations. Et
il était pressé, c’étaient des discussions au finish. Après le vote des 69,7 %
de non, il voulait immédiatement à nouveau négocier. Logique, avec les voyages
d’été on est en pleine période, les clients ont besoin de faire réchapper leurs
pneus, et Bridgestone n’avait probablement plus de pneus neufs à leur
fournir.”
“Si nous n’avions pas fait grève, les huit n’auraient rien eu,
à part leur préavis”.
Nous avions voté pour Maurice.
“Par
rapport à Maurice, notre délégué principal, c’est un échec. Il a fallu attendre
7 semaines avant que Clarinval avoue que c’est la peau du délégué principal
qu’il voulait. Mais nous le savions. Et avec notre grève, nous voulions garder
notre délégué principal + les 7 autres bien sûr. Car nous avons voté pour lui,
il était délégué pour toute l’entreprise, pas seulement pour le magasin. Et il
ne fallait pas laisser affaiblir la délégation.”
“S’il y en a tant qui
ont voté pour la reprise, c’est évidemment pour des raisons financières, mais
aussi la peur parce que le patron laissait planer la menace de fermeture si on
continuait la grève. Avec les bénéfices qu’il se fait ici, je ne pense pas que
c’est une menace réelle. Mais quand-même, dans ces conditions, avoir tenu 2
mois, nous pouvons être fiers ! “
Maintenant nous voulons du respect
!
“De toute façon, avec 42 % des votants pour continuer la grève, la
Direction devra quand-même faire attention et tenir compte de nous. Avant de
recommencer à licencier, elle va réfléchir 56.000 fois. On a montré une force.
Maintenant nous voulons du respect ! Quand on va rentrer travailler, il faut se
dire chapeau pour ce qu’on a fait. Et il faut rester solidaires. Dès que
quelqu’un a un problème, il faut se rassembler.”
“Oui, nous voulons du
respect. Parce que de la part de nos directeurs, il y a le mépris. Pour eux,
nous ne sommes que des ouvriers. Pourtant nous travaillons tous avec une
conscience professionnelle. On se sent responsable de la qualité. Parce qu’il
s’agit de pneus d’avion. Imaginez-vous! Ces pneus doivent être en parfait état
pour éviter des accidents. Nous gardons une moyenne de cadences pour respecter
cette qualité. Ca, le patron ne s’en rend pas compte. D’ailleurs, le nouveau
directeur, il n’y connait rien à notre travail, pour certains de nos métiers il
faut un an d’apprentissage. Nous sommes toujours sous-estimés, Ca, ca devra
changer.”
Dans tous les cas, de la part de toute
l’équipe du PTB Mons-Borinage:
"chapeau aux travailleurs de Bridgestone
!"
En savoir plus sur Roger ROMAIN – militant communiste belge (PCB) – B6180 COURCELLES
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